‹ Les femmes d'après les auteurs françaisChapitre 16 sur 194 · BEAUTE - LAIDEUR · texte numérisé non relu

BEAUTE - LAIDEUR

liEAlîTK. — GRACE.

^ Quant à la beauté du corps, avant de passer oultre, il nie fauldroit sçavoir si nous sommes d'accord de sa description. Il est vraysemblable que nous ne sçavons guercs ce que c'est que la beaidé en nature et eu général, puisque à l'humaine et noslre beauté nous domions tant de formes diverses, de laquelle, s'il y avoit quelque prescription naturelle, nous la reconnoistrions en commun, connue la chaleur du feu. Nous en fantasions les formes à notre appétit...

Les Indes la peignent noire et basannée, aux lèvres grosses et enllées, au nez plat et large; et chargent de gros anneaux d'or le cartilage d'entre les nazeaux, pour le faire pendre jusques à la bouche ; connue aussi la baleure de gros cercles enrichis de pierreiies, si qu'elle leur tundîe sur le menton, et est leur giàce de montrer leurs dents iusques au dessoubs des racines. Au Peru, les plus grandes oi(;illes sont les j)lus belles, et les estendent aultant (ju'ils j)eiivent [)ar artifice : et un homme d'aniourd'huy dit avoir veu, en une nation orientale, ce soin de les agrandir en tel crédit, et de les charger de poisants ioyaux, (|u'à louts coups il passoit son bras vestu au travers d'un ti-ou d'aurcille. Il est iiillcurs des nations qui noircissent les dents avecfjues grand soiug, (!t ont à mespris de les veoir blanches : ailleurs, ils les teignent de couleui' rouge. Non-seulement en lUisqiie, les femmes se treuvent plus belles la leste rase; mais assez ailleurs, cl, (pii plus est, en certaines contrées glaciales, comme dict Pline. Les M(>\icaines comptenl entre les beautés la petitesse du bout; et où elles se fout le poil par tout le reste du corj)s, elles le nourrissent au front, et peuplent |»ar art : et ont en si grande recommendation l;i grandeur dez tétins, (jii'elles affectent de pouvoii- donn(M' la mamelle à hjiirs cidaiits par-dessus l'épaule : nous loiruei'ions ainsi la laideur. \a's Italiens la fa(;()nnent grosse et massive, les Espagnols viiidéc cl csiriilée; et, entre nous, Tmi l;i lail blarich(!, l'aulre br ■; ruiic molle d (jclicalc Taulrc

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forte et vi«ioiireuse ; qui y demande de la mignardise et de la doulceur; (jui de^ la fierf«^ et maiosté. Tout ainsi (|ue la préféroiice on beauté, que Platon attribue à la tiiiuro splioriquo, les épicurious la doiuiont à la pyramidale plustost, ou carrée, et ne peuvent avaller nu dieu en lornie de boule. Montaigne.

® 11 ne faut douter que la vue ne soit plus agréable que toutes celles du monde d'une belle femme toute [larfaitc en beauté; mais malinement se Irouvet-elle :

« L'Espagnol dit (pie , pour rendre une femme toute parfaite et absolue en beauté, il lui Hiut trente beaux SI, qu'une dame espagnole me dit une fois dans Toledo, là où il y en a de très-belles, bien gentilles et bien apprises. Les trente sont donc telles :

Trois choses blanches : la peau, les dents et les mains.

Trois noires : les yeux, les sourcils et les paupières.

Trois rouges : les lèvres, les joues et les ongles.

Trois longues : le corps, les cheveux et les mains.

Trois courtes : les dents, les oreilles et les pieds.

Trois larges : la poitrine, le front et rentre-sourcil.

Trois étroites : la bouche, la ceinture et l'entrée du pied.

Trois grosses : le bras, la cuisse et le mollet.

Trois déliées : les doigts, les cheveux et les lèvres.

Trois petites : les seins, le nez et la tète

« Sont trente en tout. » Brantôme.

A ces trente choses il en faut ajouter une indispensable : la grâce ou le je ne sais quoi.

® Qui peut estre chaste et patient avec la beaulté, l'amour, le temps et le loisir des femmes sera assez vertueux, pour vaincre tous les diables.

Marguerite de Navarre.

^ La beauté semble à la rose vermeille

Qui meurt incontinent.

^ La grâce, la beauté, la jeunesse et l'amour

Pour les femmes ne sont qu'un empire d'un jour.

L'esprit rarement à la beauté se joint.

S'il y a des dieux, ils ont le cœur de chair.

Ainsi fpie nous, d'amour ils se laissent touclier,

Lt de ce sexe ingrat excusant la malice,

Pour une belle femme ils n'ont point de justice.

Ronsard.

Régniëk.

® Quoique le miroir emporte plus de la moitié de la vie des femmes, qu'elle.H le consultent à tous les moments, l'art ne saurait si bien faire que la nature : il

If

doiucuic toujours beaucoup au-dessous. A diio les clioses comme elles sont, ce n'est pas elle qui fait ici la beauté, c'est son imitateur qui la ftiit; elle n'est que l'image de ce qu'on la croit être; ce n''est qu'une agréable illusion qui ne trompe pas moins la vue qu'elle lui plaît, et qui n'est pas moins fausse qu'agréable. En elîet, ici une femme doit toute la beauté de sa taille à son cordonnier et à son tailleur; il y en a qui prennent tous les matins le blanc et l'incarnat de leur teint et de leurs lèvres dans leur toilette ; quelques autres y prennent leurs dents et leurs cheveux ; le fer et le feu travaillent seuls aux boucles de leur coiffure; les poudres, les pâtes, les pommades et les eaux se peuvent nommer les créateurs de cette beauté postiche. Les mouches dont elles se couvrent le visage prétendent qu'il doit toute sa blancheur à leur noir : les boucles d'oreilles, les bracelets, les bagues et toutes ces antres bagatelles qu'elles portent, y contribuent aussi beaucoup ; rien de tout cela n'entre jamais dans le lit avec ces belles laides quand elles y entrent. Elles étudient tous les matins dans le miroir leurs rcgaids, leurs sourires, l'air de leur visage, la situation de leur bouche, l'art do montrer leurs belles mains, celui de faire voir adroitement la propreté de leurs (chaussures; elles concertent le ton de leur voix; elles composent l'air et la grâce de leur port et de leur démarche; et jusqu'à la manière de tousser avec harmonie, tout y est étudié, tt)ut y est appris comme l'on apprend la nmsique. Celle-ci, qui a les dents belles, rit toujours pour les montrer, eût-elle sujet de verser des larmes; cette autre, qui les a laides, ne l'ouvre non plus (|ue son portrait, et ne rirait pas, pour quoi que ce fùl, dans le plus grand sujet de joie. Enfin, l'ail fait presque tout à la cour, et ne laisse rien à faire à la nature.

Il n'en est pas de même des beautés de la campagne, où la nature fait tout sans l'art ; la fraîcheur et l'éclat de leur teint ne doivent rien à l'artilice; la lichesse de leur taille n'a pas besoin de piédestal ])our s'élever, ni de la tromperie des tailleurs pour cacher ses défauts. Leui- giàce est née avec elles, et le conseil du miioir ne la fait point. La blancheiu' de leurs dents et la douceur de leur haleine viennent de la régularité de leur vie, de la bonté de leur tenq)éramcnt, et non |)as de leurs drogues et de leurs parhnns. Le fer, le feu ni la ponmiade ne font pas inie des boucles de leurs cheveux; et ces riches anneaux (|ni s'enlassent Jiégligemmenl les uns sur les antres à leur coiffure ne sont poini l'ouvrage (h; l'art el ne lui doivent lien du tout. La neige animée de leur gorge n'emprunte rien du fard ni de 1 inq)osture de l'habillement : les bagues, les bracelets, les pendants d'orcilb's, les mouches, et tous ces autres meubles nuliles (pu; le luxe et la volu|)té ont inventés pour parer les feunnes, ne font point l'agrément de celles-ci. Comme toutes leurs actions sont naturelles, la contrainte des autres ne s'y voit jamais; et au lieu (jue ces autres déplaisent en pensant plaire, (;(;s Ixiautés naïves plaisent sans y penser. Elles n'ont rien d étudié ni d'affecté. Leur sourire et leurs regards, le ton ( harmant de \oa\v voix, la majesié de leur poit et la grà(;e de leur démarche ne parlcnl ni de leui's soins ni (h; l(!ur ((Kpiellciic : nous les voyons aimables et nous les voyons aimées sans qu'elles songent à se laiie aimer. M"' dk Scudkhy.

REAITÉ. — LAlT>ElîR. 121

£cg Le vioo irrossier tait horrour, riiH|ni(loiu'o brulalo donne de rindignation, mais la beauté modeste est bien pbis ilangeieuse : en Taimant on croit n'aimer ijne la vertn, et insensiblement on se laisse aller aux appâts trompeurs d'une passi(Mi (|n'on napeii.oit t|ue quand il n'est presque plus temps do Téteindic.

£S La beauté trompe encore plus la femme qui la possède que ceux qui on sont éblouis. KUe trouble encore l'âme : on est plus sottement idolâtre de soimême que les amants les jdus passionnés ne le sont de la personne qu'ils aiment. 11 n'y a (|u"un fort petit nombre d'années de difïérence entre une belle femme et une autre qui ne l'est pas. La beauté ne peut être que nuisible, à moins qu'elle ne serve à faire marier avantageusement une fille : mais comment y servira-t-elle si elle n'est pas soutenue par le mérite et la vertu"? Elle no peut espérer d'épouser qu'un jeune fou, avec qui elle sera nialbeureuse, à moins que sa sagesse et sa modestie ne la fasse recbercher par des bommes d'un esprit réglé, et sensible aux qualités solides. Les femmes qui tirent toute leur gloire de leur beauté deviennent bientôt ridicules; elles arrivent sans s'en apercevoir à un certain âge où leur beauté se flétrit; et elles sont encore charmées d'ellesmêmes, quoique le monde, bien loin de l'être, en soit dégoûté. Enfin, il est aussi déraisonnable de s'attacber uniquement à la beauté que de vouloir mettre tout le mérite dans la force du corps, comme font les ]>euples barbares et sauvages.

Fi';iSFJ,OiN.

^ Tout sied bien aux belles; on souffre tout des belles. Molièue.

® S'il est vrai que nous n'avons sur les femmes qu'un pouvoir tyrannique, il ne l'est pa> moins qu'elles ont sur nous un empire naturel, celui delà beauté, à qui rien ne résiste.

Le nôtre n'est pas de tous les pays; mais celui de la beauté est universel. Pourquoi aurions-nous donc un privilège'.' Est-ce parce que nous sommes les plus forts? Mais c'est une véritable injustice. Nous employons toutes sortes de moyens pour leur abattre le courage. Les forces seraient égales, si l'éducation l'était aussi. Eprouvons-les dans les talents que l'éducation n'a point affaiblis, et nous verrons si nous sommes si forts. Momesquiei:.

^ Pourquoi s'applaudir d'être belle?

Quelle erreur fait compter la beauté pour un bien ; A l'examiner il n'est rien Qui cause tant de chagrin qu'elli;.

^ L'on ne sait plus que devenir

Ix)rsqiie l'on n'a su qu'être belle.

^ ,1e sais que sur les cœurs

Que, tant qu'on est belle, on fait naître

i'2'J LKS IKMMKS D'APRÈS LES AUTKLRS FRANÇAIS.

Drs désirs, des transports el des soins assidus : Mais qu'on a peu de temps à l'être.

Et de temps à ne l'èlre plus!

M*"* Deshouijèkes.

ES J'ai vu souhaiter irètre fille, et une belle fille, depuis treize ans jusqu'à vingt-deux, el, après cet âge, de devenir un homme.

ES Combien de filles à qui une grande beauté n'a jamais servi qu'à leur faire espérer une grande fortune.

• ^ Un beau visage est le plus beau de tous les spectacles, et l'harmonie la plus douce est le son de la voix de celle que l'on aime.

® Les belles filles sont sujettes à venger ceux de leurs amants qu'elles ont maltraités, ou par de laids, ou par de vieux, ou par d'indignes maris.

^ Une belle femme qui a les qualités d'un honnête homme est ce qu'il y a au monde d'un commerce plus délicieux; l'on trouve en elle tout le mérite des deux sexes. La Bruyèke.

® Il ne sert de rien d'être jeune sans être belle, ni d'être belle sans être jeune.

® Il y a peu de femmes dont le mérite dure plus que la beauté.

La Rochefoucauld.

^ Toutes les belles personnes ne touchent pas toute sorte de cœurs.

Saint-Ri';ai..

£^3 Ce sexe plein d'attraits, sans sccouis et sans armes, Peut assez se défendre avec ses propres charmes.

Regnard.

y ^ Quand on est aimé d'une belle femme, on se tire toujours d'affaire dans ce monde. Voltaire.

^ 11 n'y a point de jolie femme (jui n'ait un peu trop envie de plaire; delà naissent ces petites minauderies plus ou jnoins adroites par lescpielles elle vous dit. Regardez-nioi.

ES Une belle femme édifie plus qu'une autre, (piand elle est pieuse, parce (|n'ordiriairen)('nt elle a besoin d'un plus grand elfoit pour l'être. Marivaux.

LS \''à pliq)ail d(.'S fcnnnes aiment mieux, ce me semble, (pi'on médise ini peu de leni' verlu que de leur es|)rit ou de huir beauté.

[83 (Test une joiif! (;onditioii (pie celle (h; jolie feirnne. KoiSTfONEi li;.

ES Lue belle fennne indf'cente est une espè('(! de monstre «jueje cuni|)arerais Nolonliers à un agneau «jin aurait de la féiocité. On ne s'attend pas à cela.

DUJI.IIOT.

BKAITÉ. — LAIDEUR. 125

a?S La «ïramlo hoautt' me jiarait [)liilùl à fuir {]n-,\ lOoluMchor dans le iiiariageL La beauté s'use proniplenient par la possessiou; au bout de six seniaities elle n'est plus rien pour le possesseur ; mais ses dangers durent autant qu'elle. A moins qu'une belle femme ne soit un ange, sou mari est le plus malheureux des hommes: et quand elle serait un ange, conunent empècliera-l-elle qu'il ne soit sans cesse entouré d'ennemis? ,1. ,1. Rousseau.

® On dit communément : La plus belle femme du monde ne peut donner que ce qu'elle a; ce qui est très-faux : elle donne précisément ce qu'on croit recevoir, puisque, en ce genre, c'est l'imagination qui fait le prix de ce qu'on reçoit. Chamfoht.

® La beauté est une : elle est générale : qu'on ne nous dise pas qu'elle est arbitraire.

Si les sauvages se cicatrisent le visage, ce n'est pas pour être plus beaux, mais au contraire plus terribles ;

Si les Chinois se déforment le pied, ce n'est pas qu'on ait dans ce pays une fausse idée de la beauté: mais les hommes ont établi cette mode par politique.

Si les habitants des Alpes paraissent estimer les goitres, croyons que c'est parce qu'ils sont communs chez eux, et(|u'ils ont affecté d'en faire une beauté, pour ne pas rougir de ce défaut monstrueux ;

De même, si nos dames se fardent, ce n'est pas qu'elles pensent que la couche de blanc et de rouge qu'elles se mettent sur le visage soit une beauté réelle, non, elles ne le pensent pas ; mais elles ressemblent aux habitants des Alpes; la vraie beauté étant fort rare, elles ont mis à la mode une beauté factice qui peut être générale.

g3 Les femmes, en général, sont plus belles que les hommes ne sont beaux, [»arce que la beauté leur est essentielle. Une grande femme est belle, mais il importe plus à une femme d'être jolie que belle. Et cela est si vrai, que lorsqu'on dit d'une grande femme quelle est belle ! on ne sent pas la même émotion que lorsqu'on dit d'une petite femme quelle est jolie ! Ici, l'expression amène le désir de caresser. Auprès d'une belle femme, on éprouve moins ce désir, parce qu'elle inspire plus de respect qu'elle n'est appétissante et voluptueuse.

Rétif de la Bretonne.

cë3 La ligure d'une femme, quelle que soit la force ou l'étendue de son esprit, ipielle que soit l'importance des objets dont elle s'occupe, est toujours une raison dans l'histoire de sa vie. M""' de Staicl.

£S Quand on rencontre dans la société une petite demoiselle bien vive, bien rosée, au nez fripon, aux formes arrondies, aux mains rondelettes, aux pieds courts et grassouillets, tout le monde est ravi et la trouve charmante, tandis que, instruit par l'expérience, je jette sur elle des regards postérieurs de dix ans, je vois les ravages que l'obésité aura faits sur ces charmes si frais, et je gémis sur des maux qui n'existent pas encore. Brillat-Savaiun.

i2i LES I KMMKS D' Al'HllS LKS AUTEURS FRANÇAIS

^ lue jolie l'eiTime csl en butte aux sollicitations, aux (Mupresseuienls de |>i'es((ue tous les hommes qui la voient. Dans le nombre il peut s'en rencontrer un (|ni lui plaise; et alors adieu les résolutions. On s'étourdit; et l'on apprend, au dépens de sa vertu, et souvent de sa réputation, rpi'il ne faut pas troj) compter sur ses forces.

^ Une belle personne n'a pas besoin de dire : j'ai une belle figure ; tout le monde le voit. Quant à celles qui ont bien de l'esprit, il y a si peu de gens qui en aient assez pour en juger, que j'excuserais presque la femme qui man(|uerait de modestie là-dessus.

® La beauté sans esprit est d'une dangereuse conséquence. Si une femme plaît seulement par les charmes de la figure, les passions qu'elle inspire sont de courte durée. Une fille qui n'a que des charmes pour tout mérite n'a que deux partis à prendre^; l'un, d'être excessivement sage; l'autre, de donner sans ménagement dans la galanterie. 11 ne faut point d'esprit pour conquérir beaucoup d amants, et pour en changer souvent; mais il en faut plus que beaucoup de femmes n'en ont pour en faire un. Qu'une femme sans esprit qui s'attache à un homme qui en a se prépare de chagrins!

^ Une jolie feunnc a la politiipie de prendre une femme de chambre laide : pourquoi une femme d'esj)ril n'aurail-elle pas celle d'éj)ouser un sotV

^ Les grâces et les belles manières sont plus nécessaires aux fennnes qu'une Ijclle figure.

^ Quand une femme a le bonheur d'être née avec une jolie figure, il y a de la sottise de chercher des défauts dans celle des autres : le mépris que l'on en tait ne nous embellit |)as, vi no rend pas moins aimables celles que nous déprécions. Il faut convenir bonnement de ce que l'on pense là-dessus; les hommes à (|ui nous pailons ont des yeux ^ et tout ce que nous pourrions dire an désavantage des personntîs ipii leur plaisent ne leur persnadeiait pas (pi'ils sont aveugles.

£?? Personne; n'est plus sensible à la beauté que les jeunes gens; j'en ai conjectiné que la beauté n'est j)oint une chose arbitraire; c'est la nature qui domie la justesse des pro|»oitions cpii forme la beauté do^ objets ; la déli(;atesse du goût sin- la beauté se gâte ensuite par l'habitiule des fantaisies et |)ai' le libertinage. L(! goût s'épure siu' les choses d'c^sjjiit à trente ans et celui qu'on a poiii- l(,'s fennn<!s se corrompt. Les jiumes gens cheichent c(> (pii llatte leurs regards : c'est la nalui'e s(!ule (pii les conduit; la moindre iuq)erl'e(tion e\téi'i(!ure les rebute; j'i^n ai vu découviir des beautés auxquelles peisonne n'a\ait encoïc pensé; la légèi'cté, les grâces, le geste, l'exlrènie |>r(>preté, les dents, les ehe- \eu\ sont les objets de li tus remar(pM's. 11 v en a (|ui send)leiil ne pensera rien, et cpii forment des e()nj(!ctures dune délicatesse extraordinaire, .le demandais un jour à un jeune hoinnu! de dix-sept ans ce qu il aimait le plus dans une

\\VA\ n:. — L.\ini:i K. \'ih

feniino. Il \ue repondil ingiMUinionl : « Toutes ses oxtréiuités (|iiantl elles sonl helles. » C'est-à-dire, lui répliquai-je, (jiie vous eu aimez le visage, les rnaius el les pieds, ol quelle est de ces parties celles que vous prél'érez? 11 uie répondit, avec la vivacité de son âge, qu'il aimait les jolis pieds à la folie; je lui en den)andai la raison : « Ah! nie dit-il, un petit pied suppose une femme mignonne cl bien faite; les autres n'en ont jamais eu, ni de belles mains non plus; cela n est pas possible. » Je lui lis encore d'autres questions au\(|uelles il répondit avec une naïveté si plaisante et si juste que je fus convaincue qu'il fallait consulter la nature seule sur le beui. Nous voyons tons les jours des enfants regarder de beaux visages avec une attention marquée : demandez-leur pourquoi; ils n'en savent d autre raison, sinon qu il les trouvent beaux. On est quelquefois surpris de voir des jeunes gens s'en tenir à leurs premières inclinations; c'est qu'ils n'ont aimé (|ue parce que l'objet de leur choix leur a parii plus aimable que d'autres, qu'ils y ont remarqué des beautés de figure dont ils ont été captivés. Le jeune marquis de P..., qui n'a que treize ans, regardait une dame à sa toilette avec beaucoup d'attention : «Vous êtes bien attentif, dit-elle au jeune marquis. — C'est, madame, lui réj)ondit-il, que je faisais une remarque: je crois que si vous aviez moins de gorge, elle serait admirable. — Ah ! monsieni' le marquis, répondit la dame en souriant, c'est que vous avez encore les mains trop petites et les yeux trop grands. » Cela pouvait être juste quant aux yeux.

M"'" DE PUISII^UX.

^ Que vos glaces soient iiaLuielles ; .\e les conlrefaites jamais.

Dès que l'on veut courir après, Ou couiiiicnce à s'éloigner (relies.

SS> ba beauté d'ini iVonl sévère Ne peut toujours s'armer.

L'on est faite pour aimer, Quand ou est faite pour plaire.

S^ La beauté (pii vient de naître, Tant qu'elle échappe au miroir, Vient chez nous sans le savoir , Mais il lui suffit d'avoir Le malheur de se connaître, Pour nous fuir sans le vouloir.

^ La sagesse et la beauté

Sont rarement d'accord entre elles.

Demoustie».

Ssi Je crois que l'on peut tirer pour la morale un grand parti de la beauté. Mais il faudrait se garder, dans l'éducation d'une belle fille, d'user de dissimulation. Beaucoup de mères croient de leur devoir de tromper leur enfant sur ses avantages extérieurs, et, fièrcs, au fond, de ses attraits, de lui donner les pre-

I2li TKS KKMMKS D'APRKS LKS AUTEURS FRANÇAIS.

tiiièi'es lerons dune fausse niodeslie, en niant assez gauchement celte supéi'iorité dont on augnienle 1 iuiporlance j)ar le mystère. Il est de fait (jue la beaiité est une puissance, et toute puissance ne se peut cacher; elle se révèle par l'ohéissauce (pi'elle obtient. Ici la nature et la société sont d'accord ; conmient ne pas s'enorgueillir d un succès général qui n'est point débattu? Cacher à une jolie personne la destinée qui l'attend serait élever nn prince en lui dissimulant qu'il doit régner.

® La beauté incline à l'égoïsme. Une belle personne est ordinairement bienveillante, mais il est rare qu'elle soit sensible. M""" de Rémusat.

® Une belle femme animée d'une passion honnête est le plus ravissant s|)ectacle qui soit sous les cieux. Cazotte.

® Une belle femme plaît aux yeux; une bonne femme plaît au cœur; l'une est un bijou, l'autre est un trésor. Napoléon.

^ Une femme se souvient toujours qu'elle a été jolie, quelque âge qu'elle ait: et comment l'oublierait-elle, on le lui rappelle sans cesse. On s'aperçoit aisément, à la manière dont on l'aborde et à celle dont elle reçoit, que si le tem|)s lui a enlevé les grâces de la jeunesse et la délicatesse des traits, il ne lui en a pas fait perdre tous les avantages. Il semble (juela beauté chez les femmes soit un caractère indélébile; on leur sait gr.' de leurs agréments passés, quoiqu'on n'en jouisse j)lus; ceux même (jui n'en ont jamais joui participent aussi au prestige, et voient une jolie fennnc surannée d'un autre œil que celle qui ne l'a jamais été.

E®3 Le premier mérite des femmes vis-à-vis la plupart des hommes est d'êtri» jolies, et le plus grand plaisir des femmes est de se l'entendre dire.

M'"" d'Aiiconviixe.

® Le mérite d'une l'emme a besoin d'être éclairé par un rayon de beauté.

^ Il faut attendre qu'une fennnc cesse d'être jolie pour juger de son mérite.

M""' GlIlDEKT.

® On a beaucoup parlé du dangc^r de la beauté ; mais s'est-on assez délié du pouvoir de la grâce dans la jeunesse? Il y a pourtant là un charrae souvent trom|)eur^ un charme à redouter pour l'être cpii le |)ossède et pour ceux (pii réj)rouveut. M""' Nkckeu.

® II est plus faci e aux itelles personnes d'êtic chastes que d'en avoir la réputation. K. Cœuilué.

®B Quelque porté qti'on soit à se faire illusion sur le principe de ces traits aigus (pi'iin sexe éprouve à la vue de laulic, ou ne |teut s'euq)êcher de i'(!connaîlre (pie ce principe; n'(!st <'t m; p(!ul être que la p(>r('e(lion d'une certaine cotd'ormité ihî moyens, avec nn besoin |»ressanl à se salislaire. L'homme ^oit dans la i'ennne, connue la fenune dans IbonniH!, la simule chose au monde (pii

BKAITÉ. — L.VIDKIR. i27

|iiiisse l'haiigor ses inquiétudes en plaisirs. Il ucst pas surprenant qu'un iulérèt aussi vif que tendre les porto d'abord l'un vers l'autre, et (pu' la passion les amenant par degrés à se prêter uuitueilonient une iiuporlauce exclusive, ils en vienlUMJt entin à ne voir qu'eux seuls dans toute la nature. Dans cet état, qui est le dernier période de l'amour, l'homme n'est plus un mortel, c'est un dieu : la l'emme est une divinité. L'imagination iuq)étueuse du premier accunude surtout en faveur de l'autre toutes les perl'ectious possibles ; il s'égare délicieusement dans les idées chimériques et mystérieuses du beau, pour élever l'objet de son délire. Mais lorsque, après avoir l'ait un chemin immense dans le pays des abstraolions, il arrive enlin à la réalité, il est peut-être étonné de se trouver à côté du sauvage stupide, ou de l'animal livré aux pures sensations.

La beautéy ce mobile puissant dont jamais mortel sensible ne prononça le nom sans émotion, n'est donc aux yeux du philosophe qui peut un moment écha[»per à ses prestiges et contempler d'un œil calme les bouleversements et les tempêtes qu'elle excite dans l'univers, qu'un simple rapport de moyens appropriés à un effet naturel; mais un rapport qui, ayant pour objet une nécessité impérieuse, doit à la passion sa principale force, et à Timagiiiation humaine les traits séduisants qui rembellissent. Ce qui piouve que la beauté n'est point un être absolu, mais une relation, c'est que, si l'un des termes qui la composent vient à changer, la beauté ne subsiste plus.

Il n'y a pas de beauté sans fraîcheur : lorsque cette qualité manque, tous les autres agréments ne frappent que faiblement, parce qu'un jugement prompt et rapide, que l'instinct nous suggère, nous avertit qu'une femme dont l'individu ne présente point tous les caractères d'une parfaite santé est dans une disposition peu favorable au plan de la nature relativement au maintien de l'espèce.

Comme on n'est jamais plus avantageusement disposé pour cet objet que dans les premières années de la jeunesse et dans le temps de la puberté, il n'y a pas de femme (pii ne plaise à cette époque, et la Chaussée a dit avec raison :

... A quinze ans on est du moins jolie.

Sa beauté alors est d'être femme : toute notre prévention, toutes nos idées conventionnelles sur le beau ne sauraient empêcher la femme qui n'en a point d'autre de briller alors un moment, et si son règne est court, c'est |iarce que des objets de comparaison, qui tirent tout leur j)rix du prtyugé établi, viennent l'éclipser lorsqu'elle n'a plus l'avantage naturel et passager qui la soutenait contre eux.

Les qualités qui fout la beauté d'un sexe déligureraient l'autre. Cet air mâle et ces traits bien prononcés dont l'homme tire son lustre feraient dans la femme une impression désagréable, parce qu'ils rendraient équivoque le vrai rapport dans lequel elle doit être avec lui. Une molle délicatesse et des traits lins dé[)lairaient dans l'hounne, parce qu'ils choqueraient le rôle auquel on s'attend de sa part. Tout ce qui a un air de force séduit naturellement tes femmes : il est aisé

128 LES FKMMKS D'APRÈS LES Al'TEURS FRANÇAIS.

(le s'en apercevoir par les qualités et l'état des personnes qui déterminent ordinairement leurs choix. Il n'est pas étonnant que la faiblesse cherche un appui contre les besoins (jui l'accompagnent, ou contre les dangers que la crainte lui fait imaginer.

La beauté ne varie pas seulement par rapport aux sexes ; elle est encore diflérente selon les individus du même sexe. Les mêmes choses qui sont capables d'enflammer l'un refroidissent l'autre : on trouve dos hommes qui, en avouant (jue telle femme est belle, parce qu'elle réunit en elle tout ce qui forme le genre de beauté le plus généralement recherché, se décident cependant en faveur d'une autre femme dont les traits sont moins réguliers. Cette différence de goût vient de ce que chacun a en soi un modèle avec lequel il compare les objets qui le frappent. Roussel.

^ Un jeune homme voit dans Paris une belle demoiselle à traits réguliers. Il est épris. Il épouse, puis il est envieux de connaître le pays de sa femme, In ville d'Arles, son lieu de naissance. Là, il retrouve partout cette personne qu'il croyait unique. Ce miracle court les rues. Il voit cent fdles et mille aussi jolies. C'est la beauté d'un ])euple tout entier; la beauté arlésienne (ju'il a aimée. Le voilà refroidi.

ES Une sévérité cru<'lle (ju'on a pour les femmes, c'est <le les juger précisé- Fuent sur ce qui se fane le plus : le visage. Michelkt.

® 11 ne faut j)as ([uc la finnée de l'encens brûlé devant une jolie femme noircisse sa réputation. M'"*" de Motteville.

^ Ne répétez pas sans cesse à une femme (|u'elle est jolie, (ju'ellc a de l'esprit, de la grâce : les dames savent cela mieux (|ue vous, et elles aiment assez un homme qui leur apprend quel(|ne chose. II. Raisson.

® Il v a loujours un fameux singe dans la plus jolie et la plus angélique des femmes.

^ En fait de fennnes, en France, s'il y a peu d'enstMuble, il y a de ravissants détails. lUi-Mc.

^ Les jolies femmes meurent deux fois.

^ Presque toutes les jolies femmes s'adoienl.

SS3 L'austérité des ukimus est ini ajustement que les femmes ajoutent à lem beauté.

^ Une jeune et jolie personne est une énigme dont le mariage donnera le mot. HoisTi;.

SîB Kn général, ca'. (jui coniribue le plus à la beauté du sexe féminin est un geine de vie agiéable et libre; (h; toutes les tracasseiiiîs des passions ; c'est encoïc l'usage d«^ idiiiieiits sains cl a<l(»u(issanls, un climat lenqu'ié et fertile.

1U:\1 TK. — LMDKl i;. hi'.)

Los liulit'iis lîist'iil iiuil no so Irouvo point de belles l'emnios dans les [lays ftii il V a de mauvaises eaux, et où la terre est avare de ses trésors et de sou opulence; uiais le contraire n'est pourtant pas i-énéralenicut établi. Enfin, c'est l'auiour, l'amour surtout, c'est ce sentiment enclianteur cpii lait naitro la beauté, ([ui la perpétue dans les espèces. Coud)i(Mi l'atonie do rinditTéronco, la stupeur do la crainte, l'antipathie do l'aversion, u'ont-elles pas produit d'individus contrefaits et hideux? La nature nous fait rocherchor la l)eauté parce qu'elle tond sans cesse à la perfection des espèces, dont celle-ci est la uiaiipie infaillihlo.

VlHKY.

^ Une jolie femme n'est pas toujours au>si rangée qu'une autre.

Geohge Sanu.

^ L'existence mondaine entoure une jolie femme de caresses si enivrantes et de si douces ovations, que la meilleure et la plus sage ne renonce pas à son aimable royauté sans quelques, lannes furtives. La jeunesse et la beauté sont des couronnes qu'on ne perd point avec insouciance, même quand on les perd avec honneur.

«8 Kien de plus semblable sous le soleil qu'une femme et une femme. Elles sont rares celles dont l'àme ne dément pas les rêves doux et profonds qu'a fait naître leur beauté.

® ... Une jolie femme, c est bon pendant un an, pendant deux ans; mais, dès la troisième année, que vous fait la coupe gracieuse de ce visage? que vous inqiortenl cette taille et ce pied, et cette main adorés, admirés cl commentés durant une si longue série de lunes? Si vous aimez désormais quelque chose en cette femme, c'est votre femme et non la jolie femme. La jolie femme n'est plus qu'un luxe importun, un apanage incpiiétaut, une enseigne périlleuse qui a son beau côté tourné vers la rue, et dont vous n'avez que le revers : ce n'est plus qu'un engin à attirer la foudre. Oct. Feuillet.

^ Comment la femme qui a été vantée peut-elle se résoudre à ne l'être plus? Se croit-elle vivante si elle reste à l'ombre, et s'il y a silence autour de ^a beauté? Alf. de Musset.

ï^ Il y a des femmes ([ui ne sont pas très-sensibles à l'éloge qu'on fait do leur beauté. — Ce sont celles dont la beauté est incontestable et universellemont reconnue.

f^ Poui' la fcunno qui aime réellement, c'est un grand boidienr d'être belle, mais pour celle qui ne veux qu'être désirée, il suffit qu'on la trouve belle.

^ Comme les femmes savent par instiTicl autant «pu' par expérience que dans leur beauté est leur puissance, leur richesse, leur domination, leur bonheur, elles sont décidées à avoir de la beauté, et tout ce qui tend à leur persuader qu'elles en ont est parfaitement accueilli.

150 LKs ii:.MMi:s ir\iM;i:s lls alïllhs fka.nç.us.

rs3 Dilc» (liiiic feniiiic ijucllo est iiiécliimlo, acariâtre, bizarre, étourdie, (|u'olle Irtmipe son mari, et même son amant, — mais ajoutez (|u'elle est bien belle, — et soyez certain d'avance que le ressentiment (pTelle vous montrera sera un ressentiment de convenance. Essayez de rofTenser réellement : dites qu'elle est douce et bonne, décente, sensée et (ju'elle s'acquitte de la meilleure grâce de tons ses devoirs; — mais ajoutez qu'elle est laide, et vous verrez alors que c'est un ressentiment véritable. Alpii. Karh.

^ Le jM'emier devoir d'une femme est d'être jolie,

^ Si peu de vanité ({u'on ait, il est loujouis Ibilteur d'être salué par une jolie femme.

^ De tous temps, rap|)ariliou d'une femme idéalement belle sera un événement pour les artistes, pour les poêles, pour les simples badauds,

SS 11 V a des femmes que l'embarras end)ellit et d'autres qu'il neutralise ou qu'il métamorphose entièrement.

® Il est bien difficile de ne pas trouver un j»eu jolie une feunne dont toutes les paroles, toutes les démarches, toute l'existence signifient : Je veux vous j)laire.

® On n'a pas besoin d'être jolie |)oin' le j)arailre, car il y a deux esj)eces de beauté : la beauté involontaire cl la beauté volontaire; la beauté naturelle et la beauté sociale; celle que llieu a créée, celle (|ue le monde a composée; celle qu'on reçoit et celle (pi'on prend.

Vous conviendrez donc (ju'une lemme est inq)ai'(h)nual)le (piand elle ne sait point se parer d'une bcaiilé cpii lui est offerte, et s'approprier un trésor (pi'elle peut toujours acquérir.

^ La femme volontairement belle l'enqtortera toujours sur la beauté paresseuse (pii négligera, (pii dédaignera im|)rudennnent les accessoires de la séduction. Une ex-corpietle disait nu jour à sa lille, femme belle et charmante, (pii se conq)laisail dans son evciîssive ])àleur : « Prends garde, ma chère enfant, les jeunes femmes (pii ne mettent i)as de rouge sont toujouis (piiltées |)onr d(> vieilles femmes «pii en uKîttent trop. » Kl la prédiction s'acconq)lit. La fennne vertu(>use mais j)àle fut ti'ahie par son mari ipiehpies mois après, indignenieni trahie pour une femme horriblenKiut fanée, mais toujours très-parée, très-endimanchée^ et surtout très-|)anachée. (let a|)ologue signifie (pi'une s>q>ériorilé sottement négligée ne vaut pas une médiocrité adroitement cultivée. Dans un monde où Tapparence est loiil, 1(J fond est moins important (|ue la loniie. M""' K. dk GniAHDiis.

Egî 11 V a des i)eaillés insupportables, (pioi(pie incontestabhs, et (pii, loin de vous attirer, vous feraient luir au bout du mon(l(\ ('e sont c(>lles (prancune intel-* ligehce, qu'aucun sentimeni, (prancune passion n'éclaire et n'éclairera jamais. Il \ a |iresqu(,' touj(uns Une ou dru\ de ces beautés dans un salon. Klles V

BEAIÎTÉ. - I.AinKlR. IT.I

passent ei v repassent avec des nionvements d'nne grâce monotone cl régnlière, si constannnent la même, ([n'elles linissenl par vons prendre sur les nerfs. Elles sont en énnil, en porcelaine, je ne dirai pas en cire, la cire ayant sur elles un avantage, edni de pouvoir foiulre. Elles ont de ces beaux yeux bêtes qu'on a l'air d'avoir achetés chez, les Turcs. On aimerait mieux leur portrait que leur personne. On pense, en les voyant, à des alexandrins sans dél'aut, mais sans saveur, ou au dedans des coquillages bien polis. C'est de la nacre, c'est de la soie peut-être, c'est (pielque chose, mais ce n'est pas quelqu'un. On se fatigue, en nn mot, à les voir, connue on se fatigue à regarder nager des cygnes, (^est trèsbeau pendant cinq minutes ; mais, an fond, les cinq minutes passées, on se dit qii'oîi aime mieux les oies , ipi'on aime mieux les canards, parce que c'est plus pittoresque et plus vivant.

On devrait dire : bète connue un cygne, car il faut en effet qu'un oiseau soit bien bète, pour être si inqiatientant, étant si beau.

® On sait du reste, déjà, que le soleil a pour fonction principale d'éclairer et de faire resplendir la beauté des femmes. Il est vraisemblable que cet astre ne se montre à notre globe que parce qu'elles y sont et pour les voir, car il n'est pas probable que notre seule présence eût suffi à l'attirer.

f^ On peut être une très-jolie femme sans avoir la moindre beauté.

® Pour être parfaite, la beauté ne doit pas être seulement extérieure, il faut aussi qu'elle soit intérieure. Il n'y a peut-être de véritablement belles formes que celles qui recouvrent une belle àme. P. J. Stahl.

^ La perle ignore sa valeur, la fleur son parfum; pour l'emporter sur la pejfle et la fleur, jeune fille, ignore ta beauté. Ad. d'Houdetot.

® Ce ne sont point les plus belles femmes qui sont le plus aimées. Rarement ce qui nous éblouit nous touche ; on s'en tient à l'admiration.

A. Glyard.

^ La femme — la femme belle surtout — possède, à un plus haut degré encore que l'empire des coquettes séductions, la puissance communicative des nobles mouvements de l'âme. ***

Si Quelques femmes ont de la grâce non-seulement dans le reins, mais elles la conservent encore au milieu du trouble des sens; et c'est ainsi qu'elles font, d'un plaisir souvent répété, une nouveauté dont on ne se fatigue jamais.

® Dans les rangs Irès-élevés, les femmes remplacent la grâce parla hauteur : on se range pour les laisser passer. Quant à celles rpii ont de la grâce, on < oju't après elles.

Eg A seize ans, la grâce chez les fenmies est légère, craintive et ingénue; elle offre tons les contrastes, parce qu'elle réimit toutes les séductions. Un peu plus

tard, la grâce cliez les femmes devient, pour ainsi dire, grave et réservée; elle a des devoirs à défendre. Enfin, aux jours de la vieillesse, la grâce chez les femmes déride jusqu'à l'âge. Saiist-Prosper.

En notant plus haut, à la suite d'un passage de Brantôme, que la grâce ou le je ne sais quoi est le complément indispensable de la beauté féminine, nous n'avons fait que traduire l'opinion à peu près générale.

Marivaux constate que « la beauté et le je ne sais quoi se trouvent rarement ensemble. » Et, comme développement de son assertion, il imagine l'allégorie suivante, qui, bien qu'un peu entachée du ton prétentieux et maniéré de l'auteur, nous a semblé pouvoir être lue avec plaisir.

« J'appelle, — dit Marivaux avant d'entrer en matière, — j'appelle je? ne sais quoi ce charme répandu sur un visage et sur une figure, qui rend une personne aimable sans qu'on puisse dire à quoi cela tient.

J'ai lu quelque part sur ce sujet une fiction assez singulière : elle est d'un homme qui supposait avoir trouvé la demeure de la Beauté et du Je ne sois quoi.

« Un jour, dit-il, en me promenant, je révais à une des plus belles femmes du monde, que je voyais depuis huit jours à la campagne où j'étais, que j'avais regardée avec admiration la première fois que je l'avais vue, dont j'avais été moins touché à la seconde, et qu'enfin j'étais parvenu à voir avec indifférence, toute belle que je la trouvais toujours, toute belle qu'elle était en elïet; et je me demandais pourquoi cette beauté digne d'admiration m'était devenue si insipide, pourquoi même la beauté en général n'inspirait pas des sentiments d'une plus longue durée.

« Je cherchais donc les raisons de ce que je vous dis là, quand je m'aperçus que j'étais entre deux jardins, dont l'un me paraissait superbe, et l'autre riant.

« [>es |)ortcs de ces deux jardins étaient^ l'une vis-à-vis de l'autre.

« Sur celle du jardin superbe on lisait ces mots en lettres d'or :

lA DEMEUIIE DK I.A BKAITÉ.

« SiM- celle du jardin riant était écrit en caractères de toutes sortes de couleurs fondues ensemble, et qui en faisait une (pi'on ne pouvait définir :

i,.v DEMEnti-; nu je ni; sais quoi.

« La demeure de la Beauté, dis-j(î d'abord en nioi-niènic : oli ! je la verrai : car « (pil dit l'ciuité, dit (pKîlcpic chose de bien plus imposant «pie le Je ne sais quoi, « cl de bien plus considérable à voir. »

« Ile s(U'te qu'entrainé par la force {\\\ mol, je n'Iiesilni |ioinl à donner la préférence au jardin de Beauté, et à hiisser là celui du Je ne sais quoK dont je reviendrais uraiiMiser ensuite.

« Tout déterminé que j'étais en lavein tlu pi emiei, je jel;)! poiiilaiil eiieoi'(> un

r.EM Tr. — LviDi'iu. i5r>

roiraril sur lo iloinitM" qui uio somblait si riant : j'aurais souhaité qu'il eût été possible (le les voir tous deux à la fois: uiais vraiseuihlableuieiit il n'y avait pas (le couqiaraisou à faire de Tiu» à Taiilre. Il fallait eommeneer par le pins eurieux. (l'est ee que je fis.

tt En entrant ilono dans le jardin de Beauté, je remarquai les pas de plusieurs personnes qui y étaient entrées aussi : mais j'en remarquai bien autant qui eu étaient sorties.

H J'avance, et plus je découvre, plus j'admire.

u Je ne vous peindrai point tout ce (jue j'y vis de beau, la description de ces lieux me passe : mais je fus étonné, je fus frappé. Figurez-vous tout ce qui peut entrer de grand, de superbe, de magnitique dans un jardin, tout ce que la symétrie la plus exacte et la distribution la mieux enten«lue peuvent faire de surprenant, à peine vous lignrez-vous ce que je vis.

« Mais connnentvous peindre ce que c'était que le palais que je trouvai après avoir marclié quelque temps! J'y renonce.

« Si j'avais à faire des récits, ce serait de la personne que je vis sur une espèce de trône, autour duquel étaient rangés plusieurs hommes, qui, à ce qu'ils me dirent, ne m'avaient précédé dans ce lieu que d'une heure, qui tons semblaient comme en extase à la vue de cette femme assise sur le trône.

« Jugez s'ils avaient tort : c'était la Beauté même en personne, qui, de temps en temps laissait négligemment tomber sur chacun d'eux, ainsi que sur moi, des regards qui nous faisaient dire à tous : « Ah! les beaux yeux! ah! la belle bouche! ab ! le beau tour de visage! ab ! la belle taille! »

« .V ces exclamations, la Beauté, en souriant, baissait un j)eu les yeux d'un air plus modeste qu'embarrassé ; et, sans rien répoiulre, recommençait à nous regarder tous, comme pour nous confirmer dans les sentiments d'admiration que nous avions pour elle, et de temps en temj)s elle redressait la tête avec un air de hauteur qui semblait nous dire : « Joignez le respect à l'admiration » c'était là tout son langage.

« Dans le premier quart d'heure, le plaisir de la contempler fit oublier son silence: à la fin, cepeiulant j'y pris garde, et les autres aussi.

« Quoi ! dimes-nons tous, rien que des sourires, des airs de tête et pas ua « mot, cela ne suffit point. »

« Là-dessus un de nous s'avança pour lui présenter un fruit qu'il avait cueilli dans le jardin : elle le reçut toujours en souriant et avec la plus belle main du monde, mais sans ouvrir la bouche; elle ne lemercia (pie du geste; il fallut nous en Icnii' à la regarder.

« Apparemment que chacun de nous s'en lassa, car petit à petit notre compagnie diminuait. Bientôt même il ne resta plus que moi, de tous les admirateurs avec qui je m'étais trouvé. Je me retirai à mon tour.

« Kn traversant ime allée, pour m'en retourner, je rencontrai encore une femme qui p.uaissait très-liêre et à rpii, en passant, je lis une profonde révérence.

134 I.KS FFMMKS D'APHT-IS M:S AITl-IRS FRANÇAI!^.

— Uù vas-tu'.' me dit-clIc, d'iin air (U'dai^rieiix ol inôcorileiit.

— Je viens d'admirer la Beauté, lui répondis-jc.

— El pourquoi le retirer, me dit-elle encore, la Beauté n"a-t-olle pas dû le (iver auprès d'elle? Oue te reste-t-il à voir?

— Rien sans doute, lui dis-je, mais je l'ai assez vue ; je sais ses traits par cœur, ils sont toujouis les mêmes; c'est toujours un beau visage qui se répète, qui ne dit rien à l'esprit, qui ne parle qu'aux yeux et (jui leur dit toujours la même chose; ainsi il ne m'apprendrait rien de nouveau. Si la Beauté entretenait un peu ceux qui l'admirent, si son àme jouait un peu sur son visage, cela le rendrait moins uniforme et plus touchant ; il plairait au cœur autant qu'aux yeux; mais on ne fait que le voir beau, et on ne sent pas qu'il l'est : il faudrait que la Beauté prit la peine de parler elle-même et de montrer l'esprit fju'elle a, car je ne pense pas qu'elle en manque.

— Eh! qu'importe qu'elle en ait ou (pi'elle n'en ait point? me dit alors cette femme ; en a t-elle besoin, faite comme elle est? Va, tu n'y entends rien ; s'il était question d'un visage ordinaire, je serais de ton avis; il serait avantageux que l'esprit l'animât, cela lui ferait grand bien et sujipléerait aux grâces qu'il n'aurait pas; mais souhaiter que l'esprit aille jouer sur un beau visage, c'est souhaiter l'altération de ses charmes. L'esprit peut ajouter quelque chose à des traits informes, mais il nuirait à des traits parfaits; il ne serait bon qu'à les déranger ; im beau visage est aussi achevé qu'il le peut être ; il ne saurait mieux faire que de rester tel qu'il est. Ce que les mouvements de l'esprit y mettraient, en troubleraient l'économie, puisqu'il est précisément au point qu'il faut, et qu'il ne peut en sortir qu'à son dommage : ainsi, tu criti(pu's sans jugement, c'est moi qui te le dis, qui suis l'immobile (ierté des belh^s persomies et la compagîie de la Beauté, qui ne m'écarte point d'elle et qui ai grand soin de tenir son esprit froid et tranquille, afin qu'il laisse son visage en lepos, et (pi'il n'en diminue pas la noble décence. Il est vrai (pi'hem'eusement je n'ai pas grand peine à tenq)érer l'esprit d(! la Beauté: il est de lui-même assez paisible pour l'ordinaire, ou du moins il n ignore jias condjien il est de conséquence qu il icste grave, et qu il ne fasse aucun désordre sni' ((> beau visage; il ("w respecte trop les intérêts poui- songer aux siens.

« Ce fut là le discours que me tint cette fenmie, et <pii nie parut si singulier, <pie je n y lépondis (pie par une révérence, après la(|uelle je la (juittai, poui' gagner pronq)tenient la demeure du h' ne sais (jiioi, <>n je trouvai Ions ceux (pu m'avaient laissé chez la ik'autê.

« 11 n'yavaitrien de surprenant dans celui-ci, et, (jui plus est, rien d'arrangé; tout y était comme jeté au hasard, le désordi'e même y régnait ; mais un désordie du meilleur goiil du niiinde, cpii faisait un elfel (liarniant et dont ou n'aurait pu détnélcr, ni montrer la cause.

M Enfin, nous n'v désirions rien et il fallait pouitant bien ipie lien n y bit fini, ou que tout ce (pi'on avait voulu y mettre n'y bit pas, piiiscpià Ions moments nous y voyons ajouter quelque (;hose de iionvcaii.

ItK.M il.. - I.MDKUR. \ob

« Malt-ri'la hal»li' <jui m- roinptc qiu' Icois Grâces, il y en avait là une iiiliiiité, qui, en parcourant ees lien\, y Iravaillaienl, y retoucliaionl partout; je dis eu' parconrani, rar elles ne Taisaient tpraller et venir, (|ne passer, (jue se succéder lapiilenient les unes au\ antres, >ans nous donner le temps de les bien connaître; elles étaient là, mais à peine les voyait-on, ([u'elles n'y étaient |)lus et (pron en voyait d antres à le\n' plaee, (pii passaient à leur toni', |)onr faire place à d autres. En un mot elles étaient partout san> se tenir mdie part; ce n'en était ps une, c'en était toujours mille qu'on voyait.

— Kli bien! messieurs, dis-je alors à cqu\ i[\ù étaient avec moi, ce séjour-ci e>t cliarmaul, j'y passerais ma vie; mais celui (pii l'habite, où est-il? menez-moi à lui, je vous prie, car vous l'avez vu a|)parennnenl.

— Pas encore, me répondirent-ils, et depuis que nous sonnnes ici, nous le cherchons sans avoir encore pu le trouver; nous sommes résolus de le chercher toujours.

— Il faut pourtant qu'il soit ici, répoudis-je.

Je n'eus pas plutôt |)rononcé ces mots, que nous entendîmes une voi\ cpn nous dit :

— Me voilà !

Nous nous retournâmes tous alors parce que nous n'apercevions rien devant nous, et nous eûmes beau nous retourner, nous ne vîmes rien non plus.

— Uù étes-vous donc, aimable Je ne sais qnoi'f dîmes-nous. Aimez-nous tous à la fois.

— Me voilà! vous dis-je, répondit encore la même voiv.

Et nous de nous retourner encore, attendant toujours à le voii', et ne voyant jamais rien.

— Vous nous dites : nie voilà, repris-je, et vous ne vous offrez point à nous,

— Vous ne voyez pourtant que moi, nous dit-il. Dans le nombre infini de Grâces qui passent sans cesse devant vos yeux, qui vont et (jui viennent, qui sont toutes différentes et pourtant également aimables, dont les unes sont plus mâles et les autres plus tendres, regardez-les bien, j'y suis; c'est moi que vous y voyez et toujours moi. Dans ces tableaux que vous aimeZ tant, dans ces objets «le toute espèce et qui ont tant d'agrément pour vous, dans toute l'étendue des lieux où vous êtes, dans tout ce que vous apercevez ici de simple, de négligé, d'irrégulier même, d'orné ou de non orné, j'y suis, je m'y montre, j en fais tout le charme, je vous entoure. Sons la figure de ces Grâces je suis le Je ne .sais quoi qui touche dans les deux sexes; ici, le Je ne sais quoi qui j)laît eu peinture: là, le Je ne sais quoi qui ])laît en .achiteclure, en ameublement, en jardins, en tout ce cpii peut faire l'objcît du goût. Ne me cherchez point sous ime forme, jeu ai mille et pas une de fixe; voilà pourquoi on me voit sans me connaître, sans pouvoir ni me saisir^ ni me définir; on me perd de vue en me vfjyant; on me sent et on ne me démêle |)as: enfin vous me voyez, vous luc cherchez et vous ne me trouvez jamais aulrement: aussi ne serez-vous jamais las de me voir. »

156 LKS FEMMtS 1» A1>UKS LtS ALItlUS IHAN(:AIS.

LAlDEllS. — DEFAITS l'H\SIUUES.

P. J. Stalh, viii bon, un excellent juge, un écrivani traulant de eœur que d'esprit, a tracé ces lignes :

^ Une i'emme laide est un être si malheureux, que je n'ai jamais pu considérer les bonnes sans attendrissement, et les méchantes sans jiitié. 11 semble (|ue la Providence soit pour (jnelquc chose dans le malheur des unes et dans les iautes des autres, et que cette complicité du ciel doive leur être comptée. Si jamais créature humaine a mérité de rindulgence, c'est à coup sur celle qui, née avec l'amour du beau et ne trouvant le beau que dans ce qui est hors de sa portée, est condamnée à l'aimer toujours et à ne le posséder jamais. Tout le monde com|)rend l'horreur du snpj)licc de Tantale, et (jue cette soif inexlinj^uible et jamais a})aisée eût pu le mener, s'il n'eût été sous le pied du Destin, à toutes les fureurs et à toutes les violences, — et Tantale méritait son sort! Mais les laides, Dieu puissant, pourquoi le sont-elles'.'

La pitié que la laideur inspiie à Slalh n'est pas une pitié de passage, car il revient mainte fois sur ce sujet; le plus souvent pour console)' ou conseiller la déshéritée.

^ Si une femme laide savait ce qu'elle peut gagner à être laide tout bonnement et simplement, à ne ]>as agiter, à ne pas secouer sa laideur, elle se résignelait à n'être pas jolie.

^ Il n'est pas de monstre de laideur qui en soit réduit à mourir vieige et célibataire s'il à deux cent mille livres de rente.

Uernarquons en passant le caractère très-aléatoire de callc consolation ci citons encore :

^ Onand on paile des femmes d'esprit, on en arrive forcément à parler des laides, lue lennuc laide peut élie méchante, elle n'est jamais tout à fait béte.

® La laideur d'une fenune est comme la tache du péché origimd (pie l'eau de son baptéuK! n'aurait pu laver, et (pii serait restée visible sur sa liguie. Klle ne |»('ut s'en racluilcr (pu; par la vertu et la bonté; le vice laid est deux l'ois hideux, (l'est la laideui- d(! l'âme ajoutée à c(Olc du corps.

Par contr»', une fennui^ laid(! et bonne est un ange (pi'on «levrait béatilier.

La verve, l'esprit d'observation de l'auteur ne sont pas Inès |)ar la commisé- )ati(»n, c'ol poiiKpioi il dit ciicoie:

IIKAI TK. - i,\iiu;i li. i:.7

?iî5 Si spirituollo t\uc stul un»' lomiiu^ lai(l(\ ollo iu> l't^st jaiiiais assoz poui' proiulroson paili dosa laidoiir, otanrimi> uo rolnsoiait do lioiiiior lout son esprit, «' osl-à-dire un avanlayv dmahie, oiMilic (|ii(>l(|n(>s aniu''(>s do Ix^aiilô éphémère.

Il laiil donc toujours se délier un pou de la résii^nalion dune l'eninie laide; elle n'abdique jamais oomplétement et triche toujours, même sans s'en rendre compte, (hms l'espoir de regagner, à Ibrce d'adresse, la parti*^ (|ue le manfpic datouts naturels doit lui faire perdre.

f«K Les femmes laides (jui croient avoir de jolies épaules n'ont jamais froid, et elles portent des robes découvertes, partons les temps et partout.

De même celles qui ont des bras passables en arrivent à ne plus savoir qu'il y a des manches. Pour elles, la mode est toujours de faire voir qji'on a de beaux l)ras.

Celles qui ont de jolies mains passent leur vie à se déganter. Les plus résolues mettent bravement leurs gants en lambeaux en entrant dans un salon. Leurs i,'ants sont toujours détestables. Elles jouent alors tout à leur aise de leurs dix doigts, connue des branches d'un éventail. Ces mains chargées de bagues, qu'il faut montrer, sont toujours en lumière et miroitent à l'œil comme les boules d'un jongleur indien. On ne peut se reposer de les voir qu'en fermant les yeux.

9g Quoi qu'en aient dit Ilalzac et la chanson, il y a un âge où la laideur passe comme le reste : c'est l'àye où Ips femmes qui ont été jolies cessent de l'être, et où celles qui ont été laides commencent à oser dire qu'elles ont été jolies.

Bien peu ont le courage de se refuser cette innocente satisfaction quand la quarantaine leur arrive : semblables en cela aux chauves qui, s'il fallait les croire, seraient toujours les gens qui ont eu le plus de cheveux.

Mais ne nous en tenons jias aux jugements d'un seid.

SS? Si une laide se fait aimer, ce ne peut être qu'éperdument car il faut que ce soit par une étrange faiblesse de son amant; ou par de plus secrets et de plus invincibles charmes cpie ceux de la beauté. La Bkuyère.

® Les femmes n'inventent point de modes qui ne servent a cacher quelque défaut, — ou a faire valoir quelque avantage, — falbala par haut pour celles qui n'ont point de hanches ; celles qui en ont trop le portent bas ; le cou long

et les gorges creuses ont donné lien à la steinkerke, et ainsi du reste

Regnard.

® La laideur est la meilleure gardienne d'une jeune fdle, après sa vertu.

M'"*' DE Genlis.

Si Le grand malheur de la laideur, c'est qu'elle éteint et qu'elle ensevelit le mérite des femmes ; on ne va point chercher dans une figure disgraciée les qualités de l'esprit et du cœur. C'est une grande affaire, quand il faut que le mérite .**€ fasse jour au travers d'un extérieur désagréable. M""* de Lambeht.

ir.« LES FF.MMKS DAPP.KS LES AITFlinS FTiANÇAIS.

jSB Si r(v\tr('mo laiilciir n'élail pas (lé^oùlaMto, je la pir Pérorai s à Tovlrèmo beauté; car on peu de temps l'une cl Taulrc étant nulles ponr mi mari, la beauté devient un inconvénient et la laideur un avantage, mais la laideur (pii produit le dégoût est le plus grand des malheurs. J. J. Rousseai:.

ÇS3 Qu'une femme soit un peu laide, il n'y a pas grand malheur si elle a la main belle; il y a une infinité d'hommes plus touchés de cette beauté-là, que d'un visage aimable : la raison de cela, vous la dirai-je? Je crois l'avoir sentie.

C'est que ce n'est point une nudité qu'un visage, quelque aimable qu'il soit, nos yeux ne l'entendent pas ainsi ; mais une belle main commence à en devenir une, et pour fixer de certaines gens, il est bien aussi sur do les tenter, que de leur plaire. Le goût de ces gens-là , comme vous voyez, n'est pas le plus honnête; c'est pourtant, en général, le goût le mieux servi de la plupart des femmes, celui à qui leur coquetterie fait le plus d'avances.

® Plusieurs difformités de visage jointes ensemble, regardées en bloc, maniées et travaillées par une femme, ((ui huv cherche un joli point de vue, en dépit qu'elles en aient, prennent une bonne contenance et forment aux yeux d'une loquetteun tout qui l'enchante, qui lui paraît préférable à ce tas de beautés fades qu'elle voit souvent à d'autres femmes. C'est avec ce visage de la composition de sa vanité, qu'une femme ose lutter contre un beau visage do la composition de la naline, l']h ! (|ni le croirait? quelquefois cola lui réussit. Maiuvaix.

F® lue femme laide ne peut léparor ce qui lui man(pio du côté de la ligure, qu'en ornant son esjtrit, si elle ou a; et, si elle on mantjuo, il faut qu'elle renonce à tous les j)laisirs, ils ne sont pas faits pour clic. 11 n'y a cpio Dieu (pii puisse donner (pu'l((uos consolations aux foinmes laides et sottes : c'est ce (pi'ellos comprennent elles-mêmes par une sorte (riusiinct qui leur est propre, car elles sont ordinairement dévotes. M""" i»e Pcisieux.

i^Q La maigreur est un malheur effroyable |)0ur les founuos, car poui' elles la beauté est plus que la vie, et la beauté consiste surtout dans la rondeur des formes et la courbure gracieuse des formes. La toilette la plus recherchée, la couturière la plus sublime, ne peuvent masquer certaines absences, ni dissimuler certains angles; et on dit assez, comunnuMuent (pie, à «harpie épingle (piolle ôte, une femme maigre, (juelque belle qu'elle paraisse, perd «piohpio chose «le ses charmes.

^ Toute l'oimiie maigre «lésir engraisser. Avoir uuo juste portion d'«'mbon- |i(tinl, ni Intp, ni pou, «'st poui' les l'omiiu^s r«''tii<lo «le toute leur vie.

biiii.i.AT Savviun.

se -Mrîrcior a dit : « Les [)lus lai«los sont prosipu' liMijours celhs «pii s(> parent le plus richonient. » Kt il ajoute : « Cola «loit êlie. »

Nous liions ((He uêeessilé, car selon iKtiis : l'excès de parure « iilaidit les laide<: la ^iiiiplirilé leur ^ied bien mieux.

lîKAl Tt. — I.AIIIKII;. 1Ô9

l ik- hiiiio ini|u'Mioii>i' c\ (\\ù vont plaire esl un paiivio (|tii loiimiaïulo qu'en lui fasse la eharitc. ('hampfoht.

as Ko* laides ieuuues (|ui se l'ardent el qui ont la vanité de se parer, sont coiiiine les ehampii^nons, dont on ne peut nianj;er s'ils uv sont bien apprêtés, et (|ui. avee tout leur apprêt, sont toujours un uu''cliaut manger.

^ On aime d'ordinaire les belles femmes |)ar inclination, les laides par intérêt, et les vertueuses par raison. Am. dk la Houssaye,

??£ Les jolies fenunes veulent être eajolées; les laides veulent être considérées; les vieilles veulent être conseillées et respectées ; les beaux esprits femelles veulent être célébrés et admirés : — mais toutes veulent être flattées.

M'"' D'AiicoNviLu:.

9S Bienheureuses les femmes ridicules; elles sont de tous les plaisirs. On ne peut se passer d'elles. Plus elles sont laides, sottes, désagréables, et plus elles sont indispensal'les dans une fête : plus elles sont inconvenantes, et plus elles paraissent aimables. Leur niaiserie donne de l'esprit à tout le monde; il faudrait être bien niais soi-même pour ne pas trouver à dire quehjue bonne plaisanterie à propos d'elles. Leur tristesse est une joie universelle. On rit pendant des heures de la plainte qui leur est échappée, de l'accident qui leur est arrivé; la moindre de leurs élégies est une source inépuisable de bouffonneries et de mystilications. Plus ces fenunes sont malheureuses, et plus elles sont amusantes; mais tout en se moquant de leurs peines, comme on sait bien les en consoler! avec quelle attention on écoule leurs sentimentales confidences, leurs amoureuses confessions ! Comme on a soin d'elles! comme ou svmj)athise avec elles! comme le monde, qui at toujours juste, dit-on, les venge noblement de l'ingrat qui ne veut pas les couq)rendre ou de l'inlidèle qui ne les a que trop bien comprises I connue on h^s dédommage du malheur de n'être point aimées d'un >cul en leur prouvant (pi'elles sont aimées de tous! M""' l'î. ni'; Giraiidik.

" Lue jolie femme doit avoir de la vertu : une laide peut s'en passer, — dit -M. Ad. d'IIoudetot, — sans doute comme on se passerait d'armée en temps de |»ai.\; mais ce (jui peut être vrai dans beaucoup de cas ne l'est pas s'il s'agit d'une laide aimable. »

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