PEUPLES
Les iemiiies ilos Gaulois jouissaient d'iiiie haute cuusidéialion depuis re{)0(|ue où, intervenues eounne uiédiatrices dans une guenc civile, elles avaient discuté avec sagesse les intérêts respectifs des cités de la Gaule, réglé les droits de chacune, et terminé les différends. Telle est vraiseinhlahlemeut Torigine dans cette contrée d'un sénat composé de femmes : institution politique dont ailleurs on ne trouve point d'exemple (car pourrait-on citer sérieusement, soit pour son ohjet, soit à raison de sa durée éphémère, celui cpi'avait établi Eliogabale?) Dans un traité entre les Carthaginois et les Gaulois cisalpins, il fut stipulé (lue <i les Gaulois avaient à se plaindre d'infractions, ils s'adresseraient au gouvernement établi en Espagne par le sénat de Carthage, et que si les Carthaginois avaient des jdaintes à former, elles seraient jugées par les femmes gauloises. D'après ce que raconte I*lutar(jue de la vénération qui les entourait, un écrivain moderne a voulu y trouver l'origine de la noblesse utérine. .Mais si dans l'antiquité (juelqups peuples eurent pour les femmes beaucoup d'égards, combien d'autres en eurent trop peu, même les Israélites! On voit, en lisant le prophète Malachie, (pie, déjà de son tcnq»s, ils méritaient ce iej)roche : ce qui prouve au surplus que leur conduite sui- cet article était opposée à l'esprit de la loi mosaïque. Cardoso assure (|u'ils sont pénétrés de respect à leur égard. Comment cou-
\n LES FEMMES 1) API'. ES LES AUTEURS FRANÇAIS.
cilier son dire avec celui de Flavius Josèphc (il nous apprend que les leunnes n'étaient pas admises en témoignage judiciaire à cause de leur légèreté); avec le dire de Philon, aux yeux duquel une femme n'est qu'un mâle imparfait; avec les contes puérils et injurieux des rabbins sur l'embarras où ils supposent que Dieu se trouva pour créer la fenmie ; avec la formule de prière journalière des Juifs : « Béni sois-tu, créateur du ciel et de la terre, de ce que tu ne m'as pas fait feunue ! » et celle de la fenmie bumiliée qui dit avec résignation : « Béni sois-tu qui m'as faite comme tu as voulu ! »
Dans la Grèce (si l'on excepte Lacédémone), les femmes n'étaient pas censées faire partie du peuple; sous ce point de vue, elles étaient assimilées aux esclaves, et l'éducation des filles était extrêmement négligée.
(Miez les Athéniens, qu'on pourrait appeler les Français de la Grèce, la beauté, l'esprit et les grâces exerçaient un ascendant funeste, connne dans tous les pays où la politesse s'unit à la dépravation. Les hommages prodigués à Aspasie, et à quelques autres personnes fameuses et non célèbres, n'étant ni adressés à la vertu, ni inspirés par elle, on ne peut en conclure que les femmes aient joui d'une considération marquée dans cette contrée. L'usage et les lois prouveraient même le contraire : Fusage, car on achetait les feumies; la loi, car à Athènes, par exemple, elle leur défendait de faire un marché qui excédât le prix d'une mesure d'orge.
Aucun système des philosophes grecs n'élevât les femmes au rang ipic leur assigne le christianisme. Qui ne s'indignerait , en lisant dans Aristote, (uie le sexe féminin est une espèce de monstre et une dégénération commencée.
Les matrones romaines furent honorées aussi longteinj»s «pie raustérité des mœurs maintint la ré|)ublique. On érigea même à Tanaquil, femme de ïarquin l'Ancien, une statue qui la iei)réscntait tenant un fuseau. Dans certaines fêtes religieuses on leur permettait de boire du vin; mais, à cette exception près, il leur était interdit si sévèrement que la violation de la défense était censée un crime éf'al à l'adultère. Valère Maxime en donne pour raison quti l'ivresse avoisinc le libertinage. Fabius Piclor, Pline l'Ancien et Tertullien, racontent qu'un femme ayant pris les clefs de la cave, ses parents la tirent mourir de faim. Sous le règne de Uomulus, Ménéiùus tua sa femme pour en avoir bn, et ne fut pas blâmé. Si les fenmies élaicMit autrefois obligées d'enduasser leurs parents sur l\ bouche, c'était alin «pi'on |)ùt reconnaître par l'odeur (piand elles avaient violé cette loi. Néanmoins la sévérité de la peine était insuflisante poiir réprimer la iiassion , s'il est vrai, comme le prétend un auteur, qu'elles buvaient au tonneau.
Dans les Mémoires de P Académie des insciiidioiis , Bonamy accumule l(!s preuves «pu; les fenunes romaines étaient traitées à peu près comme esclaves.
j,a loi \iiconicniic ne perniellait |)as à ini citoyen d'instituer héritière sa lemnie, ni niêm(! sa lille uni(|ue. On est afiligé de voir (pu; Moutesijuieu se soil
CONDITION DKS l- KM MHS. 140
constiluo lapologisto irmio tt'll»^ loi. Mais on pouJ lo rériiler par ses propre^ aveux; car on lUolaianl (pi'olle conibal les seiitiintMits natiirols, lui - mémo, •^ans le vouloir, censure amèrement une loi dont saint Augustin a dit qu'on ne pouvait rien iniai^intM- de pln< initpic, (>t <pii fui abolie» j)ai' les empereurs chrétiens.
Les femmes ont tté avilies dans tous les pays i|ui autorisaient ou toléraient les unions incestueuses, connue eu Vov<e ;
l^ans ceux où relouait un genre de débauche cpii outrageait la nature, coiumc en lîrèce, et qui était approuvé par des philosophes tels (pie Platon ;
Uaus ceux où un usage criminel autorisait à prêter les femmes comme un meuble. Socrate prêta la sienne à Alcibiade, Caton la sienne à Ilortensiiis. Voilà cependant les préleuilus sages que rincrédulilé a préconisés. Chez les Romains, si la femme prêtée n'était pas reprise dans l'année par sou mari, le possesseur pouvait lui opposer la prescription;
Dans ceux où robscénité et la prostitution sont parties intégrantes de la relifcîion. Plusieurs temples de l'antiquité étaient des repaires de luxure ;
Cet usage s'est perpétué aux grandes ïndes, où une multitude de femmes imuiondes sont attachées au service des temples de Brahma, dont le culte est constitutionnellemeut impur ;
Dans ceux où la facilité du divorce et la polygamie réduisent cette portion de l'espèce humaine à nêtre que l'objet de passions grossières, comme chez les musulmans et lesGentoux; en sorte qu'à leur contenance seule, un œil exercé les discerne des chrétiennes. Le code de ces derniers renferme beaucoup de décisions qui tendent à ravaler les lemmes, à les opprimer ; il les assimile aux mineurs, aux octogénaires, aux esclaves, aux lépreux et déclare que jamais il ne faut compter sur leur chasteté; que si une femme est maîtresse de ses actions, elle se comporte toujours mal. Elle ne peut témoigner dans une cause d'assassinat, de vol ou d'adultère. Elle est chassée de la maison si elle manae avant son mari ; elle doit le servir et se contenter des restes; elle doit le regarder comme un dieu.
Dans plusieurs cas on inflige aux femmes coupables des peines qui révoltent la nature; telles que de les noyer, de les faire manger par les chiens.
Les annalistes du moyen âge s'accordent à dire que, chez les anciens Slaves, les veuves se brûlaient sur le bûcher destiné à consumer les cadavres de leurs époux; une femme qui eût consenti à survivre était le déshonneur de sa famille. Cet usage barbare fut aboli par le christianisme qui s'efforce actuellement de l'extirper aux grandes Indes, où l'idolâtrie, dit Carey, lue plus que Tépée; car une multitude de personnes périssent en se précipitant sous les roues du char enorrne qui promène l'idole de Jangrenal. En 1801, dans l'arrondissement de Calcutta, sur trente milles de rayon (cinq myriamètres), dans l'espace de six mois, cent quinze veuves avaient été brûlées sur les corps de leurs époux. Un calcul approximatif, fait à cette époque, élevait à dix mille le nombre annuel de celles qui jiérissaient de cette manière. D'après un rapport fait au parlement d'Anfrleterre, on voit que dans la présidence de Bengale, non compris les pré-
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>iilenoos de Wou\\k\\ o\ du fort Snint-Cicorgos, lo iioinltro des \c\\\o^ \n\\h'PS fnf :
Kii 181;) (lo. 578
Total en neui'ans 5,425
Chez les Rajekoriiers, qui habitent le distriet de Juanpore, près le territoire d'Oude, on découvrit, en 1789, qu'ils étaient dans l'usage d'étoulfer les filles à leur naissance ; ils vont chercher des épouses chez les Rajepoots. La trihu des Jarejalis est dans le même usage, et le nombre des tilles détruites en 1807 lut d'environ trois mille. L'antiquité de cet usage, que Ruchanan fait remontera plus de deux mille ans, et la prétendue int'érioiilé du sexe réniiiiin servent de prétexte. Ces atrocités ont lieu chez des |)("jpl('s qui semblent avoir abjuré tonte humanité envers les créatures laisonnables p(tur en réserver l'exercice enveis les animaux. Avant de quitter Tlnde nous rappellerons (|ue dans le Tonquin, quand, en sortant le matin, le premier objet rencontré est une femme, c'est un présage de malheur. A la Chine dont on a tant vanté la civilisation, Macartney a vu des femmes attachées à la charrue.
L'avilissement des femmes, chez phisieins nations idolâtres, est sanctionné ou par la religion, surtout dans les contrées de l'Asie orientale <pii professent le chamanisme, et (pii considèrent les fennnes connue une maichandise dont on |)enl se défaire, quand on en est dégoûté: on |)ar les lois, chez les Kirguis qui, évaluant la vie d'un homme à prix d'argenl, pnnis>ent li' meurtre par une amende ; mais on ne pave (jue la moitié de cette amende poni- le meurtre d'une femme, d'un esclave et poui' dédonnnager une lille de lui axoir ravi son honneur.
Les femmes des Coréens, traitées à peu près comnu> des esclaves, peuvent être congédiées sous le moindre prétexte, et le mari, on les lenvovant, |)eut les forcer ;"i |)ren(lie Icîs enfants et à s(! charger de leur entretien. A Siam, la j)uissauce lin mari s'étend an droit do vendre ses enlaiils et ses fennn(>s, excepté la |trin- ( ipale <pi'il peut seulement lépndier.
(iliez If.'s j)euplades nègies de rAfri(|ne, les icunnes iTonl |ias ravantag(.' de diner avec leurs maris, pas mêm<' la favoiite appelée ffinnu' de 7U(iin. (Jnand les maris font la conv<;rsation (in lois(pj'ils «loruient, elles chassent les maringt)uius. Chez les iMandingnes, chafpu' lénnne a sa hutte parlicnlièi-e, et se présente tous l(;s matins à genoux devant le mari.
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...La iiioilic lie rAii^'leU-rio siii\ail ru sfcrel la loligiou rouiaiiio, ti iii' tlésiiail (jiic la cliulc (l'tlisabL'lh, l'aulio moilié élail anglicane ou puritaine... 11 y iivail alors ou Auglelene un (irapeuu tout jnèt pour les rallioliques ; c'était une feuuuc intéressante par sa heauté, ses uialheurs, ses fautes iuèine;unc reine qu'ils regardaient tout bas co;nnic la seule légitime, el pour laquelle plus dune noble téliî avait roulé sur l'échafaud : c'était Marie Stuart. La reine d'Ecosse tenue captive de|inis vingt ans, contre tout droit et toute justice, par celle dont elle était la plus proche liérilière, se regardait ellc-nièinc comme martyre... Elle était la cause ou le préle.\te de tous les troubles d'.\ngleterre. — Du fond de sa ]inson, elle tourmentait jusque dans sou |):dais sa rivale heureuse el triomplianle. « Lllc m'a suscité taiil d'ennemis, disait celle-ci, que je ne sais plus de quel côté tomncr la tèle... "
Toute l'Europe avait les yeux sur celle lutte entre deux feuunes qui se délestaient, l'une dans sa prison, laulrc sur le trône; mais la première, aidée par la ligue catholique, sou esprit ardeul, la magie incroyable de sa beauté non encore flétrie, scnddait plus puissante (pic la seconde, lyrannique, vieille, haie dune jtailie de ses sujets.
Lne dernière conspiration éclata : on saisit les papiers de Marie, on mit ses secrétaires il la toi-luiv. elle nia tout... Elle fui livrée à nue conunission qui la condaunia à mort. \ain nient lleiui III supplia la reine d'épargner la veuve de son frère, vainement Jacques VI [il des menaces pour sauver sa mère..., celle qui était pelite-fillc de Henri VII, héritière du tronc anglais, reine de Fiance par mariage, reine sacrée d'Ecosse, monta sur l'écliafaud.
Ce fut un événement qui lit tressaillir toute l'Europe, cl dont le relenlissemeut est vciui jiisqu à nous.
CONDITION ni; S FKMMKS. 145
Li" roi ilfs Asliaiitcs ii a l'oiiiimiiU'iiuMit (jni' six rciniiios dans son palais; mais, par les lois du [tays, il doit m avoir trois mille trois cent trente-trois pour en donner à des personnages distingués; en conséciuence, il épouse (pielquefois une lille au berceau. Si une i'emme trahit le secret de son mari, on lui coupe la lèvre supérieure, et si elle a découvert ce secret en écoutant à la j>orte la conversation de son mari, elle perd une oreille. Le voyageur llondicli, cpii donne ces détails, ajoute (ju'on rencontre l'réquenmient des femmes ainsi mutilées.
Chez les peuples rpii vivent dans l'état sauvage, la condition des femmes est encore plus déplorable. Tous les voyageurs s'accordent à le dire. Lisez spécialement Dampierre, Gunullu, Forstcr, Lahat, Charlevoix. Parmi les tribus américaines du Nord, les présents que fait le mari sont moins des témoignages d'amitié que des symboles et des avertissements d'esclavage. Tels sont le collier, longue et large bande de cuir qui sert à porter des fardeaux, la chaudière et une bûche ; on les présente à la jeune épouse dans sa cabane pour lui faire entendre qu'elle sera obligée de porter des fardeaux, de faire la cuisine et de faire la j)rovision de bois. L'usage même chez plusieurs nations est de porter d'avance tout le bois nécessaire à la saison de l'hiver. 11 n'y a pas de peuple où les femmes soient i)lus méprisées.
Forster remarcpie (|u'à la Nouvelle-Zélande on apprend aux garçons, dès leur bas âge, à mépriser leurs mères. A Nukahiva, dans les temps de famine, les hommes tuent et mangent leurs femmes et leurs enfants.
Le récit d'antres voyageurs viendraient au besoin rend)runir ce hideux tableau, dont on peut voir une exquisse dans les ouvrages des capitaines Lewis et Clarck, qui pour explorer les sources du Missouri, poussant leurs courses jusqu'à la mer Pacifupie, ont visité récennnent beaucoup de tribus inconnues. On y voit que, parmi ces sauvages, la pudeur, la hdélité conjugale, sont outragées sans retenue. Les femmes n'étant qu'un meuble qu'on prête, qu'on donne, qu'on méprise, sont souvent obligées de suivre à pied leurs maris à cheval.
En compulsant l<?s historiens et les voyageurs, il serait facile d'ajouter aux citations qu'on vient de lire, un bien plus grand iiondjre de faits desquels résulte la certitude qu'en général, chez Ici nations idolâtres ou sauvages, les lenmies sont avilies et que leur condition est déplorable. Nous opposera-t-on la conduite contraire de (pielques peuplades, par exemple, celle des îles de la Société et des îles Tonga, dans l'océan Pacifique ! Des exceptions très-[)cu nombreuses ne détruiront jamais une assertion étayée par une multitude de faits irrécusables.
Milady Montague prétend qu'en Euro[)e on a des idées fausses sur la captivité des musulmanes. Thornton et Mirza Aboutaleb sont du même avis. Cependant rénumération que fait ce dernier des avantages attribués aux femmes de son pays, n'est pas de nature à étayer une assertion et à cpnvaincre nos Européeimes.
Peut-on croire que la femme soit censée l'égale de l'homme dans une contrée
li(. LES FEMMES D'APRES LES AUTEURS FRANÇAIS.
uù la loi aiitoiise à prendre pour un temps des lenuues à loyer, où le lénioiliiiaue lie quatre icnnnes ne vaut (|ue celui de deux lioniniesV Les iiuisuluians ont peine à concevoir qu'on ait du respect pour des êtres que leur oj)inion n élève guère au-dessus du mépris. 11 est douteux que lady Montague elle-même ail envié aux fenmies tunjues le bonheur de végéter dans un harem. La véracité de celte femme presque cynique, contestée par M. llennel cl contredite par tant d'écrivains, vient de l'être encore ])ar ses compatriotes, du Morier, Macdonald, Kinneir, Maria Graham et TuUy. Celui-ci, qui a résidé six ans à Tripoli, assure que les dames maures, voyant la liberté dont jouissent les chrétiennes, témoignent leur douleur de n'avoir pas, comme elle, leur liberté.
Le tableau ({u'on vient de présenter est utile, peut-être même nécessaire, pour l'aire sentir, par le contraste, l'inlluence du christianisme sur la condition des fennnes, influence durable, parce qu'elle résulte de sa doctrine.
Néanmoins, on cite une peuplade chez laquelle le christianisme lutte encore contre les mœurs grossières et demi-barbares, et qui retient dans un état de dégradation cette moitié de l'espèce humaine. Quand les Morlaques nomment une t'emine, ils ajoutent la formule qu'on enq)loie ailleurs en parlant du bélail, sauf votre respect. Mais l'abbé Fortis, qui fait celte observation, pense que la malpropreté des femmes Morlaques, est en même lenq)s la cause et l'elfet de la manière humiliante avec laquelle les maris et les [)arenls les traitent.
Persoime ne peut être juge dans sa propre cause : cette maxime était un principe de raison avant d'être un axiome de jurisprudence. L'ex|)éiience apprend que l'individu juge et partie fait pencher ordinairement la balance en sa faveur. C'est ce qui est arrivé relativement aux femmes. Les honmies ont fait les partages d'une manière très-inégale dans tous les j)ays où la force physi(|ue n'a pas été contre-balancée par une force morale. Pour trouver ce contre-[)oids, il fallait une inleivenlion d'une autorité plus (ju'humaine
Après avoir emprunlé ce résumé à mi opuscule peu comm, publié au commencement de ce siècle par le célèbre Grégoire, évêque de Blois, (|ui fut une des illustialions de nos grandes assendjiées politiques, nous enq)runtons au livre si connu et si justement estimé de madame do Rénmsat, les principaux passages où l'auteur considère plus particulièrement la condition des fennnes depuis le conniMMicemenl de; la nationalité fi'ançaise :
E«3 ... LongttMups avant (jue les nueurs se fussent généralement adoucies, d'autres circonstances avaient prépai-é, assuié nieme l'ainélioralion de la condition d(îs feimn(!s, et (;etle extension d(! l(!Ui' influence! est un des traits dislir tifs des sociétés niodeiiies. (!e progrès paialt veiiii- priMci|»al(!nu.'nl de C(.' (pie chez ceii«!S-ci la vie; tlouiesti(pie a nnuplacé la vie pnbiifpie.
\a' légime féodal, vw délt'iiisant entre les honunes lout(î association un jieu étendue, isola li's existences cohnne les pouvoirs; la soiiV(!l'ain(!lé se l'clranclia
CONDITION DES FEMMKS. i47
dans rinlêrieur du cluîltMu : là rmoiit ronnis los vassaux, Irs oomiiagnous, ]ok servileui-s du seigneur, el la maison, devenue le siège du gouvernement, aeqnit ainsi une importance que l'antiquité ne lui connut jamais. Ainsi, la femme du • liàtelain s'associa à tous les actes, à tous les intérêts de sa vie...
... Le mari s'est trouvé plus habituellement enfermé seul avec sa famille; des associations nécessaires à la sûreté se sont formées par les mariages, et les femmes en ont été le lien. Celte circonstance générale delà vie des modernes a décidé peut-être du sort des femmes, en les faisant participer dès le jirincipe à tous les progrès de la civilisation, auxquels, chez les anciens, leur condition était demeurée étrangère...
... Les républiques anciennes rejetaient les femmes hors de l'ordre politique; nos gouvernements monarchiques leur ont été plus favorables, (jnand pour réussir, il suffit d'agir auprès d'un seul, les moyens de succès ne sont ni variés ni compliqués ; la conduite est dictée par une étiquette générale, à peu près uniforme, qui exclut la force et les voies directes, et qui favorise assez bien l'habileté féminine. Ce seul, tout roi qu'il est, n'échappe pas à de certaines séductions: le besoin de plaire sert auprès de lui de voile à l'intrigue qu'il ne démêle qu'à demi. L'ambition alors se donne pour de la coquetterie; la femme qui brigue la faveur semble ne poursuivre qu'une conquête, et, sous couleur de chercher le plaisir, elle aspire au pouvoir. La vanité royale ne se prête que trop à cet artifice : tel prince, en croyant ne donner que son cœur, a déposé sa couronne, et les affaires de l'État sont ainsi flétries avant qu'il soit détrompé...
... Peu à peu on vit naiire ce code tout conventionnel qui devait régler les relations d'un monde particulier, distingué depuis en France sous le titre de la bonne compagnie. Il appartenait aux femmes d'en déterminer les articles, car il excluait la force pour y substituer la finesse et la grâce : par elles et pour elles fut alors créé le plaisir de la conversation, qui depuis est devenu l'un des premiers besoins des Français.
Les temps étaient accomplis : des hommes de génie et de talent apparurent de tous côtés ; ils furent accueillis et protégés par les (jrandes dames. Cette classe nouvelle de gens distingués admis auprès d'elles jeta dans la société cet intérêt nouveau qui naît pour l'esprit du mélange des impressions diverses produites par un même objet, et pour en jouir, elles surent d'abord mieux que les hommes sacrifier quelques préjugés du rang aux agréments de la vie.
On peut remarquer que par un motif pareil le dédain aristocratique n'entre pas toujours dans les idées des rois absolus ni des femmes; leur confiance dans leur propre pouvoir les dispense des précautions de l'orgueil ; l'amourpropre est généreux sans jjeine, quand il sait qu'on ne peut rien lui disputer, et lorsqu'on exerce un empire universel, on est facilement tenté de croire à l'égalité.
... Cette puissance des femmes, qui prit alors un assez grand essor, développa leurs facultés. Ambitieuses de tout atleiidre, elles se livrèrent à des
éludes plus vaiiérs, et comme elles s'emparent vite de ce (|ui siiflit de la science pour la conversation, elles furent promplement au courant, c'est-à-dire en plat de parler de tout, de juger rapidement, de satisfaire souvent, d'intéresser toujours...
. . Une autre influence plus puissante que celle du prince donna encore à ce temps-là un grand air de dignité. Le siècle de Louis XIY s'est élevé sur les croyances religieuses...
... Au temps dont je parle, les femmes surtout conservèrent de l'exactitude dans les pratiques religieuses, même au milieu de certains éclats. La Bruyère se moque un peu des directeurs et de celles qui reçoivent^ dit -il, au sermon les billets de leurs amants. Il a raison : le moraliste qui veut donner une leçon ne doit. point tolérer de transaction entre le vice et la vertu. Cependant, ne peut-on pas croire qu'un être naturellement pur, mais sensible, mais faible, qui demeure en j)résence de Dieu alors même qu'il l'offense, se garde une chance de plus pour le repentir?
Quand la duchesse de Longueville portait un cilice sous ses habits de bal, quand madame de Montespan, exacte à toutes les rigueurs du carême, disait : « Parce qu'on fait une faute, faut-il donc les commettre toutes? » n'est-il pas vraisemblable que ipielque réflexion grave venait se glisser parmi les désordres do leur conduite, et préparait ces grandes réparations que la miséricorde divine attend longtemps et accueille toujours?...
... Au reste, en ne considérant les habitudes religieuses que par leiu's effets apparents, il est au moins certain qu'elle donne de la dignité à l'altitude et aux actions : et que, dans ce temps, par exemple, où les femmes abordèrent des études plus étendues, la religion, qui, si l'on peut parler ainsi, était la grande affaire d'alors, préoccupa leur esprit de pensées élevées et sérieuses...
... Une passion quelconque rapproche de la nature : madame de Sévigné, qui en é|)rouva une véritable, blâme assez nettement dans ses Lettres l'éducation des filles abandonnée au couvent, la froideur des relations de famille, les mariages où les rapports des rangs sont seuls consultés, et ces dénominations eiU!ore |)lus guindées (pie respectueuses qui, se plaçant toujours entre les parents et les enfants, devaient comprimer ou faire grimacer les sentiments de la natuie...
... Si donc sous Louis XIV l'édjication de l'esprit des fcnnnes fut grave et parfois solide, celb; du caractère demeura inq)arfaite...
... Ce (pji l'ail vraiment mal à rcmaripicr sous la Régence et sons Louis X\, c est l'iMnprcsscment des femmes à saisir dans les |)iincipes de la |ihilosopluo du leiiq)s tout ce (pii |)ouvail justifier leuis scandales el iacilitcr leins écarts. Le vice seul, dans sa nudité, n'est |)as si oditnrx cpu' lorscpiil se nioiilit' bonteusenicnl paiédiMie doctrine dépravée; et celte doctrine elle-même inspire d'aiilanl |(lus de dégoût (pr(!lle (!st devenue ra|»ologie d'une faiblesse ardente, plus excusable si elle s(! passait de sophism(!s. Les Mémoiics publiés depuis (piebpu's années, orgU(!illeu\ aveux de tant e tristes excès, nous (uU révélé tout ce système