VOLONTÉ
® La volonté des jeunes filles roule sur des caprices de toilette; celle des femmes mariées s'attache à ce qu'il y a de plus brillant dans ropnlence ; elle exige des honneurs et des titres. Par son étendue et sa mobilité, elle est le désespoir de l'amour. A certain tàge la volonté des veuves est plus modeste; elle ne demande aux hommes que certains retours de mémoire. SAiNT-Pr.osPER.
LES JOIES DE L:110MME j
C'était à la campagne et clans un beau pays.
On voyait au fond une jolie maison à moitié perdue dans le feuillage. Devant ox autour de cette maison, il y avait des prés et un bois (ju'un beau verger et un jardin bien cultivé reliaient à la maison.
Un enfant, une petite fille, courait dans les prés.
Les fleurettes et les brins d'berbe se mirent à jaser :
— Elle est, ma foi, plus gentille que nous, disaient les prcmicres. ■ — Et plus Une, ajoutaient les Brins d'berbe.
— Plus nùgnonne, dit la Pâquerette.
— Plus avenante, dit le Muguet.
— Plus animée, dit le Bouton d'or.
— Plus naïve, dit l'Argentine.
— Plus gaie, pardieu ! s'écria l'Alléluia.
— D'une couleur plus nouvelle, dit la Primevère.
— Plus souple, dit le Jonc lleuii.
— Plus aimable mille fois, dit le Myosotis.
— Et m(!ill(Mirc déjà, dit le Réséda.
— C'est uiH! perle vivante, dit la Goutte de rosée.
— C'est uti l(!u follet, dit l'Iris.
— Sa boucbe (!st une lose |)()mpon, dit rEglanliMc.
— Tout el est vrai, dit U'. Buisseau, (|ui courait de; son cùté dans la prairie.
Tuf! jeune fille passait dans le jardin. Les fleurs se niireiil à parler : — Vous êtes plus jolie (pie nous, ma belle (b'iiidiselle, lui dncnl-elles.
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— Pins Iraiclie, ilil la llose ilo iii;ii.
— IMiis vermoillo, dit la Gionado.
— Plus Maiicho, dit le Lis.
— Plus siiavo. (lit lo Jasmin blaiu'.
— Plus i,M-aoiouso, dit la Roino dos Piés, à (jui lo jardinier avait l'ail les honneurs du jardin oullivo.
— Pins puro, dit PKpi de la Vierge.
— Plus cliasto, dit la Flonr do l'Orani-or.
La jeune (illo n'entendait point le langage des fleurs; son regard candide el doux s'arrêtait sur chaauic sans rougir, et les admirait toutes sans se douter des louanges qui lui étaient données par ailes. Mais, ayant aperçu, à demi cachée sous son abri de feuilles vertes, la Violette aux bleus regards, elle se baissa vers elle, la cueillit de ses doigts délicats, et, après avoir respiré son parfum, elle lui lit une place tout près de son cœur.
— (jue la Violette est heureuse! dirent les autres fleurs.
Une femme jeune encore et belle se promenait dans le verger, sur la lisière du bois. Sa beauté était telle, que non-seulement les fleurs, mais encore les fruits eux-mêmes et les arbres, et rien de ce qui la voyait ne pouvait s'en taire.
— C'est notre reine ! était le cri de tout ce qui avait le bonheur de se trouver sur son passage.
— Efle a plus d'éclat qu'aucune de nous, disait la Cerise.
— Plus de parfum, disait la Fraise.
— Voyez le velours de ses joues ! disait la Pêche.
— Et la rondeur de son sein, disait la Pomme.
— Et la richesse de sa taille, soupirait le Roseau.
— Et Pélégance suprême de toute sa personne, disait l'Acacia rose.
— Et la fermeté de tout son maintien, disait le Chêne.
— Lt la légèreté de son pas, chantait l'Oiseau.
— Et rinlelligence de son front, disait la Pensée.
— Et la tendresse de son regard, disait la Pervenche.
— Et la sainte odeur de vertu qui l'entoure, disait la Menthe.
— Quoi de plus touchant? disait l'Ancolieé
— Quoi de plus doux? disait la Mauve.
— Quoi de plus achevé? disait la Nature entière.
La voyant s'éloigner, la Mousse, qui tapissait l'entrée du bois, disait avec regret : « Ne s'arrêtera-t-clle donc point aujourd'hui au pied de ces beau . arbres? »
bl2 LES FEMMES D'APRES LES AUTEURS FRANÇAIS.
L'Ombre elle-même, s'allongeant au-dessus de sa tète, lit un clTorl pour la iL'teuu',
Mais la jeune femme, obéissant à son dessein, fit quelques pas du côte de l'enfant et l'appela. Sa voix, douce et sonore comme un cbant, devait mettre fin à ces propos. Cependant : « Je voudrais chanter comme parlent les femmes, » dit encore, mais tout bas, le Rossignol à la Fauvette.
A l'appel aimé de sa mère, la petite fille accourut. Elle avait dans sa route rejoint la jeune fille, qui revint avec elle en la tenant par la main pour modérer sa course, et toutes trois s'avancèrent d'un uièmc cœur et les bras ouverts audevant d'un homme dans la force de l'âge, qu'on venait d'apercevoir au tournant du bois. Il donnait la main à un beau petit garçon rose et blond, qui le quitta pour courir eu avant et pouvoir embrasser le premier et sa mère et ses sœurs.
Ce ne fut qu'une voix de tous côtés quand on vit cette belle famille réunie.
— Et les honnnes osent se plaindre ! disait tout ce qui conteniplait le bonheur de celui-ci,
— Mes sœurs, dit rimmortelle, je me suis tue pour ne point attrister le doux spectacle que vous avez sous les yeux. Mais n'accusez point les hommes : j'ai vu pleurer les plus heureux.
— Prenez garde, ma sœur, dit la Violette blanche, la conq)agne de celle (pi'avail cueillie la jeune lillc, vous êtes bien j)rès de la jolie demoiselle el bien piès de tout ce bonheur. Si le pauvre père allait vous entendre, s'il allait vous voir et vous c()in[)r('n(lre...
— Hélas! dit rinnnortelle, hélas ! mes sœurs, [)laignez ce père, plaignez celte mère infortunée, mais plaignez-moi aussi. Que ne suis-je comme vous une lleur du temps présent! I*our(iu()i, née au milieu de vous, suis-je la kleiih de i.'Auriii; vieV p. .1. Staul.