PUBLIE V\\\ DE SEGUIÏ EN 180Ô
Sans être l'ailulateur des foninies, je crois pouvoir dire qu'en Europe il y a peu de pays où je n'eusse trouvé à retracer l'histoire d'une femme célèbre , mais, excepté Marguerite de Valdemar, Catherine II et Christine, reine de Suède, qui, par ses qualités, sa vie extraordinaire et sou abdication de la couronne, mérite une place dans l'histoire, peu d'autres avaient une assez grande réputation \n)m (igurer à côté d'Klisabeth et de Catherine ^^ Je luc borne donc à considérer dans ce préc's l'Europe moderne.
Le sort des l'emmes devrait être le même dans les différents pays qui se trouvent au même degré de civilisation : mais le caprice des hommes, la forme des gouvernements, les lois infiuiMit nécesseirement sur la condition de cette |)arlic de la société. C'est surtout au plus ou moins de fortune indépendante dont jouissent les femmes, que lient leur existence, et, sous ce rapj)ort, les nuances sont infinies en Euro[)e. Il est difficile d'eu assigner les causes. Pourquoi en France les coutumes mêmes étaient-elles si différentes, dans plusienrs provinces, pour le partage des successions entre les garçons et les filles 7 Pour- <|ii()i lAllemague, la Pologne, la Russie, diffèrent-elles autant sur la partie des biens cpi'elies accordent anx femmes? Pom(|uoi dans les divers Etats d'inu' même partie du monde, voit-on, d'un côté, les fennues être exclues du tiôiie, et (h: l'antre s'y placer à hîur tonr'.' La fantaisie du |)his fort <'sl la seule raison «pidn pniss(! en donner. Je n'enlre|)rendrai |)as même de icchereher (piel est le meillenr système, je ne citerai (pie des exenq)les. Si partout on avait éloigné les
CONDITION DES FK.MMKS DANS I/KUROPE MODERNE. :)85
loinmos lie la souvoraliu' puissance, Elisabeth, Jeanne de Naples, Christine, les deux Catherine, tant d'antres ijue je pourrais citer, n'auraient pas brillé sur le Irôue, nauraient pas olitoun, du monde entier et de leur patrie reconnaissante, le litre de iji-diuls hommes ',
Si le plus ou moins de l'orlune iullue sur l'exisleuce des fonnues, la forme des gouvernements en décide encore davantage : les républicpies sont aussi contraires à l'ambition des femmes que les monarchies leur sont favorables. On se rap|)elle le rôle important qu'elles ont joué dans les premiers temps de la républi(jue romaine ; mais les mœurs étaient pures. Les femmes, si j'ose le dire, étaient alors moins de leur sexe , elles parvenaient plus à s'illustrer par des qualités empruntées aux hommes que par leurs moycjis habituels de séduction; c'était plus Télévalion de Tàme que les grâces du corps, la solidité des sentiments que la finesse de l'esprit, qui leurjvalaient l'admiration. Ce succès est hors de nature, il faut que chaque sexe recueille le genre d'estime qui lui convient ; et, si l'on cherche la force stoïque, le sacrifice des sentiments naturels au bien public, ou doit plutôt l'attendre du courage des hommes que de celui d'un sexe qui luimême doit toujours craindre de se trahir et de mettre son cœur à la place do la raison.
En Suisse, à l'époque de Guillaume Tell, on a vu des femmes saisies, comme les hommes, de l'enthousiasme de la liberté ; mais la simplicité de leurs mœurs les portait au courage ; et l'amour qui les animait les identifiait avec les passions de leurs époux. Depuis que le calme fut rétabli dans leurs montagnes, le peu de luxe et l'ignorance des arts aimables laissèrent ce pays dans une monotonie qui ne donne aux femmes pour plaisirs que ceux qu'offre la nature, et pour occupation que leurs devoirs. Les jeunes filles vivant entre elles, jouissant de bonne heure d'une grande liberté, conservant la pureté de leurs mœurs au milieu de leur indépendance. La certitude de ne s'unir qu'à celui que leur cœur choisira s'oppose à toute galanterie pour le présent, et à toute coquetterie pour l'avenir. Dans d'autres pays, tels que la France, par exemple, le roman de la vie d'une femme jolie, aimable, commence le jour de son mariage ; celui d'une femme en Suisse a commencé dès cette première jeunesse où elle cherchait avec soin l'être qui pouvait lui convenir. Quand, au bout de plusieurs années, elle a éprouvé le cœur de son amant, il ne lui reste plus, après son mariage, d'autre perspective que l'amour de son époux, de ses enfants et l'assiduité dans son ménage. Voilà sa principale aflaire ; point d'intrigue pour les places, ni pour les rangs. Les lois sont fixes ; un jour ressemble à l'autre. Les plaisirs y sont moins vifs et plus simples, les richesses moins brillantes et plus solides. Ce tableau donne moins I idée du plaisir que celle du bonheur.
Quel contraste frappant présente l'Italie! On y voit tous les genres de sensations être le seul but d'un sexe qui ne cherche sans cesse qu'à goûter et inspirer
* Rex fil t Elisith^'lli, fdil i-l rc;,'ina Jacobus. — Kli-^iilu-lb lui un roi, et Jacques fut une reine.