ELISABETH D'ANGLETERRE
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Élisibetli. fille de Henri Vlll cl de Anne de Boulein, naqiiil le 8 septeniine 1555 ; sa sœur, la reine Marie, lia fit subir une longue eaptivilé. Le malheur affaisse les âmes communes et redouble l'énergie des âmes supérieures. Elisabetli, dans sa longue caplivité, trouva le moyen de s'instruire el de cultiver son esprit. Elle apprit les langues el Tliisloire, mais le grand art de régner fui sou élude principale. Connaissant à fond le pa\s auquel elle devait donner des lois, sa politique adroite et profonde s'exerça de bonne heure à ménager tous les partis... A peine fut-elle souveraine jiar la mort de sa sœur Marie, qu'elle convoqua un parlement, et établit la religion anglicane telle qu'elle est aujourd'hui.
Elle se fil chef de la religion sous le nom de Souveraine gouvernunte de l'Église d'Angleterre pour le sjurituel et le temporel.
On peut lui reprociier les cruautés qu'elle exerça jiour soutenir celte religion...
Elisabeth se signala plus encore par ses (jualités personnelles que par le secours des armes et des conquêtes, moyen toujours brillant, mais qui laisse autant de chances au hasard qu'au véritable mérite.
C'est par une politique aussi sûre que savante qu'elle parvint à repousser tous les coups qu'on lui portait... On ne peut nier que ses cruautés envers Marie Stuart ternissent l'éclal de ses qualités, mais quant à ces barbaries politiques, on peut dire que tout le monde n'a pas le droit d'apprécier la conduite des grands hommes. Elisabeth ne doit être jugée que par les hommes d'Etat, les ministres et les rois. Celte dissimulation profonde, qui faisait la première base de son caractère, est une science coupable dans la société, mais peut-être trop nécessaire sur le trône.
Elibabeth ijui, dans la crainte de se donner un maître, avait refusé pour époux les plu> |iuissants princes de l'iùnope, ne put résister à la douleur que lui causa la morl du comte d'Essex, qu'elle aimait et qu'elle avait elle-même condamné.
Elisabeth mourut dans la langueur el les regrets, à soixante-dix ans, après avoir gouverm l'Angleterre quarante- quatre ans.
l)t Ségur.
\oH\ rupiiiiiMi lie iiuulamo (.le Lamborl. : .
fse On a dans tous los temps négligé l'ôdiication des Mlles : l'on n'a d'atleiitioii i|uo pour It s lioiuuies, t>t, oouune si les rcnuiies éfaieni une espèce à part, on les alunulonno à el!es-nièiiies sans st>couis : sans pons(>i(|u'ellos ooniposenl lanioilii' du monde; qu'on est uni à elles nécessanement par les alliances; qu'elles font le bonheur ou le malheur des honunes, (jui toujours sentent le besoin de les avoir rai>onnable>, et «'est par elles (pie les maisons s'élèvent ou se détruisent; (|ue l'éducation des enfants leur est confiée dans la première jeunesse, temps où les impressions se font plus vives et plus profondes. Que veut-on qu'elles leur inspirent, puisque dès l'enfance on les abandonne elles mêmes à des gouvernantes (pii, étant prises ordinairement dans le peuple, leur inspirent des sentiments bas, qui réveillent toutes les passions timides, la superstition à la place de la religion? Il fallait bien plutôt penser à rendre héréditaires certaines vertus, en les faisant passer de la mère au\ enfants, qu'à y conserver les biens par des substitutions. Rien n'est donc si mal entendu que l'éducation qu'on donne aux jeunes personnes : on les destine à plaire, et on ne leur donne des leçons que pour les agréments; on fortifie leur amour-propre, on les livre à la mollesse, au monde et aux fausses opinions ; on ne leur donne jamais des leçons de vertu et de force. Il y a une injustice, ou plutôt une folie, à croire qu'une pareille éducation ne tourne pas contre elle.
® Les femmes, d'ordinaire, ne doivent rien à l'art. Pourquoi trouver mauvais qu'elles aient un esprit qui ne leur coûte rien? Nous gâtons toutes les dispositions que leur a données la nature : nous commençons par négliger leur éducation; nous n'occupons leur esprit à rien de solide; et le cœur en profite : nous les destinons à plaire, et elles ne nous plaisent que par leurs grâces ou par leurs vices. Il semble qu'elles ne soient faites que pour être un spectacle agréable à nos yeux. Elles ne songent donc qu'à cultiver leurs agréments, et se laissent aisément entraîner au penchant de la nature; elles ne se refusent pas à des goûts qu'elles ne croient pas avoir reçus de la nature pour les combattre.
Mais, ce qu'il y a de singulier, c'est qu'en les formant pour l'amour, nous leur en défendons l'usage.
Madame de Puisieux a dit :
c^ Les hommes ont si mauvaise opinion de l'esprit des teiiimes, qu'i's nous font des livres à part, des méthodes particulières, comme l'on fait aux enfants des catéchismes à leur portée.
® On croit que quand on a mis une fille au couvent pendant sept ou huit ans, qu'on lui a donné des maîtres qui, la plupart du temps, ne lui ont rien appris, on a tout fait. Avec cette façon de penser, on a des filles pétries de préjugés, d'orgueil, df^ vanité, d'impertinence.
^ Les inères d'un certain rang se croiraient déshonorées si elle-; élevaient
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leurs tilk'S près d'elles. Les soins qu'elles sacrifieraient à leur éducation leur coûteraient un temps qui leur est trop cher ; elles le doivent au plaisir, et elles n'en ont jam.iis de reste. Elles ont doinié le jour à des fdies, et el'es s'embarrassent tort peu si elles auront jamais de la raison, ol puis il faudrait prêcher d'exemple, et cela ne se peut.
C'est encore une femme qui fait faire par une héroïne de roman la critique ingénieuse du même système.
^ Il m'a fallu beaucoup de temps, — écril la Péruvienne, — pour découvrir la cause du mépris que l'on a presque généralement ici pour les iemmes. Enfin je crois l'avoir découverte dans le peu de rapport qu'il y a entre ce qu'elles sont et ce que Ton s'imagine qu'elles devraient être. On voudrait qu'elles eussent du mérite et de la vertu, mais il faudrait que la nature les fît ainsi, car l'éducation ((u'on leur donne est si opposée à la lin (ju'on se propose, qu'elle me paraît être le chef-d'œuvre de l'inconséquence française...
Du moment que les filles commencent à être capables de recevoir des instructions, on les enferme dans une maison religieuse pour leur apprendre à vivre dans le monde ; on confie le soin d'éclairer leur esprit à des personnes auxquelles on ferait peut-être un crime d'en avoir, et qui sont incapables de former leur cœur, qu'elles ne connaissent pas. On ne connaît presque point en France le respect pour soi-même, dont on prend tant de soin de remplir le cœur des jeunes vierges de notre pays. Au peu de soin qu'il prennent de l^'àme des femmes, on serait tenté de croire que les Français sont dans l'erreur de certains peuples barbares qui leur en lefusent ime.
Régler les mouvements du corps, arranger ceux du visage, composer l'exté- • rieur, sont les poitds essentiels de l'éducation. C est sur les attitudes plus ou moins gênantes de leurs filles que les parents se glorifient de les avoir bien élevées. Ils leur recommandent de se pénétrer de confusion pour une laute commise contre la bonne grâce; ils ne leur disent pas que la contenance honnête n'est qu'une hypociisie si elle n'est l'effet de l'honnêteté de l'àme. On borne la seule idée qu'on leur donne de Ihoimeur à n'avoii' point d'amants, en leur présentant sans cesse la certitude de plaire pour récompense de la gêne et de la contrainte qu'on leur impose, et le temps le |)lus précieux pour former l'esprit est employé à acquérir des talents imparfaits dont on fait peu d'usage dans la jeunesse, et qui deviennent ridicules dans nn âge plus avancé. M'"" de Giiakfigny.
Si l'œuvre de lénelmi |)assn poui' ainsi diie inaperçue, il n'en fut pas ainsi de \ Émil(% c(! livre précurseur d'inie des |(lus grandes commotions sociales que l'histoire ait (iincgistrées. Nous nous bonieions à extraire de ce voluniineiix ou- \rage, que tout le inonde coimait, mais (pu- l'on ne lit plusguèics, queltpies passages saillants.
gg3 Dès qu'une fois il est démontré cpie l'iionnne et la fennne ne sont m ne doi\ent être loiistituês de mèiiie, de r;irartère ni de lempéianieiil , il ^'ensuit
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qu ils. ne doivent pas avoir la même éducation. En suivant les directions de la nature, ils doivent auir de concert, mais ils ne doivent pas faire les mêmes choses ; la fin des travaux est conmiunc, mais les travaux sont différents, et par conséquent les goûts qui les dirigent...
Tout ce qui caractérise le sexe doil être respecté connue établi par elle. Vous dites sans cesse : Les femmes ont tel ou tel défaut que nous n'avons pas. Votre orgueil vous tronq)e : ce siraient des driauts j)our vous, ce sont des qualités pour elles; tout irait moins bien si elles ne les avaient pas. Empêchez ces prétendus défauts de dégénérer, mais gardez-vous de les détruire.
Les femmes ne cessent de crier (pie nous les élevons pour être vaines et coquettes, que nous les amusons sans cesse à des puérilités pour rester j)lus facilement les maîtres; elles s'en prennent à nous des défauts que nous leur reprochons. Quelle fohe! Et depuis quand sont-cc les hommes qui se mêlent de Téducation des filles? Oui est ce qui empêche les mères de les élever comme il leur plait'.' Elles n'ont ])oint de collège! grand malheur! Eh! plùl à Dieu qu'il n'y en eiit jioint pour les garçons! ils seraient plus sensément et plus honnêtement élevés. Eorce-t-on vos filles à perdre leur temps en niaiseries? Leur fait-on malgré elles passer la moitié de leur vie à leur toilette, à votre exemple? Vous empèche-t-on de les instruire et faire instruire à votre gré?...
csS Est-ce notre laule si elles nous plaisent quand elles sont belles, si leurs minauderies nous séduisent, si l'art qu'elles apprennent de vous nous attire et nous flatte, si nous aimons à les voir mises avec goût, si nous leur laissons affiler à loisir h s armes dont elles nous subjugent? E!i! prenez le parti de les élever comme des hommes ; ils y consentiront de bon cœur ! Plus elles voudront leur ressembler, moins elles les gouverneront, et c'est alors qu'ils seront vraiment les maîtres.
A force d'interdire aux femmes le chaut, la danse et tous les amusements du monde, on les rend maussades, grondeuses, insupportables dans leurs maisons. Pour moi, je voudrais qu'une jeune Anglaise cultivât avec autant de soin les talents agréables pour plaire au mari qu'elle aura, qu'une jeune Albanaise les cultive pour le harem d Ispahan, Les maris, dira-t-ou, ne se soucient point trop de tous ces talents : vraiment, je le crois, quand ces talents, loin d'être employés à leur plaire, ne servent que d'amorce pour attirer chez eux de jeunes impudents qui les déshonorent.
£sg Cultiver dans les femmes les qualités de l'homme et négUger celles qui leur sont propres, c'est visiblement travailler à leur prrjudice : les lu.-ées le voient trop bien pour en être les dupes; en tâchant d'usurper nos avantages, elles n'abandonnent pas les leurs; mais il arrive de là -que, ne pouvant bien ménager les uns et les autres, parce qu'ils sont incompatibles, elles restent au-dessous de leur portée sans se mettre à la nôtre et perdent la moitié de leur prix. Crovezmoi, mère judicieuse, ne faites pas de votre tille un honnête homme^ comme pour
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donner un démenti à la nature ; faites-en une honnête femme, et soyez sùro (ju'e.le en vaudra mieux pour clic et pour nous.
® S'cusuit-il qu'elle ddivc être élevée dans l'ignorance de toute chose, et bornée aux seules fonctions du ménage'.' L'homme fera-t il sa servante de sa compagne? Se privera-t-il auprès d'el e du plus grand charme de la société? Pour mieux Tisservir, rempéchcra-t il de rien sentir, de rien connaître? En fera-t-il nn véritable aulomale? Non, sans doute; ainsi ne la pa.> dit la nature, qui donne aux fcuimcs un esprit si agréable et si délié : au contraire, elle veut qu'elles pensent, qu'elles jugent, qu'elli^s aiment, qu'elles connaissent, qu'elh s cultivent leur esprit comme leur figure; ce sont les armes qu'elle leur donne pour suppléer à la force qui leur manque, et pour diriger la nôtre. Elles doivent aj)prcndre beaucon|> de choses, mais seulement celles (pfil leur convient de savoir. . .
® L'oisiveté et l'indociliié sont les deux défauts les plus dangereux pour elles, et dont on guérit témoins quand on h s a contiactés. Les tilles doivent être vigilantes et laborieuses ; ce n'est pas tout : elles doivent être gênées de bonne heure. Ce malheur, si c'en est un pour elles, est inséparable de leur sexe, et jamais elles ne s'en délivrent que pour en souffrir de bien plus cruels. Elles seront toute leur vie asservies à la gène la j)lus continuelle et la plus sévère, qui est celle des bienséances. Il faut les exercer d'abord à la contrainte, afin (ju'elle ne leur coûte jamais rien ; à dompter toutes leurs fantaisies, pour les soumettre aux volontés d'antrui. Si elles voulaient toujours travailler, on devrait quehpiefois les foicer à ne rien faire. La dissipalion, la fiivolité, l'inconstance sont des défauts qui naissent aisément de leurs premiers goûts corrompus et toujours suivis. Pour prévenir cet abus, apprenez-leur surtout à se vaincre. Dans nos insensés élablissements, la vie de riionnéte femme est un combat perpétuel contre elle-même: il est juste que ce sexe partage la peine des maux qu'il nous a nous causés.
.1. J. Rousseau.
(irinmi ne diliere gïière d'opinion a\ec ses devanciers.
^ Tous les défauts (jn'on peut leprocher aux fennnes sont l'onviage de la société et surtout d'une éducation mal ci/Ui.ue. Doit on s'étonner, eu elTet, de les voir artilicicuses, hypocrites cl rusées, lorsfpic tous \)os soins tendent à leur inspirer et à nouriiien elles des sentiments qiu' les injustes lois d'une bienséance (■himéri(pie leur ordonnent de cacher sans cesse? l'arlagces enlic ces scntimcntN aulorisé.s par la nature et les usages (pi'unc coutume bizarre a érigés en devoirs, connnent se lireraient-elles d'un labyrinllu! où c(> «pii est réel et naturel est sacrilié à c(! (pii est imaginaire et factici;? .\ujourd'hni, unc! femme jetée dans le
i„l(;, dont elle igiior(! les dangeis, saura-l-elle connnent s'y preiulre pour dé-
mclcr ce «pii ' >t Tcsscncr de la \crtu cl de l'honneur d'avec les pré>eptes de ces dcNoirs ima;;inaire.> dont on a bercé son enfance"'' Rec(umaissant bentot la hilililê de ces derniers, ne ris(piera-l-elle pas d'élendre le mêpiis qui leur est
KUICATIO.N. 189
dû jus(|M ;in\ \filns los plus iiulisppiisables? A lorce (favoii' senti les eiiUaves, l'Ile ne connailra pins de hoi lU's ; et, eoniondanl les devoirs réels avec des pratiques arbitraires, en substituant ces dernières an\ i>reniiers, elle se trouvera perdue avant tpie d avoir pu faire la première réilevion sensée, (i'ouunent, au milieu de ce trouble, éebappera-t-elle à la séduction des bonimes?
Grégoire, évètpie de lilois, a, lui aussi, abordé liniportante (piestion.
SS3 L'entance et la jeunesse de la l'eunne doivent éti'e dirigées de manière à correspondre au but du Créateur et à sa destination dans la société ; malheureusement, elle partici|ie au vice général de ce cprabusivemenl on appelle chez nous l'éducation, l'utile est sacrifié à l'agréable. Les talents séducteurs sont plus cultivés, |)lns vantés cpie toutes les qualités de la l'ennue forte dont jjarle l Kcrifure. On fait beaucoup poiu' res|)rit, })res(jue lien pour le cœur, et cette précocité de développement intellectuel, qui devrait, seconder la vertu, devient souvent une arme contre elle.
as L'exemple est le plus puissant des instituteurs ; mais que deviendront des enfants si, au lieu de les entourer de modèles à imiter, tout ce qui frappe leurs oreilles et leurs yeux reproduit sans cesse les images de la dépravation? Une fille pubère fait son entrée dans le monde : si la religion ne l'a pas j)rémnnie contre les dangers, résistera-t-elle aux attraits du vice qui tentera d'envahir son cœur, tantôt en ébranlant sa foi, et peut-être sous le voile même de la dévotion? Dans la société, elle entendra des sarcasmes contre la piété, qu'on traitera de [)efifesse, contre la pudeur, qu'on traitera de pruderie; des libertins lévoqueront en doute la vertu de toutes les personnes de son sexe pour lui ravir même l'honneur du combat et hâter sa défaite. Elle écoutera des discours, lira des ouvrages, fréquentera des sociétés où l'on s'etîorce d'innocenter le vice, en le déguisant sous des noms honnêtes. Au théâtre, elle entendra ridiculiser la fidélité conjugale, et, actuellement surtout, vanter sans cesse un monar(|ue dont on chante les amours adultères. A la chanson très-connue qui les rappelle est adapté un air (pie 1 on fait même retentir dans les églises. L'impression du scandale sera d'autant plus fâcheuse qu'elle verra les |)uissants de la terre passer sans scrupule d'une chapelle au théâtre, de la messe à l'opéra. N'en condura-t-elle pas qu'on peut associer des choses inconciliables, des pratiques ascétiques aux plaisirs mondains? Quel prix attachera-t-elle à la vertu quand elle verra qu'on fréquente sans répugnance des femmes, les unes a})pelées veuves du public, les autres tenant académies de jeux, ce qui (dit Duclos) les engage certainement à plus d'un métier. Faut-il s'étonner qu'au lieu de cette modestie qui défend une femme contre la témérité du vice, la plu|)art aient cette contenance audacieuse qui défie les regards et semble dire (ju'elles seraient aftligées d'être trop respectées! Faut-il s'étonner (jne la sainteté conjugale soit profanée, et que souvent le mariage ne soit qu'un voile pour couvrir des désordres I
^ Personne ne ccmtestera l'importance de l'éducation des femmes, puisque
|<)(i I.KS FEMMbS 1) APUÈS LKS AlTELiRS FRANÇAIS.
nous it'ccNons (iellos ces piemièies impressions morales, dont l'intlueiice s'étend sur toute la durée do la vie. Avec le lait d'une mère, sui- son sein, on puise les notions élémentaires de la n. orale. La femme, plus que son époux, contribue à établir l'ordre, à faire régner le bonheur dans sa famille; et (juand les mo.'urs domestiques sont pures, les mœurs publiques s'améliorent nécessairement.
Dans tous pays il est une foule d'établissements soit d'instruction , soit d'industrie qui, par leur nature, ne peuvent être accessibles qu'aux bonunes : mais les lois et l'usage ont multiplié les exclusions, au lieu d'agrandir le cercle des occupations auxquelles des femmes pourraient se livrer sans déroger aux convenances de leur sexe.
Nous trouverons encore plus dune \oix autorisée jjour cornd>orer les précédentes assertions.
^ Chez presque tous les peuples, l'éducation, relativement à l'inslruction, a été infiniment moins soignée pour les femmes que pour les hommes.
W DE COICV.
Sa Lorsque les hommes ont daigné songer à l'éducation des fenmies, ils se sont toujours livrés à des pensées personnelles. Ils ont voulu qu'on les élevât de manière, tantôt à leur inspirer des passions, tantôt à servir leurs intérêts de vanité ou d'économie. Maintenant les vues se sont étendues; on espère avec •rrandc raison trouver en elles de bons instruments d'éducation, et on cherche à les dévelojjper pour cet objcl, mais c'est toujours dans le même esprit. Il ne semble pas (pie la moitié du genre humain vaille la peine d'être perfectionnée pour son pro[tre conq>te. Un ne voit pas dans la fennne une o'uvre divine qu'il s'agit de traiter conformément à sa nature, et d'amener au point de grandeur morale et de bonheur dont elle est ici-bas susceittible; oti lui assigne d'avance un rôle, et on la rend propre à le remj)lir, mais elle n'est pour rien dans l'éducation (Hi'on lui donne. D'après l'opinion, sa fin n'est pas en elle-même, et malheureusement n (!sl pas non plus en Dieu...
Dans les sciences, dans la morale, dans les coimaissances sociales, on n'a longtenu)s présenté aux fenmies (|ue des vérités voilées, rélrécies, arrangées pour certaines vues...
La religion elle-même a élé un moyen plutôt (pi'elle n ii offert un but.
c-^ Nous sommes peisnadée (|n'une cnllure d'esprit plus judicieuse, plus rationnelle, plus digne d'un èlie inunoitel, ferait éclore chez les ienunes une variété de «Ions cpj'cni ne leiu' sou|ieonne guère, et donnerait aux inlelligences calmes et sérieuses la part de dévelo|)|)emenl (pii leur est si injiisleuieul l'elusée.
M""^ Nkckkh.
fei (ielte généralisation de la bonté, (|ui ne niarclie pas sans un développenicnl de l'esitril, est parlirnlicicmenl ni-cessaire aux lennnes. Disposées a nielire
de la passion dans tous leurs inlérèls, ollos doiuicnl larilcMueut de l'intolçranco à leui-s préjugés.
Enfin, losprit des femmes même n'esl point en sûreté tant qu'il demeure fermé aux idées générales. Oui! vienne en effet un temps où le préjugé et l'usage, seuls liens qui les contiennenl, soient ébranlés; quel principe de conduite ou de toi leur restera-t-il ? Tant (jue les combinaisons politiques et sociales ne sont point troublées, tant que les formes religieuses soni encore intactes, la règle établie donne à leur conduite une apparence uniforme qui peut leur suffire, elles vivent dans l'ordre : mais cet ordre, des événements inattendus peuvent tout à coup l'interrompre; le seul mouvement des esprits, la seule diversité des caractères peuvent faire surgir mille circonstances nouvelles. Surprise par l'imprévu, la faible raison des femmes se confond et s'égare ; n'eùt-il pas été désirable qu'on donnât à leur esprit une éducation plus large et plus profonde, qui leur assurât la ressource d'une morale primitive là où la convention vient à leur manquer?
ES Les cboses sont arrangées ou dérangées de manière que depuis douze ans jusqu'à dix-huit nos filles se ressemblent à peu près toutes. Elevées dans les mêmes formes, condamnées à la mémo nullité, on exige de leur jeunesse qu'elles ne laissent apercevoir que les qualités absolument nécessaires à cet éloge banal qu'on fait si facilement d'une jeune personne qu'il faut établir. Après avoir parlé plus on moins de sa figure, beaucoup de sa fortune, vanté ses talents, son air modeste, qui n'est peut-être que l'affectation d'un silence prescrit ; sur cette fade et mensongère énumération, on la livre à qui ne la connaît point, quand vraisemblablement elle s'ignore elle-même. M'"* de Rémusat.
® Je ne connais rien qui ait moins de rapport avec la vie réelle et raisonnable d'une femme que celle d'une jeune personne élevée au milieu de soixante autres, et dans ce mouvement de petits intérêts, de petites intrigues, de petits mystères, de petites confidences, de babil et de commérages de toutes les sortes, inévitables entre un si grand nombre. - M""" Glizot.
^ C'est une chose très-difficile à décider que le système d'éducation le plus propre à former ces êtres précieux, qui doivent réunir à la fois tous les agréments et toutes les vertus, toutes les qualités essentielles dans leurs familles et tous les moyens de plaire dans les cercles brillants. Cette question n'a peut-être pas été discutée avec assez d'importance. Si l'on réfléchit mûrement, on en trouvera peu de plus intéressantes. Le ciel, en créant une femme, semble dire à l'homme : « Voilà le tourment ou le charme^de ton présent et de ton avenir ; dirige cet être, formé par l'heureuse mobilité de sesorganes pour recevoir toutes les impressions que tu voudras lui donner; c'est un autre toi-même que je t'offre; pour t'en occuper, il ne faut en quelque sorte que de la personnalité. »
î83 Former l'esprit et le cuhu" d'une femme, voilà, je crois, quel doit être le but presque unique de cette éducation. Le cenur des femmes répond de leur caractère, et leur esprit, de leur conduite.
Ii>2 LFS FKMMKS I) Al'UKS LKS AlilKinS rUANÇAlS.
ES3 Je sais quoii doit également éviter de donner trop on trop peu d'inslrnclion MiK femmes; je sais qne le penchant habituel qui les porte .1 dominer doit le;; exposer à quelques formes de pédanterie, si elles sont savantes; mais ri'nioranre est pour elles le danger le plus véritaltle. De Séguu.
S^ L'éducation actuelle des femmes, ce mélange bizarre de pratiques pieuses et de chansons fort vives, est la chose du monde la mieux calculée pour éloigner le bonheur. Cette éducation fait les tètes les plus inconséquentes. Madame de R..., qui craignait la mort, vient de mourir [)arce qu'elle trouvait drôle de jeter les médecines par la fenêtre. Ces pauvres petites fenmies prennent l'inconsé- ()uence pour de la gaieté, parce que la gaieté est souvent inconséquente en apparence. C'est comme l'Allemand qui se fait vif en se jetant par la fenêtre.
8g3 Quel est l'homme, dans l'amour ou dans le mariage, qui a le bonheur de pouvoir communiquer ses pensées, telles qu'elles se présentent à lui, à la femme avec laquelle il passe sa vie? 11 trouve un bon cœur qui partage ses peines, mais toujours il est obligé de mettre ses pensées en petite monnaie s'il veut être entendu, et il serait ridicule d'attendre des conseils raisonnables d'un esprit qui a besoin d'un tel légime pour saisir jos objets. La femme la plus parfaite, suivant les idées de réducation at^luelle, laisse son |iartenaire isolé dans les dangers de la vie, et bientùl court risque de rennuyer.
Quel excellent conseiller un homme ne trouverait-il pas dans sa femme si elle savait penser! un conseiller dont, après tout, hors un seul objet, et qui ne dure que le matin de la vie, les intérêts sont exactement identiques avec les siens!
® Supposons une jeune fille avec quelque talent; trois ans après qu'elle est mariée, elle ne prend pas sa harpe ou ses pinceaux une fois par mois : ces objets de tant de travail lui sont (bfvcmis ennuyeux, à moins (pic le hasard ne lui ait donné l'âme d'un artiste, chose toujours fort rare et ipii rend [tcu propre aux soins domestiqii(!s.
C'est ainsi que, sous un vain prétexte de décence, l'on n'apprend lien aux jeunes filles qui puisse les guider dans les circonstances qu'elles rencontreront dans la vie; on fait plus, on lem- cache, on leur nie ces circcmstances alin d'ajouté!' à leui- force : 1" l'effet de la surprise, 1" l'effet de la défiance rejetée sur toute l'éducation connue ayant été menteuse. Je soutiens (pion doit parler de l'amour à des jeunes filles bien é!ev(';es. Qui osera avancer de bonne foi (pie dans nos moeurs actuelles les jeunes filles de seize ans ignorent l'existence d(! l'amour? Par (pii rc(;()iv(!nt-elles cette idée si ini|)oitaiit(' cl si difficile à bien donner? Voyez Julie d'Ktanges se plaindre des coimaissanccs (piClic doit à la Chaillot, une femme de cbiunbre de la maison. Il faut savoir gré à l{ousseiiii d'iixoir osé cire peiiitr(; fidèle en un siècle de fausse déceiiec.
F»G On fait contre l'éducation des lèmmes cette (dijeclioii (|ii Cllcs sont chargées des petits travaux du ménage. Mon colonel, M. S***, a ipiatre filles, élevées dansiez m('illeiii> principes, c' est -;'i -dire (|ircllcs liiivadIcMl loiile la journée:
KniCATldiN. i\)ô
(|uaiul j'ai rivo, elles oliaiitent la iiMi>it|ne de Rossini (|ue je leiii' ai a|)portée de Naple^; du resle, elles li.Nent la Bible de Uoyauiuont, elles apprcmient le bête de Ihisloiro, e'esl-à-dire les tables chronologiques cl les vers de Le Hagois ; elles savent beaucoup de géogra|)bie, l'ont des broderies admirables, et j'estime (|ue chacune de ces jolies petites (illes peut gagner, par son lia\ail, huit sous par jours. Pour trois cents journées, cela fait quatre cent quatre-vingts francs par an, c'est moins (pie ce qu'on doime à un de leurs maîtres. C'est poui' quatre cent quatre-vingts bancs par au qu'elles perdent à jamais le tcnq)s pendant lequel il est donné à la machine humaine d'acquérir des idées,
^ On dit encore : Si les femmes lisent avec plaisir les dix ou douze bons volumes qui paraissent chaque année en Europe, elles abandonneront bientôt le soin de leurs enfants. C'est comme si nous avions peur, en plantant d'arbres le rivage de l'Océan, d'arrêter le mouvement de ses vagues. Ce n'est pas dans ce sens que l'éducation est toute-puissante. Au reste, depuis quatre cents ans l'on présente la même objection contre toute espèce d'éducation. Non-seulement une l'ejnme de Paris a plus de vertus en 1820 qu'en 1720, du temps du système de Law et du Régent, mais encore la fille du fermier général le plus riche d'alors avait une moins bonne éducation quelafillcdu plus mince avocat d'aujourd'hui. Les devoirs du ménage en sont-ils moins bien remplis? Non certes. Et pourquoi? C'est que la misère, la maladie, la honte, l'instinct forcent à s'en acquitter. C'est connue si l'on disait d'un officier qui devient trop aimable, qu'il perdra l'art de monter à cheval ; on oublie qu'il se cassera le bras la première fois qu'il prendra cette liberté.
^ Éclairez l'esprit d'une jeune fille, formez son caractère, donnez-lui enfin une bonne éducation dans le vrai sens du mot : s'apercevant tôt ou tard de sa supériorité sur les autres femmes, elle devient pédante, c'est-à-dire l'être le plus désagréable et le plus dégradé qui existe au monde. Il n'est aucun de nous qui ne préférât, j)our passer la vie avec elle, une servante à une femme savante.
Si Au lieu de la société et de la conversation des hommes-femmes, une femme instruite, si elle a acquis des idées sans perdre les grâces de son sexe, est sûre de trouver parmi les hommes les plus distingués de son siècle une considération allant presque jusqu'à l'enthousiasme.
® Par léducation actuelle des jeunes filles, qui est le fruit du hasard et du plus sot orgueil, nous laissons oisives chez elles les facultés les plus brillantes et les |)lus riches en bonheur pour elles-mêmes et pour nous. Mais quel est l'homme qui ne se soit écrié au moins une fois en sa vie :
Une (emnie on sait toujours assez.
Quand la capacité de son esprit se hausse A connaître un pourpoint d'avec un baut-dc-cliausBL'. Les Femmes savantes, ado 11, scono vu.
lui Li:S FEMMES D'APRÈS LES AUTEURS FRANÇAIS.
^ A Paris, la première louange pour une jeune fille à marier esl celle phrase : « Elle a beaucoup de douceur dans le caractère, el par liabiludc moutonne. » Rien ne fait plus d'effet sur les sols épouseurs. Voyez-les deux ans après, déjeunant tète à tèle avec leur femme par un temps sombre, la casquette >ui- la tèle et entourés de trois grands laquais...
® Le plaisant de l'éducation actuelle, c'est qu'on n'apprend rien aux jeunes lilles qu'elles ne doivent oublier bien vite dès qu'elles seront mariées.
^ Les ignorants sont les ennemis-nés de l'éducatoin des femmes.
^ Un sot de trente ans se dit, en voyant au château d'un de ses amis des jeunes fdles de dou/.e : « C'est auprès d'elles que je passerai ma vie dans dix ans d'ici. » Qu'on juge de ses exclamations el de son effroi s'il les voyait étudier (pielque chose d'utile. Steindahl,
®3 Parle-ton d'instruire les épouses et les mères : Prenez garde, disent tous les hommes de celte doctrine, vous allez renverser la famille. Parle-t-on de leur donner des droits : Prenez garde, vous allez détruire la nature féminine; elainsi, cachant leur envieux despotisme sous im masque de respect, interdisant aux fenunes tout développement intellectuel ou vital, sous le prétexte de leur laisser l'empire dans la fauiille, et les asservissant ensuite dans la famille sous le prétexte de leur laisser leur caractère de femmes, ils transforment la tyrannie même en un lionmiage menteur! Eh bien! je vous le dis, c'est au nom de la famille, au nom du salut de la famille, au nom de la maternité, du mariage, du ménage, (pi'il faut réclamer |)our les (illes une forte et sérieuse éducation.
I^RiNEST Li;GOUVli.
^ (juel sort que celui des femmes! également en proie à toutes les séduclitms des j)laisirs, à toutes les angoisses de la douleur, comme amante, conune épouse, connue mère, sans autres armes que leur faiblesse. Qui ne comprendra combien il esl injporlanl de leur doimer une éducation large, profonde, qui leur préparc la ressource il'une vertu plus puissante! (pie les donlems (pii les attendent elcpie les séductions qui les menacent !
Autrefois la religion les instiiiisait du liant de la cliaiie. Mais en roiu-entranl sa morale dans la pénil(!nce, elle donnait |)lus de ressoil an repentir (pTà la vertu. Les Massillon, les Bourdaloue, les Bossuet travaillaient à étonffei' les passions : ils auraient du apprendre à les diriger.
QbQ Vouloir boiiKir l(!s fenunes au gonvciiKMnent matériel de leur maison, ne bîs instruire (pu; pour cela, c'est oublier (juc c'est de la maisou de cluKpu' citoyen (juc sortent les erreurs et les pn'jugés (pii go\iveineiit le monde.
E83 Si la vie des femnuîs devait se (Mincentrer dans les ateliers et dans les l'êtes, s'il s'agi.ssail pour elles seulement d'éblouir (t de plaire, le grand problème se-
rail résolu par celle éducation de soirées ; mais les heures do plaisir sont courtes, et à leur suite arrivent les heures lentes de réttexion.
La vie intérieure, la vie morale, les devoirs de mère et les devoirs d'épouse, tout cela arrive, et tout cela a été oublié. Alors on se retrouve dans le vide au sein de sa fomille, avec des passions romanesques, nue exaltation sans frein, et l'emuii, ce grand desirucleur de la vertu des femmes. Des suites funestes de cet élat de choses, les oémissements en halteut nos oreilles, c'est le cri de toutes les mères, la plainte de tous les maris; et dans ces étreintes douloureuses, où cliacwn s'agite, se désespère, le pis est que rinsonciancc termine tout.
Aimé Martin.
^e On élève trop généralement les femmes dans un seul but, (jui est de plaire et d'être, nous ne dirons pas aimées, mais admirées et adorées : deux mots (|ui répondent à l'excessive vanité qu'on cultive en elles, et au romanesque qui vient compléter l'œuvre.
A voir comment on dirige l'éducation féminine, on serait tenté de croire (jnc cette moitié de 1 espèce humaine ne vaut pas la peine d'être formée, instruite, améliorée pour son compte. Comme si la femme n'était pas un être raisonnable et libre, responsable de ses actes à Dieu, qui lui a assigné de même qu'à l'homme un but éternel: on lui trace un rôle égoïste, personnel, entièrement factice et mensonger, circonscrit dans la coquetterie comme moyen, dans la vanité comme ressort, dans le romanesque comme perspective à atteindre. Oubli de la nature de la femme iju'on ne songe à grandir ni à développer ; oubli de sa dignité, de sa noblesse comme être intelligent. On la dresse à captiver les hommes, à leur plaire; sans s'occuper de lui donner, à elle, cette bonté intrinsèque, cette vertu, cette valeur personnelle, but de l'être intelligent, et qui produisent toutes les qualités, toutes les aptitudes nécessaires à son rôle naturel.
Les femmes qui raisonnent se plaignent, à un certain âge, de cette éducation fausse qu'on leur a donnée. Elles en sentent le vide. Elles comprennent, après les illusions tombées et les réalités venues, qu'en soignant seulement les apparences, les superficies et les faux-semblants, on a fait une chose indigne d'elles, de leur but, et, par conséquent, sacrifié complètement leur bonheur. Quand les fleurs de la jeunesse sont fanées, que les coquetteries ne sont plus de mise et que le miroir donne de sévères avertissements, les femmes descendent en elles-mêmes. Elles s'indignent alors de leur nullité. Elles voient avec désespoir qu'elles ne sont plus bonnes à rien. Elles jettent aux hommes le reproche de les avoir élevées pour n'être que vaines et coquettes, de les avoir enfermées dans le culte des choses puériles, pour rester plus facilement les maîtres. Elles se plaignent de n'avoir été façonnées qu'à être les jouets de nos passions, en un mot, seulement pour nous et aucunement pour elles-mêmes.
Ces reproches sont souverainement injustes et mal fondés. Les hommes ne s'opposent en aucune façon à ce que les femmes reçoivent une éducation convenable et diune; au cfmtraire, ils en seraient ravis. BÉi.oriîso.
1% LKS FKMMtS DAPHÈS LKS Al TKI US FRANÇAIS.
La femme charmante qui s'appelait le comte de Launay (|iian(l elle voulait ïiùro (le IVsprit toutes voiles dehorSf s'est un jour écriée :
^ Oh! los femmes! les femmes! elles ne comprennent point leur vocation; elles ne savent point que leur prcmiei' intérêt, leur premier devoir est d'être séduisantes. Qu'elles s'instruisent... bien, mais qu'elles ne négligent pas poin' s'instruire ce qui doit faire leur véritable attrait; qu'elles lisent, mais qu'elles chantent; qu'elles sachent parler l'anglais comme une Anglaise, mais qu'elles sachent porter un chapeau à la française ; qu'elles fassent des vers, si elles peuvent, mais qu'elles sachent rire et danser, plaire endn, plaire avant tout. Vliomme ne demande pas à sa compaijue de partager ses travaux, il lui demande de l'en distraire. L'instruction pour les femmes, c'est le luxe; le nécessaire, c'est la grâce, la gentillesse, la séduction : les femmes sont un ornement dans la vie, et la loi de tout ornement est de paraître fin, léger, délicat et coquet ; ce qui ne l'empêche pas d'être en cuivre ou en pierre, en or ou en marbre.
Peut-être madame de Girardin traçait-elle ces lignes fantaisistes pendant que son mari, sous l'empire des plus austères préoccupations, écrivait les sérieuses pages suivantes, par lesquelles nous clorons cette série de citations ;
^ Tout projet de loi en faveur do rinstruction élémentaire qui néglige l'organisation des écoles de filles, ou qui ne l'établit que comme secondaire, n'atteint pas le but qu'il se propose : chaque jeune fille qu'on instruit devient, aussitôt qu'elle est mère, le moniteur de sa famille.
Il n'y a pas d'exemple d'une femme sachant lire et écrire dont les enfants ne sachent ni lire ni écrire. Si des circonstances font qu'il soit impossible à une mère de se priver de ses enfants pour les envoyer à l'école, (juels que soient ses travaux et ses soins, elle trouvera toujours le temps de leur apprendre ce (pi'elle sera à même de leur enseigner.
Si depuis trente années l'instruction des jeunes lilles avait été l'objet de l'alteiition (pi'elle mérite, on pourrait à cette heiirc parcourir toute la France sans trouver im enfant au-dessous de <piirr/>' ans ne sachant ni lire, ni écrire...
L'instruction d'mi père de famille ne profite souvent (|u'tà lui seul : celle d'une mère de famille, au contraire, toujoiu's se retrouve dans la |)ersonne de ses enfants.
Instruiie les (illes, c'est ouvrii' une école an sein de cha(|ue famille...
La question de l'instruction (pi'il convient de donner aux femmes se réduit, selon nous, à des teiiues très-sinq)les...
Déclarons d'abord qu'en France toute tentative d'émancipation de la femme on des femmes ne saurait être sérieuse^ le ridicule lui sera toujours im obstacle insurmontable; de fait les lois françaises, en harmonie avec la nature et la luii leur de la civilisation, n'asservissent point les fenunes, elles les respecteni et les prolégenl.
I)ari< rêdiical KHI des l'ciiiincs, ce (ImhI il |';iiil ^'occuper :i\aiil loni, r'csl de
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rutilitéde leur mission, (h-, r'osi la inoconnaitro (pie do ne voir en elles que îles <'0»j/W(/nes tloiinôos à riioinme pour oinhellir sa vie, clianner ses loisii's, parla - \^ev ses soulTrauees et doubitM- ses joies.
Considérée sous w point de vue, plus pastoral (pie social, l'instruction snperlieielledes femmes s'explique: il n'est pas nécessaire, en elïet, que leur instruction soit profonde si elles n'ont pas d'autre destinée que celle d'idole ou de victime.
Mais si à l'idvlle du poète vous substituez la pensée du législateur, si à la place de l'épouse vous ne vovez plus que la mère, les rôles rlianireront aussitôt; — à la fennne ap|>artiendra le premier, — à l'homme le second : dans ce dernier vos yeux ne verront plus que le fds élevé par sa mère.
C'est alors que l'instruction des femmes vous paraîtra incomplète et superficielle, entièrement contraire au but (prellc devrait se proposer; c'est alors qu'involontairement votre esprit se surprendra faisant justice de ce lieu commun qui étiole les sociétés : « Lo fe\nme est faite umqnement pour plaire et pour aimer...)) C'est alors que votre esprit s'empressera de reconnaître que, des deux conditions de la femme, celle de mère est !a première, que celle d'épouse n'est que la seconde ; la maternité est sa vocation, elle élève la femme au-dessus de l'homme; le mariage n'est, au contraire, qu'une fonction qui met la femme dans la dépendance de l'homme.
Pour déterminer judicieusement quelle est l'éducation et l'instruction que doivent recevoir les femmes, il importe donc, avant et par-dessus tout, de se rendre un compte exact de la mission que leur préparent les tendances de la société.
Les femmes portent l'avenir des sociétés dans leur sein; jamais il n'y aura de progrès rapides et réels que ceux qui leur seront dus.
L'amélioration du sort des classes populaires et leur moralisation se lient étroitement à l'amélioration de l'instruction des femmes : l'une ne sera possible (pi'après que l'antre aura été réalisée... Aux mères de famille, plus qu'aux lois, il appartient d'exercer une salutaire influence sur les mœurs du peuple et les progrès de la raison humaine.
Soyez assurés que la fille sera toujours bonne épouse si l'éducation d'une bonne mère l'a faite à son image.
Deux lignes renferment tout le programme de l'éducation des tilles :
« Il faut apprendre aux femmes ce qu'elles doivent plus tard enseigner aux enfants qui naîtront d'elles. »
En d'autres termes : il faut donner aux filles et aux garçons nés dans la même condition la même instruction, afin que, dans l'avenir, les filles, devenues mères, accomplissent ce que l'Université ne fait qu'à demi et qu'ainsi soit assurée l'instruction et 1 éducation des enfants. 1']. DE GiRARDIN.
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