LA JEUNE FILLE
Ornée des f^ràces de la jeunesse, au printemps de la vie, la femme est la plus helle des créatures. Voyez avec quelle prol'usiou la uatuie Ta ornée de ses dons les plus enchanteurs. Quelle délicatesse de formes, quelle pureté dans ces lignes arrondies! Pas une saillie ne heurte le regard ; partout la peau mollement étendue ondjde avec grâce et donne à toutes les parties du corps le moelleux le plus parfait. Le tissu cellulaire, au sein duquel reposent les muscles, les tendons, efface les creux, arrondit les angles. Un sang rosé donne au tissu hianc qui le recouvre les teintes les plus tendres et les plus délicates.
Admirez ce visage enchanteur où hrillent tout à la fois la douceur angélique et la puissance magnétique de la beauté! Voyez descendre sur les épaules les boucles flottantes de cette longue chevelure q'ui baigne de ses ondes le corps tout entier. Voile charmant, le premier qu'eut jadis la pudeur et qui lui prête toujours, avec l'attrait le plus séduisant, la plus dangereuse protection. Sur ce front uni, (jn'aucune ride n'a encore sillonné, a[)paraissent l'innoceiuîe, le calme, la j)ureté de Tàme et la fraîcheur de ses illusions. Toutes les séductions, toutes les puissances de la beauté. Dieu lésa réunies dans cet œil enchanteur qui semble, sous sa longue pan|)ière mobile, ajjpartenir à quohpic chérubin venu du ciel. Dou<eui', {(Midic prière, espérance, rêves d'amour et (raveuii' : tout est là.
Héloijino.
Il nous serait fticile de trouver dans les divers auteurs de nosdivei'ses époques littéraires maint portrait physique de jeune fdle, répétant, avec [)lns on moins de bonheiu'. ce tableau de Tidéah^ beauté léminine. Cha(pie roman, par exemple, nous en foui'nirail un, sinon plusieurs, mais ce seraient des lépélilions. Nous avons cru rester mieux dans Fidée première (pii a présidé à la l'oinialion de ce recueil, en donnant la |)iéféren('e à des |)eint>n'es de l'idéale |»erlectiou morale, (lonnnc on le verra, nous avons emprunté ces tableaux à des auteurs |)lacés tous à des points de vue différents. Fénelon, .1. .1. Rousseau, Marivaux, Ihillat-Savalin, c'c^t ;'i-(lii(' un pienx prélat é( livaul pour la ronr, un philosophe écrivant
l\ .IKl.NK KlLLi:. 190
poin' le peuple, un loiiuuuier écrivant pour les leinnies désieuvrécs, et nu niiilérialisle ' éorivaul pour les geus du uioiule, sont les |)enilres cpic nous avons choisis, el qui nous niontreronl successivement quel est, selon euv, ridéal moral d une jeune lille.
ANTIOl'E
ou LA JEUNE FILLi; ACCUMPLlli SKI. ON FKNKI.OX
Antiope est douce, sim[)le, sage; ses mains ne méprisent point le travail ; elle prévoit à tout; elle sait se taire, et agit de suite sans em|>ressemenl ; elle est à toute heure occupée ; elle ne s'embarrasse jamais, parce qu'elle t'ait chaque chose à propos ; le bon ordre de la maison de son père est sa gloire, elle en est |)lus ornée que de sa beauté. Quoiqu'elle ait soin de tout, et qu'elle soit chargée de corriger, de refuser, d'épargner (chose qui fait haïr presque toutes les femmes), elle s'est rendue aimable à toute la maison ; c'est qu'on ne trouve en elle ni passion, ni entêtement, ni légèreté, ni humeur, comme dans les autres fennnes. D'un seul regard elle se fait entendre, et on craint de lui déplaire : elle domie des ordres précis, elle n'ordonne que ce qu'on peut exécuter ; elle reprend avec bonté, et, en reprenant, elle encourage. Le cœur de son père se repose sur elle, connue un voyageur abattu par les ardeurs du soleil se repose à l'ombre sur Iherbe tendre... Son esprit, non plus que son corps, ne se pare jamais de vains ornements; sou imagination, quoique vive, est retenue par sa discrétion; elle ne parle que pour la nécessité, et, si elle ouvre la bouche, la douce persuasion et les grâces naïves coulent de ses lèvres. Dès qu'elle parle, tout le monde se tait, et elle en rougit : peu s'en faut qu'elle ne supprime ce qu'elle a voulu dire, quand elle aperçoit qu'on l'écoute attentivement. A peine Tavons-nous entendue parler...
Vous souvenez-vous, ô Télémaque, d'un jour où son père la lit venir'.' Elle parut les yeux baissés, couverte d'un grand voile, et elle ne parla que pour modérer la colère d'idoménée, qui voulait faire punir rigoureusement un de ses esclaves : d'abord elle entra dans sa peine, puis elle le calma; enfin elle lui lit entendre ce qui pouvait excuser ce malheureux, et, sans faire sentir au roi qu'il s'était trop emporté, elle lui inspira des sentiments de justice et de compassion. Ainsi Antiope, sans prendre aucune autorité et sans se prévaloir de ses charmes, maniera un jour le cœur de son époux, comme elle touche maintenant sa lyre quand elle en veut tirer les plus tendres accords... Si vous eussiez pris quelques détours pour lui apprendre vos desseins (que vous l'aimez), elle les aurait rejetés et aurait cessé de vous estimer. Elle ne se promettra jamais à personne, elle se
' Miil<;rialiste au moins par le litic cl la ilonnéc tic son livre.
^200 LES IKMMKS D'Al'HES LKS Al TKl US FRANÇAIS.
laisï>erii donner par son père; elle ne prendra jamais pour époux qu'un lioninie (jui craigne les dieux, c[ qui r('iiq)lisse toutes les bienséauces. Féïselo.n.