‹ Les femmes d'après les auteurs françaisChapitre 28 sur 194 · Ï.A .11: INK FILM · texte numérisé non relu

Ï.A .11: INK FILM

lenlée d\\\oroor sa jolio voix à chauler iu>U' ol avoi- lioùt, ses petits pieds à marcher légèrement, facilement, avec grâce, à lairc la révérence en tontes sortes de sitnalions, sans gène et sans maladresse.

Ce qne Sophie sait le mienx et (pi'on Ini a l'ail apprendre avec le pins de soin, ce sont les travaux de son sexe, même ceux dont, on ne s'avise point, comme de tailler et coudre ses robes. Il n'y a pas un ouvrage à l'aiguille (]n'elle ne sache l'aire et cpiVlle ne fasse avec plaisir, mais le travail qu'elle préfère à tout antre est la dentelle, parce qu'il n'y en a pas un (pii donne une altitude plus agréable, et où les doigts s'exercent avec plus de grâce et de légèreté. Elle s'esl appliquée aussi à tous les détails du ménage. Elle entend la cuisine et l'office ; elle sait les prix des denrées, elle en connaît les qualités; el!e sait fort bien tenir les comptes, elle sert de maître d'hôtel à sa mère. Faite pour être un jour mère de famille elle-même ; en gouvernant la maison paternelle, elle apprend à gouverner la sienne: elle peut suppléer aux fonctions des domestiques et le fait toujours volontiers. On ne sait jamais bien commander que ce qu'on sait exécuter soimême, c'est la raison de sa mère pour l'occuper ainsi; pour Sophie, elle ne va pas si loin. Son premier devoir est celui de fille, et c'est maintenant le seul qu'elle songe à remplir. Son unique vue est de servir sa mère et de la soulager d'une partie de ses soins.

Sophie a l'esprit agréable sans être brillant, et solide sans être profond, un esprit dont on ne dit rien, parce qu'on ne Ini en trouve jamais ni plus ni moins qu'à soi. Elle a toujours celui qui plaît aux gens qui lui parlent, quoiqu'il ne soit pas orné, que selon l'idée nous avons de la culture de l'esprit des femmes; car le sien ne s'est pas formé par la lecture, mais seulement par les conversations de son père et de sa mère, par ses propres réflexions et par les observations qu'elle a faites dans le peu de monde qu'elle a vu. Sophie a naturellement de la gaieté , elle était même folâtre dans son enfance ; mais peu à peu sa mère a pris soin de réprimer ses airs évaporés, de peur cpie bientôt un changement trop subit n'instruisît du moment 'qui l'avait rendu nécessaire. Elle est donc devenue modeste et réservée avant le temps de l'être ; et maintenant que ce temps est venu, il !ni est plus aisé de garder le ton qu'elle a pris qu'il ne lui serait de le prendre, sans indiquer la raison de ce changement : c'est une chose plaisante de la voir se livrer quelquefois, par un reste d'habitude, à des vivacités de l'enfance, puis tout d'un coup rentrer en elle-même, se taire, baisser les yeux et rougir : il faut bien que le terme intermédiaire, entre les deux âges participe un peu de chacun des deux.

Sophie est d'une sensibilité trop grande pour conserver une ])arfaite égalité d'humeur, mais elle a trop de douceur pour que cette sensibilité soit fort importune aux autres; c'est à elle seule qu'elle fait du mal. Qu'on dise un seul mol qui la blesse, elle ne boude pas, mais son cœur se gonfle, elle tâche de s'échapper pour aller pleurer. Qu'au milieu de ses pleurs, son père ou sa mère la rappelle et dise un seul mot, elle vient à l'instafit jouer et rire en s'essuyant adroitement les yeux et tâchant d'étouffer ses sanglots.

Kilt' n'est pas, non plus, tout à fait exempte de caprices. Son humeur, un peu trop poussée, dégénère en mutinerie, et alors elle est sujette à s'oublier. Mais laissez-lui le temps de revenir à elle, et sa manière d'effacer son tort lui en fera presque un mérite. Si on la punit, elle est docile et soumise, et Ton voit que sa honte ne vient pas tant du châtiment que de sa faute. Si on ne lui dit rien, jamais elle ne manque de la réparer d'elle-mémo, mais si franchement et de si bonne grâce, qu'il n'est pas possible d'en garder la rancune. Elle baiserait la terre devant le dernier domestique, sans que cet abaissement lui fît la moindre peine, et sitôt quelle est pardonnée, sa joie et ses caresses montrent de quel poids son cœur est soulagé. En un mot, elle souffre avec patience les torts des autres et répare avec plaisir les siens. Tel est l'aimable naturel de son sexe avant que nous l'ayons gâté. La femme est faite pour céder à I honune et pour supporter même son, injustice : vous ne réduirez jamais les jeunes garçons au même point. Le sentiment intéiieur s'élève et se révolle en eux contre l'injustice ; la nature ne les fit point pour la tolérer.

Sophie a delà religion, mais une religion raisonnable et simple, peu de dogme et moins de pratique de dévotion, ou plutôt ne connaissant de j)ratique essentielle que la morale; elle dévoue sa vie entière à servir Dieu en faisant le bien. Dans toutes les instructions que ses parents lui ont données sur ce sujet, ils l'ont accoutumée à une soumission respectueuse, en lui disant toujours : « Ma fille, ces connaissances ne sont pas de votre âge; votre mari vous en instruira quand il sera temps. » Du reste, au lieu de longs discours de piété, ils se contentent de la lui prêcher par leur exemple, et cet exemple est gravé dans son cœur.

Sophie aime la vertu ; cet amour est devenu sa passion dominante. Elle l'aime, parce (ju il n'y a rien de si beau (jue la vertu ; elle l'aime, parce ([ue la vertu fait la gloire de la fennne, et qu'une fennne vertueuse lui paraît presque égale aux anges; elle l'aime comme la seule route du vrai bonheur, et parce qu'elle ne voit que misère, abandon, malheur, ignominie dans la vie d'une femme déshonnéte; elle l'aime, enfin, comme chère à son respectable père, à sa tendre et digne mère; non contents d'être heureux de leur propre vertu, ils veulent l'être aussi de la sienne, et son premier boidieur à elle-même est res|)oir de faire h; leur. Tous ces senlinienls lui inspirent un enthousiasme (|ui lui élève l'àme et ticnl tons SOS petits penchants asservis à ime passion si noble. Sophie sera chaste cl honnête jusqu'à son dernier souj)ir; elle l'a juré dans le fond de son àme ilans un tom|is on elle senlait déjà tout ce qu'un tel seiinent coûte à tenir : elle l'a juré quand elle en aurait du révoquer l'engagement, si ses sens étaient faits |)our régner sur elle.

Sophie n'a pas le bonheur d êlrc une aimable Ei-ançaise, froide par tenqtêlanient et coqufdte pai' vanité, voulant plutôt biiller (puî plaire, cherchant l'aiîiMMint ni cl non le |)l;>isii-. f^e seul besoin d'aimer la dévore, il vient la «lis- Iraiic cl trnidilcr son cicur dans les lêtcs ; elle a perdu son anciemie gaieté; les l'(»làlics jcu\ ne sont plus fails pour elle: loin de ciaindre l'enimi de la scdiliule, clic le clieiclie : elle v pcn>^e à ecbii qui doit l;i lui rendre donec : Ions les indil-

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