LA JEUNE FILLE
léroiils liiiiportuiuMil, il no lui Tant pas une cour, mais un amant; elle aime mieux èlie à un seul honnête homme, et hii plaire toujours, que d'élever en sa laveur le cri de la nmde, qui dure un jour et le lendemain se change en huée.
Les fenuues sont les juges naturels du luérite des hommes, connue ils le sont «lu mérite des femmes ; cela est de leur droit iécipro(pie, et ni les uns ni les autres ne l'ignorent. Sophie connaît ce droit et en use, mais avec la modesti(î (|ui convient à sa jeunesse, à son inexpérience, à son état; elle ne juge que des choses qui sont à sa portée, et elle n'en juge que quand cela sert à développer (pielque maxime utile. Elle ne parle des absents qu'avec la plus grande circonspection, surtout si ce sont des ieniUKv^. Elle pense que ce qui les rend médisantes et satiricpies est de parler de leur sexe : tant qu'elles se bornent à parler du nôtre, elles ne sont qu équitables. Sophie s'y borne donc. Quant aux femmes, elle n'en parle jamais que pour en dire le bien «|u'elle sait : c'est un Jionneur qu'elle croit devoir à son sexe ; et pour celles dont elle ne sait aucun bien à dire, elle n'en dit rien du tout, et cela s'entend.
Sophie a peu d'usage du monde; mais elle est obligeante, attentive, et met de la grâce à tout ce qu'elle fait. Un heureux naturel la sert mieux (pie beaucoup d'art. Elle a une certaine politesse à elle qui ne tient point aux fornudes, (jui n'est point asservie aux modes, qui ne change point avec elles, qui ne fait rien par usage, mais qui vient d'un vrai désir de plaire et qui plaît. Elle ne sait point les conqîliments triviaux et n'en invente point de plus recherchés; elle ne dit point qu'elle est fort obligée, qu'on lui fait beaucoup d'honneur, qu'on ne prenne pas la peine, etc. Elle s'avise encore moins de tourner des phrases. Par une attention, par une pobtesse établie, elle répond par une révérence ou par un simple « Je vous remercie ; » mais ce mot dit de sa bouche en vaut bien un autre. Pour un vrai service, elle laisse parler sou cœur, et ce n'est pas un compliment (ju'il trouve. Elle n'a jamais soufiert que l'usage français l'asservit au joug des simagrées, connue d'étendre sa main sui- un bras sexagénaire qu'elle aurait grande envie de soutenir. Quand un galant umsqué lui offre cet impertinent service, elle laisse l'oflicieuxbras sur l'escalier et s'élance en deux sauts dans la chambi'e, en disant qu'elle n'est pas boiteuse. En effet, quoiqu'elle ne soit pas grande, elle n'a jamais voulu de talons hauts ; elle a les pieds assez petits pour s'en passer.
Non-seulement elle se tient dans le silence et dans le respect avec les femmes, mais même avec les hommes mariés ou beaucoup plus âgés qu\îlle; elle n'acceptera jamais de place au-dessus d'eux que par obéissance , et reprendra la sienne au-dessous sitôt qu'elle le pourra ; car elle sait que les droits de l'à^c vont avant ceux du sexe, comme ayant pour eux le préjugé de la sagesse, qui doit être honorée avant tout.
Avec les jeunes gens de son àg(!, c'est autre chose; elle a besoin d'un ton différent pour leur en imposer, et elle sait le prendre sans quitter l'air modeste qui lui convient. S'ils sont modestes et réservés eux-mêmes, elle gardera volontiers avec eux l'aimable familiarité de la jeunesse ; leurs entretiens pleins d'in-
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iioccncc soi'onl badins, mais décents; s'ils deviennent sérieux, elle veut qu'ils soient utiles; s'ils dégénèrent en fadeurs, elle les l'era bientôt cesser; car elle méprise surtout le petit jargon de la galanterie, comme très-olTensant pour son sexe. Elle sait bien que l'honnuc qu'elle cbcrche n'a pas ce jargon-là, et jamais elle ne souffre volontiers d'un autre ce qui ne convient pas à celui dont elle a le caractère empreint au fond du cœur. La haute opinion qu'elle a des droits de son sexe, la fierté d'àme que lui donne la pureté de ses sentiments, cette énergie de la vertu qu'elle sent en elle-même, et qui la rend respectable à ses propres veux, lui font écouter avec indignation les propos doucereux dont on prétend l'amuser. Elle ne les reçoit point avec une colère apparente, mais avec un ironique applaudissement qui déconcerte, ou d'un ton froid, auquel on ne s'attend point. Qu'un beau Phébus lui débite ses gentillesses, la loue avec esprit sur le sien, sur sa beauté, sur ses grâces, sur le prix du bonheur de lui plaire, elle est fille à l'interrompre en lui disant poliment : « Monsieur, j'ai grand'peur de savoir ces choses-là mieux que vous ; si nous n'avons rien de plus curieux à dire, je crois que nous pouvons finir ici l'entretien. » Accompagner ces mots d'une grande révérence, et puis se trouver à vingt pas de lui, n'est pour elle que l'alTaire d'un instant. Demandez à vos agréables, s'il est aisé d'étaler son caquet avec un esprit aussi l'ebours que celui-là.
(]e n'est pas pourtant qu'elle n'aime fort à être louée, pourvu ([ue ce soit tout de bon, et qu'elle puisse croire qu'on pense en effet le bien qu'on lui dit d'elle. Pour paraître touché de son mérite, il faut connnencer par en montrer. Un honnnage fondé sur l'estime peut ilaller son cœui allier mais tout galant persillage est toujours rebuté: Soi)hi(' n'est pas faite pour exercei- les petits talents d'un baladin. .1. J. Rousseau.
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,1e n ai encore rien vu de l'âge de mademoiselle de Earrc (pn lui lessenible, jamais la jeunesse n'a tant |)aré personne; il n'en lui jamais de si agrêalile, de si riant à l'œil que la sienne. Il est vrai que la demoiselle n'avait (pie di\-huil ans; mais il ne suflit pas de n'avoir que cet àge-là pour être jeune comme elle l'êliiiu il l.inl V joindre une ligure faite exprès pour s'embellir de ces airs lestes, iiiiN (!l le<'ers, et de ces agréments sensibles mais inexprimables (|ue peut y jeter la ieunc^xs et on |>eul avoir une tn-s-belle ligure sans l'avoir |>r(q»re et llexible à tout fc (pic je dis.
Il est (pie.>lioii i( i d'un ehariiie à put, de j«' ne sais ipielle gentillesse <pii répand dans les iiiouveiiienls, dans le geste même, dans les traits, plus dàincel pins df vie ([(l'iU n'eu oui d'ordinaire.
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On disait raiilrc jour à une clanic (iiroHc ôtail an prinlenips do son âge ; ce lonno do prinloinps nio lit lossonvonir do la jouno donioisolle dont je parle, et je {gagerais (juo c'est quelque ligure comuie la sienne, (pii a l'ait imaginer cette ex|iression-Ià.
.lo no lis janiais les mots île Flore ou d'iiolié que je ne songe loul d'un cou[) à elle ; représentez-vous une taille hante, agile et dégagée. A la manière dont mademoisello do Farre allait et venait, et se transportait d'un lieu à un autre, vous eussiez dit qu'elle ne pesait rien.
Knfm c'était des grâces de tout caractère : c'était du noble, de Tintéressant; mais de ce noble aisé et naturel qui est attaché à la personne, qui n'a pas besoin d'attention pour se soutenir, qui est indépendant do toutes contenances que ni l'air l'olàtre, ni l'air négligé n'altèrent, et qui est connue un attribut do la ligure; c'était de cet intéressant qui fait qu'une personne n'a |)as un geste qui lie soit au gré de votre cœur. C'était de ces traits délicats, mignons, et qui sont une physionomie vive, rusée et non pas maligne.
«Vous êtes une espiègle, » luidisais-je quelquefois, et ilyavaiten olTot (juoIcjmo chose de ce que je dis-là dans sa mine; mais cola y était comme une grâce qu'on aimait à y voir, et qui n'était qu'un signe de gaieté dans l'esprit.
Mademoiselle do Farre n'était [)as d'une forte santé, mais ses indispositions lui donnaient l'air plus tendre que malade : elle aurait souhaité plus d'embonpoint qu'elle n'en avait, mais je ne sais si elle y aurait tant gagné; du moins si jamais un visage a pu s'en passer, c'était le sien : l'embonpoint n'y aurait ajouté qu'un agrément, et lui en aurait ôté plusieurs do plus piquants et de plus précieux.
Mademoiselle de Farre, avec la linesse et le feu qu'elle avait dans l'esprit, écoutait volontiers en grande compagnie, y pensait beaucoup, y parlait peu, et ceux (pii y j)arlaient bien ou mal n'y perdaient rien.
Je ne lui ai jamais rien entendu dire (pii no fût bien placé et de bon goût.
Avec ses amies elle avait dan> sa façon de penser et de s'énoncer toute la hanchise du brusque, sans en avoir la dureté.
Elle avait une sagacité de sentiment prompte, subite, naïve, une grande noblesse dans les idées, avec ime âme haute et généreuse, mais mêlée de je ne sais quelle douceur qui la rendait très-aimable.
MADEMOISELLE DE BOUOSE
ou LA JEUNE FILLE ACCOMl'LIE SELON UUILLAr-SAVAUIN
Mademoiselle Horminio de Borose est grande, et sa taille réunit la légèreté d'une nymphe à la grâce d'une déesse.
Fruit unique d'un mariage heureux, sa santé est parfaite, sa force physique
tilK) I.KS 1 K.MMKS D'APRÈS LES ALTEIRS FIIANÇAIS.
iciiiaïquable; elle no craint ni la chaleur, ni le hàle, et les plus longues pronicr)atles ne répouvantcMit pas.
De loin on la croirait brune ; mais, en y regardant de plus près, on s'aperçoit que ses cheveux sont châtain foncé, ses cils noirs et ses yeux bleus d'azur.
La plupart de ses traits sont grecs, mais son nez est gaulois; ce nez charmant l'ait un effet si gracieux qu'un comité d'artistes, après en avoir décidé pendant trois diners, a décidé que ce ty|)e tout français est au moins aussi digne (pie tout autre d'être innnortalisé par le pinceau, le ciseau et le burin.
Le pied de cette jeune lille est remarquablement petit et bien fait ; le professeur (Brillât-Savarin) l'a tant louée et même enjolie, qu'au jour de l'an 1825 et avec l'approbation de son père, elle lui a fait cadeau d'un joli petit soulier de satin noir, (pi'il niontra aux élus, et dont il se sert pour prouver que l'extrême sociabilité agit sur les lormes comme sur les personnes; car il ])rétend (pi'un petit pied, tel (pie nous le recherchons maintenant, est le produit des soins et de la cultui-e, ne se trouve presque jamais j)arnii les villageois et indiipie presque toujours une personne dont les aïeux ont longtemps vécu dans l'aisance.
Quand llerminie a relevé sur son peigne la iorét de cheveux qui couvre sa tète, et serré une simple tunique avec une ceinture de rubans, on la trouve charmante, et on ne se figure [)as (pie des fleurs, des perles, ou des diamants })iiisscnl ajouter à sa beauté.
Sa conversation est sinq)le et l'acile, et on ne se douterait pas qu'elle connaît tous nos meilleurs auteurs; mais, dans l'occasion, elle s'anime, et la linesse de ses traits trahit son secret. Aussitcjt (pi'olle s'en aperçoit, elle rougit, ses yeux se baissent, et sa l'ougeur prouve sa modestie.
Klle joue également bien du piano et de la har[)e, mais elle |)réfère ce deiiiicr instrument i)ar je ne sais (piel sentiment enthousiasti(pie pour les har()es célestes dont sont aimés les anges et |)our les harpes d'or tant célébrées dans Ossian.
Sa voix est d'une douc(>ur et d'une rectitude célestes, ce qui ne rem|)èche pas d'élre timide. Cependant elle chante sans se faire prier; mais elle ne maïupie pas, en commentant, de jeter sur son auditoire un regard qui rensorcelle, de sorte (ju'ell(! |)ouriait (;hanter faux comme tant d autres, «pi'on n'aurait pas la force de s'en a|)ercevoir.
Elle n'a point négligé les travaux de l'aiguille, coinces de jouissances bien innocentes et ressources toujours prèl(;s contre reniuii; elle travaille comme une f('e...
Le cœur d'ilerminie n'a point encoie parlé, et la piété liliale a jiiscpi'ici snfli ;'i son bonheur; mais elle a iiik; véritable passion pour la danse, (pTelle aime à la folle.
Ouaiid (îlle se place à une contredanse, elle |»arait grandir de d(Mi\ |)ouces, et on croirait (prcllo va s'envoler, (.'epcndaiit sa danse (!st modérée et ses |)as sans prétention. Klle se conlcnte lie ciicider avec légèreté, en développant ses formes aimables et gracieuses ; mais, à cpielques échappées, ou devine ses pouvoirs, et
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on soupçonne que, si cWo us;hI do tous ses moyens, madame Montessa aurait une rivale.
Mémo (|uaml l'oisonu luarcho on voit tjiril n dos ailes.
Quand elle perdit sou père... Herminie fut atterrée d'un malheur si grand et si inattendu ; mais elle n'eut pas de convulsions, elle n'eut pas de crises de nerfs, elle n'alla pas oaelier sa douleur dans son lit: mais elle pleura son père avec Uint d'abauilon, de continuité et d'amertume que ses amis espérèrent que l'excès «le sa douleur en deviendrait le remède ; car nous ne sommes pas trempés assez fortement pour éprouver pendant longtemps un sentiment vif.
Le temps a donc fait sur ce jeune cœur son effet immanquable. Ilerminie peut nommer son père sans fondre en larmes ; mais elle en parle avec une piété douce, un regret si ingémi, un amour si octuel et un accent si profond, qu'il est impossible de l'entendre et de ne pas partager son attendrissement.
Heureux celui à (pii Herminie donnera le droit de l'accompagner et de porter avec elle une couronne funéraire .sur la tombe de leur père'...
> Voir los Pensées diverses, à In (in du volunio. CUnies : Jeunes filles.
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