LE AU
E® Quekjuefois l'amour (pi'un long mépris outrage, Las enlin de soui'frir, se convertit en rage.
Th. Coiineille.
^ Il n'y a point de passions où l'amour de soi-même règne si i)uissamnieiit (|ne dans l'amour, et on est toujours [)lus disposé à sacritier le repos de ce (ju'on aime (|u'à perdre le'sien.
E^ Un liomiéte lionuue peut être amourcu.v connue un l'on, mais non pas connue un sot.
S^ On passe souvent de l'amour à l'ambition; mais on ne revient guère de l'ambition à l'amour.
® L'amour, tout agréable qu'il est, plait encore plus par les irranières dont il se montre que par lui-même.
E3 L'auiour, aussi bien (pie le l'eu, ne peut subsister sans un mouvement continuel; et il cesse de vivre dès ([u'il cesse d'espérer ou de craindre.
® Quelque rare que soit le véritable an»)ur, il l'est encore moins (|ue la véritable amitié.
^ Il y a une certaine! sorte d'amour dont l'excès empèclic la jalousie.
[g3 11 y a plusieurs remèdes qui guérissent de l'amour: mais il n'y en a point d inraillibles.
E^ Ce qui l'ait f|^ue l(!s amants et les maîtresses ne s'eiimiient point d'être ensemble, c'est (pi'ils parlent toujours d'eux-mêmes,
ES3 Dans la vieillesse de l'amour, comme dans celle de I âge, on vit encore pour les maux, mais on ne vit plus pour les plaisirs.
^ Quand on aime, on doute souvent de ce (pi'on croit le plus.
0^ On est prt's(pie également dinicile à contenter (|u uid on a beaucoup d'aniiuir et quand (ui n'en a plus guère.
I/AMOIR. — Ï.K MAHIAOK. — I. A MATER.MTK. 259
îS C'est presque toujours la l'iuih^ do coliii (|ui aime, de no pas connaître quand on cesse de l'aimer.
^ Les violences qu'on se fait pour s'empêcher d'aimer sont souvent plus cruelles que les rigueurs de ce qu'on aime.
E^ En amour, oolui qui os( iiuôri le premier est toujours le mieux guéri.
ES On pardonne tant que l'on aime.
® Si on croit aimer sa maîtresse pour l'amour d'elle, on est bien trompé.
r«B On est quelquefois moins malheureux d'être trompé de ce (ju'on aime que d'en être détrompé.
JSB Le plaisir de l'amour est d'aimer, et l'on est plus heureux par la passion que l'on a que par celle que l'on donne.
® La grâce de la nouveauté est à l'amour ce que la fleur est sur les fruits, elle V donne un Instre qui s'efface aisément, et qui ne revient jamais.
® Dans l'amour, la tromperie va presque toujours plus loin que la méfianoe.
^ Plus on aime ime maîtresse, plus on est prêt de la haïr.
La Rochefoucaiii.d.
^ ... Aisément l'amour croit tout ce qu'il souhaite.
^ L'amour n'est pas un feu qu'on renferme en une àmo, Tout nous trahit, la voix, le silence, les yeux; Et les feux mal couverts n'en éclatent cpie mieux.
BACl^E.
^ L'amour vient de l'aveuglement,
L'amitié de la connaissance.
Biissy-Rabdtin.
^ Un roi n'est qu'un esclave où l'amour est le maître.
Crébillon.
S3 Qui voudra connaître à plein la vanité de l'homme, n'a qu'à considérer les causes et les effets de l'amour. La cause en est « un je ne sais quoi; » et les effets en sont effroyables. Ce je ne sais quoi, si peu de chose qu'on ne peut le reconnaître, remue toute la terre, les princes, les armées, le monde entier. Le ne/ de Cléopàtre, s'il eût été plus court, toute la face de la terre aurait changé.
S? L'amour n'a point d'âge : il est toujours naissant. Pascal.
^ Un cœur ne commence à vivre
Que du jour qu'il siiit aimer.
® Choisit-on qui l'ou V(miI aimer,
Et, pour donner toute sou àme, Rogiii(lf-l-on (|n('l (Irnil du n de unnschnrnior ?
'240 LKS IKMMKS D'Al'KKS LES AITKIT.S FP.WÇMS.
^ Quelque chaîne
(Jn'nn amaiil prenne, La lilierté n'a rien qui soit si doux.
E^ Lorsqu'on veut donner de l'amour, on court ris({uc d'en recevoir.
^ L'absence de ce qu'on aime
Quelque peu qu'elle dure a toujours trop duré.
^ En aimant tout nom plaît dans la vie;
Deux cœurs unis de leur sort sont contents.
Cette ardeur, de plaisir suivie, De tous nos jours fait d'éternels printemps.
^ L'amour rend inventif.
^ ... On est aisément dupé par ce qu'on aime.
^ La grande marque d'amour, c'est d'être soumis aux volontés de celle qu'on aime.
£«3 Los iiu'linations naissantes ont des charmes inexplicables, et tout le plaisir de l'amour est dans le changement. On goûte une douceur extrême à séduire, par cent hommages, le cœur d'une jeune beauté; à voir de jour en jour les petits progrès qu'on y fait; à combattre, par des trans|)orts, par des larmes et des soupirs, l'innocente pudeur d'une âme (jui a peine à rendre les armes ; à forcer pied à pied toutes les petites résistances qu'elle nous oppose ; à vaincre les scrupules dont elle se fait un honneur, et la mener doucement où nous avons envie de la faire venir. Mais, lorsqu'on en est maître une fois, il n'y a plus rien à dire ni rien à souhaiter; tout le beau de la passion est fini, et nous nous endormons dans la trancjuillité d'un tel amour, si quelque objet nouveau ne vient réveiller nos désirs et présenter à notre cœur les charmes alliayants d'une concjuète à faire. Enfin, il n'est rien de si doux que de triompher de la résistance d'ime belle personne.
^ L'amour est souvent un Irnit du niaiMagc.
8^ Lors(pie l'on aime counnc il l'aiil.
Le moindre cloigneuient nous lue.
Et ce dont on cliéiit la vue Ne revient jamais assez lût.
MoiJKiu:.
f5^ Laniotu' a nue chaleur (pii sert de coni'age à ceux qui n'en oui point.
S\lNI-MvitKMOM>.
8^ On ne peut \aiiicre l'amour (pi'on fuyant.
SS L'amour seul est plus à craindre (pie Imis les naufrages. Fknki.on.
l/AMOlPx. — I.K M.VUIAGK. — LA MM K II Mi K. '211
S^ C'est l'aiblcsso ijne irainiei' : c'est souvent une autre faiblesse que de guérir.
^ Ou guérit comme ou se console : on n'a pas dans le cœur de quoi toujours pleurer, et toujours anuer.
® Le temps, (|ui t'orlilîeles amitiés, affaiblit l'amour.
SB Tant que lamour dure, il subsiste de soi-même, et quel(|uefois par les choses (pii semblent le devoir éteindre, par les caprices, par les rigueurs, |)ar l'éloignement, par la jalousie. L'amitié, au contraire, a besoin de secours : elle périt faute de soins, de couliance et de complaisance.
® 11 est plus ordinaire de voir un amour extrême qu'une parfaite amitié.
® L'amour et l'amitié s'excluent l'un l'autre.
® Celui qui a eu l'expérience d'un grand amour néglige l'amitié, et celui qui est épuisé sur l'amitié n'a encore rien fait pour l'amour.
® L'amour commence par l'amour, et l'on ne saurait passer de la plus forte amitié qu'à un amour faible.
® Les amours meurent par le dégoût, et l'oubli les enterre.
® Le commencement et le déclin de l'amour se font sentir par l'embarras où I on est de se trouver seuls.
® Cesser d'aimer : preuve sensible que l'honnne est borné et que le cœur a ses limites.
® L'amour naît brusquement, sans autre réflexion, par tempérament, ou par faiblesse : un trait de beauté nous fixe, nous détermine. L'amitié, au contraire, se forme peu à peu, avec le temps, par la pratique, par un long commerce. Combien d'esprit, de bonté de cœur, d'attachement, de services et de complaisance dans les amis, pour faire en plusieurs années bien moins que ne fait quelquefois en un moment un beau visage ou une belle main!
® L'on suppose un homme indifférent, mais qui voudrait persuader à une femme une passion qu'U ne sent pas, et l'on demande s'il ne lui serait pas plus ai>é d imposer à celle dont il est aimé qu à celle qui ne l'aime point.
^ L'amour qui naît subitement est le plus long à guérir.
^ L'amour qui croît peu à peu et par degrés ressemble trop à l'amitié poui" être une passion violente.
® L'on confie son secret dans l'amitié ; mais il échappe dans l'amour.
® Quelque délicat que l'on soit en amour, on pardomie plus de fautes (juc dans l'amitié.
n'i LKS I KM.MKS DAFUÈS LES AUTEURS FRANÇAIS.
^ L'on est encore longtemps à se voir par habitiule, et à se dire île IjoiicIk; que Ton s'aime, après que les manières disent qu'on ne s'aime plus.
La Bruyèke.
SB L'amour est un vrai caprice, involontaire dans celui même qui l'éprouve; le mérite de la personne aimée n'en est que roccasion ou l'excuse, et non pas la véritable cause. Tout le prestige de ce manège sublime rentre toujours dans le désir de contenter un besoin purement physique; et les prudes ne s'efforcent de le décorer de beaux noms que pour n'être pas obligées d'en rougir.
^ Au commencement, deux amants se croient animés des sentiments les plus délicats. Ils épuisent les finesses, les exagérations, l'idée de leur excellence les enivre quelque temps. Mais suivons-les dans leur liaison, bientôt la nature va reprendre ses droits; la vanité, satisfaite par l'étalage de ces propos alambiqués, va laisser au cœur la liberté de sentir et de s'exprimer, et, tout en méprisant les plaisirs de l'amour, il arrive un jour où ces gens-là sont fort étonnés de se trouver, après un long circuit, au même point qu'un paysan qui, de bonne foi, aura commencé par où ils auront fini. Nikon de Lenclos.
® L'amour est un conmierce si agréable qu'on a bien fait de lui donner le plus de durée que Ton a pu : Que serait-ce si l'on était re(;u dès que l'on s'olfrilait? Que deviendraient tous ces soins qu'on prend pour plaire, toutes ces in- (juiétudes que l'on sent, quand on se reproche de n'avoir pas assez plu 7 — Tous ces empressements avec lesquels on cherche un moment heureux, tout cet agréable mélange de plaisirs et de peines, qu'on appelle amour, tout cela serait bien insipide, si l'on ne faisait que s'entr'aimer. Fontenelle.
® Le plaisir d'aimer est le plus grand bonheur.
® 11 y a une espèce de douceur à pardonnera ce qu'on aime; c'est un nouveau droit qu'on acquiert d'être aimé ; et on s'en aime soi-même davantage.
® Un amant, et surtout un amant malheureux, prend comme une faveur les rigueurs que l'on exerce contre ses rivaux.
® Le véritable amour est plein de confiance. M""' de ïekcin.
^ L'amour n'est pas si délicat que l'amour-propre.
^ La pitié est moins tendre (pie l'anionr. Vauvenaugues.
^ La passion de UMuioiir est la plus forte iuq)rcssion que le péché ait faite sur nos limes, ce ipii p;irail assez par les désordres horribles (pi'elle produit dans le monde. Nuole.
£^ ... C'i'st nnc! joio cvtrênic
De trouver iiuioccnl un coupable (ju'on iiimc, l'!l que, SUIS iuiIcH'di'I, on l'nil un |)i'oiii|>l loloiir \h's iiiodVfiiK'iils jal()ii\ aux (laii^poits de l'amour.