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sans la vanité l'amour serait pou de ihose. J.o iiiôrito do co que nous aimons nous toucherait bien moins s'il n'était pas sensible pour les autres. Et plus on entend donner do louanges à co qu'on aime, plus on sont augmenter sa tendresse. OuoI souverain bonheur de posséder une personne dont le mérite est connu, qui l'ait l'ambition de tous 0(>u\ ijui la Iréquenlout, do lire dans ses yenx Timprossion (pi'on a Hiit sur son ooMir, d'ôtro l'objet do ses pensées, de ses démarches, de ses désirs, do mériter sa coulianeo, do savoir fous ses secrets : c'est l'estime que nous lîiisons do la personne aimée (|ui nous procure celte émotion si douce, si voluptueuse, que Ton sent auprès d'elle; sans l'estime, 1 amour n'est qu'une frénésie qui ne donne que dos sentiments passagers qu'on doit plutôt appeler des besoins de la nature que dos mouvements de tendresse.
® Los affections tendres donnent toujours du chagrin ; tout est sensible ipiand on aime. Les procédés, les moindres circonstances, un mot suffit quelquefois pour alarmer un cœur touché ; mais aussi on fait ses délices de bien peu do chose : la vue de ce qu'on aime, un instant ; une main serrée tendrement, une petite préférence, les moindres bagatelles, sont d'un prix infini avec de la sensibilité. Nos amants de ce temps riront sans doute en lisant cette maxime, et les dévots diront encore que j'écris sur des sujets dangereux pour les mœurs; mais que les premiers se livrent moins au libertinage; que les dévots quittent pour un moment leurs actes extérieurs do piété, et qu'ils daignent un peu consulter leur propre cœur, ils en porteront certainement un jugement moins sévère; mais la justice et la sensibilité ne sont pas les vertus des dévots, j'en appellerais en vain à leur tendresse et à leur équité.
^ Un homme ne devrait plaire à une femme qu'autant qu'il lui montre de la passion. Que m'importe que D... soit fait comme l'Amour, si son cœur n'est pas à moi? Je l'admirerai sans doute, mais quel feu peut-il m'inspirer, s'il n'en ressent pas lui-méme?Je crois (ju'il n'y a aucun danger pour la vertu avecriionnne le plus aimable, quand tous ses discours sont glacés; on s'échauffe auprès d'un grand feu, et des yeux pleins de passion nous remuent malgré nous, si l'on les lixe avec attention; il n'y a qu'un cœur prévenu qui soit à l'abri de celte émotion. Encore on rencontre de si beaux yeux qu'il est difficile de baisser les siens. D'ailleurs on n'est point obligé de rendre compte de ce qui se passe dans l'âme ; elle éprouve des mouvements qui lui sont chers et qui font tant de plaisir qu'il n'y a pas grand mal à s'y livrer, pourvu (pie les antres ne les devinent pas et qu'ils ne donnent pas de regrets.
i^ En cherchant les moyens de plaire on trouve ceux de se désennuyer. On s'occupe de l'objet aimé, on imagine ce fju'on lui dira, on médite sur les plaisiis passés et sur ceux qu'on espère avoir encore ; on rêve aux preuves d'amour qu'on a reçues et quelquefois à celles qu'on donnera. Ensuite viennent les peines, un peu de jalousie, beaucoup d'inquiétude, dos impatiences, do l'espérance, do la crainte, des désirs plus qu'on n'en peut satisfaire, et surtout do la folie, car
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Inmour ne va guère sans elle. Je ne parlerai pas du temps passé auprès de la personne aimée : les amants n'oseraient s'ennuyer. Il faut laisser aux maris cet oxcès d'impolitesse; ils sont sans conséquence. Il n'est permis qu'à l'hymen d'introduire la lassitude et l'ennui; l'amour ne les amène que quand il disparaît, et il leur cède la |)lace quand il n'a plus rien à désirer. On a beau lui faire signe de revenir, il tourne la tète et s'envole.
® Je ne permets aux personnes qui s'aiment que la crainte de perdre la tendresse l'un de l'autre. Cette crainte est toujours bien placée. Si elle se laisse apercevoir, que ce soit d'une façon douce ; point de reproches, point de tracasseries, jamais d'invectives; on se passe une fois toutes ces choses, mais, à la fin, elles jettent des soupçons et de la froideur dans le commerce; on en vient à se cacher quelque chose; on s'accoutume insensiblement à n'être plus vrais; l'amour perd sa délicatesse, et l'amour qui n'est pas délicat n'est pas fait pour être senti par les âmes bien nées.
® On a tort de dire que l'amour n'est plus qu'un amusement. Il y a encore des gens qui en ressentent plus qu'ils ne veulent. Que je les plains, s'ils sont honnêtes et s'ils ont fait un mauvais choix !
^ L'estime qu'on fait de ce qu'on aime est d'une grande ressource contre les peines d'une absence prolongée ou d'une rupture nécessaire. Mais le comble de l'infortune est de conserver de la passion pour un objet indigne qu'on est forcé de mépriser. Ces situations paraissent, et cependant elles se rencontrent souvent. Une honnête femme peut s'attacher à un coquin, comme un galant homme à une créature indigne. On ne connaît, dans les commencements d'une passion, que les charmes et les qualités extérieurs; on a soin de cacher les vices et les défauts (jue l'habitude découvre trop tôt j)our le bonheur de ceux qui aiment les derniers. Les vices nous éloignent, mais ne nous détachent pas toujours.
^ Voulez-vous être aimé d'une femme? Ktudiezses goûts, consultez ses plaisirs, contentez ses fantaisies, passez-lui ses caprices, fermez les yeux sur ses défauts, louez les qualités qu'elle a, prètez-lui celles qui lui manquent, ne faites point l'éloge des autres femmes en sa présence; siirlout point de gène : on ne pardonne ni ce qui nuit aux plaisirs, ni ce (jui mortifie l'amour-propre ; du moins c'est mon avis. M""' dk Puisieux.
S^ II n'est point de forme sous hnpiellc l'amour ne se déguise pour s'insinrirr (liMis un cœur, non pas mènu' celle de la raison et de la voilu.
c-^j II n'esl point (h; icncontie dans la vie où la dissimulation soit de si grand usage qu'en amour, ni où il soit j)liis diflicile de dissinudcr. Saint-Rkai..
£S3 Ce n'est point |»ar (fltorl (iii'oii aime; I, aiiioiif est, jaloux de ses dioiK ; Il ne (Irpi-iiil (|iic (le liii-iiièiiie; On iif I Olilieiil i|ue de m)ii clioix.
LAMOIH. - LK MAHlVi;i:. — I.A MVIKIlMil-:. ;>47
Toiil reconnaît sa lui suprême; Lui M'iil no eonnail point de lois.
.1. H. KoUSSEAl .
SS On no pont onipèclior nn honiino d'èlrc amoureux, mais il no prend guère lo lilro damant ({non no lo lui pormotto. Didehot.
® Blànior un jeune lionnuo d'être amoureux, c'est reprocher à quelqu'un d'être malade.
®3 Les amants n Ont pas toujours quelque chose à se dire, mais ils ont loujoui-s à se parler. Duclos.
^ L'habitude d'aimer est très-1'acile à prendre et très-dit'licile à perdre.
® L'amour, voilà la vie véritable, voilà la seconde àme de notre être, l'ànie la meilleure, sans laciuelle l'autre n'existe qu'à moitié !
® En fait de passions, on n'est point aimé parce qu'on aime, mais parce qu'on plait.
® En amour, on mérite d'être dupe quand on ne cesse pas de l'être aussitôt qu'on s'en aper(;oit. M""* d'Arconville.
® Il ne faut (|u\ni moment pour s'aimer à la folie. D'un coup d'oeil on aperçoit dans sa maîtresse tout ce qu'elle vaut, et l'amour extrême suit toujours une aussi profonde connaissance : en un mot, c'est la sottise des amants qui cause la lenteur de Tamonr.
^ On ne connaît jamais si bien l'amour que lorsqu'on en ressent les peines. Elles ont un caractère distinctif qui empêche qu'on ne les confonde avec toutes les autres afflictions.
^ Quand on ne sait pas craindre on ne sait pas aimer. Bernis.
® L'amour est comme les liqueurs fortes pour ceux qui les aiment; ils ont beau se dire qu'elles les tuent, ds y reviennent.
^ A peindre l'amour, comme les cœurs constants le traitent, on en ferait Un honnne.
A le peindre suivant l'idée qu'en donnent les cœurs volages, on en ferait un enfant, et voilà justement comme on l'a compris de tout temps.
fl faut cependant convenir qu'il est mieux r(;ndn et plus joli en enfant qu'il ne le serait on honnne.
® L'amour honnête et vertueux est le seul digne de nos cœurs; le vice a beau faire avec ses douceurs brutales et rassasiantes, il ne lui appartient pas do piquer l'àme autant que le sentiment tendre et délicat dont je parle. Ah ! si l'on savait bien ce ipie c est (jne cet amour, (|uellos sont ses ressources et le charmé
i.H8 LKS FKMMKS DAIMIES LKS ÂLTKIRS I-KA.NÇAIS.
lies progrès qu'il iait dans lame, combien il la pénètre et tient sa sensibilité en vigueur, en combien de façons délicieuses il la remué , si l'on savait combien à mille moments, avec cet amour, deux amants se trouvent grands, nobles et délicats, combien ils sont glorieux et contents de se trouver tels. Si l'on savait avec ({uelle salisl'aclion ils souffrent d'être sages; car on s'imagine qu'il n'y a point de plaisir à cela ; on se trompe, la vertu dédommage de la peine qu'elle coûte, et, de cette vertu, ou en devient alors tout aussi amoureux (jue de la personne qu'on aime; on les confond tous deux, ce n'est plus qu'un ; cela ne fait-il pas un objet bien aimable? N'a-t-on pas bien du plaisir à l'aimer? Et pardessus le marcbé, n'est-ce rien que d'avoir une passion si distinguée et d'en ins])irer une pareille? Eb! l'on a de la sagesse à l'envi Tuu de l'autre, pour se rendre à l'envi plus digne d'être aimé. Voilà le plus grand bonheur qu'on puisse éprouver sur la terre ; mais peut-être n'est-il qu'une belle chimère.
^ Pour savoir de quelle manière il faudrait gouverner l'amour, voyez combien un amant est aimé quand il est ingrat, ou combien lui est chère une ingrate dont il se plaint.
® L'amour a ses expressions, l'orgueil a les siennes ; l'amour soupire de ce (ju'il perd, l'orgueil méprise ce qu'on lui refuse.
^ Quelque aimé que soit un amant, quelque amour qu'il ait lui-même, s'il n'est pas glorieux d'avoir acquis le cœur de sa maîtresse, c'est un amant manqué.
^ Je me suis toujours défié en amour des passions qui conmiencent par être extrêmes; c'est mauvais signe pour leur durée. Les gens faits pour être constants, destinés à cela par leur caractère, sont difticiles à émouvoir.
^ Tout ce qui sent la règle, tout ce qui n'est que conduite mesurée, enfin tout ce qui n'est (|u'estimable, est trop froid aux yeux de l'amour. Il veut plus de grâces que de veitus.
Aussi les amants constants no sont-ils pas les plus aimés. La constance leur donne quelque chose de grave et d'arrangé qui glace l'amour, qui n'est plus dans son esprit, et qui ne s'ajuste pas à sou humeur folâtre.
^ Rien ne nuit tant à l'amour que de s'y rendre sans façon, bien souvent il \ it de la résistance qu'on lui fait, et ne devient plus (pi'tme bagatelle quand on le laisse en repos. Marivaux.
® (]ond)ieii trouve-t-on dt; déserteurs de la sévèi(; vertu, et combien eu trou- V(;r(!Z-vous peu de l'amour... Il n'y a point de plus mauvaise méthode |)our dégoûter un cœur de l'amour que de lui en décrier les douceurs, et de lui pn»mellre plus de bonheur dans l'exercice de la vertu. De la manière dont nous sommes faits, il est certain que noire félicité consiste dans le |)laisir; je délie (pi'on s'en forme une aulie idée. Or le cœur n'a pas besoin de se consulter long- Iciiijts puiii MMilir ()Uc, lie liHis les phiisjis, les |)liis doux sont ceux A*' I amour.