‹ Les femmes d'après les auteurs françaisChapitre 46 sur 194 · V. Hugo · texte numérisé non relu

V. Hugo

^ L'amour est inépuisable; il vit et renaît de lui-même, et plus il s'épanche, plus il surabonde. Lamennais.

® Qui a aimé ne vit plus sans amour.

^ Prenez de Taraour ce qu'un homme sobre prend de vin, ne devenez pas ivrogne.

^ Qu'il aime peu celui qui peut dire de quelles paroles s'est servie sa maîtresse pour lui avouer qu'elle l'aimait. Alf. de Musset.

® Même quand il nous fait souffrir.

Oh ! combien l'amour a de charmes !

Ne pas manger, ne pas dormir, Ne se nourrir que de ses larmes ; Puis ne plus travailler jamais, Se promener triste cl rêveuse.

Ah ! ma chère, si tu savais Quel bonheur d'être malheureuse!

^ Quand on aime, les privations coûtent si peu ; elles deviennent des plaisirs.

^ Celui qui jure d'être toujours amoureux est un fou, un insensé qui s'abuse lui-même... Est-ce que ça dépend de lui? est-ce qu'il en est le maître?... Autant vaudrait jurer de toujours se bien porter. E. Schibe.

® Science, esprit, beauté, jeunesse, fortune : tout ici-bas est impuissant à donner le bonheur, — sans I amour. X. B. Saintine.

260 LES FEMMKS I) AIMIÈS LES AIITEUIIS FRANÇAIS.

?S Je crois que l'ainoiir est lo besoin do tous et lo plaisir seiilomoni (lt> (|n('lquos-mis. A ce dernier litre, il devient un sentiuieut si exquis que, pour en jouir, la masse des lionimcs a queUjue chose de trop grossier. Il existe dans lo cœur une délicatesse comme dans l'esprit; elle échappe au «rand nombre.

@3 Ce n'est pas l'amour véritable qui inspire de grandes sottises aux puissauts de ce monde ; ils s'en garent en général ; mais comme ils laissent leur vanité s'infiltrer partout, ils se ruinent pour des femmes à la mode, se déshonorent pour des prostituées, et s'affichent pour des comédiennes. Dans ce genre, ils mettent à si haut prix l'opprobre de la publicité, f[u'ils en perdent la mémoire de leurs titres et la dignité de leur position. L'habitude survient qui les enterre tout entier dans des liaisons qui les rapprochent de ce qu'il y a de plus bas. Ils meurent quelquefois beaux-frères de leur cocher et cousins germains de leur laquais. Saiist-Pugsper.

® Il est trois mots, dans toutes les langues, que la nature la plus grossière prononce aussi bien ([ue la plus sublime, et ces trois mots sont : je t'aime.

® Si l'amour laissait l'aire la nature, on n'aimerait que pour vivre, et si la nature laissait faire l'amour, on ne vivrait que pour aimer.

® Secret d'amour!... Fais-toi aimer et attends.

® En amour, l'autorité revient de droit à celui qui aime le moins.

® On ne devrait jamais dater une lettre d'amour, le temps est la seule bonne excuse de l'oubli.

^ Une affaire d'amour est plus périlleuse qu'une affaire d'honneur : celle (pii nous j)rovo(jue ne nous laisse [)as le clioix des armes.

^ Être audacieux en amour, c'est jouer quitte ou double ; quel homme réellement amoureux consentirait à faire celle partie-là?

® L'amitié et l'amour sont proches parents; mais ils héritent rarement l'un de l'autre.

^ Les amants devraient se (|uillci' s'aimant encore, crainte de se quitter ue s'aimanl plus.

^ Un amour malheureux est le |»lus doux souvenir qu'on garde de l'amour.

® Un dernier amour est une dernière planche de salut.

£g3 Les suicides les plus li('(jnenls sont occasioimés |iar l'anionr; mais les statisticpies ne; disent |)as c(!ux cpie l'amour a enqK'chés. Ad. d'IIoiîdktot.

@3 L'arnoiu', connue la petite véroh;, ne s'attrdjii' pas deux lois.

f® Ce n'est pas par l'auslérilé (pi'on sauve un Intunuc de la di-banche, — c'est par l'airiour.

I/.VMOUR. — IV. MVUl.Vr.K. — IV MATKIINITK. 261

^ Il V ;i un jiifîomont sans ajijx'l : c'est coliii île l ainoiii".

r?t Uelativenient aux rennnes el à l'aiiuMir riioninie est hieii faible, surtout quand il est l'orl.

^ L amour est entièrement à celui (jui aime ; l aimé u est qu'un prétexte.

Alph. K\iuj.

f^ L'amour est l'amour: on n'aime pas quelqu'un pour les services qu'il a pu vous rendre; on aime avec sa nature et ses impressions, et non avec sa reconnaissance et ses souvenirs. Si un faisan avait sauvé la vie à une colombe, elle ne se croirait pas obligée de l'épouser; elle lui préférerait un simple ramier qui n'aurait fait que roucouler, mais qui aurait cet avantage d'être un ramier. Alors pourquoi demander à l'amour d'autres droits que son attrait même? — Ah! c'est un des privilèges de l'état social : ou veut bien se permettre d'aimer, mais on veut savoir pourquoi ; et l'on exige, en fait d'amour comme en fait de projets de loi, un exposé des motifs. Hélas! presque toujours on en trouve.

^ On est toujours un peu jésuite dans les commencements d'un amour. Comment voulez-vous qu'une femme, une femme raisonnable, s'avoue tranchement qu'un monsieur, qu'elle ne connaissait pas la veille, est déjà plus pour elle que tous ses parents, amis ou ennemis? Elle passera des mois entiers, une année peut-être, à chercher à ses préoccupations, à son trouble, toutes sortes de noms, avant de leur donner leur nom véritable.

® En amour, les bons sentiments portent malheur; loin d'être récompensés, ils sont punis ! Cela doit être, car ils sont presque toujours une offense à l'amour, et l'amour ne vous pardonne point le courage que vous avez contre lui.

^ L'amour n'est si beau que parce qu'il est involontaire; on n'a pas le droit de dire : « Aimez-moi ; » l'amour ne se commande pas, il s'inspire.

® En amour, les résolutions héroïques sont toujours celles qu'on adopte, parce qu'elles sont impossibles à tenir. On les prend, et l'on satisfait sa conscience; on les abandonne, et l'on contente sa faiblesse; on se persuade que l'on a cédé à la force des choses. M"'" E. de Girardin.

^ L'amour est le frère de la mort. On l'a dit et répété, mais qui a sondé encore à quelle profondeur il est le frère de la douleur?

® Une des causes les plus ordinaires des illusions de l'amour et de ses exagérations, c'est de croire que l'objet aimé est un miracle, est unique par tel mérite, qu'on trouve ensuite chose commune, quand on sait un peu plus le monde.

MiCHELET.

® Quand on aime, à chaque nouvel objet qui frappe les yeux ou la mémoire, serré dans une tribune et attentif à écouter tme discussion des Chambres ou allant au galop relever une grand'garde sous le feu de l'ennemi, toujours l'on ajoute

2(i2 LFS FEMMES DAfT.KS LES AUTEURS FRANÇAIS.

iino nouvellp perfcrlion à lidée qu'on a de sa maîtresse, ou l'on découvre un nouveau moyen, qui d'abord semble excellent, de s'en faire aimer davantage.

Chaque pas de l'imagination est payé par un moment de délices. Il n'est pas étonnant qu'une telle manière d'être soit attachante.

I ^ L'amour est comme la fièvre, il naît et s'éteint sans que la volonté v ait la moindre part. Voilà une des principales différences de l'amour-goùt et de l'amour-passion, et l'on ne peut s'applaudir des belles qualités de ce qu'on aime que comme d'un hasard heureux.

Enfin l'amour est de tous les âges : voyez la passion de madame du Deffant pour le peu gracieux Horace Walpole.

® Ne pas aimer quand on a reçu du ciel une âme faite pour l'amour, c'est se priver, soi et autrui, d'un grand bonheur. C'est comme un oranger qui ne fleurirait pas de peur de faire un péché ; et remarquez qu'une âme faite pour l'amour ne peut goûter avec transport aucun autre bonheur.

^ L'amour est la seule passion qui se paye d'une monnaie qu'elle fabrique elle-même,

^ L'amour tel qu'il est dans la haute société, c'est l'amour des combats, c'est Tamour du jeu.

& L'amour est une fleur délicieuse, mais il faut avoir le courage d'aller la cueillir sur les bords d'un précipice affreux. Outre le ridicule, l'amour voit toujours à ses côtés le désespoir d'être quitté par ce qu'on aime, et il ne reste plus ([u'un dead blank (lettre moite) pour tout le reste de la vie.

E^ Le véritable amour rend la pensée de la mort fréquente, aisée, sans terreurs, un simple objet de comparaison, le prix qu'on donnerait pour bien des choses.

® Pour trouver l'amour à Paris, il faut descendre jusqu'aux classes dans les- (juelles l'absence de l'éducation cl de la vanité cl la lutte avec les vrais besoins ont laissé plus d'én<;rgie.

® Les gens heureux en amour ont l'air profondément attentif, ce qui, pour un Français, veut dire prol'ondénicul triste Stendhal.

® Qui peut i(!nq)lacer dans l'âme d'un amant la bcsllo image (ju'il s'est |)Iu à parer tous les jours d'un nouveau vestige'.' C(!lle-là n'existe pas en réalité sur la terre; elle (!st gi'avéi; sciilciiiciit au fond du coMir lidèle, cl mil |)()rtrailn(r pourra jamais rendre son iiiq)érissable beauté. (I. di; Nkiivai,.

^ Dieu ! ((uc l'auiour ptMit l'aire faire de sottises à un houuuc grave !

T-. C. I(i:i.avi(;m:.

E§3 L'amour esl un l'en ipii vivifie, non une Ibinuiie «pii dévoi'e.

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