‹ Les femmes d'après les auteurs françaisChapitre 54 sur 194 · I. V.MOI 15. I.K M M;I \(;K. - LA MATKIIMTI · texte numérisé non relu

I. V.MOI 15. I.K M M;I \(;K. - LA MATKIIMTI

réclat ol lie la luaiiiiiliooiu'o. Mais la livilisalion, (jui plus laid pénétra partout, ilétruisit iiisensiblouiont leuipiro dos teiumos : ollo rap[)r()tlia de trop près les ileii\ sèves, et ooiubla liniervalle dont riniaginalion a besoin pour lécouder I aiuour. En se vovaut toujours, ou sut de part »>l d antre les eôtés (pii étaient laihles : on s'atla(|ua. on se vain(|uit, ti laniour, elianiié en nue sorte de tarticpie, dut trop à l'adresse |)tnu' valoir l'ueore heaneouj) eonniie sentinieut.

Cependant il restait tonjcnus an\ l'ennucs les dclioisde radnuratiou et du respect : Teiilliousiasuie survivait même dai\s (juehpu's âmes privilé<;iées; on se hallail euiitre j)our I honneur ou rauioiu' île sa dame ; et dans les guerres du i;rand siècle, tonte rarniée vit un preu.v blessé à mort suspeuih'e, pour ainsi parler, son dernier soupir, afin de tracer encore une fois le nom de sa bien-aimée. Eidin, si le eanu' jouissait moins en général auprès des femmes, il les rciconnaissait encore comme le plus précieux ornement du monde. Ce dernier leste d'Iiom mage, elles le perdirent sous un prince (le Régent) qui parvint à naturaliser la débauche parmi nous, parce qu'elle était l'unique plaisir qui réveillât encore sa langueur.

Les femmes des hautes classes, menacées de tomber an rang des courtisanes, n'avaient plus qu'un dernier moyen de salut, c'était de se tenir à l'écart. Sorties pour un instant de la société, le cœur des bonmies les y aurait rappelées plus puissantes que jamais ; mais le courage leur manqua à la seule pensée de ce léger exil : elles aimèrent mieux, armes égales, combattre leurs rivales; et il leur fut donné quel([uefois de les vaincre. La mode s'avisa ensuite de légitimer ce qui n'avait été que calcul de situation, et l'esprit, à son tour, en fit un système de bonne compagnie.

Les femmes furent alors immiscées aux affaires et habiles aux intrigues ; mais dans l'intimité il n'y eut plus pour elles ni amour ni galanterie, et leur possession Jie servit désormais qu'à égayer le persiflage. Les femmes de la haute société, convaincues à la fin que le désordre des mœurs avait été poussé tro}) loin pour être encore illustration, s'enrôlèrent sous les drapeaux de la philosophie moderne. Elles n'étaient plus honorées comme femmes, elles voulurent l'être comme savantes. La fausse réputation que les gens de lettres leur concédèrent, elles en firent don à leur tour. Par là elles acquirent un nouveau degré d'importance, et firent monter au pouvoir des hommes qui ne leur paraissaient grands que parce qu ils les dépassaient d'un peu.

Les fautes de ces pygmées hâtèrent la révolution que tant d'autres causes avaient préparée. Déchirant sans pitié les affections les j)lus douces, elle révéla tant de douleurs aux femmes des hautes classes, que de longtemps elles en resteront purifiées. Aussi les mœurs que je viens de retracer leur sont devenues si étrangères, qu'elles ne les connaissent plus que de souvenir.

Cette série d'observations, qui repose sur des faits incontestables, prouve que l'amour, dont on parle tous les jours avec tant de légèreté, exerce une véritable influence sur la société. S'il se conserve comme sentiment moral, il répand partout la vigueur et la pureté; s'il est dégradé ou baimi, l'homme s'af-

280 l.i;s IK.M.MKS l)'.MM;i;s I.KS AITKI us lllA.Nr.MS.

laisse, privé de soutien; car la l'oice n'est pas dans l'esprit, elle jaillit du cœui-.

Il ne faut pas que l'amour domine les héros, mais il ne doit pas non plus leur manquer tout à fait; car il suHit quelquefois de lui seul pour populariser leur gloire.

L'amour le plus vrai a ses ruses et ses mensonges, non pas cpi'il veuille tromper, mais il devine sur-le-champ tout ce que le cœur lui demande ; il se mesure alors à ses besoins ou à ses faiblesses, s'y prête ou s'y refuse, et se modilianl sans cesse, rajeunit ainsi le bonheur (|u'il nous donne.

L'amour se compose d'un si grand iiondjre de sensations qu'il laissera toujours de nouvelles choses à dire. En général, on ne le connaît qu'à proportion de ce (|u'il coûte au cœur. Cette idée qui, au premier instant, semble paradoxale, est, au fond, de la plus grande justesse. Lorsque Tamour est d'accord avec les convenances sociales, il conduit par une pente si rapide au bonheur, qu'à peine on peut le sentir tout entier; |»uis la sainteté du mariage, léglant Tamour, le condamne à une sorte de quiétude qui, à force d'être douce et paisible, le berce et l'endort. Mais si la fortune, la naissance, le rang séparent ceux qui s'aiment, il V aura lutte entre le cœur qui s'efforcera de combler la distance, et la raison, ({ui, par intervalle, la laissera a[)ercevoir. Les sacrifices venant de la part de Ihomme, multiplieront encore ses douleurs ; car il est à remarcpier cpie, dans une pareille position, il doute et hésite sans cesse, tandis que la femnu! qui, pour devcmir heureuse, a besoin de sa générosité, redoubU; d'effoits pour plaire. Il est impossible que l'homme refuse conslamment : il cède donc aujourd'hui sur un point, demain sur un autre; mais la considération publique, les préjugés conservateurs l'avertissent et le conseillent à leur tour. Il s'indigne de ses liens, les brise en partie, arrache des larmes à celle qui lui est chère, se rcpent, pleure avec elle, et, |)our obtenir pardon, retondje en de nouvelles faiblesses. Je ne parle ici que d'un sentiment réprouvé par la raison et les convenances : à supposer maintenant un amour (jue le (hîvoir condanme, etfju'il est impuissant à éto\dTer, justpi'au souvenir, tout est remords. Il faut se détacher à la fois et du cœur qui ne doit pas sentir, et de la mémoire qui ne doit pas rappeler; il faut enlin sorlii' de soi, ou se résoudre à l'éternelle amertume d'un s('nliment (pii, dans ce cas, a toujours (juelque chose de nouveau à faire souffiir.

L'amom- laisse quekpusfois de si longs regrets, que le monde, touché de pitié, le relève de ses fautes, et lui crée de ses remords mêmes une sorte île considération nouvelle.

Il Y a dans Tamour ipie^pic (•li(t<(3 de tiop excliisii' pour (pi'oii ne le découvre pas vite; s'il se décèle dilTérennnent il ne s'(!n décèle pas moins.

f«fi Dans le (■()nnn(!ice de l'amour, les honnnes oui riiahiliide des grands discours, les l'ennri(!s des demi-mots, delà tient à ce (jue les honnnes veideni persuader; les f(Mnmes, au contraire, refuser.

^ L'amoiu' pioiliiil dan^ les deu\ sex(!S de- effets liien opposés : chez, lef> hommes, l'agitation: die/, les Icnnnes, la laciluinité.

Page 1