I.UC1I.K
Moi? Poiul tbi toul. (i'esl vous qui l'avez résolu.
ÉRASTE
.Moi? je vous ai cru là l'aire un plaisir e.vtrème.
LUCILE
l*oiiil. Vous avez voulu vous contenter vous-uiênic.
ÉRASTE
Mais, si mon cœur encore revoulait sa prison. *
Si, tout fâché (|u'il est, il demandait pardon?
LUCILE
iNon, non, n'en faites rien; ma faiblesse est trop giande ; J'aurais peur d'accorder trop tôt votre demande.
ÉRASTE
Ab ! vous ne pouvez pas trop tôt me l'accorder, Ni moi sur cette peur trop tôt le demander : Consentez-y, madame ; une flamme si belle Doit, pour votre intérêt, demeurer éternelle, Je le demande enfin, me l'accorderez -vous. Ce pardon obligeant?
LUCILE
Remenez-moi cliez nous * .
hEMEDES A L AMOUR
^ Le sâut de Leucade était une belle image dans l'antiquité. En effet, le leniède à l'amour est presque impossible. Il iaut non-seulement le danger qui rappelle fortement l'attention de l'homme au soin de sa propre conservation, mais il faut, ce qui est bien plus difficile, la continuité d'un danger piquant et (jiie l'on puisse éviter par adresse, afin (jue l'habitude de penser à sa propre conservation ait le temps de naître. Je ne vois guère qu'une tempête de seize jours, comme celle de don Juan, ou le naufrage de M. Cochelet parmi les Maures; autrement l'on prend bien vite riiabitude du péril, et même l'on se remet à songer à ce qu'on aime, avec plus de charme encore, quand on est en vedette, à vingt pas de l'ennemi.
' L'un sait avftMjiicllc élonnatile souplesse (le lalciil le grand coiiilque parvinl à refaire, ■^an^ la copier, tcUc scène |M)ur la plaici i\ai\-< Tartiffe. (,.Vctc II, «■c. iv.)
L>% LlîS tEMMKS D'APRÈS LES AUTEURS FRANÇAIS,
Nous lavons répété sans cesse, l'amour d'un homme qui aime bien jouit ou frémit de tout ce qu'il s'imagine, et il n'y a rien dans la nature qui ne lui parle de ce qu'il aime. Or, jouir et frémir fait une occupation fort intéressante, et auprès de laquelle toutes les autres pâlissent.
Un ami qui veut procurer la guérison du malade doit d'abord être toujours du [)arti de la fennne aimée, et tous les amis qui ont plus de zèle (jue d'esprit ne manquent pas de faire le contraire.
C'est attaquer, avec des forces trop ridiculement inégales, cet ensemble d'illusions charmantes que nous avons appelé autrefois cristallisation.
L'ami guérisseur doit avoir devant les yeux que, s'il se présente une absurdité à croire, connue il faut pour l'amant ou la dévorer ou renoncer à tout ce qui l'attache à la vie, il la dévorera, et, avec tout l'esprit possible, niera dans sa maîtresse les vices les plus évidents et les infidélités les plus atroces. C'est ainsi que, dans l'amour-passion, avec un peu de temps, tout se pardonne.
Dans les caractères raisonnables et froids, il faudra, pour que l'amant dévore les vices, qu'il ne les aperçoive (|u'après plusieurs mois de j)assion.
Bien loin de chercher grossièrement et ouvertement à distraire l'amant, l'ami guérisseur doit lui parler à satiété, et de son amour et de sa maîtresse, et en même temps faire naître sous ses pas une foule de petits événements. Quand le voyage isole^ il n'est pas remède, et même rien ne rappelle plus tendrement ce (pi'on aime que les contrastes.
L'ami guérisseur doit bien se garder des mauvaises laisons, par exemple de parler d' ingratitude. C'est ressusciter la cristallisation que de lui ménager une victoire et un nouveau plaisir.
(l ne peut pas y avoir d'ingratitude en amour; le plaisir actuel paje toujours et au delà les sacriiices les plus grands en apparence, je ne vois pas d'autres torts |)ossibles (pie le man(|ue de franchise ; il faut accuser juste l'état de son cœur.
Pour peu ([ue l'ami guérisseur attaque l'amour de front, l'amant réjiond : « l'être amoureux, même avec la colère de ce (pi'on aime, ce n'en est pas moins, pour m'abaisser à votre style de marchand, avoir un billet à une loterie dont le bonheur est à mille lieues au-dessus de tout ce (pie vous pouvez m'olliir, dans votre monde d'indifférence et d'intérêt personnel. Il faut avoir beaucoup de vanité, et de la bien petite, pour être heureux parce qu'on vous reçoit bien. Je ne blâme point les hommes d'en agir ainsi daus leur monde. Mais, auprès de Léonore, je trouvais un monde où tout était céleste, tendre, généreux. La |)lus sublime et et pres(ju(î incrovable vertu de votre monde, dans nos entretiens, ne complail (jue pour une veitu ordinaire et de tous les jours. Laissez-moi au moins rêver au bonheur d(; passer ma vie aui)rès d'un tel être. Ouoi(pie je voie bien (pie la lalomnie m'a p(îrdu et (jue je n'ai plus d'espoir, du moins je lui lerai le ^acrilice de ma vengeance. »
On ne peut guère aiieler ranioiir (pie dans les cominenceiiients...
SlL.NUllAL.