‹ Les femmes d'après les auteurs françaisChapitre 70 sur 194 · CONSTANCE. — INCONSTANCE — FIDELITI-. - INFIDÉLITÉ · texte numérisé non relu

CONSTANCE. — INCONSTANCE — FIDELITI-. - INFIDÉLITÉ

Boiste établit (dans son Dictionnaire des synonymes) cette diiférence entre ta constance et la fidélité :

^ L'amant constant aime constamment la même personne; l'amant fidèle n'en aime point d'antre. Il est inconstant s'il a cessé d'aimer, mais il est fidèle ; de même la constance peut n'être pas toujours accompagnée de la fidélité

M. Bescherelle est plus concis :

^ La constance, dit-il, ne suppose point d'engagernent , la fidélité en suppose un.

Quoi qu'il en soit, la nuance, tout au moins au point de vue du langage usuel, nous a semblé trop délicate à bien saisir, pour que nous ayons cru devoir former plus d'un groupe des pensées suivantes :

^ La constance en amour est une inconstance perpétuelle qui fait que notre cœur s'attache successivement à toutes les qualités de la personne que nous aimons, donnant tantôt la préférence à l'une, tantôt à l'autre; de sorte que cette constance n'est qu'une inconstance arrêtée et renfermée dans un même sujet.

® Il y a deux sortes de constances en amour : l'une vient de ce que l'on trouve sans cesse dans la personne que Ton aime de nouveaux sujets d'aimer, et l'autre vient de ce que l'on se fait un honneur d'être constant.

Sg3 II est plus difficile d'être fidèle à sa maîtresse (|uaiul on est heureux, que quand on est maltraité. La Rochefoucauld.

^ Hyacinthe. — La douce chose (pic d'aimer lorsqu'on ne voit point d'obstacles à ces aimables chahies dont deux cœurs se lient cnscnd)le.

ScAPiN. — Vous vous moquez : la tranquillité en amour est un calme désagréable... les dirfi(;nllés qui se mêlent aux choses réveillent les ardeurs, augmentent les plaisirs.

^ Ali! ([ii'il est doux d'aimor

Qii;iii(l deux cœurs sont liticlcs.

Il l'aiil sn croire aimé pour se croire infidèle.

MOLIÈKE.

Hacim:.

f»l Les Français uv. se piquent guère dc! constance. Ils croient qu'il vsl aussi lidiiiilc (le jurer à une femme qu'on l'aimera toujours, (|ue de soutenir qu'on so

LA.MOIR. — Lt: MAKIAGL:. — LA iMATKU.MTK. 3H

portera toujours bieu, ou ijuou sera toujours licuroux. Quand ils promettent à une fenuue cpiils l'ainicrout toujours, ils supposent qu'elle^ de son côté, leur promet d'être toujours aimable, et si elle mamiue à sa parole, ils ne se croient plus engagés à la leur. Montesquieu.

S5 Ou oublie les iulidélités, mais on ne les pardonne pas.

M"" DE Sévigné.

SSS On pardonne les infidélités, mais on ne les oublie pas.

M"'" DE LA Fayette.

Xe trouvez-vous pas qu'en rapprochant les deux précédentes assertions, nous voilà bien renseignés?

® L'inconstance et l'amour sont incompatibles : l'amant qui change ne change pas; il commence ou finit d'aimer. J. J. Rousseau.

® L'inconstance naît souvent de la certitude d'être aimé; ou ne le cioirait pas; mais les âmes tendres et délicates ont volontiers le défaut de se relâcher dans leur tendresse, quand ils ont obtenu toute la vôtre; l'envie de vous plaire leur fournit des grâces infinies, leur fait faire des efforts qui sont délicieux pour elles; mais, dès qu'elles ont plu, les voilà désœuvrées.

^ En fait d'amour, ce sont des âmes d'enfant que les âmes inconstantes. Aussi n'y a-t-il rien de plus amusant, de plus aimable, de plus agréablement vif et étourdi que leur tendresse. Marivaux.

^ On peut jurer qu'on sera fidèle, parce que la fidélité dépend de nous, mais non pas qu'on aimera toujours. Il faudrait donc ne pas donner aux serments plus de force qu'ils n'en peuvent avoir. N'est-ce pas assez d'y tenir, tant que l'on n'a pas de bonnes raisons d'y manquer?

® L'infidélité, peste du repos et de la vertu, vient troubler les liaisons les mieux cimentées. G est de l'infidélité que naît le désordre dans les familles ; c'est de l'infidélité que vient la perte de la santé, de l'honneur, et quelquefois celle de la vie; l'infidélité a produit plus de mal que tous les autres vices ensemble. C'est à quoi l'on ne songe guère quand on contracte des engagements ; on se promet bien d'y tenir, on s'imagine même qu'on y tiendra facilement ; mais on revient de cette promesse à mesure que les occasions d'y manquer se présentent ^

® Quand une fois on a perdu le cœur d'un amant, c'est en vain qu'on fait des efforts pour le retenir. C'est un temps éclipsé sans retour. Le cœur ne se gouverne pas comme l'esprit; on ne lui commande rien; c'est lui plutôt qui nous conduit. Il faut qu'une femme connaisse quand son règne est passé, et qu'elle prévienne, s'il se peut, la honte d'être abandonnée, en usant de diligence.

Tjl'i LES FEMMES D'APRÈS LES AUTEURS FRANÇAIS.

f® On peut jurer ({u'on sera lidèlc, parce que la lidélilé dépend de nous; mais non (ju'on aimera toujours : il faudrait donc, avant que d-; taire un serment, en bien examiner Tobjet, ou se résoudre à jurer comme des enfants.

^ On promet d'aimer toute sa vie : mais n'est-ce pas aux conditions tacites (|iron sera toujours aimé, qu'un amant ne se négligera point, qu'il n'aura poin' de mauvais procédés, etc., etc.? N'cst-il pas constant que, sans cela, on se dirait cent lois le jour (ju'il faut continuer, qu'on n'en lerait pas davantage? Pourquoi donner aux serments plus de force qu'ils n'en peuvent avoir'.' N'est-ce pas assez d'y tenir tant que l'on n'a pas de bonnes raisons d'y manquer'? et i)uis d y a des choses (jui ne sont pas en notre pouvoir.

® Une femme dit qu'nn homme est ingrat, on entend à merveille qu'elle Ta mis à portée de l'être. Les femmes trompées n'ont (pi'un parti à prendre : c'est d'oublier leurs bontés, ou, si elles y tiennent, de s'en venger secrètement, en disant publiquement du bien de celui qu'intérieurement elles voudraient accabler.

® Si j'étais homme, je ne ferais pas grand fond sur la bonne foi d'une femme qui m'aurait pardonné de lui en avoir manqué. On est ordinairement sévère sur les fautes qu'on ne commet pas. M""' de Puisieux.

® L'infidélité afflige les femmes en raison du plaisir qu'elle fait à leurs rivales. Beauchène.

® Il n'y a de mérite à n'être pas infidèle (jue lorsqu'on commence à devenir inconstant. De Lévis.

cS Quand l'Éteinel la l'emme fabriqua, Pour l'acliever l'étolfc lui manqua ; * Lors, sans façon, nous volant une côte. Il l'enrichit de ce bien qu'il nous Ole, De son avoir tout lionimc est ne jaloux : Pour rattraper cette côte enlevée.

Nous la cherchons... hclli's, chacun de nous Sei'a conlenl, (juaud il l'aura lioiivôe.

MlLLEVOYE.

j® Lorsqu'une femme pardonne inic inlidélité, c'est presipie toujours ptuir déjouei- les projets d'une livah; dont le trionq)he rinq)ortun(!.

De SlASSART.

Eg3 La |)lupart des hommes et des fennnes se rtqirochent mal à propos leurs infidélités. Ils s<5 juraient autrefois un amour vif, un amour (jue la spupathie avait assorti. Infidèles à la vérité (pi'ils atteslaiciut alors, doivent-ils s'étonner aujourd'hui de dcvc-nir pfîrlides en amouiV Ou n'aime guère dans le monde, mais ou s'aunisc. Pailcr séii(!us('meiil de l'amour, c <'st tondicr dans le ridicule. Cependaut, aux veux de la vciilablc |)robité, un anianl cl un anii inlidclcs sont

I/AMOra. — LK MARIACK. — LA MATEUNITK. ôiô

également méprisables. Osser d'aiiiier |);ir iiiconslaiicc est im délaiit dans la nature: trahir oe t\u'o\\ aime est toiijoin's un vice dans l'amant. De Bernis.

® N'allons pas jurer d'aimer toujours : lud n'est certain d'aimer demain.

l)t Sknancour.

^ L'inlidélité est comme la mort, elle n'admet, pas de nuances.

M'"" E. DE GlRARDlN.

® Qui est-ce qui n'a pas rougi, dans le fond de son âme, d'avoir trompé (juelque belle et noble femme, pour une sotte qui était à cent lieues de la valoir?

P. J. Stahl.

^ L'infidélité est une trahison envers soi-même. Ad. d'.IIoudetot.

® Être fidèle est, pour ainsi dire, même chose qu'être jaloux : par la jalousie, l'on demande la fidélité à autrui; par la fidélité, l'on exerce la jalousie sur soi-même. * * *

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