‹ Les femmes d'après les auteurs françaisChapitre 71 sur 194 · CONSTANCE ET INCONSTANCE OE LA FEMME · texte numérisé non relu

CONSTANCE ET INCONSTANCE OE LA FEMME

S? Souvent femme varie, Bien fol est qui s'y fie.

François I*

L'onde est moins agitée, et moins léger le vent,

Moins volage la flamme, Moins prompt est le penser que l'on va concevant,

Que le cœur d'une femme.

H. d'Urfé

La femme est une mer aux naufrages fatale, Rien ne peut aplanir son humeur inégale. Les flammes d'aujourd'hui seront glace demain, Et s'il s'en rencontre une à qui cela îi'advienne, Fais compte qu'elle a. . .

... Quelque chose de plus qu'humain.

Malherbe.

® ... Tout ce que d'ardeur l'ont paraître les femmes

Parfois n'est qu'un beau voile à couvrir d'autres flammes.

Molière.

® Une femme inconstante est celle qui n'aime plus ; une légère, celle qui déjà en aime un autre; une volage, celle qui ne sait si elle aime et ce qu'elle aime; une indifférente, celle qui n'aime rien.

® Telle femme évite d'être coquette par un ferme attachement à un seul, qui passe pour folle par .son mauvais choix.

^ La perfidie, si je l'ose dire, est un mensonge de toute la personne; c'est, dans une femme, l'art de placer un mot ou une action qui donne le change, et (|uel(piefois de mettre en œuvre des serments et des promesses, qui ne lui coulent pas plus à faire qu'à violer.

® ['ne femme infidèle, si elle est connue pour telle de la personne intéressée, n'est qu'infidèle; s'il la croit fidèle, elle est perfide.

® On tire ce bien de la perfidie des femmes, (ju'elle guérit de la jalousie.

La Bruyère.

^ On garde longtemps son premier amant, quand on n'en prend point de second. La Rochefoucauld.

^ Lorsque Adam vit cet(e jeune beauté Faite pour lui d'une main immortelle, Il l'aima fort; elle, de son côté (Dont bien nous prend), ne lui fut pas cruelle.

Cher Charleval, alors, en vérité, Je crois qu'il fut une femme fidèle.

Mais comme quoi ne l' aurait-elle été?

Elle n'avait qu'un seul homme avec elle!

Or, en cela, nous nous trompons tous deux : Car, bien qu'Adam fût jeune et vigoureux. Bien fait de cœur et d'esprit agréable.

Elle aima mieux, pour s'en faire conter. Prêter l'oreille aux fleurettes du diable. Que d'être femme et ne point coqueter.

Sarrazin.

« On croirait, dit Baylc, après avoir rapporte ce sonnet, que Sarrazin écrivit cela pendant l'accès d'une furieuse jalousie, jet ayant appris tout fraîchement que sa maîtresse avait eu beaucoup de civilité pour (juehpics jeunes blondins qui l'avaient louée. »

®3 Les précautions" ne font rien contre l'infidélité; et souvent une femme, qui ne songerait point à mal si on la laissait en repos, s'y voit portée par vengeance ou réduite par nécessité. IIamilton.

^ II faut autant de irais poiu- conserver les femmes Qu'on en a prodigué pour attendrir les âmes.

^ Prenez la lillellc

Au premier mouvement.

Car clic est sujette Au cliaugcniunt.

Souvent la plus lendre,

De BiÈvRE.

LAMUlli. - LE MAUlAGi:. — LA .MATLlhNlTÉ. 515

Ou'oii fait trop attendre, Se moque de nous, Au londoz-vous.

Regnard.

^ Lorsque Dieu créa riioniuio, il le créa poiu' cire bon et vertueux : il fit la femme pour lui donner une compagne fidèle, qui par sa fidélité le rendit heureux : voilà, je crois, les deux choses que le libre arbitre a le plus éloignées de la volonté de Dieu.

® La plupart des hommes se récrient sur l'infidélité des femmes : les amants se plaignent de leurs maîtresses, les maris de leurs épouses ; les assemblées particulières en font la matière de leurs conversations : les tribunaux de justice en retentissent: cependant on voit peu de gens faire assez usage du bon sens et de la raison, pour éviter de donner dans des pièges où l'on voit tomber tous les jours un grand nombre de personnes. Le vieillard et le jeune homme, le courtisan et le bourgeois, l'homme de lettres et l'ignorant, tous les hommes enfin semblent se disputer à qui se rangera sous l'empire des femmes. Y sontils engagés, ils se plaignent et maudissent leur état. Sont-ils assez heureux pour en sortir, leur félicité fuit comme l'ombre et passe dans un instant ; ils ne brisent leurs chaînes que pour se donner de nouveaux fers. Leur conduite extraordinaire semble assez justifier que Dieu créa les femmes pour être le fléau perpétuel des hommes, en attribuant un pouvoir irrésistible à ces tyrans des cœurs. L'infidélité n'est pas le plus insupportable défaut des femmes : un mari, dont réponse est coquette ou galante, n'en est que plus tranquille dans son ménage; elle a du moins beaucoup plus d égards pour lui que n'en aurait une vertueuse, qui fait acheter par mille tourments une sagesse dont elle se défera peut-être à la première occasion, et qu'elle n'a conservée que parce qu'elle n'a pas trouvé le moyen de s'en débarrasser. Combien n'y a-t-il pas de femmes à qui la vertu est un pesant fardeau, qu'elles portent faute de trouver des gens qui soient assez officieux pour les en décharger ! Le marquis d'Argens.

® Les femmes ressemblent aux girouettes; quand elles se rouillent, elles se fixent.

Cette ligne de prose est de Voltaire, qui ne manqua pas, à l'occasion, de la traduire en vers :

® ... La femme est comme la girouette :

Quand elle est neuve encore à toute heure on l'entend, Elle brille aux regards, elle tourne à tout Vent; Elle se fixe enfin quand le temps l'a rouillée!

® Fiez-vous donc, tristes amants,

Aux soupirs, aux faveurs, aux transports de vos belles; Ali ! croyez-moi, saisissez les instants Qui vous sont accordés par elles.

316 LKS FKMMES DAI'RKS LKS AUTEURS 1 UANÇAiS.

11 n'est point d'amonis éternelles, 11 n'est point de plaisirs constants.

Beutun.

® Il n'est pas de femme si fidèle qui n'ait cessé de l'être, au moins par la pensée. Didekot.

® Généralement les honnnes sont moins constants que les femmes, et se rebutent plutôt qu'elles de l'amour heureux. La femme pressent de loin l'inconstance de l'homme, et s'en inquiète ; c'est ce qui la rend aussi plus jalouse. Quand il commence à s'attiédir, forcée à lui rendre pour le garder tous les soins qu'il prit autrefois pour lui plaire, elle pleure, elle s'humilie à son tour, et rarement avec le même succès. L'attachement et les soins gagnent les cœurs, mais ils ne les recouvrent gnères.

Vous êtes bien folles, vous antres femmes, de vouloir donner delà consistance à un sentiment aussi frivole et aussi passager que l'amour. Tout change dans la nature, tout est dans un flux continuel, et vous voulez inspirer des feux constants! Et de quel droit prétendez-vous être aimée aujourd'hui parce que vous l'étiez hier? Gardez donc le même visage, le même âge, la même humeur; soyez toujours la même, et l'on vous aimera toujours, si l'on peut.

J. J. Rousseau,

^ Quand une femme est fidèle, on l'admire; mais il y a des femmes modestes (jui n'ont pas la vanité de vouloir être admirées. Maiuvaux.

[g La cour vous a oublié, chantez; une jolie femme vous a quitté pour nu de vos amis, chantez; demain vous aurez la sienne, et il sera bien plus à plaindre que vous, parce qu'il ne sait peut-être pas qu'il faut chanter.

® Quand vous voyez (pi'une femme a changé d'avis, d opinion et d'amant, dites qu'elle n'en a ni l'honneur ni le démérite, mais qu'elle n'a pu faire autrement. Elle est malade. L'inconsécjueuce est une maladie. Je prie Dieu, son père, son mari, son amant et son ami de la lui ])ardo!nier. Prince de Ligme.

E^ Un des plus grands maux est d'avoir à regretter un bien ([ui existe encore, mais qui n'existe plus pour nous. C'est pour cette raison cpi'on se console plus aisément de la mort de sa maîtresse que de son infidélité.

iM"" d'Auco.nvili.e.

9>g Pour cire aimé des belles,

Aimons; Un beau jour changent-elles, Clian;jeons.

Désaugieiis.

On ne peut guèr(î avoir femme fidèle On'en attirant l'aniuseinont chez elle.

l'AVAIlT

LAMULli. — 1,1; MMllMiK. — I, \ MATEUiNlTÉ. 317

8^ L'honnour doiil le soxo se pique

Kst semblable au nectar baelii(jue Que le coteau de Reims produit.

Quelque soin, (piel(|ue vigilance Dont use l'humaine puissanci' Pour renlermer dans son réduit, Souvent ce pétillant breuvage, Qu'irrite un lro|) long esclavage.

Fait sauter le cercle et s'enliiil.

?^ Trop fatale l)eauté, sexe aimable et trompeur, Enllammer est ton art, et trahir est ta gloire.

PAiNAlîl).

E. Lebp.i'n.

^ Une femme dont on croit être aimé et qui nous trompe ne nous fait aucun mal; une fenimo qui nous détrompe quand nous croyons qu'elle nous aime, nous en fait beaucoup. Beauchêne.

® Les femmes sont toujours constantes à l'amour, mais pas toujours à l'amant.

^ L'homme qui conserve de la haine pour une femme qui lui a été infidèle prouve qu'il n'était pas digne d'elle et qu'elle a bien fait de le délaisser.

^ On peut accuser de mensonge une femme qui se vante d'être fidèle; quant à celle qui ne s'en vante pas, pensez-en ce qu'il vous plaira. J. Dupaty.

® Pour juger de l'amour de votre maîtresse, rappelez-vous : Que plus il entre de plaisir physique dans la base d'un amour, dans ce qui aul refois détermina l'intimité, plus il est sujet à l'inconstance et surtout à l'infidélité.

® La différence de l'infidélité dans les deux sexes et si réelle, qu'une femmc passionnée peut pardonner une infidélité, ce qui est impossible à un homme.

Stendhal.

® Il y a des femmes que leur bon naturel est la sincérité de leur cœur empêchent d'avoir deux amants à la fois. Alf. de Musset.

^ Un prince ami des dieux, une femme fidèle, Des léopards sans ongle, et des oiseaux sans aile, Un fleuve impétueux qui remonte son cours, Sont des choses vraiment qu'on ne voit jias toujours.

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