‹ Les femmes d'après les auteurs françaisChapitre 72 sur 194 · C. Delà VIGNE · texte numérisé non relu

C. Delà VIGNE

ES On n'a pas encore pu décider qu'une femme est poussée à devenir infidèle jilutôt par l'impossibilité où elle serait de se livrer au changement que par la liberté qu'on lui laisserait à cet égard. Balzac.

^ On blâme l'inconstance des femmes, mais seulement quand ou en est victime ; on la trouve charmante quand on en est l'objet. Louis Desisoyers.

® La vengeance, la haine, l'intérêt, l'amour-propre, l'orgueil et le caprice sont bien souvent la cause de l'infidélité des femmes. Saijnt-Omer.

£ë3 Ithaque est restée célèbre : une femme y fut fidèle.

® Les femmes sont plus inconstantes, les hommes sont plus infidèles.

® Il n'est pas une femme fidèle qui ne soit fière de ne pas tromper son mari. La fidélité est donc un effort.

® Le chrétien qui se i)arjure la main sur l'Evangile est moins coupable que la femme infidèle qui, la main sur son cœur, jure qu'elle est innocente ; elle renie du même coup son Dieu d'hier et son Dieu d'aujourd'hui. P. J. Stahl.

® ... Tu ne connais pas les femmes ; tu ne sais pas ce qu'il y a souvent d'honnêteté dans leurs trahisons. E. Feydeau.

^ Les maris infidèles ne manquent jamais, pour s'excuser, de calomnnier leurs femmes; plus généreuses, celles-ci les trompent, mais ne les calomnient pas. Ad. d'IIoudetot.

D(; Donald définit le mariage :

j® Un acte social, domesli(|uc, civil et rciligicjwx à la fois, acle foinliitcui'dc! hi société domestique, dont l'autorité civile, venant au secours de l'accord domesliqiuî, doit garantir les intérêts, (;t où l'autorité religieiLse fait iiilcrvrnii- l;i Divinilé d'uiHî mauièi(! oxléricure (ît, s(Misible |m>ui' conscivei' Innioii Acs cd'urs et ('i^jurcr celle des cor|(s.

Nous regardons (;onnue satisfaisante; cette délinition à l'auslérilé de hupielle iiDiLS (>|i|»os(!rons le tableau ci-dessous, qui, pour api)arteuir à mie école maniérée

L'AMOUR. — I,E MARl.AGK. - I.A MATER^MTÉ. 319

e\ essentielleniont mythologique luijounriuii tombée en désiiétiule, nous semble mériter tous les honneurs de la roproiluction :

Vous vous attendez peut-élre, Emilie, à la généalogie de l'Hymen ? Votre attente sera trompée; je n'ai rien à vous dire sur la famille de ce dieu. La plupart des auteurs le font (Ils de Vénus et de Baccbus, et, par conséquent, frère utérin de l'Amour. Si cette opinion était fondée, elle prouverait plus que jamais l'ancien proverbe : Rara concordia fratnnn. Vous allez me demander > le sens de cette maxime : vous n'en avez pas besoin :

Avec un cœur fidèle et tendre Vous y répondrez sans l'attendre.

Ce qu'il y a de constant, c'est que l'Hymen existait longtemps avant le fils de Vénus, puisqu'il unit cette déesse à Vulcain.

En général, il est bien difficile d'établir la fraternité de l'Amour et de l'Hymen, sans se trouver en contradiction avec l'expérience. Ce qu'on peut dire de plus certain à ce sujet.

C'est que l'Amour, pour l'ordinaire, En étranger traite son frère.

Et que souvent l'Hymen sur le retour Est un faux frère de l'Amour.

Passons au caractère et à la figure de l'Hymen. H est sérieux naturellement; cependant le personnage varie suivant le costume dont il se trouve revêtu.

En robe de palais, c'est la gravité même. En costume de cour, un sourire apprêté Déride son visage

Qui s'allonge avec dignité.

En habit de traitant, d'abord il se recueille, Puis, ayant bien compté, nombre, multiplié, 11 prend en souriant la main de sa moitié.

Comme l'on prend un portefeuille.

En seigneur campagnard, il est fort chatouilleux

Sur le point d'honneur, et se pique De conserver intact le sang de ses aïeux. Il joue en cheveux gris la pastorale antique ;

Sur ses tours et sur ses crénaux Il enlace les noms de sa douairière étique Et fait à soixante ans l'amour en madrigaux. En perruque bourgeoise, il est fort débonnaire ; Brusque chez le marchand, froid chez le financier, Grave chez le docteur, fier chez le marguillier j

Et souple chez l'apothicaire; Actif ou uouchalant, il se plaît à jouir

Ou (lu repos ou du plaisir, Près des vieux il s'endort, près des jeiuies il veille , Près de vous il attend, comme au matin l'abeille

Guette la fleur qui va s'épanouir.

L'Hymen a eu de tout lemps accès dans tous les temples ; cependant il avait lui-même un temple particulier oîi on l'adorait avec Amour. Ce temple, qui existait jadis à Cythère, est tellement détruit qu'il n'en reste plus de vestiges; mais la confrérie des époux l'a fait depuis peu relever à ses frais, vers le dernier degré du pôle glacial.

Là, dans un sombre labyrinthe, Après mille et mille détours, Tantôt égaré par la crainte.

Tantôt séduit par les Amours, Souvent attiré [tar la feinte.

Vendeur, vendu, trompé toujours, On arrive à la noire enceinte Oii l'Hymen et le dieu Plulus, Calculant, au taux de la place, L'esprit, la jeunesse, la grâce, Le sentiment et la vertu.

Font jurer, par-devant notaire, Sans s'être ni vu ni connu, De s'adorer et de se plaire, Moyennant tel prix convenu.

Sous la voûte du vestibule On entrevoit les noirs Soucis, Des Dégoûts, frère des Enimis, Voltigeant dans le crépuscule; Et fuyant la clarté du jour.

Plus près, sous les traits de l'Amour, Paraît la triste Indillércnce, Soufflant au cœur son froid mortel. Et plus loin la fausse Espérance, Qui conduit au pied de l'autel.

(j'tîst là que la foule égarée Des d(!ux moitiés du genre humain, Du porlicpie assiégeant l'entrée, implore le joug de l'Hymen.

Le dieu, les jjrenant par la main, Sous le voile du sanctuaire, D'un 1er doré forge les iiu'uds.

Qui les encliainciil deux à deux, Poui' ramer sur cette galère.

I AMOIR. — IV. MAIUVGK. — LA MATERNITÉ. 321

Où princes, robins, financiei's, Sont conduits par la ronvonanco, Los vrais anianU par la consUince, Les marquis par leurs créanciers.

Sur le serment qu'ils doivent suivre, Les éj>oux sont toujours d'accord.

Pourvu (|u'il soit dans le grand livre Ecrit en grosses lettres d'or.

D'amour, d'estime on se dispense; A l'autel on l'ait connaissance.

Et tout à coup on se promet D'avoir le même caractère, D'être bon époux, bonne mère.

Fidèle amie, amant discret ; De n'avoir qu'un cœur et qu'une âme, De nourrir mutuellement Jusqu'au trépas la même flamme Qu'où allume dans le moment, Et qui brûle à commandement.

Des Regrets la noire cohorte Sur le passage vous attend, S'empare de vous en sortant.

Et jusqu'au logis vous escorte.

Jamais dans ce temple, dit-on, L'on ne voit entrer Cupidon, Sinon par une l'ausse porte.

Quand le Plaisir l'ouvre eu secret Aux amants pressés et fidèles, L'Hymen, secourable et discret.

Les unit, et coupe les ailes Du Plaisir, qui pourrait s'enfuir Avec le temps et la jeunesse, Et, pour remplacer la tendresse, Ne laisser que le repentir.

Il est plus d'un heureux ménage Que je pourrais ici nommer.

Notre siècle en a vu former Trois, et peut-être davantage.

Il a vu (les époux s'aimer Le lendemain du mariage.

Et huit jours après s'estimer.

Ces couples, ipii du premier âge Nous retracent l'heureux Udjleau, Sans cortège, sans écpiipage Arrivent à pied du hameau.

522 LES FK.MMI'S DAl'RÈS LES \LTEl RS FllANÇAlS.

Dans leur retraite fortunée L'Amour les reconduit le soir Et pose eu riant l'éteignoir Sur le flambeau de riiyménéc.

Mais à la ville ce bonheur j\e se voit que par intervalle, Qui sait tiouver la paix du cœur Au sein de la foi conjugale, Passe pour être jjossesseur De la pierre philosopbale.

DliSMOUïIERS.

® Comment définir le mariage? Une société (|iii a pour objet la perpétuation de notre espèce? Non, ce n'est là qu'une fin commune aux animaux de toute sorte, et que l'homme ne peut accepter comme le dernier mot de la Providence. Le mariage, selon la belle expression de Modestin, est : Juris Inimani et divini communication une association pour la poursuite dos choses humaines et divines.

Or, cette association su|)pose nécessairement l'inlluence de la femme sur l'homme, comme celle de l'homme sur la fennne : cette influence suppose à son tour un sentiment qui la produit et lui imprime un caractère particulier : ce senlimenl, c'est l'amour. Ernest Legouvé.

Pour prouver que cette dernière vérité n'a pas été généralement admise, il suffit d'y opposer les passages suivants, signés de deux noms célèbres :

® Un bon mariage, s'il en est, refuse la conqiagnie et condition de l'amcMir : il tasche à représenter celle de l'amitié. C'est une doulce société de vie, pleine de constance, de fiance, et d'un nombre infini d'utiles et solides oUices et obligations nnituelles...

Ce qu'il s'en voit de peu de bons est signé de son prix et de sa valeur. A le bien façonner et le bien prendre, il n'est point de j»lus belle pièce en nostre société : nous ne nous en pouvons passer, et Talions avilissant. 11 en advient ce (jni se voit aux cages : les oiseaux qui en sont dehors désespèrent d'y entrer, et (Tuii pareil soing en sortent cenK (jui sont en dedans. Socrate, enquis (jui estoit plus coiinnodo prendre ou ne |)()int piendre fennne : « Lecpu'l des deux on fasse, dit-il, on s'en icpentiia... »

^ On ne se marie pas pour soy, (pn)iqu on die; on se maiie autant et |)lus pour sa postérité, pour sa famille... Aussi est-ce une espèce d'inceste d'aller emj)loyerà ce parentage vém';rable et sacré les efforts et les extravagances de ^a licence! an)oni(!Use... Ceulx «pii [)ensent faire hoimeur an mariage |H)ur y joiiulie l'amour font, ce me semble, de mesme (pieceiilx (pii, pour l'aire faveurà la vertu, lienneni que la iKtbIcssc n'est aulrc rliosc (pic la vertu. MoNTAKiWii.

B^ L anidur m'c>I |»as huijours nécessanc \u\i\\ Inriiici un iicincnv mariage. Ii'lionnèlelé, la \( iln, de cerlaines convenances, nmins de condilinns cl d àgc>

LAMOIH. - LF. MMUAr.K. - LA MATERMTK. 525

que ilo caractères el il luiiiuurs, siifliseut entre deux époux; ce qui n'euipèchc point qu'il ne résulte de celle union un altaehement très-tendre, qui, pour n'être pas précisément de l'amour, n'en est pas moins doux et n'eu est (pie [dus duralile. L'amour est accompagné d'une incjuiétude continuelle de jalousie ou de privation, peu convenable au mariage, qui est un état de jouissance et de paix. On ne s'épouse pas pour penser uniquement l'un à l'autre, mais pour remplir conjointement les devoirs de la vie civile, gouverner prudemment sa maison, bien élever ses enfants. Les amants ne voient jamais qu'eux, ne s'occupent incessamment que d'eux, et la seule chose qu'ils sachent taire est de s'aimer. Ce n'est pas assez pour des époux (jui ont tant d'autres soins à remplir.

J. .T. Rousseau.

Il y a deux cents ans, la Bruyère constatait (|ue :

Sa Faire une folie et se marier par amourette, c'est épouser Mélite, qui est jeune, belle, sage, économe, qui plaît, qui vous aime, qui a moins de bien i{u'/Etiine, qu'on vous propose, et qui, avec une riche dot, apporte de riches dispositions à la consumer, et tout votre fonds avec sa dot.

De nos jours, Théophde Gautier a dit :

^ Dans le monde, on appelle folie aimer une jeune fdle gracieuse et charmante ; et raison épouser une femme laide, revêche et qui vous déplaît.

Rien n'est donc changé.

On a prétendu, il est vrai, pour justifier sans doute les unions où le coeur n'a point de part, que

L'hymen est Irop souvent un écueil pour l'amour.

Regnard.

Que

® L'hymen vient après l'amour comme la tumée après la flamme.

Chamfort.

Que

® Se marier par amour, c'est souvent se loger par 40 degrés de chaleur, sans songer que l'on peut retomber au-dessous de zéro. Boiste.

Rivarol a dit, au siècle dernier :

® Un jour, je m'avisai de médire de l'amour; il m'envoya l'hymen pour se venger. Depuis je n'ai vécu que de regrets.

Dernièrement Alph. Karr affirmait q'ue

^ Le mariage sans l'amour, c'est le jour sans l'aurore.

Quoi qu'il en soit, quoi qu'il en puisse être, voyons comment on se marie, comment les mariages se tout, qu'elles sont les raisons qui y portent.

52'i LES FEMMKS DAPKKS LES ALTEIRS FRANÇAIS.

® Je marie ma fille, tel est le mot de presque tous les parents, et le mot dit la chose. Alléguant toujours la jeunesse des fiancés, comme si celte jeunesse n'était pas le j)remier abus à réformer, ils substituent trop souvent leur goût ou les intérêts de leur vanité à l'intérêt de leurs enfants. Une jeune fille de noblesse ne peut se marier qu'à un titre, une fille riche qu'à un million. Tontes les classes se concentrant égoïstement en elles-mêmes, ne permettent pas à la sympathie de s'étendre au delà de leur cercle étroit, et dans ce cercle même elles commandent le choix qui satisfait le mieux à leurs mesquines passions. Une jeune fille pleurait, dans le sein de sa mère, sur la laideur de son fiancé. « J'en conviens, repartit la mère, tu as raison; mais, dans ce mariage, tout est si bien, excepté lui ! » Et cette mère persista, et cette fille se maria, et l'on jura qu'elle avait consenti parce qu'elle avait dit oui. Ern. Legouvé.

Ceci est écrit par un auteur vivant. En fut-il de même autrefois? Regnard répond :

® Les femmes sont toujours d'innocentes victimes Que des lois d'intérêts, et de fausses maximes, Immolent lâchement ti des maris trompeurs, On ne s'informe plus ni du sang ni des mœurs.

® Vous ne sortez guère de votre prison que pour être promise à un inconnu qui vient vous épier à la grille ; quel qu'il soit, vous le regardez comme un libérateur... Vous vous donnez à lui sans le connaître; vous vivez avez lui sans l'aimer ; c'est un marché qu'on a iait sans vous, et bientôt après les deux parties se repentent.

Ainsi parlait Voltaire à une jeune fille.

^ Voyez à quoi l'on expose une fille quand on la marie trop jeune, et que l'on ne consulte ni son goût, ni sa raison, ni ce qui lui convient, — écrivait, en 1 750, madame de Puisieux, qui était censée répéter le récit d'une de ses amies.

Je fus mariée en 17... Mon père, qui était seid, me retiia du couvent à seize ans, et, quatre jours après en être sortie, il me présenta M. D..., âgé de trente ans. Sa figure était aimable; et j'étais une enfant. Vous pensez bien que je ne m'amusai pas à examiner s'il avait de l'esprit, et quel était son caractère. Ce ne fut point à ces choses que je pris garde ; bien d'autres attiraient mon attention : j'entendais j)arler d'une berline dorée, d'une belle livrée, de beaux diamants, de jolis chevaux, et l'idée d'une liberté |)rochaine m'occupait si agréablement que mon père, j(^ crois, m'aurait pi(>|)()sé l'honnue du monde le moins ;iimable (pie, ()0ur avoir la berline et les diamants, mettre du rouge et des nndes, j'aurais épousé.

Je vis tous les jours M. D... jiis(|u'à mon mariage, (pii se fit un mois après. J'en regardais les préparatifs avec un plaisir qui ne se conçoit pas ; ils ne fini'nt pas d'une grande dépense; M. D... était dans la robe, comme vous savez; enfin je lus niaiiêc. l'en Av temps a|)rès je devins grosse et j'eus inie lille, (pii fui fort

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