‹ Les femmes d'après les auteurs françaisChapitre 73 sur 194 · Morn - LK MAHIAC.K. — I. V MATKUMTK. ">tirj · texte numérisé non relu

Morn - LK MAHIAC.K. — I. V MATKUMTK. ">tirj

mal nx'uo de inoii mari. 11 comptait apparemment sur \\\\ i^arçini. .le fus à rcî.vtrémité dans mes conclies, et je m'aperçus que mon mari me rendait des devoirs de politesse, mais fort peu de ees soins «pie Ton rend à une fenmie que l'on aime, et que l'on a raison d'aimer. Ma jurande jeunesse me tira d'at'foire, et je me rétablis avec une Tort bonne santé.

Je mêlais si bien mis dans la télé (junne honnête femme ne devait aimer que son mari, cpie je regardais de mauvais œil toutes celles qui étaient soupçonnées d'avoir des amants, et je n'avais pas tort : une femme n'a jamais de bonnes raisons de sécarter de ses devoirs ; je m'étais l'ait une loi de n'y jamais manquer, et peut-être aurais-je été inébranlable sans les mauvais procédés de mon mari ; mais tous les jours il me donnait quelques nouveaux sujets de mécontentement. J'avais une femme de chambre jeune et vive qui, sans être fort jolie, pouvait convenir à merveille à un de mes gens. M. D... trouva qu'elle était assez bonne pour lui et s'en prit tout de bon. Je fus la dernière de la maison qui s'aperçut de ce petit commerce, et je ne l'appris pas sans chagrin. Ce n'était pas tant de l'infidélité de mon mari que je me chagrinais que de l'objet qu'il me préférait; cependant je ne fis point de bruit, mais j'allais trouver mon père, à qui je découvris mes peines. Il me dit que j'étais bien simple de me chagriner de si peu de chose, qu'il fallait chasser de chez moi cette créature et n'y plus penser, qu'il se chargeait de faire h mon mari les reproches qui convenaient, et que, si je voulais suivre ses conseils, je m'en trouverais bien. D'abord il me fit entendre qu'il n'y avait point à compter sur la fidélité d'un homme qui manquait à une femme jeune et jolie dans les commencements de son mariage, et qu'il fallait prendre son parti là-dessus ; qu il ne convenait pas d'ailleurs à une femme de ma sorte de coririr après un mari. Je répondis à mon père que ce qu'il m'apprenait me paraissait surprenant. « Est-ce qu'on ne se marie pas, monsieur, pour s'être fidèle'.' » lui dis-je. Mon père se mit à rire de ma question, et me répondit que quand j'aurais plus d'usage du monde, je verrais que l'on ne s'embarrassait pas de ces bagatelles-là, qu'une femme ne prenait pas garde à la conduite de son mari, que c'était à elle d'être sage ; mais qu'un homme n'avait pas moins d'honneur pour avoir quelques intrigues et aimer les femmes hors la sienne. Enfin je revins chez moi le cœur gros, les yeux humides et le regret dans l'âme de m'étre mariée. Hélas ! me disais-je, que je suis fâchée de n'être pas restée au couvent !

La première expédition que je fis en rentrant, ce fut de renvoyer ma digne rivale, qui s'attendait sans doute à son congé, car elle le reçut sans surprise quand je le lui donnai. M. D... apprit en rentrant que je troublais ses plaisirs, gronda ses gens et les miens, m'adressa des choses fort désobligeantes, que j'entendis avec ma modération ordinaire et sans rien répondre. Le lendemain, mon père l'envoya prier de passer chez lui, et il me demanda si c'était pour lui payer deux mille écus qu'on lui redevait de ma dot. Je haussai les épaules et ne lui répondis pas un mot. Mon père lui fit des reproches apparemment fort durs, puisqu'il rentra une heure après comme un forcené, murmurant et disant qu'il

r.20 LES FKMMES D'APUKS LES AUTEURS FRANÇAIS.

>o voiigcrail Lien dos tracasseries que je lui attirais, et qu'il me trouvait Lieu hardie de rendre couij)te de ce qui se passait chez hii. Jo fus fort oliO(|uée de la façon dont il me traitait, et je lui répondis sur le même ton. Enfin nous nous brouillâmes. De ce jour M. D... commença à ne rentrer qu'à deux heures du malin, à ne dîner au logis que quand il y avait du monde, et à n'y souper presque plus. D'abord cette conduite me parut odieuse ; mais je vis, en fréquentant plusieurs maisons, que presque tous les maris eji usaient de même, et l'exemple me consola. Je devins joueuse et un peu coquette; je reçus grand monde chez moi; j'en vis beaucoup ailleurs, et je fus la première à plaisanter des aventures de mon mari. J'appris qu'il avait meublé très-légèrement un appartement à sa petite, (|ui en avait décampé un beau matin, parce qu'elle avait trouvé à M. D..., entre autres qualités, beaucoup d "économie; et, à ce sujet, je fus moi-même obligée de m'adresser plusieurs fois à mon père, qui lui fit encore des remontrances qui ne furent pas mieux reçues que les premières. Enfin mes parents se mêlèrent de nous racconunander; mon mari ne demandait pas mieux, et moi, je me lis beaucoup prier; cependantje proposai mes conditions, et je donnais toutes les preuves que je pardonnais cordialement, quoique dans le fond de l'âme il n'en fût rien. M. D... se lassa bientôt de la vie unie et régulière d'un ménage; il reconunença à courir et à faire de nouvelles connaissances, et à moi de coucher seule. Je le fis prier de passer un matin dans mon cabinet, et je lui dis que, sa conduite l'exposant à des dangers qu'il ne me conv(Miait point de partager avec liu", il ne trouvât pas mauvais si je couchais désormais dans mon appartement, et lui dans le sien; qu'il n'allait pas à des gens connne nous de donner des scènes; qu'il |)ouvait vivre à l'avenir à sa fantaisie, que je ne trouverais à redire à rien; mais que je le priais do ne faire dorénavant aucune tentative j)our un racconnuodement, que je ne pardonnais jamais deux fois ; je lui recommandai encore de ne faire part de nos différends à personne. Il sortit sans me répondre, et depuis il I suivit exactement ce dont je l'avais prié.

Voici maintenant une; esquisse d'intérieur tracée par Mercier, qui, on le sait, écrivait son Tableau de Paris u\\ peu avant nos grandes counuolions sociiiles :

iS Le père entre dans la chandjre de sa fille, qui est à sa toilette et qui a appris de sa femme de chambre qu'on allait la marier. Le père s'avance : « MademoisolLi, lui dit-il, je vois à vosytMix que vous n'avez point dormi. — Non, mou père. — Tant pis, ma fille, il faut être belle quand on se marie, et on est lai<lo quand on ne dort pas. — Je ne le suis pas assez, reprend-elle avec un sou|)ir. — \oMs n'êtes pas assez laide, dites-vous? C'est sans doute pour l'être davantage qire vous prenez l'air triste et maussade (|ue je vous vois; allons, ne faites |)as reniant, jo vous piie; il faut (h; la modeslio le jour du contrat, mais la modoslio u est pas l'humeur, et c'est de riuimeur (pie votre visage; annonce. — (Hi ' mon visage a bi<!n raison. — Il a grand lorl el voun aussi; jo vous ordonne d'oiro riante. — \'oiis m'ordoniniz l'inipossibio. — L'iuqMtssililcV ol pouiwpioi, s'il vous |d;iil ? quel iii;d vous r;ii|-oii de vous mai'ior avec un lioiniiie Lien né, Ires-aimalile

L'AMOIH. — l.K M.VUIAGK. — LA MAÏEUNITE. ô'il

ci surloulfort riche? — Je crois tout cela, puiscpie vous le dites; mais il est toujours bieu cruel d être livrée à un lioinnio cpio Pou \\o connaît pas. — Bon ! est-ce (|ue Ton connaît jamais celle on celui (ju'on épouse'.' Ton l'utur ne te connaît pas davantage. (!rois-uioi, uia chère enfant, je ne vois dans le monde de mauvais mariages que les uiariages d'inclination: le hasard est encore moins aveugle que l'amour. Penserais-tu mieux connailie Ion futur après l'avoir vu dix ans; rien n'est si dissimulé que les hommes, si ce n'est peut-être les femmes. Celui qui désire et celui qui possède sont deux; on ne sait jamais ce qu'un amant sera le lendemain de la noce; et connuent le saurait-on'/ il ne le sait pas luimême: c'est un hasard qu'il faut courir. Ta mère et moi, par exenq^le, nous nous étions beaucoup vus avant de nous marier. Eh bien ! elle m'a dit cent fois (pie je l'avais Ironqiée ; je lui ai dit cent fois qu'elle m'avait surpris. Tout cela s'est arrangé, car il lant bien que cela s'arrange. — En vérité, mon père, voilà d'étranges maximes ! — Ce sont les maximes du monde, et le monde n'est pas un sot. Les petites gens ont besoin de s'aimer pour être heureux dans leur ménage; mais, pourvu que les gens riches vivent décemment ensemble, leur aisance les met d'accord. Allons, ma fille, de la résolution, du courage, de la gaieté, tout ira bien ! »

Et Mercier ajoute, en prévoyant les conséquences inévitables d'un pareil état de choses :

^ Le père sort, après avoir prononcé ces mots. La fille, qui cache dans son sein une amoureuse faiblesse, écrit à son amant qu'on la marie malgré elle, mais que l'hymen lui rendra ce que l'usage lui ravit. Elle signe le contrat; la noce n'est pas différée, et, six semaines après, elle a l'art d'installer son amant dans la société. Celui qui s'en doute le moins, c'est le mari. S'il voulait en parler, on aurait une harangue toute prête pour lui démontrer qu'il n'est qu'un visionnaire.

Revenons à notre époque :

^ Au moins si les mariages se contractaient sous la loi des sympathies réciproques, des affections du cœur, des convenances de caractère ! Mais, ceci est une vérité bien triviale, tout mariage aujourd'hui n'est-il pas un mariage d'ar- (jent? Hélas! ce grossier mercantilisme a si bien envahi nos mœurs qu'il s'est glissé jusque dans notre grammaire. On épouse dix, vingt, trente mille livres de rente; car telle est l'élégante expression qui caractérise le plus important contrat de la vie. 0 Montaigne ! Montaigne ! c'est aujourd hui surtout que vous pourriez pousser ce cri accusateur : On se marie sans s' espouser! Et c'est quand on donne au mariage une base aussi fragile qu'on ose en décréter la pérennité I On en lait un objet de négoce, une manière d'entreprise industrielle, la condition de quel^ que place accordée, un moyen d'achalandage pour quelque boutique ; que sais-je? Puis on le déclare trois fois saint, et on prononce le mot éternel!

BÉLOUIKO;

ÔiS LtS FEMMfS 1) AI'UÈS LKS AllTEUlLS FRANÇAIS.

Ainsi, cMicorc une l'ois, rien n'est change, et de même ([u'autrefois ;

^ C'est aujourd'hui un accident, une sorte de prodige, quaiul un homme épouse une l'emme uniquement parce qu'elle est belle — ou parce qu'il l'aime.

Alph. Kakk.

Ce sont les fortunes, les maisons, les litres, les industries que l'on marie. Dut'resnv a sagement apprécié les diverses espèces de raisons qui poussent au mariage :

® Ce n'est point se marier, c'est négocier que de prendre une femme pour son bien; ce n'est point se marier, c'est se contenter que de prendre une femme pour sa beauté; ce n'est point se marier, c'est radoter, à certain âge, que de prendre une jeune femme pour avoir de la société ; se marier, c'est choisir avec discernement, à loisir, par inclination et sans intérêt, une femme qui vous choisisse de même.

^ Aussi les mariages bien assortis sont l'exception. Balzac.

^ « Comment peut-on être tyran des femmes'.' » demande le jeune amant de Virginie.

Le vieillard lui répond :

« En les mariant sans les consulter : une jeune fille avec un vieillard, une femme sensible avec un indifférent. »

Et Paul s'écrie :

« Pourquoi ne pas marier ensemble ceux qui se conviennent : les jeunes avec les jeunes, les amants avec les amantes?... »

Naïf enfant 1

Les mariages de jeunes filles avec des hommes très-àgés sont assez rares ; mais que de jeunes (illes données à de jeunes vieillards, et par des parents qui voient dans ce disparate une garantie de bonheur ! — Etre vieux de cœur, cela s'appelle être raisonnable, être mûr.

® Une jeune fille pleine d'illusions et un hoinnu; (pii n'eu a plus sont les deux termes fort ordinaires du mariage, surtout dans la condition où nous sommes. On considère même, avec (piehjue apparence de raison, cette différence d'âge et de sentiments comme une garantie de bon augure ; on s'imaçine qu'un homme éprouvé et iruïii apporte dans la banpie d'un jeune uxér ^<^ uH . contr(!-j)oids utile, une sorte de lest indis|)('nsable. Uct. V' uili-et.

C'est j)i()liabl(!nieiit eu pt^nsanl à ces mariages disproporliomiés par l'âge des cœurs, ((uc M. Ad. d'Iloiidctol a dit, avec la délicate; originalité (jui lui est propre :

E5-3 11 y avail dans ratiliipiilé un siq)plice (jui consistait à altachci' nu èlic vivauL à un cadavre, llélas ! cond»i('u déjeunes femmes subissent ciicoïc de nos joiM'^ ini supplice piircil !

LA MOT H — l.K M\l\l\(.i:. - LA MVTKUNITÉ. ^.'29

l>al/.;u' prôliMul ^\\\o :

9?e Los luariagos tlisproporliomu's rosscMulilonl à cos aiu'icniu's élolTos de soie et (le laine — dont la soie Huit toujours par eouper la laine.

Le résultat de ees unions contractées en seule vue de la fortune est de produire cette sorte de célibat en partie double que plus d'un écrivain a signalé.

® Il était délicat autrefois de se marier : c'était un long établissement, une affaire sérieuse et qui méritait (pi'on y pensât; l'on était pendant toute sa vie le mari de sa fennne, bonne ou mauvaise; même table, même demeure, même lit; l'on n'en était point quitte pour une pension; avec des enfants et un ménage complet, l'on n'avait pas les apparences et les délices du célibat.

La Bruyère.

® De nos jours l'hymen n'est qu'une mode, Un lien de fortune, un veuvage commode Où chaque époux brûlé d'adultères désirs. Vit, sous le même nom, libre dans ses plaisirs.

Gilbert,

V a-t-il de bons mariages?

^ Oui, mais il n'y en a pas de délicieux, répond la Rochefoucauld.

® Demandez aux maris :

Les experts, les doyens de cette confrérie Vous diront que l'hymen est une loterie Où l'on perd plus ou moins suivant la chance ; mais Tous vous attesteront qu'on n'y gagne jamais.

répond Demoustiers.

S'il faut en croire Saint-Prosper :

® Le mariage a été calomnié de siècle en siècle; on n'a entendu sur son compte que les philosophes qui en ont deviné plutôt que senti les inconvénients ; de là à les grossir il n'y a eu qu'un pas. Le bonheur, dans le mariage, est le résultat d'une multitude de détails qui traversent si vite qu'on n'a pas le temps de les remarquer. On s'entend sans se parler; on se communique par tous les points de contact que renferme le cœur; on est soi, mais partagé avec un autre, mais •■•gmenté de ce qu'il vous apporte. Il existe dans un pareil état quelque chose de ''-intimement délicieux que, pour le connaître, il faut y être mêlé; il laut plus, y passer tout entier. Les philosophes, à cet égard, sont récusables; s'égarent-ils dans le mariage, ils en vivent trop loin pour être aptes à l'apprécier; ils le touchent plus qu'ils ne le sondent, et c'est un ensemble où, pour devenir bon juge, il faut être partie continuelle.

® Nous voyons, dit Rabelais, bon nombre de gents tant heureux en leur mariage qu'il semble réduire quelque idée et représentation des joies de paradis.

TO Li:S FKMMES D'Al'RÈS LES AUTEURS FRANÇAIS.

Aiiltres y sont tant malheureux que les diables qui tentent les ermites par les déserls do Thébaïde et Montserral ne le sont pas davantage. C'est pourquoi, lorsqu'on se veult mettre en mariage, il s"y convient mettre à l'aventure, les yeulx bandés, baissant la tête, baisant la terre, et se recommandant à Dieu au demeurant ; et advienne que pourra !

Si Le meilleur mariage — dit Jean-Jacques — expose à des hasards, et comme une eau pure et calme commence à se troubler aux approches de l'orage, un cœur timide et chaste ne voit point sans quelque alarme le prochain changement de son état.

Donc, selon Rousseau, qui s'y « veult mettre » doit trembler. Voilà deux opinions bien opposées; à laquelle se ranger???

® Un mariage n'est bon qu'autant qu'on n'en pourrait pas faire un meilleur, écrit madame E. de Girardin.

N'en est-il pas un peu de même de toute chose et de toute condition? Chateaubriand, qui est mort célibataire, semble vouloir nier la possibilité d'un bon mariage, car, dit- il,

® 11 y a toujours quelques points par où deux cœurs ne se touchent pas, et ces points suffisent à la longue pour rendre la vie insupportable.

Selon Saint-Prosper,

^ On fait grand bruit des différends du mariage ; il est viai qu'on s'y dispute quelquefois, mais on ne peut vivre longtemps broudlé en présence de ses enfants; leur tendresse vous rapproche. L'estime j)ublique et les devoirs réciproques vous condamnent à l'accord, vous lient à l'union. Si vous vivez mal ensemble, on ne vous plaint pas, on vous méprise ; il y a un joug pour tous les deux, celui du bien; la raison vous fait plier sous lui.

Au dire de Boileau :

E?.3 Ainsi (|ii(! ses chagrins, l'Iiymeu a sos |)laisirs. Mais l'on sait (pu; Roilcau a comm(Mité ainsi cette assertion :

'"^-^ Ouclli! joie cil eli'ct, (jiicllc douceur (ixlicmc 1)(! se voir caressé (ruue épouse qu'on aime, De s'enLciidic a|)i)('lcr pclit cœur ou mou Iwn, De voir autour de soi cioitic dans sa maison, Sous les paisibles lois d'une agréable mère, De petits citoyens ddiit ou croit clic |ière !

Va l'on p(!Ut ajouter (|ue le célèbre satirique est réciisable sur cette ipiestion. Ce jiiuc; éliminé, (pie le lecteur tire la conclusion des aflii inalioiis contradictoires qu»; nous avons rapportées.

AMOlli. - I.K MVniMiK. — I.A MATEUNITK.

PMiK.NTlIKSK

as 11 osl coiUit' la raison o( conlro la nature ((iio les femmes soient maîtresses dans une maison, comme cela était établi chez les Kgyptiens, mais il ne l'est pas quelles gouvernent un ein[)ire. Dans le |)renner cas, l'état de faiblesse où elles sont ne lem' permet pas la prééminence; dans le second, leur faiblesse même leur donne plus de douceur et de modération, ce qui peut faire un bon gouvernement, plutôt que les vertus dures et féroces. Mojntesquieu.

® La poule ne doit point chanter devant le coq :

... Et nous voyons que d'un homme on se gausse, Quand sa femme chez lui porte le haut-de-chaussc.

Molière.

^ Vous ne vous doutez pas, vous n'avez pas l'idée de l'empire d'une femme ipii a su mettre une seule fois son mari dans son tort. Siodaine.

^ Se peut-il qu'imc femme mette de l'amour-propre à prouver qu'elle est restée maîtresse chez elle; qu'elle dise avec satisfaction ma maison, ma voiture, mes domestiques; qu'elle se plaise à éviter le mot charmant de 7ious, qui semble l'emblème du mariage? Y a-t-il de la gloire à montrer que l'être auquel elle a confié son sort ne s'en embarrasse guère, et qu'elle le lui a livré sans se soucier de lui? C'est se mettre à trop bas prix, ce me semble.

M"" Necker.

^ La volonté d'une femme doit être subordonnée à celle de son mari; mais, de boime loi, les maris sont-ils donc aujourd'hui si tyranniques qu'on ne leur fasse entendre raison sur rien? S'ils ont dans leur intérieur tous les droits d'un pouvoir moins contesté qu'éludé, n'avons-nous pas, nous, l'adresse d'exercer à notre j)rofit bien des secrètes influences? Combien de femmes, toujours prêtes aux yeux du public à satisfaire les fantaisies frivoles, à exécuter les ordres de détail, usent l'autorité d'un mari sur une foule de minuties, pour ressaisir la liberté dans les occasions qui les intéressent, et acquièrent par ce mélange habile de la conqjlaisance et de la ruse une indépendance très-effective ! Qu'on leur demande, et qu'elles répondent ingénument, si elles voudraient, reprenant cette obéissance toute calculée, l'échanger contre une autre plus sincère et plus morale. Une femme galante, ou seulement coquette, peut facilement être la plus douce des épouses, mais une femme vertueuse seule peut-être la plus soumise.

M-"" E. DE GiRARDIN.

® Les Hébreux défendaient que l'aimée ([ue l'homme estoit marié il allast à la guerre, de paour (pic l'amour de sa femme ne la retirastdes hazards que l'on

552 LES FEMMES DAPUÈS LES AUTEURS FUANÇAIS.

y doibl serclier (chercher). — Je trouve ceste loy sans grande raison; car il n'y a rien qui iacc plustost sortir l'homme hors de sa maison que d'estre marié, pour ce que la guerre du dehors n'est pas plus insupportable que celle du dedans, et croy que, pour donner envye aux hommes d'aller en pays estranger el ne se amuser en leurs foyers, il Icsfauldroit marier.

Makguerite de Navarre.

^ Un mari est un emplâtre qui guérit tous les maux des filles.

Molière.

® Je ne comprends pas comment un mari qui s'abandonne à son humeur et à sa complcxion, qui ne cache aucun de ses défauts, et se montre au contraire par ses mauvais endroits ; qui est avare, qui est trop négligé dans son ajustement, brusque dans ses réponses, incivil, froid et taciturne, peut espérer de défendre le cœur d'une jeune femme contre les entreprises de son galant, qui emploie la parure etla magnificence, la complaisance, les soins, l'empressement, les dons, la flatterie. La Bruyère.

^ En France, les maris ne parlent presque jamais de leurs femmes. C'est (ju'ils ont peur d'en parler devant des gens qui les connaissent mieux qu'eux.

iMoMEsguiEU.

^ Quand un mari laisse faire à sa femme tout ce (ju'clle veut, c'est un homme adorable : on ne peut pas lui demander autre chose. UEGNAr.D.

® Rien n'est plus difficile que le choix d'un bon mari, si ce n'est peut-être celui d'une bonne femme. .1. J. Roi sseau.

^ Les qualités bonnes ou mauvaises d'un mari infini ront toujours sur la conduite de sa femme : elles la contraindront à des précautions i)our répondre aux unes, pour éviter les inconvénients des autres. Mais si, par une prudence timide, on ne l'a instruite (pi'à ])licr sans bruit et seulement pour avoii la paix, cette soumission toute politique n'est point une vertu, c'est un art dont le mariage lui enseigne la pratique : il est singulier de faire hoimour au mari de cette éducation -là. ' M"" de Ri;musat.

^ Ne confiez jamais les rétlexions malignes que vous inspirera une dame à l'homme qui s'occupe le moins d'elle, et (pii a l'air de ne pas la connaître : il y a cent à parier que c'est son mari. 11. Rajsson.

^ On a btîan rire, faire des vaudevilles, des physiologics et des chansons contre l'hymen et ses avaries, il y a dans le mariage un prestige indestructible. La inajcsté du rnaii est sacrée, (l'est la religion di; la propriété et du droit. Un voleui' respecte toujours un peu l'hounne (pii a le pouvoir de le faire luendrc.

M'"" E. DE G ni A RDI N.

e?3 Les maiis ne niaïupuMit j.miais de raconl(!i' à leurs iViiiiiics les é(piipé("s drs Ikiiiiiiics (|im leur liilil l;i cour. ALPiionsK Kaiik.

LAMOIK. — LK MAIU VGE. — LA MATKRNITÉ. ô3o

SB II ost plus facile d'élrc amant que mari, par la raison qu'il est plus tlil'licile d'avoir do Tospril tous les jours que de dire de jolies choses de tenqis eu teuq)s.

® C'est uue iuiuuMise preuve d'iurériorilé chez un homme, que de ue pas savoir laire de sa fennne sa maîtresse. IUuac.

DE l.A FEMME

^ Il u'e>l [)as à douzaines — de boinies femmes — comme chacun sçait et notamment aux debvoirs du mariage; car c'est un marché plein de tant d'esj)inenses circonstances qu'il est malaysé que la volonté d'une femme s'y maintienne entière longtemps : les hommes, quoyqu'ils y soient avecques un peu meilleure condition, y ont trop afi'aire.

En nostre siècle elles (les fenjuies) réservent plus connnunément à estalcr leursbons offices et la véhémence de leur affection envers leurs maris perdus, cherchant au moins lors à donner tesmoignage de leur bonne volonté : tardif tesmoignage et hors de saison ! Elles prouvent plustôt par là qu'elles ne les aiment que morts ; la vie est pleine de combustion, et le trespas d'amour et de courtoisie. Comme les pères cachent leur affection envers les enfants ; elles, volontiers, de mesnie, cachent la leur envers le mary, pour maintenir un honnête respect. Ce mystère n'est pas de mon goust : elles ont beau s'escheveler et s'esgratigner, je m'en voys à l'oreille d'une femme de chambre : comment estoient-ils? comment ont-ils vescu ensemble? Il me souvient toujours de ce bon mot : Jaclantius mœreiit qux minus dolent (celles qui sont le moins affligées pleurent avec le plus d ostentation) . Leur rechigner est odieux aux vivants et vain aux morts. Nous dispenserons volontiers qu'on pleure aprez, pourvu qu'on nous rie pendant la vie. Est-ce pas de quoi ressusciter de despit, qui m'aura craché au nez pendant que j'estois me vienne frotter les pieds nus quand que je ne suis plus? S'il y a quelque honneur à pleurer les maris, il n'appartient qu'à celles qui leur ont ri : celles qui ont pleuré en la vie, qu'elles rient en la mort, au dehors comme au dedans. Aussi ne regardez pas à ces yeulx moites et à cette piteuse voix : regardez ce port, ce leinct en l'embonpoint de ces joues soubs ces grands voiles : c'est par là qu'elles j)arlent françois : il en est peu de qui la santé n'aille en s'amendant, qualité qui ne sçait pas mentir...

^ Il est toujours proclive (agréable) aux femmes de disconvenir à leurs maris : elles saisissent à deux mains toutes couvertures (prétextes) de leur contraster (de les contrarier) ; la première excuse leur sert de plesnière justification. J'en ai veu une qui desrobbait gros à son mari, pour, disait-L'lle à son confesseur, laire ses aulmosnes plus grasses. Fiez-vous à cette religieuse dispensation ! Nul maniement leur semble avoir assez de dignité, s'il vient de la concession du mary : il fault qu'elles l'usurpent, on (inenient, on fièrement, et toujours injuriensemen , |)our leur donner de la ^'ràce et de l'auctorilé. Mokt.mgne.

r.54 LLS FKMMKS D'Al^RKS LKS AU T KL' US IRA.NÇAIS.

® Le sage clict : Là où n'est femme, — j'entends mère de famille, el en mariage légitime, — le malade est en grand estrif (peine). [IIabelais.

^ Lorsqu'on a épouse une méchante fcnnne, le meilleur parti (jn'on puisse' prendre, c'est de s'aller jeter dans l'eau, la tète la première. Molière.

® Crois-tu que d'une fille humble, honnête, charmante. L'hymen n'ait jamais fait de l'cmnic extravagante.

l{on.E\u.

® Il y a peu de femmes si parfaites, qu'elles empêchent un mari de se repentir, au moins une fois le jour, d'avoir une femme, ou de trouver heureux celui qni n'en a pomt.

® Ne pourrait-on pas découvrir l'art de se faire aimer de sa femme?

^ Il y a telle femme qui anéantit ou (jui enterre son mari au point qu'il n'en est fait dans le monde aucune mention. Vit-il encore? ne vit-il plus? On en doute. Il ne sert dans sa famille qu'à montrer l'cKemple d'un silence timide et d'une parlaite soumission. Il ne lui est dû ni douaire, ni conventions; mais, à cela près, et qu'il n'accouche pas, il est la femme, et elle le mari. Us passent les mois entiers dans une même maison, sans le moindre danger de se rencontrer ; il est vrai seulement qu'ils sont voisins. Monsieur paye le rôtisseur et le cuisinier, et c'est toujours chez madame qu'on a soupe. Ils n'ont souvent rien de commun, ni le lit, ni la table, pas même le nom : ils vivent à la romaine ou à la grecque, chacun a le sien ; et ce n'est qu'après le temps, et après (pi'on est initié au jargon d'une ville, qu'on sait enfin que M. B est publiquement depuis vingt années le mari de madame L.... La BiiuvÈRE.

^ On a tant lait pour empêcher les femmes d'être aimables, qu'on a rendu les maris indifférents.

^ Les femmes honnêtes conservent en général le plus d'asc(!ndant sur leurs maris. .1. J. Rousseau.

® Les lois permettent bien à une femme de quitter son mari ; mais elles ne lui accordent point le privilège de la renvoyer. Aussi a-t-elle eu grand soin en l'èponsanl de se faire assigner un bon fonds pour son entretien, en cas qu'elle vienne à s(! séparer. Peut-on rien voir de plus extravagant (piinu^ paicille coutume'.' l'jt ne faut- il |)as (pi'uu homme soit (MitièreuKîut privé de l'usage de sa raison pour fournira sa f(!mm(( un sujet de rébellion, et pour lui eu faire; acquérir le droit |)ar contrat public? Le uiarepiis l»"An(;r:^s.

^j Dans l(;s mariages mal assortis, les fennues sont moins coupables (pie les honnncs ; il a moins dépendu d'elles de choisir. M""' de Puisikux.

6£ Une i'etiiiiic dCs|)i il, an lien de s'affliger, Ile (|iincll('r, l'aiic la|iaf^c,

Page 1