‹ Les femmes d'après les auteurs françaisChapitre 81 sur 194 · A MOI U. - l.K .M\RIA(;K. — LA MATKKMTK. -^hl · texte numérisé non relu

A MOI U. - l.K .M\RIA(;K. — LA MATKKMTK. -^hl

Ainsi l'hante un personnage de Beauinai*chais, dans le vaudeville qui termine la Folle Journée \

De cette absurde injustice

Faut-il dire le i^tourquoi?

— Les plus torts ont l'ait la loi.

Kl, comme « la raison du pins tort esl toujours la meilleure, » il s'ensuit qu'on envisaije la laute du mari d'un tout autre œil (jne celle de la femme.

® Tant qu'il ne se fera pas dans les idées une révolution qui change les opinions des hommes sur la constance que leur impose le lien du mariage, il y aura toujours guerre entre les deux sexes, guerre secrète, éternelle, rusée, perfide, et dont la moralité de tons les deux souffrira, a dit madame de Staël.

Cette révolution est encore à faire ; mais, dans l'état actuel des choses — qui est depuis longtemps l'état actuel, — il y a à côté de l'injustice une bien étrange inconséquence. On ne blâme pas le mari infidèle — c'est vrai ; — on blâme, on méprise, on châtie la femme coupable — c'est encore vrai; mais, après la faute commise par elle, on rit du mari au détriment duquel elle a été commise. Il a son honneur flétri, il est bafoiié, il est ridiculisé.

^ L'adultère (de la femme, bien entendu) est une banqueroute, et c'est la personne à qui l'on fait banqueroute qui est déshonorée. Chamfokt.

Est-ce une revanche prise par le bizarre préjugé qui, tout en autorisant (pour ainsi dire) l'infîdéhté du mari, s'amuse à le châtier avec la réciproque?

On a beaucoup discuté sur cette question, sur cette sorte de problème, et la solution n'a pas été trouvée ; le préjugé continue à régner, en dépit de cette assertion de Montesquieu, qui nous paraît erronée :

® Un homme qui, en général, souffre les infidélités de sa femme, n'est point désapprouvé; au contraire, on le loue de sa prudence; il n'y a que les cas particuliers qui déshonorent.

^ Peste soit qui premier trouva l'invention De s'affliger l'esprit de cette vision, Et d'attacher l'honneur de l'homme le [dus sage Aux choses qu(; peut l'aire une femme volage. Puisqu'on tient, à bon droit, tout crime personnel, Que fait là notre honneur pour être criminel? Des actions d'autrui l'on nous donne le blâme; Si nos f'cnmies sans nous ont un commerce infâme, Il faut que tout le mal tombe sui' noire dos : Llles font la sottise et nous sommes les sots. C'est un vilain abus, et les gens de police Nous devraient bien régler une teUe injusti(;e.

* Soufr-iitre du Mariage de Fiyarù'.

r.oS lES FF.MMKS DAlMtKS LES AUTKl'RS FRANÇAIS.

N'avons n()u> pas iisscz dos nutrus acridoiUs

Qui nous viennent happer en dépit de nos dénis?

Les querelles, procès, faim, soif et maladie,

Troublent-ils pas assez le repos de la vie,

Sans s'aller, de surcroît, aviser sottement

De se faire un chagrin qui n'a nul fondement?

Moquons-nous de cela, méprisons les alarmes.

Et mettons sous nos pieds les soupirs et les larmes.

Si ma femme a lailli, qu'elle pleure bien fort;

Mais pourquoi, moi, pleurer, puisque je n'ai point tori?

En tous cas, ce qui peut m'ôter ma fâcherie ;

C'est que je ne suis pas seul de ma confrérie.

Voir cajoler sa fenmie et n'en témoigner rien

Se pratique aujourd'hui par force gens de bien.

N'allons donc point chercher à f\iire une querelle

Pour un affront qui n'est que pure bagalelle.

Moi.iÈRE.

Ainsi parle ce mari, qui a eu « des visions cornues, » et bien des gens le Irouvent sage! C'est l'avis sérieusement énoncé par Sénancour :

tSQ L'infidélité de la femme ne fait la honte du mari que lorsqu'il s'avilit réellement par une conduite faible et inquiète. Il lant que le ridicule soit en lui : s'il n'est pas sot, il n'est que malheureux. Une femme protégée en tout genre par l'homme qui ne veut pour prix (pie sa fidélité, fidélité solennellement promise, par un homme qui ne consenl à se charger de tout le poids d'une famille (jue dans cette persuasion que les enfants du moins lui appartiendront, cl que l'union domestique iidoucira ses sollicitudes; cette feuuue rendrait malheureux celui par qui elle vit, et l'on s'attacherait à la séduire pour ce rôle iul'àiue! et l'imbécile opinion tournerait en plaisanterie cette séduction et celte perfidie !

Mais, en dépit de Sganarelle et de Sénancour, le préjugé vit encore. Voici maintenant établie une sorte de comparaison entre les faiblesses des é|)onx.

^ Les hommes disent que les femmes ont la iaihlcsse en partage. Cela [leul être vrai en soi; mais, avons-nous le droit de le diie, ou même de le croire? Examinons, |)ar exem|)le, la distinction des devoirs (pie nous avons faits dans le mariage entre des ciéatures qui sont si faibles et n(uis (|ui sonnnes si forts; nous verrons si la balance est égale.

Marions um- (illc à un hriilal : il n'y a que Irop de ces messieurs-là; de cpiel Ion (picbpieluis ne parle-t-il |tas à sa feunne? Taise/-vous, madame; je le veux : laissez-moi en r(!|»os ; vous m; savez c(; (pie vous dites : je \o veux!

Oue ce superbe, je le veux, est huinilianl! le dernier des esclaves s'y accoiilume-t-il'.' Y a-l-il d'àiiM! poiii- (pii il ne soit pas sanglant'.' Il écrase l'annuirpropre; ^'\ j'ai pitié d'uiK; hîiume, dont on outrage jus(prà la di^nilé de ccuiipagne, don) on a ;uiéauti la volonté, jusrpi'à cet excès.

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