‹ Les femmes d'après les auteurs françaisChapitre 83 sur 194 · I. \M(M R. — l.K MAHIAC.E. — LA MATKUNITÉ. .-(il · texte numérisé non relu

I. \M(M R. — l.K MAHIAC.E. — LA MATKUNITÉ. .-(il

.^^ A bon droil, I ilf dlthaque est doiueiirée célèbre : une femme y t'iit (idèle, dit P. J. Stabl.

Elles sont donc bien rares les femmes lidèles ? Boileau répond :

SB La chasteté même

Sous ce lican nom d éiKinse entrât-elle chez toi, De retour d'un voyage, en ariivanl, crois-moi, Fais toujoui^s du lo:^is avertir la maîtresse. Tel partit tout baigné des pleuis de sa Lucrèce, Qui, laute d'avoir pris ce soin judicieux, Trouva... tu sais...

Diderot :

® Il n'est pas de femme si fidèle qui n'ait cessé de l'être, au moins par la pensée.

Alphonse Karr :

ES Pour n'èlre pas à son amant, croyez-vous qu'une femme soit à son mari?

Elle garde, il est vrai, son corps pour un seul, mais elle donne sans scrupule son âme et son cœur à un autre.

El elle ne j)lace le crime que dans l'adultère du corps. Le corps est-il donc tellement au-dessus de l'àme? Et la vertu n'a-t-elle d'autre effet que de rendre une femme coupable envers deux hommes à la fois, de faire de l'amour un supplice et du mariage une prostitution ?

P. de Musset :

f® Les femmes qui n'ont jamais aimé que leurs maris sont plus rares que les perles enfouies au sein de la mer; et l'amoureux qui se tait ne tarde pas à voir un autre s'emparer du bien qu'il a respecté.

Déjà Montaigne disait :

® La fréquence de cet acident en doibt meshuy avoir modéré l'aigreur, le voyia tantost passé en coustume.

Misérable passion ! qui a cecy encore, d'estre incommunicable; car, à quel amy osez-vous fier vos doléances, qui, s'il ne s'en rit, ne s'en serve d'acheminement et d'instruction pour prendre luy-méme sa part à la curée?

La Bruyère avait sans doute vérifié de son temps la vérité de cette dernière réfle.vion, quand il a dit, en amplifiant les choses :

^ In mari n'a guère un rival qui ne soit de sa main, et comme un présent qu'il a autrefois fait à sa femme. 11 le loue devant elle de ses belles dents et de sa belle tête, il agrée ses soins, il re(;oit ses visites, et, après ce qui lui vient de son cru, rien ne lui paraît de meilleur goût que le gibier et les truffes que

ZiS'i LES FEMMES D'APRflS LES AUTEURS FRANÇAIS.

cet ami lui envoie. Il donne à souper, et il dit aux conviés : Goûtez bien cela ; il est de Léandre, et il ne me coûte qu'un grand merci.

P. .1. Stahl a fait une sorte de réponse à ce passage, quand il a dit :

F^ On a grand tort de s'étonner que les maris aiment presque toujours les amants de leurs femmes. Quoi de plus complaisant, de plus officieux, de plus prêta tout, de plus servile, de plus plat, d'ordinaire, que l'amant d'une femme dans ses rapports avec le mari qu'il trompe'.'

Ce dont il faut s'étonner, ce n'est donc pas du rôle que joue le mari, mais de celui que joue l'amant.

Que de semonces terribles n'a-t-on pas adressées aux femmes pour les maintenir dans l'honneur, depuis que le vieil Arnolphe fit lire à Agnès les Maximes du mariage ou les devoirs de la femme mariée^ avec son exercice journalier.

PREUIERE MAXniK

Car,

Celle qu'un lien honnête Fait entrer au lit d'autrui, Doit se mettre dans la tête, Malgré le train d'aujourd'hui Que l'homme qui la prend ne la prend que pour lui...

Il est aux enfers des chaudières bouillantes Oii l'on plonge à jamais les femmes mal vivantes... ... S'il faut qu'à l'honneur elle fasse un faux bond, Elle deviendra lors noire comme un charbon. ... Vous paraîtrez à tous un objet effroyable, Et vous irez un jour, vrai partage du diable. Bouillir dans les enfers à toute éternité.

Les voilà bien averties. — Mais Arnolphe n'est qu'un moraliste de comédie : voici des juges plus sérieux :

i^ Mettre le fer entre les mains d'un mari pour venger son propre honneur ce n'est pas violer les lois, c'est les observer. S.unt-Evhemond.

S^ L'infidélité est, chez la femme, comme l'incrédulité chez un prêtre, le dernier terme des forfaitures humaines. DmEisoT.

f® Il n'importe pas seulement que la femme soit fidèle, mais qu'elle soit jugée telle par son mari, par ses proches, par tout le monde; il inq)orte qu'elle soit modeste, attentive, réservée, et (prdle porte aux yeux d'autrui, comme eu sa pro|)r(! conscience, le témoignage de sa vertu : s'il iuq)ort(' (|u'un père aime ses enfants, il iiiq)ort(! (pi il e<tim(! hiur mère. J. J. RoifssEAU.

ejQ La |)ureté de l'ànie et de la conduilc est la prcniièic gloire d'une l'eniiiie.

LAMOIU. — l.l<: M VUlACi;. - LA MVTKff^lTK. oOô

(Jiiel ètiv lU'grailt' no serait-ollo pas, sans l'uiu' ot sans raulre! Mais le bonheur iioiu'ral ol la dii,Miilo do lospôoe huniaino no ijagneralonl pas moins peut-èlre à la liiiélité île Ihonune dans le mariage. En ett'ct, qu'y a-!-il ilo plus beau dans Tordre moral qu'un jeune lionnuiMpii respecte cet auguste lion? L'opinion ne loxige pas de lui, la société le laisse libre ; une sorte de plaisanterie barbare s'attacherait à flétrir jusipraux plaintes du cœur qu'il aurait brisé; car le blâme se tourne facilement contre les victimes. Il est donc le maître, mais il s'impose des devoirs ; nul inconvénient ne peut résulter pour lui de ses fautes, mais il craint le mal (pi il peut faire à celle qui s'est confiée à son cœur, et la générosité l'enchaîne d'autant plus que la société le dégage.

La iidélilo estconunandée aux femmes par mille considérations diverses; elles peuvent redouter les périls et les humiliations, suites inévitables d'une erreur; la voix de la conscience est la seule qui se fasse entendre à l'homme; il sait qu'il fait soufl'rir, il sait qu'il flétrit par l'inconstance un sentiment qui doit se prolonger jusqu'à la mort et se renouveler dans le ciel ; seul avec lui-même, seul au milieu des séductions de tous les genres, il reste pur comme un ange ; car, si les anges n'ont pas été représentés sous des traits de femme, c'est parce que l'union de la force avec la pureté est plus belle et plus céleste encore que la modestie même la plus parfaite dans un être faible. M"'" de Staël.

^ L'infidélité de l'homme détruit le bonheur conjugal ; celle de la femme

fets.

P. J. Stahl.

détruit le mariage lui-même : elle vicie son but et annule ses effets.

® L'infidélité d'une femme peut avoir pour la famille, pour la société, de^^ conséquences désastreuses que n'a point celle du mari... Croyez-vous qu'une femme de quelque valeur, — bien entendu, je ne parle que de celles-là, — qu'une fennne puisse avoir un amour en dehors de son ménage, sans s'y donner tout entière et sans être coupable de trahison à tous les chefs envers son mari ? Un honnne, mon Dieu ! un homme dépensera dans une intrigue passagère un peu d'esprit, s'il en a, et ce sera tout... mais une femme ne se donne pas pour si peu.

OcT. Feuillet.

L'on s'est adressé non moins sévèrement à ceux qui prennent la femme des autres.

E^ ... La femme tle Thomme est son corps el sou âme; Déroljer ce trésor de son cœur à ses bras, C'est lui voler sa part de son ciel ici-bas!

LAMAlVniSEi

$e Uuel spectacle touchant! Uue épouse adorée d un époux qu'elle adore, Une confiance mutuelle, des caresses également partagées, une amitié aussi vive et surtout plus précieuse que l'amour même, ce calme de deux cœurs qui n'ont point de reproches à se taire ! Couple à présent fortuné, vous allez éprouver à la Ibis tous les tourments!

® L'époux, sans défiance, présente à l'épouse son ami. Quel ami! Sous rc titre auguste et saint, il est admis dans l'intimité d'une femme dont l'âme est trop pure pour connaître la défiance. Il reçoit dans son traître sein le dépôt des faibles chagrins qui ne font qu'assaisonner le bonheur d'un ménage bien uni ; mais il sait les exagérer. Il fait remarquer dans l'époux qu'on aime de ces légers défauts dont rhumanilé ne peut être exenq)lo : il s'étudie à se parer des (pialités contraires; il se rend aimable pour .perdre celle qu'il attaque; il n'épargne aucune de ces complaisances insidieuses, armes toujours fortes contre un sexe faible, semblable à ces serpents cruels qui lèchent dabord la proie qu'ils s'apprêtent à dévorer. Comment une femme innocente pourrait-elle résister à tant d'embûches ! Elle se rend et perd en même temps sa tranquillité.

Femme honnête, ce n'est pas encore notre sexe que tu dois craindre le plus. Il saura te respecter, si tu te montres respectable. Timide devant toi, il n'osera te confier un sentiment qui t'outrage, et, pour défendre ta vertu, tu n'auras besoin d'autres armes que de l'empreinte auguste de cette vertu même, qui brillera sur ton front. Crains les femmes surtout. Crains cette amie dangereuse qui te familiarisera d'abord par des saillies agréables avec l'image du vice, qui t'accoutumera insensiblement à ne point regarder comme un malheur affreux la perte de l'innocence. Bientôt elle osera te faire confidente de ses plaisirs fiulils. Elle rira de ta rougeur, elle t'apprendra à ne rougir que de ta vertu. Sa voix lascive enhardira l'amant timide qui tremble devant toi; ses plaisanteries écrasantes lui feront une honte de sa retenue. Elle l'encouragera à prendre des libertés dorit tu n'oseras t'offenser devant elle. S'il est besoin d'un aiguillon plus fort, elle recevra sous tes yeux les caresses de celui (ju'elle aime...

Défenseurs de l'adultère (car il y en a), vous pouvez devenir pères de famille. Trouverie/-vous bien juste qu'un faux ami vous laissât la charge des enfants (pTi! aurait eus d'un coinmerce furtil avec votie épouse? Ne verriez-vous pas avec une profonde douleur que, par ce connnerce adultérin, vos piopres enfants seraient dépouillés d'une j)artie de votre héritage? Avec quelle tendresse élèveriez-vous des enfants dont vous vous soupçonneriez n'être pas le père, que vous regarderiez comme les usurpateurs des biens de votre progéniture? Ne sentez-vous pas, par ces effets du vice, qu'il attaipie l'une des premières institutions sociales, le droit de propriété? Vos descendants ont le droit légitime de succéder à vos possessions. Celui qui les en prive n'est-il pas un homme inj uste?

Quand donc il résulterait de ces commerces condamnés quchpie avantage pour la population, il faudrait le sacrifier à la justice. P. C. Lkvisque.

L'on a recherché les causes de l'infidélité des femmes. George Sand en a l'ait une fatalité; selon l'illustre écrivain,

£«8 Une femme ne peut répondre de son cœur, même quand son mari serait le plus grand et le plus parfait des hommes.

E« Lorsqu'il n'y a pas d'amour, dit Stendhal, la fidélité dos roumics dans le mariage est probablement une chose contre nature.

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