‹ Les femmes d'après les auteurs françaisChapitre 87 sur 194 · I.AMOrU 1.1. MAUlAr.K. — LA MATERNITÉ · texte numérisé non relu

I.AMOrU 1.1. MAUlAr.K. — LA MATERNITÉ

luolteiit. Les drcisiojis do l'Église romaine à cet égard sont longtemps empreintes d'Iiésilalions et dinoerlitndes. Elle antorise vingt de nos rois à répndier leurs l'emmes pour en épouser d'aulres, et notre histoire nous olïre prestpie antant d(> reines répndiées que de reines cpii stMit mortes avee leur couronne. Le dogme se fixe enfin, et interdit la répudiation et le divorce; mais l'Eglise alors nndtiplie les causes de ludlité au point de laisser croire (pi'elle veut reproduire sous un autre nom celle institution qu'elle proscrit. — La Réforme adopte le divorce, et il est aujourd'hui consacré par les lois dans tous les pays protestants. Lorsque après la rérorme religieuse accomplie vient le tour de la réforme politique, la loi du "20 septembre 1702 accorde plus même que le divorce et donne au.K époux une sorte de droit de répudiation réciproque, qu'elle appelle incompatibilité d'humeur; et, dans sa haine contre le catholicisme, elle proscrit la séparation de corps, seule institution que le dogme catholique avoue. — Le Code civil, en réintégrant dans la loi la séparation de corps, place à côté d'elle, non plus la répudiation réciproipie de 1792, mais le divorce sévèrement restreint dans ses causes et entouré des formes les plus lentes et les plus solennelles. — Cependant l'institution du divorce, réduite à ces termes, n'a pu trouver grâce devant la réaction religieuse de 1818, et le 8 mai une loi est rendue qui efface le divorce du Code civil, et cette loi, malgré deux tentatives infructueuses faites en 1831 et iSô^ pour l'abolir, est encore aujourd'hui celle qui régit la France. . . . L'intérêt des mœurs en général, l'intérêt de la femme, l'intérêt des enfants, tels sont les seuls éléments de la discussion. — Le divorce, par cela seul qu'il offre aux époux l'éventualité d'une dissolution du mariage avec faculté d'en former un nouveau, est un véritable encouragement aux désordres intérieurs. On ne se plie pas aux exigences d'un état qu'on peut changer, et la loi se rend complice de notre penchant à l'inconstance quand elle dépouille l'union conjugale du caractère de la perpétuité ; elle fait naître le mal auquel elle veut remédier. — Tel est l'arginnent capital contre le divorce, celui qui se reproduit sous diverses formes dans les discours, les écrits, qui ont pour but de le combattre. Cet argument n'est pas resté sans réponse. — S'il est vrai, a-t-on dit, que l'époux souffrira moins patiemment le mal auquel il pourra se soustraire, il faut bien reconnaître aussi que rien ne corrompt comme le pouvoir de faire le mal impunément; que tel époux qui, certain de conserver sa victime sous la main, se jouera dé tous ses engagements, de tous ses devoirs, les respectera davantage s'il sait que cette victime peut demander le secours de la loi et demander à un autre le bonheur légitime (pn lui avait été promis ; si donc, dans certains cas, le divorce doit rendre l'époux plus rebelle à la persécution domestique, dans d'autres aussi il préviendra cette persécution même. Et j)uis, à côté de l'inconvénient du divorce, il laut voir le danger de son absence, et se souvenir (|ue notre nature sait toujours se venger du despotisme des lois, soit par le crime, qui est une réaction violente, soit par la corruption, qui est une sourde protestation. — D'ailleurs, quels sont les caractères que la perspective d'im nouveau mariage portera à jeter le trouble au sein de la famille? Ce ne seront pas, à coup sûr, les caractères re-

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ligieiix et résignés : la passion seule on l'immoralité pourraient se préoccuper tic cet avenir de liberté. La passion'.' Mais elle ne sait pas calculer et combiner des chances légales ; elle est aveugle, et si elle ne l'était pas elle se souviendrait que l'adultère, aux termes de la loi, sépare les deux complices par une barrière insurmontable, bien loin de les rapprocher? L'immoralité. Mais, pour elle, quel besoin du divorce? La séparation lui offre tous les avantages que le divorce lui offrirait, et, de plus, cette sécurité que les ertfants qui naîtront pendant sa durée recevront un père de la loi. — Quant aux droits de la fenmie, les objections qu'on en tire partent de deux principes opposés. Les résultats du divorce, disent les uns, ne sont pas égaux pour les deux époux : l'homme sort du mariage avec son autorité et sa force, la fenmie n'en sort pas avec toute sa dignité et, de tout ce qu'elle y a porté, pureté virginale, jeunesse, beauté, fécondité, fortune, elle ne retrouve que son argent. — Est-ce une loi protectrice de l'ordre, disent les autres, que la loi qui, dans un acte aussi important que !a dissolution du mariage, donne un droit égal, ou, pour mieux dire, une juridiction éventuelle à l'épouse, d'où naît inévitablement une prétention habituelle à l'égalité et par conséquent l'anarchie domestique? — A la première de ces objections, on peut répondre que si c'est la feimne qui est exposée à perdre le plus par le divorce, c est elle aussi qui a le [)lus besoin de ce secours de la loi. Le divorce ne rend i)as à la fenunc sa virginité, sa pureté, cela est vrai, il la jette dans le monde dans celte situation fausse qui n'est ni celle de la fille ni celle de la femme ou de la veuve; eh bien, c'est une garantie que la femme ne recourra pas à ce moyen extrême sans la plus impérieuse nécessité. A la seconde objection, la réponse est dans ces deux mots : la prééminence du mari sur la femme ne peut jamais être le droit d'oppression du furt sur le faible. Reste l'intérêt des enfants. Ici nous devons rappeler que le désordre existe quand il s'agit d'y reinédier ; que la fiimille est troublée; que la question n'est pas entre la réconciliation et la rupture, mais entre un mode de iuj)ture et un autre.

ii'intérét des enfants est conq)romis dès que le désordre existe, leur intérêt moral par les mauvais exemples qu'ils reçoivent, leur intérêt de fortune par les «lissipations (pjc le déréglenuMit entraîne d'ordinaire après lui.

Une considération |)uissante domine toute cette (piestion du divorce. Le divorce ne sera jamais réclamé (juc dans les pays où il y aura un intérêt, et il n'y a d intérêt que là où le mariage est respecté. Dans les pays où le dogme religieux, constituant la loi elle-même, a établi de la manière la plus absobuï I imlissolubilité (lu maiiage, le mariage, par une réaction forcée de la nature contre le despotisme de la loi, est deveim à peu |)rès purement nominal, cl. désunions illégilirnes s'y sont enq»;uées de ce (pie le mariage a de réel et de sérieux. Là, (pu'l sciait l'intérêt du (liv()r((!? C'est le concubinage (|ui est devenu le véritable mariage, c'est-à-dire Innion des idhictions et des existences. On jiout dire de ces |)ays ce (lu'on a dit d(! la Kianec du seizième siècle : ils ont Iravcrsé le divorce comme elle a Uavcisé la Uéforine ; ils r(îstent dans les liens du mariage indissoluble |)arce (ju'ils ne prati(pienl |)lus la sainteté du mariage, (omiiie la

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France est restée uoniinaloinent lalholiquo parce qu'elle n'a plus même assez de foi religieuse pour èlro protestante. Ce qui serait déplorable, c'est que les mœurs pussent se iai;onnorà cet état de choses, de telle iuai\ière qu'il n'y aurait plus dans les cœurs ni iudiuualion ni réactiiui contre un tel désordre, taudis que si la loi, moins alisolne, eût (»l'l"ert aux époux la possibilité d'échaiiper aux conséipiences d'une union mal assortie par le divorce et par île nouveaiix mariages, le mariage eût peut-être recouvré la sainteté et le respect qui lui appartiennent, en recevant un peu de liberté. Le désordre (pie le divorce eût ftiit sortir du mariage y a été refoulé par son abolition.

C'est avec l'appui d'bonuues purs et éclairés que le divorce demande aujourd'hui sa réintégration dans nos lois. Deux fois il a échoué dans ces derniers temps ; mais la question intéresse trop de souffrances pour n'être pas soulevée de nouveau. Ouilon Barroï.

® Les adversau'es du divorce ont cherché à s'appuyer sur l'intérêt de la femme. N'est-il pas souverainement injuste, ont-ils dit, que la femme, entrée dans la famille avec la jeunesse et la fécondité, puisse en sortir avec la stérilité et la vieillesse? Oui, cela serait souverainement injuste, si cela était. Mais ne dirait-on pas, à entendre ces singulier:; raisonneurs, que le divorce est la faculté donnée au mari de chasser sa femme quand il lui plaît, comme il lui plait, et sans rendre compte à qui que ce soit de la brutalité de ses caprices? Et qui donc, grand Dieu! a jamais entendu le divorce de cette étrange sorte? Relisez ce Code civil que vous attaquez avec tant de fureur, vous verrez que les causes du divorce y sont clairement spécifiées, qu'elles sont graves, qu'elles sont toutes protectrices de la femme, qu'elles consacrent en sa faveur un droit de réciprocité qui exclut toute idée de tyrannie de la part du plus fort sur le plus faible, que ses causes enfin sont appréciées par le magistrat, gardien naturel de la stabilité et de la paix des familles.

Oui, c'est l'intérêt de la femme surtout qui exige le rétablissement du divorce. Car, dans l'état actuel de nos mœurs, l'indissolubilité du mariage leur crée la plus intolérable de toutes les servitudes. Comparez les situations. Pour l'homme, le mariage est une contrainte; pour la femme, il est une chaîne. L'homme trouve mille moyens de se soustraire à la rigueur de ses devoirs d'époux; la société dédaigne de s'arrêter à ses infidélités', que dis-je? il peut s'en faire gloire : l'approbation ne lui manquera pas; le titre ([liomme à bonnes fortunes lui rapportera au besoin, en jouissances de vanité, de (juoi le consoler des atteintes de quelques rares probités grondeuses. Tandis que la femme, (jue les lois ont en quelque 'sorte rivée à sa destinée, pleurera dans le silence du foyer désert un malheur dont la confidence même serait pleine d humiliation et d'amertume; il affichera, lui, ses caprices, ses prétentions, ses conquêtes, et, avec tout cela, les tristesses mortelles et la honte irréparable de l'épouse abandonnée, abandonnée et cependant toujours épouse. Voilà l'accueil (pie la société garde aux erreurs triomphantes du mari : quel accueil i(arde-t-elle aux faiblesses de la fenime? Ah ! qui

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ne sait qu'ici l'opinion est sans pitié'.' Pour la femme innocente, pas de lilierlé : tovis 1rs regards Pépient ; la malignité publicjue prend possession de sa conduite ; on clierclie un conniiencement de roman dans son sourire; on interprète méchamment son moindre geste, et souvent sa vertu n'est pas un sûr abri pour sa ré|)ulation : elle fait dos envieuses quand elle ne fait pas des mécontents. Mais (pie dire de la fennue coupable d'un moment d'oubli? Poiu' elle, ])1ms de repos : la voilà irrévocablement perdue. Les femmes se détournent d elle avec insulte ou dédain, quelques-unes avec pitié. Les hommes se croient autorisés à la poursuivre de leurs plus insoletits hommages. Vainement donnerait-elle connue excuse de sa conduite son amour trahi, son loyer devenu solitaire, ses caresses brutalement reponssées, ses larmes raillées, sa couche flétrie ; il lui est défendu d'oublier qu'elle est é|)ouse devant celui à (pii il est permis d'oublier qu'il est époux. Elle a succombé; elle portera son châtiment jusqu'au tombeau. En butte à la fois au mépris qui la fuit et au mépris qui la poursuit, où trouverait-elle consolation et asile? Toute une vie de repentir, de larmes, de vertus ne suffit point, aux yeux du monde, pour faire oublier une heure d'égarement et la défaite d'un cœur séduit.

Et quelle raison donne-t-on pour justifier cette monstrueuse inégalité? Prétendre que Pinfidélité de la femme met dans la famille des enfants étrangers, au lieu que les désordres du mari sont sans conséquence pour la famille, n'est-ce pas se jouer des mots? Si le mari n'introduit point par ses désordres des eufanfs dans sa propre famille, il en introduit dans celle des autres. Pour la société, considérée dans son ensemble, le résultat n'est-il pas absolument le même?

Rétablir le divorce, ce serait donner aux âmes faibles le pouvoir de se décider librement entre les plaisirs de l'inlidélilé et la crainte de l'opinion; ce serait rendre au blâme public toute sa puissance, parce qu'alors seulement il serait répressif avec intelligence, et sévère sans cruauté.

Car voyez ce qui se passe aujourd hui (ceci est souvent vrai dans les villes; mais c'est principalement sur ces tumultueux théâtres qu'il faut étudier l'effet des lois, les campagnes ne communiquant jamais leur pureté aux villes, et les villes communiquant avec une facilité désastreuse leur corruption aux cani- |)agnes) : on uiarie une jeune fille. Que son cœur se soit donné ou qu'il lui reste, on s'en inquiète peu. Un hoJi pnrti se présente, cela suffit; les parents sauront bien conclure le marché sans elle. Un bon parti, du reste, c'est, comme on sait, un homme qui a beaucoup d'argent, eùt-il avec cela beaucoup de sottise et beaucoup (le vices. Ouehpie tem|»s après la célébration du mariage ou la conclusion ilii iiiarclié, la |)auvre épouse s'aperçoit qu'on la délaisse et (pi'on l'outrage. <]ba(pic jour lui révèle un vice nouveau dans celui ((u'on lui a imposé pour mari; cluujiK! jour vient a|ouler à la vivacité de ses répugiiaiices. Elle les avait combattues d'abdfd : peu à |)('u elle aiiiv(! à les trouver légitimes. L'irrévocabililé Au iiiariag(! donne aux injures, aux em|Kui(Mii(Mils, aux iiK'piis dont la pauvi(! Itiiime (isl vi(;tiine, tous les caractères d'une tyrannie (|ui lui parait sans mesure, par cela .seul (pi'elle est sans terme. Eh bien! lors(prellc aura longtemps fait

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