‹ Les femmes d'après les auteurs françaisChapitre 88 sur 194 · I.AMdl 15. — I.K MAlilAUK. — LA MATKK.NITK. T · texte numérisé non relu

I.AMdl 15. — I.K MAlilAUK. — LA MATKK.NITK. T

taire les plaiiilo? ilo sou l'anir, lorsquello se sera vertiieiisenient aveuglée sur la proroiideur de sa hlessuro, lorsque, oul)liaut la violence primitivement faite à sa volonté, elle se sera épuisée en eltorts douloureux pour faire au moins accepter son sacrilice, lorsipi'elle aura eourai;eusement renfernjé au dedans d'elle-même le trésor de ses affections condamnées; si on continue à rire de ses pleurs, à abuser insolennnent do sa patience, à s'autoriser de son calme apparent pour accroître ses humiliations, ne craigne/.-vous pas que le découragement ne la saisisse, et »pie la fatalité de son destin ne la pousse enlin à la corruption par le désespoir? Ne craignez-vous pas que sa douleur ne lui fournisse de dangereux sophismes, et qu'elle n'en vienne h considérer l'infidélité comme une protestation contre le despotisme?

Que si elle a le courage de repousser jusqu'au boiit toute tentation périlleuse, (pielle existence (pie la sienne! Elle sera donc d'autant plus malheureuse, qu'elle aura plus de vertu, et la dignité de ses douleurs n aura fait que mieux assurer 1 impunité de la tyrannie qui pèse sur elle!

Ces conséquences sont odieuses, et comment y échapper?

Ecoutez M. de Bonald : « Toute femme séparée de son époux, même pour violence et mauvais traitements, devrait, à l'avenir, se retirer dans le sein de la société religieuse, seule société à laquelle elle appartienne encore. »

On invocpie contre le divorce l'intérêt des enfants. Si l'objection a quelque force, pourquoi ne pas interdire aussi les séparations de corps? Les enfants sont bien plus malheureux dans le cas d'une séparation, qui ôte a leurs parents toute considération et les livre à tous les entraînements d'une vie illicite, que dans le cas du divorce, qui leur permet de retrouver dans la société une place lionorable et fixe.

D'ailleurs, est-ce veiller d'une manière bien intelligente sur leur bonheur et leur moralité, que de les emprisonner dans la famille lorsqu'elle est devenue le théâtre d'une lutte affreuse et de tous les instants? Comment! alors même que les époux laissent éclater leurs antipathies ou leurs ressentiments dans l'amertume des reproches, la violence bruyante des accusations, l'emportement des querelles, on veut que les enfants restent là, toujours là, pour apprendre à mépriser leurs j/arents, à les haïr, peut-être! Mais c'est donner à ces pauvres créatures une précocité désastreuse, c'est dévoiler à leurs yeux les plus hideux mystères de la société à un âge où tout savoir est le plus grand de tous les malheurs !

Que le divorce afl, des inconvénients graves lorsqu'il a été prononcé, qui le nie? Mais cela même est une garantie contre l'abus possible de la faculté de divorcer. Un père peut bien vouloir enlever leur mère à ses enfants, lorsqu'elle a trahi ses devoirs ; mais le fera-t-il sans hésitation, lorsque, au lieu de les trahir, elle les remplira avec courage et dignité? Une mère peut bien vouloir priver ses enfants de leur protecteur naturel et premier ami, lorsqu'elle en est venue à ne plus voir dans leur père qu'un homme qui les pervertit par ses leçons ou ses exemples: mais «piand de tels motifs n'existent pas, ne trouvera-t-ellericn dans

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son cœur (iiii la retienne? Eh quoi! braver réclat d'un procès, affroulor le ridicule, s'humilier devant la censure publique, ouvrir en quelque sorte au\ passants toutes les portes de sa maison, provoquer la dispersion d'une famille... tout cela est-il donc chose si simple, qu'on en vienne à de semblables extrémités sur un frivole prétexte, par j)ur caprice? Ne calomnions pas gratuitement la nature humaine. Non- seulement il est faux de dire que le divorce serait une provocation continuelle à la rupture des mariages, mais on peut affirmer que la crainte d'une demande en divorce agirait puissamment dans beaucoup de cas, préviendrait bien des désordres, et introduirait en général dans les familles un système de ménagements et d'égards qui ne saurait exister dans un régime où la femme est considérée moins connue la compai^ne de l'homme que comme sa propriété. Encore faut-il ajouter que ce qui est forcé en devient d'autant moins tolérable. L'esprit himiain est ainsi fait. Trop de gène et trop de laisser-aller mènent également à la licence. Montaigne a critiqué l'indissolubilité absolue des mariages d'une manière charmante, lorsque, en parlant du mariage, il a dit : // en advient ce qui se voit aux cages : les oiseaux qui sont dehors désespèrent d'tj entrer, et d'un pareil sonuj en sortir ceux qui sont au dedans.

Et puis, la séparation de corps ! quelle contradiction grossière ! La séparation de corps dissout le mariage matériellement ; elle le dissout moralement : que faut-il de phis? Elle rend, dit-on, un rapprochement possible. Eh! mon Dieu, non. Quand deux époux en sont venus à rompre aussi violemment tout commerce, même extérieur, c'est qu'à leurs yeux l'impossibilité d'une union plus longue est constatée. Etre marié tout à la fois et ne l'être pas; porter le nom d'une famille de laquelle on est exclu ; ne pouvoir réparer une erreur que, souvent, on vous a forcé de commettre ; ne pouvoir retrouver dans la société une place que, souvent, on n'a pas mérité de perdre... Voilà la situation ridicule et dangereuse que crée la séparation de corps; vous craignez de consacrer le divorce, et vous légalisez l'adultère!

L'indissolubilité du mariage n'est donc pas un préservatif contre la dépravation des mœurs.

i'our ce qui est du scandale, s'imagine-t-on qu'il ne puisse résulter que de l'éclat rapide du divorce et du retentissement des procès? Ah! ce n'est pas là qu'est le plus grand danger. Le danger est dans la malignité publique, si pronqite à dévoiler les myslèies des familles, si habile à donner à ses divulgations l'attrait de la confidence.

La preuve que la faculté du divorce est loin d'exercer sur la société une influence corruptrice, c'est que lesmœui's en géiu'-ral ont toujours été plus sévères dans les pays prolestants, où le divorce est admis, (jue dans les pays catlioli(jues, où il ne l'est pas...

(Jr, s'il est d(!S lieux où l'on ne |»r()fil(! pas du divoice, (pi()i(|u'ou en ail la faculté, (pie (:oiulur(! dv. Ià?0u(! h; divorcîc n'est point par lui-même un encouragement à la ruplinc du lien conjugal; (pie c'est à de tout autres causes (pi'il faut raj)pnrlcr la (l(''pravation des mo-urs dans une sociélé; eu un mot, (pie l'élablis-

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