‹ Les femmes d'après les auteurs françaisChapitre 92 sur 194 · I.AMOIR. — LE MARIAGK. — LA MATRRNITI^. r · texte numérisé non relu

I.AMOIR. — LE MARIAGK. — LA MATRRNITI^. r

divorco: elle p;n"lenient d'Angleterre, persuadé qu'il n'est plus aujourd'hui qu'un nioven d'adultère, occupé à se préserver des eflets désastreux d'une loi dont il lui le pronnor Mulcur?

Il est temps de le dire : le divorce est une opinion purement humaine, et certes, lorsque tous les partis convenaient de l'indissolubilité naturelle du lien conjugal, il y avait peu de philosophie à en couohnv qu'il pouvait être humainement dissous. (]'est cependant cette conclusion que tirèrent les réformateurs du seizième siècle

(hi parle de population (pie le divorce lavorise, et l'on ignore que si l'union des sexes peuple nu pays inhabité, la seule société des époux maintient et accroît la population chez une nation formée, et que le divorce, là où le législateur a l'imprudence d'en introduire ou d'en conserver la facultésjg^ue plus de familles qu'il ne fait naître d'enfants. Les peuplades sauvages, où tous les individus se marient, sont faibles et misérables; et chez les peuples civilisés, où les besoins de la société condamnent au célibat une grande partie de la nation, l'État est populeux et florissant. On plaint les simples époux que la simple séparation condamne à une austère viduité; mais est-ce au législateur à soigner les plaisirs de l'individu aux dépens de la société? Pense-t-on, avec la faculté du divorce, remédier à tous les désordres de l'incontinence? et ne sait-on pas qu'une chasteté absolue est moins pénible à l'homme qu'une tempérance sévère?

Le divorce pour infidélité, dit madame Necker, est une flétrissure pour le coupable et un malheur pour l'offensé ; mais il ne peut pas plus être permis au parjure de former de nouveaux liens, qu'à un homme mis hors la loi de rentrer ilans son pays où il est condamné ; et, quant à l'époux ou l'épouse outragés, le sort est tombé sur eux pour donner un grand exemple de délicatesse. Us pleureront dans le désert, comme la fille de Jephté; mais ils vivront solitaires comme elle, par respect pour des vœux prononcés en présence du ciel. Beaucoup de gens se sont destinés au célibat, qui n'ont pas eu des motifs si purs et si respectables.

Vous reprochez à la loi de l'indissohibilité sa perfection, et il n'est question que de notre perfectibilité; vous taxez cette loi d'impraticable, et elle, est presque partout pratiquée, au moins de fait; car, là même où le divorce est permis, il est toujours plus rare que le mariage non dissous

Tout ce qui n'est que fâcheux dans le mariage indissoluble devient instipportable dans le mariage qui peut être dissous. Des époux, alors, sont comme des malheureux captifs qui ont entr'ouvert la porte de leur prison et qui sont occupés sans relâche à l'élargir, pour s'y pratiquer une issue. Dans le mariage indissoluble, la femme est de l'homme; dans le mariage dissoluble, la femme est ù l'homme; et l'homme, fort quand elle est faible, jeune quand elle ne l'est plus, a, pour la renvoyer, autant de moyens que de désirs.

Ce sont là des lois pour des esclaves, et non des lois pour les enfants ; des lois de crainte, et non des lois d'amour; et il vaut mieux tolérer l'adultère, et même l'homicide, (pie de détruire la société pour les punir.

7,^^ LKS FKMMES DAI'RES LES AL'TEIHS FRANÇAIS.

La loi lie Tindissolubilité du lien conjugal est une loi pariaite; ^es advtMsaires mêmes en conviennent, puisqu'ils ne lui reproclient que sa perfection; elle n'est point impraticable, puisqu'elle est partout pratiquée

Les nations qui admettent le divorce ou la poiygamic'sont les plus faibles de toutes les nations européennes, moins de force d'agression que de force de stabilité et de conservation. La France, qui rejette le divorce, était la plus forte des nations chrétiennes, parce qu'elle était la plus raisonnable, la plus naturelle dans ses lois. Si elle décrète la dissolubilité du lien conjugal, avec quelques restrictions d'ailleurs qu'elle en permette la dissolution, elle posera solennellement au dix-neuvième siècle, après trois siècles de discussions, de connaissances et de lumières, à la face de l'univers et en présence de tous les grands esprits qu'elle a produits, de Descartes, de Bossuet, de Fénelon, de Domat, de d'Aguesseau, elle posera comme un principe : Que les lois doivent être plus faibles, à mesure que les mœurs sont plus corrompues, et que, lorsque les hommes ne voient dans le mariage qu'une jouissance et se font de la licence un jeu, le divorce doit être la peine de l'adultère; le changement, la peine de l'inconstance ; les plaisirs, le frein de la volupté. De Bomald.

® Rien ne prouve mieux la nécessité du mariage indissoluble que l'instabilité de la passion.

^ Les deux sexes doivent être enchaînés, comme des bêtes féroces qu'ils sont, dans des lois fatales, sourdes et muettes. Balzac,

^ Placer à côté du mariage le divorce, c'est ressembler à des principaux de ("ollége qui, en interdisant à leurs élèves toutes sorties particulières, l(>s préviendraient qu'il y aura toujours à leur service une porte de derrière toute grande ouverte. Le mariage a ses dégoûts ; il faut être réduit à les vaincre. Eh bien, avec la certitude de l'indissolubilité, on coiiunence du moins à prendre pied contre eux.

^ Il ne devrait être permis qu'aux hommes d'Etat de toucher au mariage; leurs mains sont habituées aux plus hauts intérêts. Mais, aux jours des révolutions, le mariage, [)Our son malheur, toiidje au pouvoir des juristes. Ils oui (pielquefois défendu des inaris qui sont à plaindre et des femmes qui soultrent; aussitôt à leur horizon de palais, ils mesurent la civilisation entière, et du IimuI de la tribune pulvéris<;nt le niaiiage ; chez eux, le métier tue la raison.

Dans nos vieilles lois, la séj)aration de corps et de biens dénouait ; le divorce fauche; avecl'une, la famille restait; avec l'autre, elle est détruite. Maintenant, où est la certitude du bonheur dans une nouvelle union, n'est-ce pas pousseï- de nouveau à un jeu de hasard (pii s'y est ruiné une première fois.

Au milicMi des tioubles civils, \c mariage, défendu à Home |)ar les uiomus publiques, a vu fleurir la coiupièle et la liberté. Le divorce entre-t-il dans les h;ibitu(le> (h- la vie, l:i ((Hislitiilidii es! èloiil'lèc, les vi<'loires s'arrêtent, l'obéis-

K VMOllR — LK MAUI.\(;K. — l\ MATKRNlTlL 389

sance abjeilo arrive: lôro des graiuleiirs est close: Home a le dernier de ses vices.

Au ïioin do la civilisation, (jnelques. |)etils honiiues vont clabandant contre lindissolnbilité du mariage. Ils citent des laits qui donnent le frisson; ils ra- 'content des histoires qui l'ont pleurer; ils se perdent dans des jérémiades qui touchent jusqu'aux nourrices; puis ils apportent toujours avec eux le remède : le divoice. IVabord, c'est dans la connnunauté des misères de cette vie que l'union de deux âmes est une institution sublime; ensuite la justice d'ici-bas se trompe souvent. Les sensibles du siècle n'en avaient |)as moins voulu qu'un homme déclaré coupable de certains faits fût chassé du mariage. Il ne lui lestait au monde qu'un cœur pour s'entendre avec le sien, qu'une voix pour le plaindre : enfin les veux qui jadis avaient souri à son bonheur pleuraient maintenant sur son sort ! Cet être unique, on le lui ôte. La loi fait plus, elle tourne contre la sensibilité du devoir les tourments d'une susceptibilité qu'elle réveille; elle empoisonne d'orgueil et d'ingratitude des souvenirs qui, sans elle, seraient restés lidèles. Il ne faut pas s'en étonner. Le divorce est une des conditions de la barbarie ; or, dans la barbarie, le malheur a toujours tort ; le mariage, au contraire, est la tendresse universelle de la civilisation; celle-ci n'abandonne pas même le crime avéré ; elle le punit avec regret ; elle lui laisse donc sa famille.

Saint-Prosper.

SB J'entends crier qu'il faut permettre le divorce.

Triste ressource, rarement employée par ceux même à qui elle est accordée, et dont les suites fâcheuses se font assez connaître, quand on considère les divorces forcés que cause la nature par la mort de l'épouse. Le mari, passant à de secondes noces, soumet les enfants de son premier mariage à l'empire d'une étrangère qui, bientôt devenue mère elle-même, n'a que de la haine, ou du moins la plus grande indifférence pour des enfants à qui elle n'a pas donné le jour. Elle s'indigne de leur voir partager la tendresse de leur père et des avantages qu'elle voudrait qui appartinssent tout entiers à sa propre progéniture. S'il y a quelques exemples contraires, ils sont bien rares, et l'on sent qu'il n'est pas possible à une belle-mère d'avoir une tendresse réellement maternelle pour des enfants qu'elle n'a pas portés dans son sein. P. C. Lkvesque.

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