‹ Les femmes d'après les auteurs françaisChapitre 93 sur 194 · A PKOPOS DE LA. POLYGAMIE · texte numérisé non relu

A PKOPOS DE LA. POLYGAMIE

^^ On dit que le roi de Maroc a dans son sérail des femmes blanches, des femmes noires, des femmes jaunes. Le malheureux! à peine a-t-il besoin d'une couleur.

' La polygamie est, si nous pouvons faire une telle comparaison, aussi essentiellemenl hors de notre civilisation, ({ue les pays où elle est admise sont loin du nôtre : l'on comprendra donc que nous nous soyons bornés à rapporter quelques rares passages qui y ont trait, même après avoir t'ait une large place aux dLscussbns sur le Divorce, institution en vigueur chez nos plus proches voisins, qui pourrait reparaître pamii nous, sur la simple remise en vigueur d'un tex(e encore écrit dans le code qui nous régit.

^ La possession de beaucoup de femmes ne prévient pas toujours les désirs pour celle d'un autre. Il en est de la luxure comme de l'avarice, elle augmente sa soif par l'acquisition des trésors.

e^ C'est une conséquence de la polygamie, que dans les nations voluptueuses on ait un très-grand nombre de femmes. Leur séparation d'avec les hommes, cl leur clôture, tiennent naturellement de ce grand nombre. L'ordre domestique le demande ainsi : un débiteur insolvable cherche à se mettre à couvert des poursuites de ses créanciers... Dans ces pays, au lieu de préceptes de continence il faut des verrous. Montesquieu.

^ Il n'est pas dans la nature qu'un homme n'épousera qu'une femme.

Diderot.

^ Mahomet a réduit le nombre illimité des épouses à quatre. Mais, comme il faut être extrêmement riche pour entretenir quatre femmes selon leur condition, il n'y a que les plus grands s(igneurs qui puissent user d'un tel privilège. Ainsi, la pluralité dos femmes ne lait point aux Etats musulmans lo tort que nous leur reprochons si souvent, et ne les dépeuple pas, comme on le répète tous les jours dans tant de livres écrits au hasard. Voltaire.

® La polygamie, tolérée sous la loi mosaïque, était, comme Jésus-Christ le dit lui-même aux Pharisiens, une condescendance pour la dureté de leur cœur ; mais, condamnée formellement par l'Evangile, elle a été proscrite dans toutes les sociétés chrétiennes. L'on ne connaît d'infraction à cette loi que la permission secrète donnée par Luther et d'autres chefs de la Réforme à Philippe de Hes;se pour épouser une seconde femme. Les écrits de Lyscrus-Raulran et Madan en faveur de la polygamie sont tombés dans le mépris. En excluant la pluralité des femmes, l'auteur du christianisme, (pii est en même temps l'auteur de la nature, a sanctionné la loi de celle-ci, qui dans tous les pays fait naître les deux sexes à jieu près en nombre égal. Les calculs exagérés de Bruce sur la surabondance numérique des femmes ont été rectifiés par une foule d'autres voyageurs, dont un habile physiologiste, M. Virey, a rapproché les témoignages. Il prouve d'ailleurs que cette surabondance, très-restreinle, se perpétue par la polygamie elle-même, (jui n'accorde à la femme (pi'une affection ])artagée, et souvent lui ôte le cœur de son mari. De là, entre les femmes, une jalousie qui a fait commettre des crimes sans nombre. Chez, les Inibiigas et d'autres peii|)lades américaines, (illes se font avoil(!r; chez les Guan;is, souvent elles déiniiseni les lilles (pi'elles rnellenl ;iu monde!. Le voyageur Félix de A/ara assure (jirelles eonimetlent ces crimes pour avdii- moins de concurrentes dans l'al'iVclion de leurs maris.

La iiiono;,'iniii(! conceiitre ralïeclion sur mi objet mii(|iie ; rllet'laiilil des limites .iiix impressions de l;i n;iliire, les sauelifie, assure l'état des enfants (|iii doivent

I/AMOl U. l.i: MAKI.VCl. — I.A MVTKI5MTK. OUI

Plie lappui (lo In vieillesse, et lortilie respril de la l'aïuille. L'unité d'épouse, lien doutons pas, fut un motif île plus pour attacher les l'eumies au christianisuie, et un moyen tle plus pour le ié|)au(lre, car 1 emploi des causes secondes entre dans le plan de la TitM idence. GiiÉi.ouu:, évèque de Blois.

QîB l ne des raisons [)our Lupielle le christianisme ne fait |)as autant de progrès dans les Indes (jue le mahométisme; c'est qu'il lutte contre la polygamie; s'il est parvenu à l'abolir che/ plusieurs Ethiopiens, les chrétiens du Congo Tout conservée. Il n'est pas si ordinaire de (rouver la polygamie chez les peuples républicains que dans les gouvernements despotiques ; cependant elle existe chez les Araucans, nation aristocratique du Chili. Il semble, en effet, (pic cette coutume résulte de l'abus du despotisme; car, partout où elle est en usage, les fennnes sont nécessairement esclaves et achetées par le mari. Ainsi, dans tout l'Orient, il pave Ta dot ou le kalim aux parents desquels il achète la lille. Celle-ci ne devient pas l'égale d'un honnne qui, partageant son cœur ou plutôt ses plaisirs entre plusieurs épouses, n'a l'amitié parfaite, et il les regarde moins comme ses compagnes que comme les instruments de ses voluptés

La polygamie est donc contraire aux usages des nations policées, en ce qu'elle établit l'esclavage du sexe, qu'elle introduit le despotisme dans la famille, et par suite dans Tétat civil ; il en résulte enlin une sorte de barbarie dans toute société où la fennue n'est point également admise à partager tout avec l'homme. La polygamie n'est cependant pas contraire à la nature, qui toujours tend à la plus grande reproduction possible des êtres... Il semble donc que la nature n'ait pas borné 1 homme à une seule épouse, surtout si l'on considère que celleci perd, dans les pays chauds principalement, plus tôt que lui la faculté d'engendrer; ainsi, quand la polygamie ne serait pas établie habituellement dans ces régions, elle le deviendrait successivement. Saint Augustin même pense qu'elle n'est nullement contraire au droit naturel. J. J. Virey.

DU CELHiATi

® C'est une règle tnée de la nature, que plus on diminue le nombre des mariages qui pourraient se faire, plus on corrompt ceux qui sont faits : moins il y a de gens mariés, moms il y a de Udélité dans les mariages ; comme lorsqu'il y a plus de voleurs, il y a plus de vols. Montesquieu.

La vie est un bien qu'on ne reçoit qu'à la charge de la transmettre; qui-

' Célibat dérive de cœlebs cl du grec zoïyo;, creux, vide. — En effet, le célibat, coiume la viduité c;l un vide jwur chaque sexe si;paré, on comprend donc ([u'il soit contraire aUx lois naturelles.

VlREï.

ûlh2 LES FEMMLS D Al'UÈS LES AIJTELHS FRANÇAIS.

conque eut un père est obligé de le devenir. II est difficile que le célibat, si contraire à la nature, n'amène pas quelque désordre public ou caché. Comment pouvoir échapper toujours à l'ennemi qu'on porte sans cesse avec soi?

J. J. Rousseau.

® Ktendre et favoriser le célibat, c'est oublier que tout homme qui ne se marie pas condamme une fille à la corruption. Bernahuiin de Saint-Piebiie.

^ Si le mariage a ses mconvénients, le célibat a les siens. Que devient un garçon dans un âge avancé, surtout quand il n'a pas assez de fermeté pour chasser de chez lui les gens intéressés à abréger ses jours. L'abbé *** tomba dangereusement malade; il avait malheureusement des richesses, des bénéfices et des neveux en état d'en profiter : c'était bien des raisons pour l'effrayer de la mort et pour le faire mourir. Deux de ses neveux se mirent donc aux pieds de son lit; l'un lui criait à droite : « Mon oncle, confessez-vous, car vous êtes bien mal ; » et l'autre reprenait à gauche : « Mon oncle, démettez-vous de tel bénéfice en faveur de mon frère; car les médecins disent que vous n'en reviendrez pas. » Le pauvre abbé, qui n'avait jamais eu beaucoup de tête, et à qui il n'en devait point rester beaucoup dans ces moments, se frappa tellement des prédictions de ses neveux que la maladie redoubla et qu'il mourut. Voilà le sort des hommes sans courage et sans esprit : et qui peut se flatter d en conserver jusqu'au dernier instant, lorsqu'il meurt sans avoir auprès de lui des enfants ou des amis qui le soutiennent? M'"® de Puisieux.

® Une des meilleures raisons qu'on puisse avoir de ne se marier jamais, c'est qu'on n'est pas tout à fait la dupe d'une femme, tant (jnelle n'est point la vôtre.

Chamfort.

^ Tant qu'on demeure fille on n'est point en repos. Boursault.

^ La vie célibataire, soit dans l'enchaînement d'un vœu religieux, soit hors des cloîtres, est accompagnée d'ennui de la vie et des sentiments fréquents de désespoir ou de suicide, à certaines époques de l'âge mûr surtout. Détaché du monde, malgré les plaisirs qu'il peut y prendre, s'il jouit des splendeurs de la fortune, le célibataire, plus (juc toute autre persoime mariée, moins heureuse d'ailleurs, est condanmé par son isolement à se rejeter vers le néant. Aussi le nombre des suicides comprend toujours en majorité des individus célibataires. Je ne sais quoi d'égoïste et d(! dur s'attache à celte existence solitaire; car, en repoussant les liaisons intimes avec autrui, on en est également repoussé; dès lors on se recueille en soi-même, on vit haineux, misanthrope, et parce qu'on n'aime pas on se croit aussi détesté. On regarde toutes les avances qu'on vous fait connue empreintes d'une basse cupidité; on ne peut croire au désintéressement, à la générosité et à la vertu |)arc(; «ju'on n'a d'ailleius allaire qu'à des personnes dont on paye les services, sans obligation. Ainsi, on se croit libre de toute chaigc cl de toul soin de ménage. Mais, bien an coiilrairc, on se trouve à

LAMOrU. - LK MARIAUi:. — l.A MATKHMTK. .'^r»

la ineivi i! aulriii : oharun lU' considère le côlibatairo qui s'isole que conimc un èlraiiiier ihiquel on naUeiul rien et (jui n'est bon qu'à plumer. Ses proches nuMnes lainieraient niieuv niort que vivant, et n'aspirent qu'à sa succession; on ne le flatte qu'alin d'y avoir part. Oi't'lque inadauic Evrard^ a soin de s'emparer de ce vieux iïar(;on ; elle s'installe en niailresse dans son intérieur ; le malheureux n'est même plus libre chez lui, et la chaîne de l'habitude appesantit son despotisme sur ses dernières années; sa libeité prétendue n'est plus qu'un insurmontable esolavaiie, comme l'a fort bien montré la comédie du Vieux Célibataire de Collin d'Harleville

Après avoir signalé les dangers et les inconvénients attachés au célibat, après avoir montré qu'il abrège la vie dans l'isolement, il faut émunérer aussi les avantages qu'on en peut obtenir pour certains emplois dans la société. Nul honune ne peut s'élancer tout entier à de hautes et périlleuses entreprises, s'il est attaché par les liens d'une iamille, dune femme, des enfants, autant d'otages donnés à la fortune; lesquels condanment à la conservation, à la prudence, disons plus, à la timidité, à la soumission, à la servitude. Comment un militaire montera-t-il sur la brèche d'une ville, s'il sent derrière lui une malheureuse famUle qui a besoin de son appui"? Quel homme d'État ou de science pourra se dévouer jour et nuit à des travaux immenses pour son pays, ou pour pénétrer dans le sanctuaire de la vérité et des découvertes, s'il est obligé de survedier les intérêts d'un ménage, ou de procurer un avenir à sa postérité? Il faut être tout entier soi-même, et le célibataire le peut sans difficulté. Le prêtre a besoin de se séparer de toutes les choses de la terre pour vaquer uniquement aux objets célestes.

La solitude est l'école de la grandeur d'âme comme elle peut être celle de la folie

Le célibataire peut ramasser son àme et lui donner d'autant plus de roideur et de ressort qu'il vit plus retiré : tels ont été les grands législateurs, les philosophes, les poètes illustres. Au contraire, l'homme qui relâche ou détend dans le commerce des femmes et du monde les nerfs de sa pensée et le ressort de son énergie perd cette vigueur physique et morale. Ce résultat est surtout manifeste dans la compagnie des femmes dont l'esprit est plus gai, plus doux, plus détendu que le nôtre. Mollis illa educatio quam indulgentiam vocamus^ nervos omnes et mentis et corporis fraïujit., dit Quintilien. On peut donc affirmer que le célibat est indispensable pour les plus hauts et les plus difiiciles emplois de l'administration, comme des lettres ou des sciences, et des armes et du sacerdoce. Il a des intérêts moins divergents et moins d'attachements ou d'entourage ; son isolement, son défaut d'appui, le rend aussi plus périssable. Virev.

' Personnage du Vieux Célibataire, comi-flie de Collin d'Ilarleville.

m LES FEMMES D'APRÈS LES AUTEURS FRANÇAIS.

EPITKE CONTRE LE CELIBAT

Toi par qui nous vivons, nous chérissons le jour,

Sentiment enchanteur que l'on appelle amour,

Quand tout plaît, s'embellit, s'anime par tes charmes,

Faut-il qu'un nom si doux, inspire les alarmes?

Ce cœur si calme encor, mais prêt à s'enflammer.

De quels tourments bientôt il va se consumer !

A peine entrevoit-il ce bonheur qu'il soupçonne,

Qu'il doute, espère, craint, transit, brûle, frissonne;

Mais à ces prompts transports, à ces vœux effrénés.

Tous les cœurs amoureux ne sont pas condamnés.

Regardons ces bergers, ravis, sous ces ombrages,

D'habiter du Poussin les riants paysages ;

Qui de nous ne voudrait soupirer avec eux !

La vertu fait surtout le plaisir de leur feux.

Oui, le ciel qui dans nous la grave en traits de flamme ,

A fait de la vertu la volupté de l'âme;

Et cette volupté, qui se Tnèle à l'amour,

Y porte un nouveau charme et l'y puise à son tour.

Heureux qui dans soi-même a laissé l'innocence

Entre l'âme et les sens former cette alliance!

Il n'a plus qu'à jouir, dans un accent si doux,

Des deux biens les plus chers que le ciel fit pour nous.

Philémon et Baucis ensemble le goiitèrent.

Tous deux jusqu'au tombeau tendrement ils s'aimèrent :

Aussi par Jupiter leur toit fut protégé,

L(!ur toit après leur mort en tcsniplc fut changé.

Je te ciois un hoimète et doux célibataire,

Que d'un nœud plein d'attraits, trop souvent profané,

Les vices de ton siècle ont sans doute éloigné,

Tel qu'en ses vers charmants nous l'a peint d'Harleville.

Eh bien, donc! par l'ennui ramoné dans la ville,

Quittant nonchalemnient ton boiuict (K; vcloui-.

Tu vas donc seul bientôt bâiller au Lux(unbourg.

Qui sait si, caressant la langueur et ton Age,

Dans ton hymen prochain lorgnant ton héritage,

Qucikjue madame Evrard n'a pas dans ses desseins

Déjà donné la chasse à les nombreux cousins?

Mais enfin laisonnons. Tes cheveux (pii blanchissent

De la course du temps chaque jour l'avertissent;

Déjà vient la faiblesse et la vigueur a fui;

Ta santé v(!ul des soins, ta main veut un aiipiii :

I/AMOI U. — l.K MAIUAGK. — LA MATliU.MTE. 395

(Juo lieux lois la Iblancti ail ramené soplembro,

Te voilà soûl et vieux. Je te vois dans Ui ihunibre,

Do jioultos, ilo neveux Inslenient assiégé,

El tlan> la létliaiiiie un beau matin plongé.

Eh ! qui le réiKMulra que Ion valet ix'ut-ètrc

N'ose sous tes habits fi\ire parler son maître?

Je l'entends au réveil te récrier en vain

Contre un faux testament qu'aura dicté Crispin.

Des vieux garçons mom^ants, des vieux célibataires

Les fripns de tout temps sont nés les légataires.

Maissuis-je, diras-tu, dans ce triste abandon?

Quoi! personne pour moi ne s'intéresse? — Non.

Telle est, telle est ma loi, te répond la nature,

Tu repusses mes dons, je venge mon injui-e.

Tu voulus vivre seul : dévore donc l'ennui

Du désert dont l'horreur t'environne aujourd'hui.

Demande à ce désert de t'aimer, de te pUiindic,

Mais tourne ici les yeux : vois doucement s'éteindre,

Sans crainte, sans remords, ce vieillard vertueux

Qu'entourent en pleurant ses fds respectueux,

11 donna pour tribut aux siens, à sa patrie,

Soixante ans de travaux, de vertus, d'industrie.

Il n'a point seul, à part, sur un plan dangeureux.

En dépit de mes lois, voulu se rendre heureux.

C'est moi qui, sans éclat, sans livre, sans système.

Sans parler de bonheur, sans qu'il y songeât même,

A ce bonheur si pur l'ai conduit par la main.

11 vécut courageux, patient, juste, humain :

11 suivit sans effort cette agréable route.

Ce n'est point la vertu, c'est le vice qui coûte.

Au banquet de la vie admis pour quelque temps,

11 laisse sans regret sa place à ses enfants.

Pourquoi le tendre amour a-t-il reçu ses armes.

Tant de grâces, d'attraits, de puissance et de charmes?

Pourquoi le chaste hymen rassembla-t-il pour nous

Les rap|)orts, les besoins, les devoirs les plus doux?

Est-ce afin qu'ennuyé, sauvage, solitaire, ■

Sans but, l'homme un moment végétât sur la terre,

Et stérile habitant laissât vide après lui

Ce fécond univers dont il n'eût pas joui?

Voici du célibat l'esprit et la maxime :

Je jouis aujourd'hui, demain que tout s'abîme.

Que le néant sur moi traîne tout aujourd'hui.

Oh ! quand le noir chagrin^ quand l'incurable ennui

Viendront-ils, l'accablant de dégoûts^ de tristesse,

Ô9fi LKS FKMMKS 1» Al'UES LUS AUTiaUS FUA.MjAIS.

Épaissir sur les jours leur vapeur vengeresse !

Ce temps, ce temps viendra. Par la société,

Au défaut du remords je te vois tourmenté,

Aigri par linipuissance, usé par la mollesse.

Mort avant le trépas, vieux avant la vieillesse,

Dans ton âme indigente appeler le j)laisir,

De la nature avare implorer un désir,

Et seul sur cette terre à tes regards flétrie,

Sans la trouver jamais cherchant partout la vie;

Oti bien si, plus actif, superbe, ambitieux,

Pour grossir tes trésors, pour éblouir nos yeux,

A tes projets hardis tu commets ta fortune,

Soudain de créanciers une foule importune

Venant à t assaillir, sans crédit, ruiné.

D'amis voluptueux bientôt abandonné.

Mais voulant, avec art, sous un rire infidèle,

D'un malheur trop certain démentir la nouvelle,

A ton dernier festin, je te vois, l'air joyeux,

Parmi les vins brillants, les mots ingénieux,

Les chants, les jeux, les fleurs, le luxe des orgies.

L'éclat des diamants, des cristaux, des bougies.

Promenant tes regards sur vingt jeunes beautés

Quand le morne dégoût s'assied à tes côtés,

Quand la mort tient la coupe, y boire avec ivresse,

Du désespoir qui rit l'effroyaljle allégresse.

Mais lorsqu'en nous charmant, l'aurore du retour

Dans tes yeux consternés a fait rentrer le jour,

Te voilà dans ta chambre; et là, seul, en silence.

Maudissant le soleil, le sort et l'existence

Je te vois, pour tromper ta lortune en courroux,

( j'oyant que tout s'éteint, que tout meurt avec nous.

Armer tranquillement d'une amorce homicide

Le fatal instrument d'un affreux suicide,

L'approcher de ton front, qui, dans quelques monienls...

Le coiq) paît, malhcin'eux ! tu n'avais [»as d'enfants!

Non, tu n'en avais pas : on ne voit point les pères

Uecourir au trépas pour finir leur misères.

Un père infortuné du moins, dans ses douleurs,

Lève les yeux au ciel, laisse couIim' ses j)leurs.

Gémit-il sous le poids de la triste vieillesse.

Sa compagne pour lui s'émeut et s'intéresse,

Su teiKiressc inquiète a prévu ses besoins;

Il ne peut plus parler, mais il bénit ses soins;

Il met encore sa main dans cette main chérie.

Il j(!tt(! av(!c plaisir un regard sur sa vie :

Tous ses jours n'ont été (ju'un tissu de bienfaits;

Il voit dans ses enfants l(;s heureux (|u'il a faits.

LAMOIR. — IK MAUlvr.K. LA MATKRMTÉ. 597

Si son tils est ingrat, >i sou lils l'abandonno,

Dans s;i fillo poiil-ôtro il tronve une Antigono.

Sur ce liras (juo lui reste il aime à s'appuyer;

Ces lannei; qu'il répand, il les sent essuyer ;

Ou bien si le renioi-ds toujours inexorable

Tremblant à ses genoux ramène le eoupble,

Je ra[H.'ri'ois iléjà se laiss;uil entraîner,

A l'exemple du ciel tout prêt à pardonner.

Rien peut-il épuiser la tendresse d'un père?

Nous devons à l'hymen ce sacré c;u"aclèrc.

Par lui de nos enfouis formant les jeunes cœurs.

Nous sentons mieux le prix, l'utilité des mœurs ;

Nous s;ivons que leur œil nous juge et nous contemple :

Ou songe à ses devoirs quand on en doit l'exemple.

Longtemps chez les Romains, ce peuple de pasteurs.

On ignora le luxe et les arts corrupteurs ;

Rome, si pure alors sous sa rustique écorce,

Vit des hymens sans nombre et pas un seul divorce.

Combien pour la pudeur leur respect éclata !

ils olYi-aient, comme à Mars, leur encens à Vesta :

Vers 1 autel du dieu Mars le fils suivait son pèie, Vei-s l'autel de Vesta la sœur suivait sa mère. Pudeur! oh ! qu'on s'incline à ce nom vénéré ! Pudeur ! oui, c'est par toi que l'hymen est sacré. Heureux, heureux le peuple à la pudeur sensible ! Chez les premiers Romains que son cri fut terrible ! Lucrèce, ton honneur dans Rome est offensé : Rome n'a plus de maître, et Tarquin est chassé. Son indignation déjà républicaine Fait sortir de ton sein la liberté romaine, Sur les débris du trône arbore ses drapeaux. Devant le fier Rrutus fait marcher les faisceaux, Et promet à Vesta, que Mars partout seconde, Six eeuts ans de vertus et le sceptre du monde. Ainsi, chez les Sabins, leurs fils respectueux Apprenaient la vertu sur leurs fronts vertueux, On voyait dans leurs champs, au sortir de la guerre, FiCS vainqueurs de Carthage obéir à leur mère; Ils lui portaient le soir, de leiu- charge excédés. Les amas de rameaux qu'elle avait commandés; Le soir, leur soc actif ouvrait encor la terre, Et lorsque par degrés retiraient sa lumière, Le soleil las comme eux, fermait enfin le jour, Du repos du sommeil bénissant le retour, Ces vainqueurs retournaient sous un humble héritage Oiî, leur mère et leur sœur apprêtant leur laitage, Li; lx)nheur se mêlait à cette austérité ;

L'iiyincn gardait les mœurs; les mœurs, la liberté. La famille et le chef, sons la chaumière antique. Environnaient gaiement une table rustique; Le soir y ramenait, après de longs travaux, Les pères, les enfants, les pasteurs, les troupeaux. L'Amour n'était pas loin; mais quoiqu'un peu sévère, 11 avait son souris, son regard, son mystère, Surtout sa longue attente et ses heureux moments. Vénus ! ah ! tu rendais pour ces chastes amants Leurs feux plus enchanteurs, la volupté plus pure. Et pour eux c'est Vesta qui tressait ta ceinture.

Ducis.

® L'homme seul est un roseau dont les souffles divers qui l'agitent ne tirent que des sons plaintifs.

La nature pour vous est pleine d'enseignements : ouvrez les yeux, et les plus frêles créatures vous instruiront. Quand les flots, tourmentés par les vents d'hiver, écument et grondent, le pauvre oiseau de mer et sa compagne, réfugiés au creux d'un rocher, se pressent l'un contre l'autre, et s'abritent et se réchauffent niulneUement. 11 y a bien des tempêtes dans la vie; prenez exemple sur l'oiseau de mer, et vous ne craindrez ni les vents glacés, ni les vagues qu'ils soulèvent.

Lamenn.ms.

BONiNARD.

^ J'ai fait du célibat ma seconde nature;

J'y tiens, j'y prends racine, et je suis convaincu Oucje mourrai garçon ainsi que j'ai vécu.

DA]NVn,LE.

L'hymen a des douceurs que ta vieillesse ignore.

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