BONNARD
Il a tel déplaisir qu'elle craint plus encore. Je ne suis pas de ceux qui font leur volupté Des embarras charmants de la paternité.
Pauvres dans l'opulence, et dont la vertu brille A se gêner quinze ans pour doter leur famille ; De ceux qu'on voit pâlir, dès qu'un jeune éventé Lorgne en courant leur femme assise à leur côté, Et, geôliers maladioits île (|uelque Agnès nouvelle. Sans fiuits en soins j:doux se creuser la cervelle. Jamais le bon plaisir de madame Bonnard Pour danser jiis(iu'aii jour, ne me fait coucher tard, N(! gonfle mon bu(lg(M. par des irais de toilette, Et jamais ma dépense excédant ma recette. Ne me force à bâtir un espoir mal fondé Sur le terrain mouvant du tiers consolidé. Aussi, sans trouble auciMi, couché près de ma caisse, Je m'éveille à la hausse ou m'endors à la baisse.
î.'AMOrR. — I.E MARIAGE. - LA MATERNITÉ. ^^90
A lieux heuros je ilîjie : on on digère mieux.
Je lais quatre repas connue nos bons aïeux,
El nallends pas à jeun, quand la faim me talonne,
Que ma tille sint piôti\ ou ipie ma lemmc ordonne.
Dîins mou gouvorneuu'Ut, desiKtlisme complet :
Je i-enti-e quand je vonx, je soi-s quand il mo plaît ;
Jo disposa de moi, je m'appartiens, je m'aime.
Et s;uis rivalité je jouis de moi-mènu>.
Célibat ! a'iibat ! le lien conjugal
A ton indépendance oiïre-t-il rien d'égal?
Je me tiens trop heureux, et j'estime (ju'en somme
Il n'est [ws de bourgeois, récemment gentilhomme,
De général vainqueur, de poëte apjilaudi,
De gros capitaliste à la Course arrondi,
Plus libre, plus content, plus heureux sur la terre,
Pas même d'empereur s'il n'est célibataire.
Casimir Delavigne.
® L'Auteur de la nature n'a donné aux animaux qu'une courte carrière à parcourir. Il semble n'accorder aux individus que le temps de se reproduire et de perpétuer les espèces. L'homme naît pour donner la naissance à l'homme. Tel est l'ordre du Créateur. Il paraît contraire aux vœux de la république, au ' moins dans nos climats, qu'un citoyen ait plusieurs épouses; mais il est nécessaire à sa conservation que chaque citoyen en ait une. P. C. Lévesque.
® Dn être isolé n'est jamais parfait; son existence est incomplète; il n'est ni vraiment heureux, ni vraiment bon. De Sénancour.
&d L'homme sans femme ni enfant étudierait mille ans dans les livres et dans le monde le mystère de la famille qu'il n'en saurait pas un mot.
MlCHELET.
® Vieux garçon : être sans affection, tout égoïste, tout ridicule, faisant dieu de sa bouche, de son corps, vivant pour lui, avec lui, chez lui; homme à l'existence monotone, que l'on sert en convoitant sa dépouille mortuaire.
SSi Vie de garçon : vie oîi le cœur ne sert pas plus qu'un trésor enterré.
^ Mauvais calcul il fait celui qui croit bien s'aimer en n'aimant que soi !... Le célibataire est vieux, personne ne prie pour qu'il le devienne davantage, au contraire: — mort, il a laissé sa fortune à quelqu'un qui ne va pas savoir si l'herbe pousse sur la terre qu'on a remuée pour l'y coucher. Sur cette terre, point de genoux ne se courbent, point de larmes ne tombent, point de prières ne bruis.sent... Rien, rien du tout... sort triste, bien triste!... mort tout entier!...
® Le célibat ! — Vilaine vie, mon garçon, vilaine vie que celle-là. Tu auras des domestiques qui te voleront, dos amis prétendus qui boiront tes vins, mangeront tes viandes et s'iront moquer de toi ; tu auras des cousins, des parents
éloignés (|ui vieiulront tourner autour do toi, comme des c'orl)oaux autour d'un corps à déchiqueter. * * *
® Il faut être égoïste ou misanthrope pour aimer le célibat. Boiste.
® Il faut que le mariage soit comme un état forcé pour les femmes, à voir l'aigreur continue de celles à qui il manque. Ni les prévenances qui les entourent jusqu'à un certain âge, ni les jouissances du luxo, ni les plaisirs de la vanité, ni les douceurs de la fortune; rien ne les console. Elles peuvent être nées princesses, mais, tant qu'elles n'entrent pas dans le mariage, elles vivent décontenancées. Qu'on ne s'étonne pas des alliances qu'elles font sur le retour; elles les apprécient ce qu'elles valent... Elles en rougissent. Mais un jour arrive où elles prient qu'on les accepte. Descendues aussi bas dans leur propre conscience, elles en oublient le reste du monde; elles ne choisissent pas leiu" sort, elles le terminent. SAINT-PROSPEn.
DK LA MATERNITÉ.
® La nature semble, comme les hommes, laisser tomber une couronne sur la tête de la femme devenue mère, la couronne de la beauté et de la sainteté, dit M. Ernest Legouvé, un écrivain chez qui la vénération pour le sexe féminin est héréditaire.
Il ne se trouvera aucune voix poiu- le contredire; nous |)ourrions citer sans contrôle'.
^ Y a-t-il au monde un spectacle aussi touchant, aussi respectable que celui d'une mère de famille entourée de ses enlants, réglant les travaux de ses domestiques, |)rocurant à son mari une vie heureuse et gouvernant sagement sa maison? C'est là qu'elle se montre dans toute la dignité d'une hoiuuHe femme; et c'est là qu'elle inspire vraiment du lespect et que la beauté partage avec honneur les hommages rendus à la vertu. Une maison dont la maîtresse est absente est un corps sans âme qui bientôt tombe eu corruption; une femme hors de sa maison perd son plus grand lustre, et, dépouillée de ses vrais ornements, elle se montre avec indécence.
^ Une bonne mère s'amuse pour amuser ses enfants, comme la colombe amollit dans son estomac le grain dont elle veut nourrir ses petits.
' L'on |Kjuri';i rciiiai'(|uer i|uc nous luisons ici, plus encore que «huis les autres séries, se COitdoifer les opitiioMh ex|ii'ini<-es ii toutes les é|)o(|U(!s |)ar des écrivains il(! tous les canictére-s et de tous les ordres : noire hnt i-M de rendre |iar là l'unaniniité |)los sensilile, plus tVa|iii;wile.
1 VMOllV — LK MVUl.vr.K. - l. A MA TK RM TÉ. 401
SsB 11 V a des occ;\sions où un (ils (|ui maiu|uo do respect à son père pcnt, en quoique sorte, être excusé: mais si, dans quelque occasion que ce fût, un enfant était a-sez dénaturé pour uiancpn'r à sa mère, à celle qui Ta porté dans son sein, qui l'a nourri do son lait, ipii, dmant dos années, s'est oubliée pour ne s'occuper que do lui, on devrait se hâter d étoufiér oe misérable, conune un monstre iudiiîuo do voir le jour. .1. .1. Rousseau.
^ Oh! l'amour m;»ternel : aiiu»iii- (|iie nul n'oublie.. Table toujours servie au paleinel loyer. Cbaeun eu a sa pari et tous l'ont tout entier.
® Le cœur d'une mère est le chef-d'œuvre de la nature.
Victor Hugo.
Ghéthy.
® L'avenir d'un enfant est toujours l'ouvrage de sa mère. Napoléon.
S Le cœur d'une mère est un abîme au fond duquel il se trouve toujours un pardon.
® La tendresse d'une mère?... L'amour sans le désir !
® Les mond06 doivent se rattacher à Dieu comme un entant se rattache |)ar toutes les libres à sa mère. Dieu, c'est un grand cœur dfe mère,
® La femme qui n'est pas mère est une monstruosité : la nature ordonne la maternité.
® L'esprit naturel ne supplée jamais à ce que les hommes apprennent de leurs mères.
® Peut-être le désir d'une mère est-il un contrat passé entre elle et Dieu.
^ Même quand la femme est vieille, il y a toujours la grâce de l'amour dans ime maternité vraie.
® Les femmes qui sont exclusivement mères s'attachent plus par les sacrilices que parles plaisirs.
® Quelque tendre et prévoyante que soit une fille, il lui manquera toujours ce je ne sais quoi de la maternité. Le sourire est l'apanage de la maternité.
ES Quand les pères ne savent pas ce qu'ont leurs (illcs, les mères le devinent.
® Enfanter, ce n'est rien; mais nourrir, c'est enfanter à toute heure.
® L'amour des hommes ne doit point aigrir le lait des mères.
S? La seconde vue d'une mère ne s'acquiert point.
® Pour les mères, il n'y a pas d'espace. Les vraies mères voient leur enfant d'un pôle à l'autre. Balzac.
402 I.FS FKMMES D'AIT.KS LES ALIKI RS FRANÇAIS.
^ Le cœur d'une mère est une source inépuisable de miracles ^
Béranger.
® La fenniie renouvelle ses douleurs chaque fois (ju'elle est mère, et elle se marie en pleurant. Chateaubriand.
® On ne peut nier que le va'u de la nature, en créant les femmes, n'ait été de les consacrer principalement à l'emploi de mère. Toutes leurs qualités semblent annoncer cette sainte destination, et peu de leurs imperfections empêchent qu'elle ne s'accomplisse. Remarquons, en effet, que torts d'irréflexion, de légèreté, de frivolité, de manque de suite dans leurs idées, disparaissent dès cpi'il s'agit de leurs enfants. Il est peu de femmes qui, devenant mères, ne perdent quelques défauts et n'acquièrent quelques vertus. Le changement qui se fait dans le cœur et la tète d'une jeune femme, en ce moment, est une des choses les plus intéressantes à observer. Est-elle co(piette, sensible, entraînée par les passions? tranchons le mot, a-t-elle eu même une faiblesse? L'instant où son enfant fait entendre ses premiers cris semble toucher en elle ime corde nouvelle qui rend les autres plus sourdes et moins puissantes; qui, par une vibration douce et prolongée, répand un charme subit dans toutes les parties de son être. La moins pure alors est plus mère que maîtresse ; et si l'époux et l'amant arrivent à la fois, le premier regard se porte sur le père : l'amour ne'*peut l'obtenir et s'étonne de voir son ascendant suspendu. Di: Skgur.
® Il n'y a que deux femmes qui doivent se trouver mêlées à la vie de chaque homme, pour son bonheur : sa mère et la mère de ses enfants. Hors de ces deux amours légitimes, outre ces deux créatures sacrées, il n'y a (pi'agitations vaines, qu'illusions douloureuses et ridicules. Ocr. Feuillet.
^ Sur le sein maternel rejioscnt l'esprit des peuples, leurs mœurs, leurs préjugés, leurs vertus ; en d'autres termes, la civilisation du genre humain !
On convient de la réalité du pouvoir, mais on objecte qu'il ne s'exerce que dans la famille, corrmie si l'ensemble des familles n'était pas la nation ! VA ne vovez-vous pas que les pensées dont les femmes s'occupent au coin de leur foyer, l'homme les porte sur la place publique? C'est là qu'il réalise par la foixe ce qui lui fut inspiré par les caresses, ou insinué par la soumission. Vous voulez borner les femmes au gouvernement matéiiel de leur maison, vous ne les instruisez que pour cela, et vous ne songez pas que c'est de la maison de cluujue citoyen que sortent les erreurs et les préjugés (pii gouvernent le monde I
® Les femmes ne seront mères suivant la loi de la nature que lorsqu elles travailleront à dévelop[)er l'àme de leuis enfants. Leur mission sur la terre u'est pas de procréer un bi|ièd(; intelligent; c'est un homnu! complet (pic le monde leur demande, un homme dont toutes les passions particijXMil du beau et de
' Qu'on lise à r.-ippiii fie ml n.rhmr t'm'\f. dans sji liiogrnpltic pur l'Illustre rlniiisonnici-, la IducImiiIc n.irrHlion inlilulcc : llistoirr ilc In vivre Jrnrij.
I/.VMOLK. — Li: MARIAGK. - LA MATERNITÉ. 405
l'infini, qui sache choisir sa compagne, inspirer ses enfants, et, s'il le tant, mourir pour la vertu.
Il V a tlono pour la teuinie un double devoir, comme il y a pour l'homuie une double naissance : naître à la vie, ce n'est rien que naître au plaisir et à la douleur; naître à lamoiu" de Dieu et des hommes, c'est là véritablement naître, et cette seconde tiaissance, notre mère nous la doit si elle veut jouir d'un autre bonhem- que de nous voir respirer et digérer, de ce bonheur (jue Shakspeare exprime si bien loi-squ'il l'ait dire à la mère de Coriolan :
« J'éprouvai moins de joie à sa naissance que le jour où je lui vis faire une action dhonune ! » Aimé Martin.
^ Mamnn, disait un jour à ia plus tendre mère Un entant péruvien sur ses genoux assis, Quel est cet animal qui, dans cette bruyère,
Se promène avec ses petits?
Il ressemble au renard. Mon fds, répondit-elle.
Du sarigue c'est la femelle ;
Nulle mère pour ses enfants N'eut jamais plus d'amour, plus de soins vigilants. La nature a voulu seconder sa tendresse,
Et lui fit près de l'estomac Une poche profonde, une espèce de sac Oîi ses petits, quand un danger les presse,
Vont mettre à couvert leur faiblesse.
l-'ais (lu bruit, tu verras ce qu'ils vont devenir. L'enfant frappe des mains : la sarigue attentive
Se dresse, et d'une voix plaintive Jette un cri; les petits aussitôt d'accourir
Et de s'élancer vers la mère, En cherchant dans son sein leur retraite ordinaire.
La pocbe s'ouvre, les petits
En un moment y sont blottis :
Ils disparaissent tous; la mère avec vitesse
S'enfuit emportant sa richesse.
La Péruvienne alors dit à l'enfant surpris :
Si jamais le sort t'est contraire, Souviens-toi du sarigue, imite-le, mon fils : L'asile le plus sûr est le sein d'une mère.
^ Est-on jolie? à l'âge de quinze ans,
L'on veut régner ; c'est là b; bien suprême : Devient-on mère? on a pour ses entimts La vanité qu'on avait pour soi-même.
Demoustier.
Florian .
Il paraît qu'il y a dans le cerveau dos femmes une case de moins, et dans
idi LES FLMMES D APRES LES AUTEURS FRANÇAIS.
le cœur une fibre de plus (jue chez les hommes. 11 fallait une organisation particulièic pour les rendre capables de supporter, soigner, caresser les enfants.
® C'est à l'amour maternel que la nature a confié la conservation de tous les êtres ; et pour assurer aux mères leur récompense, elle l'a mise dans les plaisirs et même dans les peines attachées à ce délicieux sentiment. Chamfort.
® C'est dans le sentiment maternel que les femmes montrent une chaleur persévérante. J'ai vu des lemmes ne pas soutenir la fatigue la plus légère, et rester, un mois de suite, des nuits entières près du berceau de leur enfant à la mort. Agitées de la crainte que son Ame ne s'envolât, elles semblaient l'arrêter parleurs regards qui se fixaient sur ce corps déjà froid. Chose inexprimable! j'ai vu des pères succomber à cette fatigue, et, presque toujours dans ce cas, la force, plus indifférente, céder à la faiblesse soutenue par l'excès de la sensibilité. Ch. Nodier.
^ Source féconde et source de la vie, la mère est la créature la plus respectable de la nature; c'est d'elle que découlent les générations sur la terre; c'est Eve ou l'être vivifiant, qui nous réchauffe dans son sein, qui nous allaite de ses mamelles, nous recueille entre ses bras, et protège notre enfance dans le giron de son inépuisable tendresse. Femme ! mère ! honneur de la création ! quels hommages éternels ne vous sont pas dus dans tout l'univers ?.. . Virev.
® Le cœur de la femme est ainsi fait que, si aride qu il devienne au souffle des préjugés et aux exigences de 1 étiquette, il aura toujours un coin fertile et riant : c'est celui que Dieu a consacré à l'amour maternel.
^ Le cœui' d'une mère est toujours une chose sublime.
Alexandre Dumas (cité par A. Ricard).
® Heureux l'iiomnie à qui Dieu donne une sainte mère; Kn vain la vie est dm'c et la mort est anière. Qui peut douter sur son tombeau?
Lamartine.
&Q Graves censeurs du sexe, à vos regai'ds sévères
Tous ces dons enchanteurs ne sont qu'imaginaires. Ah ! si par ses talents il ne vous peut charmer, Ses services du moins sauront vous désarmer. Comment les méconnaître? Avec notre existence De la femme pour nous le dévouement commence. C'est elle qui, neuf mois, dans ses nan<'s douloureux Porte un (ruil de 1 liynien trop souvent niallicureux, El, sur un lit cruel longtemps évanouie, Mourante, le dépose aux portes de la vie. (1 (îst elle (|iii, vouée à va:\. être nouveau, Lui prodi^aïc des soins ijualtcnd l'Iioinnie au berceau. Quels tendres soins I (l(»rl-il; .illenlive, elle cliassc L'insecte doul le \ol ou le Iti iiil le uieuace :
\\\\\\\-. Antoiniotti
\UK1H-\\T0[NETTR
....lo l() ocloliiv. la lilU' (le Marie -Tlu'-rèso. la veiiih' de Louis Capel, apivs le simulacre (run jufjeme.nt où elle confondit ses juges et ses accusateurs, meurt de la mort de son époux : le Irone, la prison, le tribimal et réchafauil, tels sont les olorieux denrés par lesquels elle monte pour arriver à Dieu...
MisN.M'.cur r. Histoire de h'rance.