L VMOIR. - LE MARIAGE. - LA MATERNITÉ
Semble le dire : « Moi, je ne partirai pas. »
Moins changeante en ses goûts, en ses jenx pins paisible.
Son esprit t>st pins sonple et son oœnr pins sensible :
Connne lanbe promet le jonr à l'horizon,
Elle te fait ilojà pressentir sa raison ;
Et d'un de\oir i'ulur déjà préoccupée.
Rêve le nom de mère en berçiuit sa poupée.
Oh! comme avec orgueil ton regard enchanté
Voit sa beauté naissante éclipser ta beauté !
Quand le trouble inconnu d'mie première flamme.
De se^i quinze printemps vient avertir son âme,
Ton silence attentif interroge ses vœux,
Et sa plus tendre amie a ses plus doux aveux.
Mais il se lève enfin le jour où ta tendresse
Aux vertus d'un époux confiant sa jeunesse,
Attache en soupirant, sur ce front virginal, '
La guirlande et le lin du bandeau nuptial !
Ta parure importune est en vain préparée.
Du bonheur de sa fille une mère est parée. ..
Tout émeut, tout inspire un saint recueillement La mère est immobile et sourit tristement. Elle écoute, muette et l'oreille captive, Ce seul mot que prononce une bouche craintive; Et le trouble touchant de son cœur maternel Est encore une offrande aux yeux de l'Eternel. Charme consolateur, la bonté d'une mère, De la bonté céleste image auguste et chère. Trésor de tous les temps et de tous les climats, A devancé la vie et survit au trépas.
MiLLEVOYE.
Laissons maintenant parler les femmes :
® Que de beauté dans cette affection maternelle qui peut se partager sans être moins vive! dans cette flamme qui s'étend sans rien perdre de son ardeur! Comme elle élargit le cœur d'une femme; comme celle-ci apprend à honorer dans son époux même les nobles qualités qui se reproduiront dans ses enfants ; comme elle est portée à aimer les protecteurs de leur destinée, et juscju'à cette jeune génération tout entière qui renferme leurs amis à venir! Il y a dans son cœur quelque chose de si vaste, de si fort, de si généreux, qu'elle peut comprendre mieux l'amour de Dieu pour ses créatures. Et lors même qu'il ne se réveillerait pas dans son âme un sentiment plus distinct de piété, déjà les voies de la piété seraient aplanies, les racines profondes de la personnalité seraient extirpées, et le sol déblayé pour édifier le temple sacré.
A mesure que le nombre des enfants s'augmente, les pensées de la mère gran-
•ilO LES FEMMES D'APRÈS LES AUTEURS FRANÇAIS.
(lissent aussi. Toutes ces physionomies, ces caractères, ces esprits divers portent un sceau d'originalité qui signale en eux l'œuvre de Dieu. L'idée d'un époux chéri confondue avec la sienne, cette idée qui l'avait si fort touchée à l'aspect de son premier-né, s'est agrandie et transformée. Il y a pour elle autre chose que la répétition de deux êtres imparfaits dans ses enfants ; elle voit se reproduire en eux différents traits de l'image divine, image effacée sans doute, mais que Dieu même a donné les moyens de rétablir.
La maternité a encore un autre avantage. Par l'effet d'un instinct indéfinissable, une femme, en présence de son mari, repousse parfois dans l'ombre certaines qualités qu'elle possède véritablement, mais qui sont phis souvent le partage des hommes; ce sont les grâces de son sexe qu'elle se plaît surtout à déployer. Alors sa plus haute raison, son intelligence, son énergie restent obscurcies : mais qu'elle doive agir comme mère, et toutes ses qualités se révéleront. Appelée à défendre ses enfants, elle affrontera les plus grands dangers ; institutrice d'un fds, elle lui inspirera les vertus viriles, le dévouement du citoyen, l'héroïsme politique, militaire s'il le faut ; tout ce qui fait la gloire de l'homme sera senti, éprouvé par cette âme de femme ; et celle qui saura conserver "en même temps ses plus délicates sympathies offrira autant que possible le type complet de l'humanité.
Observons que le désir d'un grand développement [intellectuel devient chez elle naturel, respectable même. Sou mari, aussitôt qu'il la considère comme mère, lui sait un gré infini de tout ce qu'elle a d'instruction, de tout ce qu'elle s'efforce d'en acquérir. Les autres, à cet égard, pensent comme lui. Lorsqu'une femme cherche à étendre ses connaissances dans le but sincère d'élever son fils, chacun s'intéresse à son entreprise, chacun l'encourage. Tous ses talents, toutes ses vertus augmentent de prix quand on la croit destinée à les transmettre.
® Toutes les félicités terrestres semblent s'accumuler pour les femmes sur les rapides armées de la jeunesse : fraîcheur et vivacité des inii»rcssions, sentiment animé (h; l'existence, nouvelle ])uissance des facultés, syuq)athie excitée et ressentie, don (h; plaire à son plus haut degré, harmonie et joie au dedans, doux accord avec la nature entière, voilà qui embellit déjà l'entrée de cet âge. Et (juand à ces biens vient s'ajouter le bonheur inexprimable d'être aimée, et aimée au-dessus de tout ; quand la vie, assez inutile aux autres jus(|u'alors, se transporte dans la vie plus active, plus noble, plus iufluenle, d'un être supérieur à soi; (piand on s'unit à cet être pour jamais, et (|ue l'inconstant avenir paraît enchaîné à notre heureuse destinée, n'est-ce j)as bien assez |)Our une faibhî créatiMe'.' Fallait-il (wicoïc un autre bienfait'.' Fh bien! il y en a un, cl le plus grand |tcul-éli(' : la nais.sance d un cnranl est cucorr u\\ boubeui- au-dessus de tout.
^ (iouiprcndra-t-on jamais ce qu épnuive la iiou\ellc luèrc? l!lle a brau avoir vécu d'espérances, elle a beau s'ètn^ attendue.' à scui bduliciir; ([uaiid, au sein de ses douleurs aigut's, elle eulcud luul à coiqi Ac l'adilcs cris siucédei" à
i.AMorn - iK MARivr.K. — r.v maternitk. a\\
ses propres cris ; (piaïul elle seul tressaillir auprès d'elli» une ])otile créature humaine ; quand elle contemple ces nuuns, ces pieds si pariaitenient formés, ce portrait d elle-même en miniature; eniin quand elle possède cet enfant qui en apparence n'existait pas l'instant d'avant, et qui désormais remplira son existence, il y a là une surprise, un enchantement dont rien ne peut domier l'idée, l.e cours réiîulier de nos destinées n'offre aucun exemple d'un passaiïe si hrusquc de la soulïrauce à la joie; aucun autre hienfait du ciel n'est aussi soudain, ne paraît aussi miraculeux. Quel présent eu effet que celui d'un objet à aimer tendrement, religieusement, d'un objet qui nous devra tout, et auquel nous serons si louiîtemps nécessaires !
C'est une dispensation sévère, mais belle néanmoins, que celle qui condamne les femmes à payer le titre de mère par beaucoup d'angoisses et de douleurs. Par là ce titre même prend un caractère plus sacré, et le mariage aussi devient plus auguste ; par là une sorte de tendre pitié se mêle à l'idée d'une femme, et oblige l'homme à respecter dans tout le sexe l'image de la mère qui lui donna le jour. M"" Necker.
® Les femmes sont destinées à éprouver des sentiments de plus d'un genre. Ceux dont les excès ne font de mal qu'à elles demeurent au jugement de Dieu, et devraient être indépendants de celui des hommes. Il faudrait respecter le secret des combats qu'elles ont alors à supporter avec leurs joies et leurs peines, et les laisser ensevelis au fond de leur pauvre cœur. Mais quand nos affections peuvent, selon la manière dont elles se manifestent, influer différemment sur ceux qui les inspirent, force, c'est-à-dire devoir, est bien qu'elles s'accordent et se soumettent à la raison. On sait comme la nature éveille sur-le-champ toutes 'es sortes de tendresse et de dévouement chez une femme devenue mère. Il n'en est pas une qui, dès le premier des jours de son enfant, ne fût prête à lui sacrifier les siens. Ses moindres souffrances la pénètrent d'effroi, ses cris prolongés lui arrachent des larmes; craintive de tout pour ce cher et nouveau trésor, une mère croit apercevoir une chance de le perdre dans le moindre malaise qu'il éprouve sous ses yeux : entraînée au printemps de sa vie par une émotion si naturelle et si légitime, une jeune femme ne pense pas le moins du monde qu'elle doive s'en défendre; et loin de là, elle s'y abandonne avec enthousiasme. Malheur à l'époux, à sa mère, à ses amis, qui s'aviseraient de lui faire apercevoir les inconvénients d'une tendresse trop inquiète ! Et cependant les plus vraies jouissances nous sont tellement accordées en ce monde à un certain prix, que dans les plus intimes et les plus mnocentes nous découvrons des devoirs importants. Cet amour qu'inspire un enfant, avec tous les caractères de la passion, doit avoir encore tous les effets de la prudence : pour imc mère il ne s'agit pas d'aimer seulement. Les jeunes femmes sont bien peu capables d'apercevoir tout cela d'elles-mêmes, ou de consentir à s'y soumettre. La plupart d'entre elles repousseraient avec emportement ou mépris les conseils de modération qu'on voudrait leur donner. Curieuses et charmées d'être si purement émues, elles se
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persuadent que c'est une condition essentielle de leur état que de se livrer au trouble que le moindre incident leur cause, et qui devient tel quelqueiois, qu'en étant de beaucoup les plus intéressées, elles sont les moins propres à secourir et à conserver l'être frêle qui leur est confié. L'instinct maternel est admirable, il remplace presque tout quand il est soutenu par l'habitude d'exercer sa force sur soi-même : mais s il se complique des vivacités de l'imagination, toutes les actions se précipitent, une souffrance vive les accompagne et les confond, elle est presque un tort, puisqu'elle s'oppose à l'accomplissement de la mission qu'on a reçue.
® L'amour maternel est le plus indépendant de tous les amours; nous aimons notre enfant quel qu'il soit, quoi qu'il fasse : qu'il afflige ou contente notre amour-propre, qu'il réponde à notre tendresse ou qu'il la souffre comme une gène pour sa liberté, qu'un fds écoute ou repousse sa mère. Grâce à lui, elle regarde haut et loin sans embarras; son âme, qui n'est jamais agitée, ne cesse point d'être émue; la conliance qui s'établit entre eux devient la plus douce des 4
relations ; elle ne ressemble à nulle autre, toute composée qu'elle est de l'auto- \
rite et de la faiblesse, de la condescendance et de la force, qui dénoncent à la fois et la iemme et la mère, et l'homme et le fils... M'"" de Rémusat.
® L'amour maternel est le seul bonheur qui surpasse toutes les promesses de l'espérance. M"" de Souza.
^ Les Françaises n'ont à un si haut degré les passions de l'esprit que parce qu'elles n'ont pas les autres; si elles avaient plus de sentiments, elles auraient moins d'idées ; si elles avaient plus d'amour, elles auraient moins d'ambition ; mais ce sont d'étranges personnes ; les Françaises ont une imagination dévorante et une nature froide, une vanité folle et un cœur plein de bon sens.
L'ambition, c'est toute leur vie; avoir de l'importance, c'est tout leur rêve. L'amour n'est pour elles qu'un succès ; être aimée, c'est seulement prouver que l'on est aimable.
L'unique passion (prcllcs puissent ressentir et comprendre, c'est la passion (le la maternité, [)arcc que l'arnour maternel est une ambition sainte, un orgueil sacré.
^ Le protecteur naturel des femmes est moins un vieux père, un grand frère, qu'un tout petit enfant. M"" E. de Girardin.
Montaigne est à peu près le seul qui ait eu la fantaisie de nier le sublime cîuaclère d(î l'amour maternel. Mais il est à remanjucr que ses arguments se tournent en quelque sorte contre lui-même; et qu'en voulant convaincre le lecteur d'une vérité décevante, il n'arrive qu'à lui faire louchci- du doigt la vérité contraire :
^ Il est dangereux de laisser au jugement dos femmes la dispcnsation de notre succession selon le choix qu'«!lles feront des enfants, qui est à tous les coups iniipie et fantastique; car cet appétit desréglé et gousl malade qu'elles ont
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au loni|>s (le leurs croisses (grossesses) elles l'ont en l'ame en tout temp. Comniunéinent on les veoid s'ailonnor (consacrer toute leur aflection) aux plustoibles et malotrus, ou à ceulx, si elles en ont, qui leur pendent encores au col. Car, n"av;uit point assoz île forces île discours poiu' choisir et embrasser ce qm le vanlt, elles se laissent plus volontiers aller où les impressions de nature sont plus seules : comme les animaulx, (]ui n'ont cognoissance de leurs petits ([ue pendant qu'ils les tiennent à leurs mannnelles. An demonrant il est aise à voir, par exemple, que cette affection naturelle, à (jui nous donnons tant d'auctoritc, a les racines bien foibles; pour un fort légier proufit, nous arrachons tous les jours leurs propres enfants d'entre les bras des mères, et leur faisons prendre les nostres en charge. Nous leur faisons abandonner les leurs à quelque chétive nourrice à qui nous ne voulons pas commettre les nostres % leur défendant nonseulement de les allaicter, quelque dangier qu'ils en pussent encourir, mais encore d'en avoir aucun soin, pour s'employer du tout au service des nôtres; et veoid on, en la plus part d'entre elles s'engendrer bientôt, par accoustumance, une affection bastarde plus véhémente que la naturelle, et plus grande sollicitude de la conservation des enfants empruntés que des leurs propres.
Que s'ensuit-il de ce raisonnement ? sinon que l'amour qui s'adonne aux plus faibl/s et malotrus est un amour éminemment sage et prévoyant, et que l'amour qui est capable de devenir véhément, même à l'égard d'un enfant emprunté, est un amour d'une puissance, d'une véhémence incontestable '\