BETTINA
Il y a quelque chose comme dix ans que je vis Bettina pour la première fois. C'était à Tépoque la plus brillante de sa vie, dans un salon trèsconnu pour être le rendez-vous habituel de la société allemande. Bien que la réunion fût nombreuse et élégante, que la maîtresse de la maison, alors Tune des reines de la mode, fût entourée des plus jeunes et des plus jolies, Bettina se faisait cependant remarquer par une taille
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séduisante, par de longs cheveux châl^fins, par un regard langoureux, par un air tantôt mélancolique et tantôt mutin, par une attitude pleine de coquetteries un peu maniérées, qui lui valurent une cour assez assidue.
Comme on le voit, Bcttina ne passait point inaperçue dans le flot parisien, auquel elle venait se mêler. Elle s'y mêla si bien que, n'était son accent germanique, qu'elle veut, on ne sait pourquoi, dissimuler par une fréquente locution italienne, on la prendrait plutôt pour une nièce de Rabelais que pour une fille de Schiller. Il y a même ceci de remarquable et d'étrange dans l'histoire des salons aristocratiques de mon temps, que les deux femmes les plus citées,, l'une par l'excenlricité de ses allures, l'autre pour le tour leste de sa conversation, sont précisément d'origine allemande. Nous devenons tristes, et l'étranger en rit.
Bettina n'a pas seulement de la gaieté dans le