NOÉMI. U
les grands'mères appendues dans leurs cadres, que le fils de la maison entra.
Après quelques instants d'un entretien déjà commencé dans le voisinage, où sç révélaient . les goûts qui devaient nous réunir, il me proposa de me présenter à son père et à sa sœur. Tous deux étaient assis à l'ombre d'un bosquet, planté en amphithéâtre derrière le logis. Noémi brodait de ses doigts de fée quelque parure féminine, tandis que son père faisait la lecture.
Un même type bien accusé, si ce n'est une grande ressemblance, me frappa tout d'abord dans les trois personnages du tableau que j'avais devant moi. La physionomie moitié sévère, moitié railleuse du politique et du fabuliste ne laissa pas que de m'imposer. Mais bientôt ces traits accentués, si finement reproduits par Meissonnier, s'égayèrent au feu d'une conversation brillante, où l'esprit français m'apparut
lu NOÉMÎ.
presque comme une nouveauté au retour d'un long séjour à l'étranger.
Je me plaisais à suivre les aperçus, quelque peu sceptiques et toujours mordants, du député, sur les choses et les hommes du temps, à écouter les saillies vives et piquantes de ses enfants.
Je trouvai en lui la marque des hommes du siècle dernier, et comme un mélange d'un Voltaire et d'un président Hénaull.
Le contraste que m'offraient l'extérieur et le caractère deNoémi avec les douces et mélancoliques Saxonnes que je venais de quitter m'intéressait aussi vivement. D'une, taille élancée, d'un visage animé, embelli par une magnifique chevelure noire, la sœur de mon nouvel ami rayonnait de joie et de contentement. L'expression de ses yeux noirs, pleins de feu, disait tout le bonheur qu'elle respirait dans cet intérieur, où rien de roide, rien de convenu , ne venait arrêter la verve de l'esprit caustique de Noémi.