L. Cossox
J'appelle esprit scientifique savoir suspendre son jugement jusqu'à ce qu'on ait vu des preuves, et savoir chercher les faits avec une impartialité complète, sans se laisser détourner par des conséquences possibles. On naît ou on ne naît pas avec ces dispositions. On peut aussi les développer, mais ce n'est pas en restant passif. C'est par le travail, en mettant, comme on dit, « la main à la pâte. » Or, il se trouve que la moitié féminine et une grande
proportion de la moitié nuiseuline apportent en naissant des dispositions contraires.
Fhancis (iALTO.N.
Dans la philosophie, les sciences et les arts, nulle production digne du premier rang n'a été l'œuvre d'une femme. Peut-on expliquer cette infériorité sans supposer que les femmes sont naturellement incapal)les de produire ces chefs-d'œuvre ?
Presque toutes les idées qu'on pouvait atteindre par la seule force des facultés natives sont depuis longtemps conquises, et l'originalité, dans le sens le plus élevé de ce mot, ne peut plus être que le prix des intelligences qui ont subi une laborieuse préparation, et des esprits qui possèdent à fond les résultats obtenus par leurs devanciers.
Combien y a-t-il de femmes qui aient accompli cette tâche ? Madame Somerville seule connaît peut-être tout ce qu'il faut savoir aujourd'hui en mathématiques pour y faire une découverte considérable : dira-t-on qu'elle est une preuve de l'infériorité des femmes, si elle n'a pas le bonheur d'être une des deux ou trois personnes qui, pendant la durée de sa vie, associeront leur nom à quelque progrès remarquable dans cette science ?
Quand les femmes auront reçu la préparation dont tous les hommes ont besoin pour exceller avec originalité, il sera temps de juger par expérience si elles peuvent ou ne peuvent pas être
originales ?
Stl'art MiLL. L'assujettissement des femmes.
Que leur manque-t-il donc (aux femmes), puisqu'elles possèdent, avec une intelligence égale à celle de l'homme, une sensibilité plus délicate et plus vive ? Une seule chose, à notre avis du moins : l'attention dans le sens et au degré où Buffon l'égalait au génie, où Newton lui attribuait ses merveilleuses découvertes ; l'attention forte, persévérante, capable de découvrir entin l'unité vraie, l'ordre vrai sous la variété infinie des phénomènes à travers le voile épais des apparences trompeuses, l'attention qui élève, surtout si le cœur l'accompagne, la raison à sa phis
haute puissance.
(liiAUAix. De la pensée, p. 'M'}'^.
Il ne saiii'ciit être question de faire pour les filles une seienee moins exacte, une science à leur usage, ad usum puellarum, mais seulement de leur i-endre la science, la vraie science, plus accessible, plus assimilable, en la dégageant de tout ce (jui n'est pas indispensable à Téducation de l'esprit.
GiîKARi). L'Enseignement secondaire des filles, p. 142.
Elle manque souvent d'esprit géométrique, mais elle a l'esprit de finesse. Elle ne sait pas découvrir ni démontrer méthodique-
tnt la vérité, mais elle la devine et Tinsinue. Alfred Ckoiset.
lie (toujours la femme) s'assimile vite le concret et le détail, mais, comme les enfants, répugne à l'abstrait, généralise au hasard, ne pense que par cas pavticuliers. Quelques femmes pourtant ont excellé dans les mathématiques pures, preuve qu'aucune étude ne leur est nécessairement fermée.
H. Mariox. Grande encyclopédie (article femme .
La femme ne doit être ni médecin, ni architecte, ni général, ni chef de parti, mais elle le peut. Il est des hommes qui se font cuisiniers et tailleurs, tandis que de tout temps les hommes euxmêmes ont regardé la marmite et l'aiguille comme l'apanage de la femme; et cependant ces cuisiniers, ces tailleurs conservent ou peuvent conserver les vertus de leur sexe. Pourquoi en serait-il autrement à l'égard de la femme?
Il y avait à Bologne une femme, Laure Bassi, professeur de philosophie et de physique, qui ne se rendait à ses cours qu'après nvoir fait son ménage et soigné ses enfants.
M™« DK ('arlowitz.
Chez certains insectes, comme les fourmis, les abeilles, etc., la supériorité de la femelle s'exerce aux dépens de sa sexualité. Il en est de même dans l'espèce humaine.
Poestion qui est arrivé à dresser les tableaux représentant la lêpartition des femmes savantes dans les écoles philosophiques • le la Grèce, trouve que, tandis qu'il y avait 39 élèves pour les écoles pythagoriciennes, il n'y en avait que 2 pour celles de So-
crate, 5 pour Platon et 2 pour les écoles cyrénaïques. En somme les 50 0/0 des femmes fréquentant les écoles pythagoriciennes prouvent que les femmes se laissaient attirer plutôt par les questions de sentiment que par celles de l'intelligence.
Comme propagatrices des grandes idées scientifiques ou sociales, les femmes sontsupérieures aux hommes. La marquise du Châtelet a publié et vulgarisé les idées de Newton en France; M'°«= Clémence Royer en a fait de même pour Darwin; M™<^ de Staël a fait connaître l'Allemagne à l'Europe; Sonia Kowalevski, tout en étant une grande mathématicienne, s'est appliquée à populariser les découvertes de Veierstrass, comme encore M™® Tarnowski a popularisé en Russie les données de l'anthropologie criminelle, etc.
l.OMBROso. Le génie et le talent chez les femmes. (Revue des Revues d'août 1893.)
Je pense que les Sciences, loin d'être utiles aux femmes, leur
nuiraient J'ai connu des physiciennes et des naturalistes;
j'ai respecté leurs lumières, sans en être ébloui et sans en profiter.
Lezay Marnésia. Plan de lecture pour une femme, p. 0.
La femme peut donc, dans les idées complètement al)straites, s'élever par l'étude jusqu'à la raison qui comprend, rarement jusqu'à la raison qui crée. Aucune découverte mathématique, aucune théorie métaphysique n'est due à une femme. En Grèce, où les disciples féminins se pressaientsi ardemment autour des grandes écoles de philosophie; où Pythagore comptait tout un peuple de femmes parmi ses adeptes, pas un système philosophique n'est sorti de la tète d'une femme. Intelligentes comme interprètes, passionnées comme sectatrices, leur puissance s'arrêtait et s'est toujours arrêtée là où la création commence.
Legouvé. Histoire morale des femmes.
La femme capable de donner de l)eaux enfants fait plus pour l'humanité que celle qui a subi les examens du baccalauréat es sciences. Avec la santé, c'est la moi*;ililé (jiii importe le ])]ns à la
OPINIONS DlVERSt:S 305
race; rintcUigcncc cl riiistruction, surtout scioutitiquo, ne, viennent qu'à la fin,
Alfred Fouillée. L'Enseignement au point de vue national, p. 31.
11 y a deux ans quiiu niatin deux daines entrèrent chez moi et exprimèrent le désir d'assister aux cours dans les écoles de Berlin. C'étaient des Américaines âgées de 20 à 24 ans... Je supposai qu'elles désiraient connaître nos écoles supérieures de jeunes tilles, et j'étais en train de leur noter le nom de quelques directeurs de pareilles écoles, quand elles me firent comprendre qu'il leur importait surtout de se rendre compte de l'enseignement des mathématiques et des langues anciennes dans les gymnases (lycées). Elles ne purent comprendre mon étonnement : étant elles-mêmes professoresses en ces matières, elles voulaient observer les méthodes allemandes dans les institutions mêmes. J'eus de la peine à les faire renoncer à leur projet. En disant : it is against our custom, je produisais quelqu'impression, mais passagère. Ce n'est qu'en observant que je ne répondais de rien si elles persistaient dans leur volonté; en leur demandant si elles voulaient risquer d'être reçues dans une classe de 50 joyeux secundans (élèves de seconde) avec une énorme hilarité, qu'elles y renoncèrent. — Quelques jours plus tard arriva un professeur américain d'école rèale, à qui on accorda de bon gré l'assistance aux cours. Il me dit qu'on lui avait d'autant plus volontiers donné un congé d'un an, qu'il avait pu présenter une habile professoresse pour le remplacer. Le système américain a ses ])anégyristes en Angleterre, et même ses défenseurs en Allemagne; à ces derniers appartient le professeur Gneist à Berlin, qui dans une dissertation spéciale sur l'enseignement commun, a fait remarquer avec raison qu'on ne pouvait parler de Vouverture d' Universités pour les femmes^ que si le système d'instruction commune avait d'abord trouvé accès aux écoles savantes préparant aux études universitaires. Des Américains m'ont souvent répété, et môme Georges Bancroft : « Vous aurez tout cela; te mouvement va de l'Ouest vers l'Est. » En attendant, cela nous produit encore l'impression d'une chose antiallemande, et de longtemps nous ne serons entraînés dans ce torrent de l'imitation américaine.