‹ Les Femmes de l'EvangileChapitre 12 sur 28 · LA LOI ET LES RÉCOMPENSES DU DÉVOUEMENT · texte numérisé non relu

LA LOI ET LES RÉCOMPENSES DU DÉVOUEMENT

§ 8. Explication de la doctrine du dévouement prêchée par Jésus- Christ, à l'occasion de l'altercation qu'excita parmi les Apôtres la prière de sainte Salomé. — Cette doctrine est la base des sociétés chrétiennes et la vraie charte de l'humanité. — Obligation des parents de se dévouer pour leurs enfants, afin de les sauver et se sauver eux-mêmes.

ar sa réponse à la prière que, par l'organe de leur bonne mère, les fils de Zébédée avaient adressée à

(1) 0 Ipse Dominus, qui maternos animes filiorum miserationc « iraplevit, facilius audiet maternum atïtclum {loc. cit.). »

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Jésus-Christ , cet aimable Seigneur, tout ayant l'air de ne rien leur accorder, au fond, comme on l'a vu, ne leur a rien refusé. Il n'en fallait pas davantage pour exciter la jalousie ombrageuse de dix autres Apôtres, dont, à ce qu'il paraît, pas un seul ne croyait avoir le même droit que Jacques et Jean aux places que les deux frères venaient de solliciter pour eux. Le Seigneur n'avait donc pas fini de parler, poursuit rÉvangéliste, que les voilà tous les dix tombant sur les deux, leur cherchant querelle au sujet de la démarche qu'ils avaient ourdie, et exhalant contre eux par force invectives l'indignation de leur petite vanité froissée ^ Et audientes decem^ indignaii sunt de duobus fratribus [Maiih.jW^ 24). « Comment? leur disaientils, d'après saint Luc ; croyez-vous donc avoir un mérite supérieur à celui de nous tous? Passe pour Pierre, que le Maître a établi et que nous avons accepté pour chef. Mais vous , quels titres particuliers avez-vous pour aspirer aux charges de premiers ministres dans le nouveau règne du Messie? Est-ce parce que vous êtes ses parents? Mais, dans ce cas, le lot écherrait aux frères Jacques et Tliaddée qui, fils de Cléophas, sont des parents à lui plus proches que vous, car on les appelle ses frères (1). Vous ne pouvez invoquer non plus le titre de l'ancienneté de la vocation, car André a été appelé avant vous. Vous ne pouvez enfin alléguer pour vous, ni l'excellence de la vertu qui, au témoignage du Seigneur lui-même, appartient à Bar-

(l) Vojez la table des généalogies du Seigneur, à la fin de ce volume.

thélemy (1), ni la prééminence du savoir qui est le partage de Thomas, ni la maturité de l'âge, car vous êtes les plus jeunes parmi nous. De quel droit prétendez-vous donc qu'on vous place au-dessus de nous tous, dont chacun, par une raison ou par une autre, vous est supérieur? Fada est autem et conientio inter eos , quis eorum vider etur esse major {Luc ^ xxn, 24). » Que personne, nous dit ici saint Clirysostôme, ne se scandalise de voir les Apôtres si petits, si vaniteux, si égoïstes et si imparfaits avant que le grand mystère de la régénération de l'homme par la Croix fût consommé et avant qu'ils aient reçu la grâce du Saint- Esprit. C'est par un trait singuher de la Providence que toutes leurs misères, leurs faiblesses et leurs défauts, antérieurs à cette grande époque, se trouvent consignés dans l'Évangile^ car ils sont la preuve la plus splendide que leur changement en hommes à qui on ne put plus reprocher le moindre sentiment d'amourpropre, en hommes de toutes les vertus, et de vertus dont la terre n'avait jamais rien vu de plus héroïque, de plus sublime, de plus éclatant et de plus parfait, a été l'œuvre de la puissance du Très-Haut, et le christianisme et l'Eglise qu'ils ont fondés, aussi (2).

(i) Barthélémy était Nathanael dont le Seigneur avait dit : Ecct vere Israelita in quo dolus non est [Joan. i).

(2) « Non turbetur quisquam, si adeo imperfectos dicimus Apos- « tolos fuisse. Nondum enim mysterium Crucis erat consummatum, « nondum gratia Spiritus sancti in corda eorum infusa. Post datam « gratiam eos considéra, et videbisomnem turbationem animi abil- « lis fuisse separatam. Hac enim de causa illorum modo imperfectio

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Mais cette querelle de petite ambition, qui eut lieu à cette occasion parmi les Apôtres, nous a été avantageuse sous un autre rapport; car, afin d'y mettre un terme, les ayant appelés autour de lui, le divin Maître lit alors à ses disciples, et en eux il fit à tous les chrétiens, la grande, la suLlime et importante leçon que voici :

(( Vous savez, leur dit-il, que les princes des gentils a LES DOMINENT et que les Grands leur font sentir (( le poids de leur puissance. IL N'EN SERA PAS (( AKSSI PARMI VOUS 5 mais que celui qui voudra « être le plus grand parmi vous soit votre serviteur, (c et que celui qui voudra être le premier parmi vous (c soit votre esclave. Comme le Fils de l'homme n'est (c point venu pour être servi y mais pour servir et (( donner sa vie pour la rédemption de tous (1). )>

0 leçon ! ô paroles! l'homme n'avait jamais parlé, la terre n'avait jamais entendu un pareil langage. Aussi, c'est Dieu et ne peut être que Dieu celui qui a parlé ainsi; et ce langage est descendu du ciel. On le voit, le Fils de Dieu a par ces mots clairement distingué et

« revelatur, ut aperte possis percipere quales subito per gratiam « fuerint effecti (loc. cit.). »

(1) « Jésus autem vocavit eos ad se et ait : Scitis quia principes « gentium dominantur eorum, et qui majores sunt potestatem excr- « cent in eos. Non ita erit inter vos ; sed quicumque voluerit inter « vos major fieri, sit vester minister; et qui voluerit inter vos pri- « mus esse, erit vester servus; sicut Filius hominis non venit mi- « nistrari sed ministrare, et dare aniniam suani redemptioncm « pro multis ( le mot muUis est ici, comme en d'autres endroits de a l'Écriture, synonyme de tous) {JMatth. xx, 2Ô-28). »

nettement posé le principe du droit public, qui était suivi chez les païens, Principes geniium, du principe du droit public qu'il était venu établir parmi les chrétiens; Vos auiem non sic. Il nous a dit que si, chez les païens, tout pouvoir DOMINE ses sujets en maître, Dominantur eorum ; chez les chrétiens, au contraire, tout pouvoir doit assister ses sujets comme s'il était leur serviteur; Sit vester minister. Il nous a dit que si, chez les païens, les sujets sont exploités dans l'intérêt et selon le bon plaisir du pouvoir, Potestatem exercent in eos ; chez les chrétiens , au contraire , le pouvoir doit se consacrer en esclave au bonheur des sujets ; Erit vester se^^vus. Il nous a dit enfin que comme toute la science sociale, toute la législation des peuples païens se résumaient dans le mot DOMINATION, Dominantur ; au contraire, toute la science sociale, toute la législation des peuples chrétiens doivent se résumer dans le mot DEVOUEMENT; Dare animam suam. Et afin de sanctionner cette nouvelle et sublime doctrine par l'exemple de la plus grande, de la plus légitime, de la plus essentielle de toutes les autorités, l'autorité de l'Hommf^-Dieu, créateur, maître et seigneur de l'homme; il a dit que ce Fils de Dieu fait homme, au lieu de dominer l'homme par sa supériorité, au lieu de dompter l'homme par sa puissance, s'est fait lui-même le serviteur de l'homme ; Sicut Filius hominis non venit ministrari sed ministrare\ qu'au lieu d'exploiter l'homme , il a donné lui-même sa vie pour la rédemption de l'homme; Et dare animam suam redemptioncm jvo multis ; et que c'est là le miroir que tout pouvoir chrétien doit toujours avoir devant

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les yeux, et que c'est Là le modèle et l'exeaiple qu'il doit suivre.

Ce n'est donc pas ici une exhortation pieuse à la pratique de l'humilité, mais c'est la grande loi du DÉ- VOUEMENT établie comme la base et le caractère propre delà constitution de la société chrétienne. C'est la GRANDE CHARTE que le Dieu, auteur et maître suprême de toute société, a octroyée, a publiée et imposée lui-même, comme la vraie charte constitutionnelle de l'humanité, et qui seule peut lui donner l'ordre et la vraie liberté.

C'est à ce sublime et magnifique passage de l'Evangile que le pouvoir ecclésiastique de l'Église a appris à se dévouer au bien des fidèles : le souverain pontife a appris à se donner la quahfication de serviteur des SERVITEURS DE DiEU ; Servus servorum Dei^ et les bons évêques et les vrais pasteurs des âmes ont appris à consacrer tout ce qu'ils ont, tout ce qu'ils sont, môme leur vie, au salut de leur troupeau.

C'est à la lumière de ce passage de l'Évangile que les princes chrétiens ont envisagé l'exercice du pouvoir politique moins comme un droit que comme un grand devoir-, moins comme un avantage que comme un immense fardeau; qu'ils se sont, eux aussi, dévoués entièrement au bonheur de leurs peuples, et ont donné au monde le spectacle nouveau des monarchies chrétiennes ne puisant leur force et leur stabilité que dans le dévouement du pouvoir public aux intérêts publics.

C'est enfin par ce passage de l'Évangile que les pères de famille chrétiens ont compris qu'ils ne peuvent disposer de leurs enfants à la manière des païens,

comme, d'une chose que son possesseur peut aliéner ou détruire selon son intérêt ou selon son plaisir; mais qu'ils se doivent tous appliquer à les bien élever, à leur assurer, au prix des plus rudes sacrifices, le plus grand bien-être dans ce monde, et la vie éternelle dans l'autre.

C'est, enfin, de ce passage de l'Évangile qu'a jailli cette admirable législation religieuse, politique, civile, domestique des nations chrétiennes qui fait l'admiration et excite l'envie des nations païennes ; qui, fondée sur le principe du dévouement de l'être fort à l'être faible, a amélioré le sort du simple fidèle, du peuple, de la femme, de l'enfant, du pauvre, du débiteur, du prisonnier; et qui, s'inspirant du respect et de l'amour de l'être humain, a civilisé le monde. Car la civilisation n'est que le respect, et l'amour de l'homme pour l'homme; comme l'exploitation de l'homme par l'homme, et le mépris et la haine de l'homme pour l'homme, c'est la barbarie.

Ce n'est pas ici le lieu de développer cette grande doctrine qu'une faute heureuse {Félix culpa) des Apôtres a donné à notre divin Sauveur l'occasion de nous révéler. Nous nous bornerons donc à exhorter les mères chrétiennes à se pénétrer toujours davantage des grands devoirs que cette doctrine leur impose. Non-seulement elle leur impose l'obligation de l'économie, du travail, de l'emploi des moyens honnêtes pour donner un état à leurs enfants, mais bien plus l'obligation de s'interdire le luxe, les spectacles, les plaisirs, de fuir des sociétés toutes mondaines, afin de sauver leurs enfants de la contagion du monde ; et bien plus

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encore Tobligatioii de les élever moins par des leçons que par l'exemple d'une conduite toute chrétienne, dans la crainte de Dieu, dans l'innocence des mœurs, dans les pratiques de la religion et de tous les devoirs du christianisme^ Mulier salvabitur per fîMorum generationem^ si permanserit in fide^ incharitate^ in sanctiiate^ cum sobrietate. Oh! que la société serait heureuse si les mères étaient des Marie Salomé ; car au moral comme au physique les enfants ne sont que ce que la mère les a faits. Et elles-mêmes, ces nouvelles Salomés, qu'elles seraient heureuses, si, en recopiant un si beau modèle, elles se dévouaient entièrement, comme Marie Salomé et comme l'Évangile leur en fait une obligation, à leurs enfants! Qu'elles seraient heureuses, si encore comme Marie Salomé, elles tâchaient par l'instruction, l'exemple et la prière incessante à Dieu, d'assurer avant tout Dieu et le ciel à leurs fils et de leur laisser un patrimoine de sainteté et de vertus ! Doublement leurs mères, pour les avoir engendrés en même temps à la vie de l'âme et à la vie du corps, en faisant le vrai bonheur et le salut de leurs fils, elles feraient, d'après saint Paul, leur propre bonheur et leur propre salut, pour le temps et pour l'éternité. Ainsi soit-il.

ou

DIEU JALOUX DE TROUVER DANS l'hOMME LA SAINTETÉ.

HOMÉLIE

u Sancli estote, quia sanctus sum Ego Dominus;

0 Soyez saints, parce que moi, le Seigneur, je suis saint (Levitic. xi), i

§ 1. Essentiellement saint en lui-même, Dieu exige que ses serviteurs le soient aussi^ — Sujet de celte Homélie. — Indication d'une foule de choses qui y seront traitées. — C'est le Paralipomène aux Homélies précédentes sur les femmes de l'Évangile.

ieu n'est Dieu qu'en tant qu'il est saint. S'il était possible qu'il fût privé du grand attribut de la sainteté, il ne serait qu'une de ces fausses divinités du paganisme qui n'ont droit qu'au mépris et non pas au culte de l'humanité.

Saint donc par essence, il ne peut pas faire bon visage à la créature intelligente dépouillée de la sainteté. (( Vos yeux sont purs, lui disait le Prophète, et vous ne pouvez arrêter un seul instant votre regard sur le péché sans le punir j Mundi sunt oculi tui et respicere ad iniquitatem non potes {Hahac, i, 13). » Et ailleurs, un autre prophète Lui a dit : « Vous ne pouvez pas souffrir que la méchanceté s'asseoie à vos côtés 5

ou DIEU JALOUX DE TROUVER, ETC. 2 H

et l'injustice ne peut se présenter sous vos yeux sans en être écrasée à l'instant même; Neque habitabit juxta te malignuSj neque permanebunt injusti ante oculos tuos (Psal. V, 6). » « Malheur à la prière, dit de son côté le Sage, s'il s'y mêle la voix du péché I elle n'est plus qu'un blasphème, un sacrilège, capable de provoquer la foudre de Dieu, au lieu d'attirer sa miséricorde; Oratio ejuserit execrabilis {Prov. xxvni, 9). »

C'est encore parce que Dieu est essentiellement saint, que « saint, trois fois saint est le seigneur DIEU des armées; SanctuSj sanctus^ sanclus Dominus Devs Sabaoth, » estl'hymne dont retentissent incessamment les voûtes sacrées de la Jérusalem céleste. C'est parce que Dieu est essentiellement saint, que personne n'est admis à habiter dans son tabernacle, à moins qu'il ne soit pur de toute taclie, et orné du mérite des œuvres de la justice et de la sainteté; Domine, quis habitabit in tabernaculo tuoî... Qui inyreditur sine macula et operatur justitiam (Psal. xiv, 1 et 2). C'est enfin parce que notre Dieu et Seigneur est essentiellement saint, qu'il a dit : Que, même sur cette terre, il ne veut que des Saints autour de lui pour lui offrir des sacrifices, pour l'adorer et le servir; Sancii estote^ quia sanctus sum ego Dominus,

Mais ce Dieu saint ne s'est pas contenté de ces déclarations si solennelles pour nous apprendre combien il est jaloux de la sainteté, il y a ajouté un fait le plus significatif et le plus éclatant : c'est le choix des personnes qui ont eu l'honneur d'appartenir, par des lapports du sang, au Verbe fait chair, de l'entourer, de le servir dans son passage sur cette terre, et

des personnes qui ont le sort de former sa parenté spirituelle et sa société au ciel.

C'est à l'explication de ce fait que je veux consacrer cette homélie, et y passer en revue les parents du Seigneur.

Je consacrerai ma première partie à vous rappeler les parents dont notre Sauveur a voulu se faire précéder, avant sa naissance. Dans ma deuxième partie, je traiterai des parents dont il s'est plu à s'entourer pendant sa vie; et je réserverai ma troisième partie à vous instruire sur les parents qu'il s^est choisis pour le suivre après sa mort.

Cet important sujet me fournira d'abord l'occasion de vous parler ici des trois généalogies de notre Sauveur que nous ont faites les Evangélistes. Je vous en exposerai les mystères , l'économie , la grandeur , la manière admirable dont elles s'harmonisent entre elles et avec les dogmes fondamentaux de la religion ^ et je les accompagnerai de remarques bien nécessaires pour comprendre certains passages de TEvangile.

Je serai encore amené par mon sujet à vous dire quelques mots sur Anne laprophétesse^ sur sainte Elisabeth et sur sainte MARIE DE CLÉOPHAS , autres FEMMES illustres DE l'Évangile : mots très-utiles pour vous prémunir contre d'anciennes erreurs qu'on a exhumées et que l'on colporte aujourd'hui pour outrager la divine Mère et son Fils divin. Je vous parlerai aussi des saintes personnes indiquées dans l'Evangile sous les noms à^ frères et de sœurs de Jésus. Ceux qui aiment vraiment Jésus-Christ, et pour qui tout ce qui regarde sa divine Personne a un intérêt, un attrait, un charme

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tout particuliers, seront heureux d'apprendre, à cetle occasion, une infinité de détails sur sa sainte Parenté, qu'ils ignorent peut-être, et s'en réjouiront autant qu'ils en seront édifiés.

Ainsi, cetle homélie sera le Paralipomène des choses oubliées ou le supplément des homélies précédentes, qui complétera notre revue sur les Femmes de l'Evangile.

Mais en apprenant dans cette homélie quels ont été les parents du Seigneur, nous apprendrons aussi comment nous le pourrons devenir nous-mêmes; et combien nous devons être jaloux de la sainteté, que le Dieu saint, notre seigneur et maître, exige de nous -, Sancti estote^ quia sanctus sum ego Dominus. En voilà assez , j'espère , pour intéresser toute votre attention. Ave Maria,

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