LES PARENTS DU SEIGNEUR AVANT SA NAISSANCE
§ 2. Les trois généalogies du Seigneur par les Ëvangélistes. — La vie du Verbe avant son incarnation. — Particularités de la généalogie de Jésus-Christ par saint Luc.
ous avons dans l'Evangile trois généalogies de notre divin Sauveur : la première par saint Matthieu, la seconde par saint Luc, la troisième par saint Jean.
Mais, comme nous l'avons vu, dans la précédente homélie, c'est cette dernière généalogie qui est, plus que les deux autres, magnifique, sublime, et au-dessus
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de toute idée et de toute conception humaine. C'est par elle que nous savons de la manière la plus précise et la plus claire que Dieu a un fils qu'il engendre de sa substance de toute éternité^ que ce fils est le Verbe, et que ce Verbe, sans commencement, et avant tout commencement, est en Dieu, il est Dieu lui-même; In principio erat Verbxim^ et Verbum erat apud Deum et Deus erat Verbum.
C'est par elle que nous connaissons que lui seul, le Verbe, étant vrai Dieu du Dieu vrai, et n'étant que de Dieu, tout ce qui n'est pas Dieu, tout ce qui est sans être Dieu, Lui doit son être, n'est que de Lui : en tant que tout a été fait par Lui, et rien de ce qui a été fait, n'a été fait sans Lui ; Omnia per ipsum facta sunt et sine ipsofactum est nihil.^ quod factuni est.
Nous apprenons par elle que comme tout ce qui est Lui doit son être; de même tout ce qui vit Lui doit sa vie, et tout ce qui voit Lui doit sa lumière : tandis que lui seul vit de sa propre vie ayant la vie en lui-même, voit par sa propre lumière, parce qu'il est la vraie lumière lui-même qui éclaire tout homme venant dans ce monde, et que comme la lumière qu'il reflète est vie, ainsi sa vie même est la lumière des hommes, luisant au miUeu des ténèbres, triomphant des ténèbres, lors même que les ténèbres ne la comprennent pas ; Erat lux ver a quœ illuminât omnem hominem venieniem in hune mundum. In ipso viia erat, et vita erat lux Iiominumy et lux in tenebris lucet et tenebrce eam non comprehenderunt.
C'est par elle que nous sommes instruits que pour ne pas avoir été connu, compris par le monde^ ce Verbe
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divin n'en était pas moins dans le monde fait par Lui et réglant, Lui, le sort du monde ^ et qui, après avoir été rejeté même par les siens, à qui il s'était manifesté d'une manière toute particulière, n'en était pas moins leur maître, et le maître de tout, disposant de tout, même du plus grand de tous les biens, la filiation divine, en faveur de ceux qui ont voulu le recevoir en eux-mêmes en croyant en son nom^ et dont, d'êtres qu'ils étaient, nés de la corruption du sang, des convoitises de la chair et de la volonté de l'homme, il a fait des êtres ne devant leur naissance qu'à Dieu ^ In mundo erat ^ et mundus -per ii:)sum jactus est^ et mundus eum non cognovit. In proj^ria venit et sui eum non receperunt^ Quotquot autem receperunt eum y dédit eis potesiaiem filios Dei fieri; his qui credunc in nomine Ejus : qui non ex sanyuinibus, neque ex voliiniate carnis^ neque ex loluniate viri^ sed ex Deo nati sunt.
Nous sommes enseignés par elle que les prophètes que Dieu a envoyés pendant quatre mille ans, depuis le premier jusqu'au dernier, Jean-Baptiste, le plus grand de tous, n'étaient pas eux, la vraie lumière, mais qu'ils étaient éclairés par la lumière du Yerbe, et qu'ils n'ont eu d'autre mission que de rendre témoignage à cette lumière qu'ils recevaient de lui, et d'attirer tout le monde à croire en lui ; Fuit Homo missus a Deo cui nomen erat Joannes. Hic vemt in testimonium , ui testimonium perhiberet de lumine. Non erat ille lux.
Nous sommes enfin assurés par elle que c'estcemême \ERBE de Dieu qui S'EST FAIT CHAIR et a habité en
nous^ mais que, s'étant donné des parents sur cette terre, il n'a pas quitté le sein du Père, qui l'engendre dans le ciel; qu'ayant commencé à être le Fils de l'homme dans le temps , il n'en est pas moins resté ce qu'il était, le vrai Fils du Dieu Père, de toute l'éternité; le Fils de Dieu qui ne nous a manifesté sa grandeur et sa gloire de Fils de Dieu qu'en répandant sur nous les richesses de sa grâce et de sa vérité; Et YERBUM CARO FACTUM EST, et habUavit in nobis; et vidimus gloriam Ejus^gloriam quasi Unigeniti a Paire ^ plénum gratiœ et veritaiis.
C'est, mes frères, la sublime et inefîable généalogie de Notre-Seigneur Jésus-Christ par saint Jean (1).
Il avait été solennellement promis à Abraham (Gen. XXII, 18) et à David (Psal. n, 7) que le Messie, le Sauveur du monde, dont la venue au monde avait été annoncée dès l'origine du monde {Gen, m), devait naître de leur sang ou de leur descendance et de leur race. C'est donc principalement afin de nous montrer que cette promesse s'était accomplie en Jésus- Christ, et que, même à ce titre, il a été le vrai Messie et le vrai Sauveur du monde, que saint Matthieu a fait la généalogie de Notre-Seigneur. C'est évident par ces paroles par lesquelles il l'a commencée : « Voici le livre de la génération de Jésus-Christ, /lis « de David et fils d'Abraham ; Liber generationis (( Jesu Christi, filii David^ filii Abraham {Maith, « I, 1) (2). ,,
(1) Voyez, à la table généalogique, la généalogie (l).
(2) Voyez, à la même table, la généalogie (3).
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Saint Luc, dans la m<>me intention, en a fait de même. Seulement, comme la Royauté s'était transmise dans la ligne de Salo3ion, fils de David, le Sacerdoce s'était spécialement perpétué dans la ligne de Nathan (autre Nathan que le prophète de ce nom), frère germain de Salomon et fils de David, lui aussi. Jésus-Christ est descendu de David par les deux lignes en même temps. Par la mère de sa mère, sainte Anne, il est issu de David par la ligne de Salomon ; par le père de sa mère, saint Joachim, il est encore issu de David, mais par la ligne de Nathan. Or, saint Matthieu ayant fait la généalogie du Seigneur de David par la ligne de Salomon, saint Luc a cru devoir la faire par la ligne de Nathan : tantôt afin de constater que Jésus-Christ a été le fils de David , et , par David , d'Ahraham, dans tous les sens et par tous les côtés, et tantôt pour nous apprendre que le sang des plus grands rois et des plus saints pontifes circulait dans ses veines \ que la dignité royale et la dignité sacerdotale de ses ancêtres, selon la chair, se sont réunies en lui 5 qu'il a hérité de toutes leurs gloires, de toutes leurs grandeurs , de toutes leurs dignités ^ et que , comme fa dit saint Paul, il a été constitué, même en tant qu'homme, l'héritier de tout-, Quem constiiuil Uœredem universoriim {Hebr. i) (1).
Mais la généalogie du Sauveur par saint Luc présente une singularité hien frappante. Se conformant à l'usage reçu, saint Matthieu a fait la sienne en commençant par Ahraham, et, descendant de père en fils,
(1) Voyez la généalogie (4).
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est arrivé jusqu'à saint Joseph et à la sainte Vierge, mère du Seigneur. Saint Luc s'y est pris d'une façon toute dilférente : par une innovation heureuse dans la manière de faire les généalogies , il a tracé celle de Jésus-Christ en marchant à rehours, en remontant de fils en père, de saint Joseph à Héli, de Oéli à Mathat, de Mathat à Lévi:^ et ainsi de suite, jusqu'à David par Nathan, et de David jusqu'à Jacoh par Judas, de Jacoh à Isaac, et d'isaac à Abraham.
Encore, tandis que saint Matthieu a commencé sa généalogie descendante du Christ, par Abraham, saint Luc, dans sa généalogie ascendante du même Sauveur, ne s'est pas arrêté à Abraham -, il a monté plus haut. Par Abraham, il est venu jusqu'à Noé par Sem. Et de Noé, en montant toujours, il a continué ainsi : u Noé QUI fut de Lamech, QUI fut de Mathusalé, QlJi <( fut d'Hénoc, QUI fut de Jared, QUI fut de Maîa- (( léel, QUI fut de Caïnan, QUI fut d'IIénos, QUI fut (c de Seth, QUI fut d'AoAM, QUI fut de DIEU (Luc. m, (( 35-38). )) Ainsi, dans cette généalogie, saint Luc a établi ce qu'aucun autre Evangéliste n'a fait, la descendance du Christ en ligne droite d'Adam, et a renfermé entre les augustes noms de JÉSUS -CHRIST et de DIEU les soixante-dix-sept générations qui la composent (I).
\) Voyez à la Table indiquée la généalogie (3 .
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§ 3. Allusions et mystères que renferme la généalogie du Seigneur, par saint Luc. — Pourquoi Jésus-Christ s'est donné le litre de Fils de l'Homme. — Ses grandeurs avant sa naissance sont consignées dans cette généalogie de saint Luc.
C'est la généalogie clu Seigneur, par saint Luc.
Oh! que cette manière nouvelle dont cet Évangéliste a tissu la généalogie de notre Sauveur est gracieuse et en même temps éloquente, et pleine d'allusions et de mystères! Les Pères de l'Église et les interprètes de l'Évangile ne reviennent pas de l'admiration et de la satisfaction qu'elle leur inspire!
Saint Luc, dit saint Athanase, a pris son point de départ du Fils de Dieu fait homm.e, et de lui il a poussé sa marche ascensionnelle jusqu'à Adam, afin de nous apprendre que le corps humain, que le Verhe divin a assumé par son Incarnation, n'est pas un corps fantastique, un corps aérien^ un corps céleste ^ mais un corps solide^ un corps terrestre^ un corps de la même nature, on dirait presque de la même pâte que le corps que Dieu donna à Adam en le créant (i).
x\insi, en jetant les yeux sur cette généalogie, nous comprenons que Jésus -Christ n'est pas un être mystique, un être étranger à la nature humaine, mais qu'il est homme de notre même humanité, parce qu'il est, lui aussi, comme tous les hommes, le vrai fils du premier homme lui-même, le fils d'Adam. Et nous
(1) « A Filio Dei exorsus, usque ad Adam recurrlt : ut ostenderet, « corpus, quod Jésus assumpsit, ab Adam originem iraLerc qui a « Dec formalus fuit [Oraiio in illud ; Omnia tradita sunt miiif, etc.).»
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comprenons aussi pourquoi, parmi les titres que ce Fils de Dieu s'est donnés lui-môme, celui qu'il répétait le plus souvent et avec plus de satisfaction,, plus de goût et de délices, c'est le titre de : le fils de l'homme, au sens absolu, c'est-à-dire : le Fils d'Adam, le Chef et le Père de toute l'humanité (1), afin que nous puissions conclure qu'il est notre véritable frère, — les fils du même père étant des frères, — et puissions avoir plus de confiance dans sa bonté !
Oh ! qu'elle est pleine de convenance et de beauté cette pensée de l'ÉvangéUste saint Luc , dit , de son côté, saint Ambroise, d'avoir placé aux deux bouts de la généalogie sacrée du divin Sauveur les noms d'A- DAM et de Jésus-Christ! Nous savons, par saint Paul, que le premier Adam était le type, la figure, le modèle en petit du second Adam, le Ptédempteur des hommes 5 Adam primus qui est foi^ma futuri (^Rom. v, 14). Et voilà saint Luc nous mettant sous les yeux, dans cette généalogie, les ineffables rapports qui lient les deux Adam dans la même pensée divine, comme dans la même génération humaine, le Fils de Dieu en figure au FILS DE Dieu figuré, la prophétie à la réahté, et Celui qui a été créé à l'image de Dieu {G en, 11) à CELUI par lequel la vraie image de Dieu est descendue du ciel sur notre terre (2).
(1) « FiLius HOMiNis, id est, Adse (a Lapide, ex Patribus). »
(2) « Jam de ipso Adam qui, juxta Apostolum , figuram accepit « Christi, quid pulchrius potuit convenire quam ut sacrosanr.ta ge- « neratio a Dei lilio inciperet et usque ad Dei filium deduceretur? <K Creatusque prœcederet in figura, ut nalus in veritate sequeretur 5
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Mais remarquez, reprend à son tour saint Irénée, que saint Luc n'a pas mis en tête de cette généalogie Adam pour iinir à Jésus-Christ, mais qu'il a commencé par jÉsus-CtiRiST pour terminer à Adam. Et par là il nous a montré que, comme la mort est descencendue d'Adam jusqu'à Jésus-Christ, la vie a commencé par Jésus-Christ pour remonter jusqu'à Adam^ que toiis les justes anciens jusqu'à Adam, et y compris Adam lui-même, ont participé à cette vie, qui, pour s'être manifestée à la tin des temps, n'en a pas moins exercé sa vertu rétroactive dès le commencement des temps (I).
C'est aussi la pensée de saint Léon sur cette adnûrable généalogie, commençant à la naissance du Seigneur, et remontant à l'origine, à la source du genre humain. Nous y voyons, dit-il, le second Adam réparant, avant môme qu'il eût paru sur cette terre, la faute du premier Adam. Nous y voyons les temps de la Loi qui avaient précédé sa venue, et même les siècles antérieurs au déluge, renfermés d'avance dans son action réparatrice. Nous y voyons les Justes de l'ancien temps se sauvant par la foi dans Celui qui devait venir, comme nous nous sauvons par la foi de Celui qui est venu. Nous y voyons toutes lesj géné-
« ad imaginem Dei factus prœiret propter quem Dei iniago descen- « ùeYet{Ap. Cornelium a Lapid.). •
(1) « Sic Christus initium viventium factus, quoniam Adam ini- « liuin morienlium factus est : propter hoc et Lucas initium gene- « ralionis a Domino inchoans, in Adam retuUt : significans quo- « niam non ille liunc, scd Hic illos in Evangelium vitse regeneravit 1 (Lib. m, c. xxxui). »
rations comprises dans le même sacrement, dans le même mystère de la grâce de Jésus-Christ, comme elles avaient été comprises dans le même mystère du péché d'Adam. Nous y voyons quarante siècles d'événements les plus extraordinaires, et soixante-dix-sept générations, se succédant sans interruption jusqu'au Christ, lui servant de préparation év Angélique, attestant que même ce qui est arrivé avant lui n'a servi qu'à lui, et qu'il est le principe et la (in, l'Alpha et l'Oméga de tout, le centre et la source de toute foi, de toute espérance, de toute justification, de tout salut (1). Nous y voyons enfin la succession, Tharmonie, la perpétuité, l'universalité, l'identité, l'unité de la vraie religion.
Pour Euthymius, en commençant la généalogie du Christ par son humanité et en la terminant au Dieu éternel, c'est-à-dire au Verbe lui-même, saint Luc a insinué que ce Jésus qui a eu un commencement comme homme n'a pas eu de commencement comme Dieu ; parce qu'Au commence3ient était le Verbe et le Verbe était en Dieu, et le Verbe était Dieu (2).
Oh! qu'il est beau, dit un autre Interprète, de voir, dans cette généalogie, les soixante-dix-sept généra-
(1) « Lucas ab ipso Domini ortu seriem generis sursum versus « retexuit, ut etiam illa sœcula, quœ ante diluvium venerunt, huic Sait cramento doceret esse connexa, omnesque ab initio successionum B gradus ad Eum, in Qiio uno erat salus omnium, retendisse (Serm. « 10 de Nativït.) »
(2) « A Christi inchoans humanitate, sermonem reducit ad Ejus « divinitatem; ostendens quidem Cliristum ut hominem incœpisse, « ut Deum vero carere principio [Apud Cornelium a Lap.). »
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tiens qui se sont déroulées d'Adam jusqu'à Jésus- Christ, et qui représentent toute riiumanité, reprises en amont, et, revenant sur elles-mêmes remonter de Jésus jusqu'à Adam, et toute l' humanité; renfermée entre le Dieu créateur et le Dieu rédempteur! C'a été nous tracer l'histoire de l'humanité, qui se résume dans ces deux mots : Venaut do Dieu , et arraché du sein de Dieu par la faute d'Adam, l'homme a été rendu au Dieu qui l'avait créé par la grâce du Dieu qui l'a racheté (1).
A ces interprétations si belles et si magnifiques de ces grands hommes, nous osons en ajouter une autre. Il n'y a au monde que quatre dignités : la dignité patrîarcale^ la dignité royale, la dignité sacerdotale et la à\gmiQprophéiique ou scientifique, ou doctorale ; toute autre dignité n'est qu'une participation plus ou moins directe, plus oumoins étendue à l'une de ces dignités et se résume en elle. Or saint Matthieu, en traçant la descendance de Jésus-Christ en ligne droite, d'une longue série de Patriarches, de Rois, de Pontifes et de Propliètes, nous l'a présentée, comme nous venons de le remarquer, héritant et réunissant en lui-même toutes les dignités, toutes les grandeurs, toutes les gloires de ses ancêtres. Mais saint Luc, en commençant par Lui pour en venir à ses ancêtres, au lieu de commencer, comme l'a fait saint Matthieu, par ses ancêtres pour en venir à Lui, rien que par cet ordre inverse qu'il a
( 1 ) « ut per Jeaum homines ad Deum reducendos esse ostenderet, « qui per Adam a Deo fuerant abductl (Franc. Lucas, Apad Cor- « neliuin a Lap.). »
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donné à sa généalogie du Christ, nous a[)[>rend nonseulement que ces dignités, ces grandeurs et ces gloires de ses ancêtres se sont réunies en Jésus-Clirist, mais encore que c'est de Lui qu'elles se sont reflétées sur ses ancêtres^ qu'il en a été non-seulement l'héritier, mais encore la source; et que ce n'est pas Jésus- Christ qui a été grand pour avoir eu de tels ancêtres, mais que ce sont ses ancêtres qui ont été grands pour avoir eu un Tel Descendant,
En commençant son arbre généalogique du Christ par le dernier de ses bourgeons, par où il devait le finir -, et en le finissant par ses racines, par où il devait le commencer, saint Luc nous apprend que, dans cet arbre mystérieux, ce n'est pas le fruit qui a été heureux d'avoir eu de telles racines, mais que ce sont les racines qui ont été heureuses d'avoir produit un Tel Frui t -, et que ce ne sont pas les racines qui ont fait le prix et la gloire de ce fruit, mais que c'est ce fruit qui a fait le prix et la gloire de ces racines.
En commençant par le dernier-né de cette race bénie, au lieu de commencer par le plus ancien de ses pères, saint Luc nous apprend enfin que ce n'est pas Jésus-Christ qui doit sa naissance à tant de patriarches, de rois, de pontifes et de prophètes, mais que ce sont ces patriarches, ces rois, ces pontifes, ces prophètes qui doivent à Jésus-Christ la leur; qu'ils n'ont été que pour lui frayer le chemin, pour lui préparer les voies, pour le servir avant même qu'il fût né ; qu'il était avant toutes ces générations qui ont précédé sa venue; qu'il a disposé en maître de tous ses pères, les subordonnant à ses desseins, avant même d'être leur enfant; qu'il est
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le seul né de femme dont la grandeur a précédé les actions et la vie a été écrite avant la naissance; qu'il est l'ÉTRE siiNGULiER ct uni({ue, dont avaient parlé les Prophètes, (|ui sVst trouvé au ciel avant de passer par cette terre (1)-, que né dans le lemps, il a commandé à l'éternité, et que, vrai Fils de T homme, il a été en même temps le vrai Fils de Dieu. Voilà ce qui ressort de la généalogie en ordre inverse de Notre-Seigneur, par saint Luc.
§ 4. Dans leurs généalogies du Sauveur, les Évangélisîcs ont vise à établir qu'il est vrai Homme et vrai Dieu. — Toute hérésie n'est que la négation de sa divinité ou de son humanité. — Tous les hérétiques réfutés d'avance par les Ëvaigélistes.
C'est, du reste, la même pensée céleste qui a inspiré tous les Evangélistes, au moment oii ils nous ont tracé la généalogie du Sauveur, de bien établir que ce Sauveur a été vraiment Dieu-Homme et Homme-Dieu.
On vient d'entendre saint Jean annonçant que le Verbe était'en Dieu avant tout commencement, et qu'il était Dieu de toute éternité, avant de nous dire qu'il s'est fait chair ^ qu'il a pris un corps humain, et qu'il a habité, en vrai homme, au milieu des hommes. Ce qui a été dire que Jésus-Christ n'est que le Verbe-Chair ouïe Dieu-Homme.
Saint Matthieu aussi n'a terminé la généalogie et la naissance du Fils de Marie que par ces paroles : (c Tout « cela advint, afin que fût accomplie cette prédiction <i que Dieu avait fait faire par le Prophète : une vierge
(i) « Singulariler sumEgo, donec Iranseam [Psal. cxl, 10). »
« CONCEVRA ET ENFANTERA UN FILS Qu'ON NOMMERA
« EMMANUEL, c'est-à-dire DIEU AVEC NOUS [Maith.A, a 22 et 23). » Ainsi, pour saint Matthieu, ce Fils de Marie n'a été que le Dieu avec Vhomme^ le Dieu uni à T homme ^ habitant dans Vhomme^ sans cesser d'être Dieu, en un mot, il n'a été que I'IIomme-Dieu.
Enfin, saint Marc lui-même, dont FEvangile n'est qu'un commentaire abrégé de celui de saint Matthieu, a débuté par ces mots : a Commencement de l'Evangile « de JÉsus-CHRiST, FILS DE DIEU 5 Initium Evangelii « JESU CHRiSTi FILÎI DEI {Marc,^ i, !)• » Le mot Jésus signifie >S'aîi2;ewr, et le mot Christ^ iils de David et Messie. Ainsi, même pour saint Marc, Jésus-Christ n'a été que le fils de David ^ le vrai Messie^ le vrai Sauveur et le Fils de Dieu, ou I'ïIomme-Dieu. C'est, comme on le voit, la généalogie du Christ par saint Matthieu résumée en trois mots, par lesquels saint Marc a voulu, lui aussi, nous donner la généalogie du Seigneur.
Il laut donc en convenir : les Evangélistes ne pouvaient mieux s'y prendre, dans les généalogies qu'ils nous ont tracées de noire divin Maître, pour condamner, pour flétrir d'avance les deux grandes hérésies par lesquelles Jésus-Christ au ciel aurait continué à être blasphémé par deux sectes contraires d'hérétiques; comme, étant sur la croix, il a été blasphémé par deux larrons de deux côtés opposés : hérésies dont l'une affirme que Jésus-Christ n'a été qu'un homme, ayant reçu dans le temps une filiation divine nominale ou d'adoption-^ et par conséquent elle nie la vérité de son origine éternelle, de sa divinité ; et l'autre soutient que Jésus-Christ n'a été que le Verbe ayant pris dans le
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temps une humanité factice , aérienne , fantastique, n'appartenant pas à la race d'Adam-, et par conséquent elle nie la réalité de son humanité.
Dans ces deux hérésies, les Évangélistes ont détruit d'avance toutes les hérésies 5 car toute hérésie n'est que la négation plus ou moins explicite de la Divinité ou de l'Humanité du Christ.
Comme tous les faux philosophes anciens et modernes se réduisent à l'une de ces deux grandes sectes : la secte des Idéalistes^ qui n'admet pas que l'homme ait un corps réel; et la secte des Matérialistes^ qui lui refuse l'àme ; de même tous les faux chrétiens , ou les hérétiques anciens ou modernes, appartiennent à l'une de ces deux grandes sectes : la secte des Humanitaires qui ne reconnaît pas Jésus-Christ comme Dieu, et la secte des Phantasiaques qui ne croit pas que Jésus- Christ soit homme (1).
Ah! rien n'est plus important que cette vérité, qui jaiUit de tous les Evangiles comme la lumière du soleil, avec la plus vive clarté et la plus exacte précision possibles : Que Jésus-Christ est vrai Dieu, de la même na-
(1) Qu'on n'oppose pas que les protestants sont des hérétiques, et cependant ils ne nient ni la divinité, ni l'humanité du Christ ; car en niant ses sacrements et son Église, c'est-à-dire les œuvres de sa Divinité, ils nient implicitement cette divinité elle-même. Et, en effet, les bons logiciens, parmi les protestants, ont fini par nier même explicitement la divinité de Jésus- Christ. Sur cent pasteurs protestants, en Allemagne en particulier, ce foyer du protestantisme, à peine on en trouve cinq admettant celte grande vérité. C'est que le protestantisme en renferme en lui-même, en principe et en germe, la négation.
HOMELIE iV. — LES PARENTS DU SEIGNEUR
iure de Dieu^ et vrai homme^ de la mèrne nature de r homme. Car, si Jésus-Christ n'est pas vrai Dieu , n'ayant rien de commun avec Dieu, il n'a pu donner à son sacrilice une valeur infinie et satisfaire à Dieu. Et s'il n'est pas vrai homme, de la môme nature, de la même race que l'homme, n'ayant eu rien de commun avec l'homme, il n'a pu représenter en lui-même l'homme, il n'a pu appliquer à l'homme le mérite infini de son sacrifice et satisfaire pour l'homme. Et dans fun ou l'autre des deux cas, l'homme n'a pas été racheté par le Christ^ il n'y a plus de rédemption pour l'homme, il n'y a plus de christianisme!
§ 5. Clarté, précision, force, soins et phrases heureuses, avec lesquelles les Ëvangélistes ont, dans leurs généalogies de Christ, établi la virginité de sa Mère. — Comment cette parole de saint Jean : Et le Verbe s'est fait chair, prouve que Jésus-Christ, vrai homme, n'a pas été conçu à la manière du reste des hommes.
Mais voici encore quelque chose de plus remarquable et de plus frappant dans ces généalogies de notre divin Sauveur, que nous ont laissées les EvangéUstes : c'est le zèle, la sollicitude, l'exactitude, la précision, la clarté avec lesquels tous les quatre, avec un parfait accord, y ont établi le grand dogme de la sainte virginité de Marie et de Flncarnation du Verbe par l'opération du Saint-Esprit.
Saint Matthieu s'est ainsi exprimé : « Abraham (( ENGENDRA Isaac ^ Isaac ENGENDRA Jacob ^ Jacob EN- « GENDRA Judas. » Et, cu faisant toujours usage de la même phrase, il continue : a Éliud engendra Éléazar^ « Eléazar engendra Malhan ; Mathan engendra Jacob j
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(( Jacob ENGENDRA Josepli, époux de Marie, DE LA- (( QUELLE EST NÉ Jésus, qui s'appelle le Christ; « Eliud GENUiT Eleazar; Eleazar genuit Mathan\ (( Mathan genuit Jacob; Jacob genuit Joseph^ virum « Mariœ, DE QUA natus est Jésus qui vocatur « Christus {Maiih,^ i, 16). » Ainsi, on le voit, le mot ENGENDRA, que Cet Évangéliste avait répété QUA- RANTE-DEUX FOIS dans l'énuméralion des quarante-deux générations qui ont séparé Abraham de saint Joseph, disparaît tout d'un trait sous sa plume inspirée, lorsqu'il s'agit de saint Joseph lui-même. Car il n'est pas dit qu'il ait engendre Jésus-Christ comme il est dit qu'il avait été engendre par Jacob son père, et que tous les autres patriarches, qui l'ont précédé, ont été, à leur tour, engendrés par le leur. Il est dit simplement : Jacob engendra Joseph , époux de Marie , DE LAQUELLE est né Jésus-Ckrist. La génération charnelle expire en saint Joseph. Engendré lui-même par Jacob, il n'a pas engendré Jésus-Christ. Les quarante-deux générations, depuis Abraham jusqu'à Joseph, ne se rattachent pas à Jésus-Christ par la génération charnelle de Joseph, mais seulement par son mariage avec Marie-, Jacob genuit Joseph^ virum Mariœ. Ce mariage est resté virginal, est resté pur. Toute génération humaine en a été exclue. Jésus-Christ n'a été engendré que de Marie seule, sans aucun concours humain. Il n'est pas le fds de Joseph , mais uniquement le fils de Marie, épouse de Joseph \ virum Mariœ^
De QUA NATUS EST JeSUS.
Saint Matthieu ne s'est pas contenté de signaler par ce tour d'élocution si précis et en même temps si heu-
reux, si charmant, la virginité de la Mère de Dieu; car il a continué en disant : « Donc d'Abraham jusce qu'à David, quatorze générations-, de David jusqu'à la « transmigration de Babylone, quatorze générations -, (( et de la transmigration de Babylone jusqu'au Christ, (( quatorze générations. Mais la génération du Christ (( arriva ainsi ; Christi autem generalio sic erat (( (v. 18). )) Ce qui a été nous avertir que la génération du Christ seule n'avait eu rien de semblable aux quarante-deux générations qui l'avaient précédée, et qu'elle a été une génération tout à fait exceptionnelle. Puis le saint Évangéliste nous apprend comment et en quoi cette génération a été tout à fait en dehors des lois communes, a été prodigieuse et divine. Car il nous raconte la frayeur religieuse dont le vierge époux de l'épouse vierge fut saisi en voyant enceinte celle qu'il avait la conscience d'avoir respectée , et dont il ne pouvait, — tant il la voyait pure, — soupçonner la fidélité. 11 nous fait connaître le sage parti que, dans ses perplexités et dans ses craintes, Joseph adopta de s'éloigner en silence de sa sainte épouse, dont la grossesse n'était point pour lui une faute qu'il devait punir, mais un profond mystère qu'il devait adorer sans chercher à l'approfondir (1). Il nous dit que ce fut l'Ange du Seigneur qui calma les anxiétés du saint époux par ces simples et sublimes paroles : a Joseph, fils de David,
(l) Cdat siltiiilo, ciijiis inijsterium nesciebaé , a dit saint Jélôine {In iMatth.), précédé par Origène et suivi par un grand nombre des Pères et des interprètes, dans cette appréciation de la conduite de saint Joseph dans une circonstance si délicate.
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« ne crains point de rester auprès de ton épouse. Car « ce qu'elle porte dans son sein est l'œuvre miracu- « leuse du Saint-Esprit. Elle enfantera un fds, auquel « tu imposeras le nom de JÉSUS (ou de Sauveur), parce « qu'il sauvera son peuple de ses péchés ; Joseph^ jlH (( David ^ noliiimere accipere Mariam conjvgem iuam^ « Quod eniin in ea natum est de Spiritu sancto est. Pa- (( riet autem filium^ et vocabis nomen ejus Jesum : l'pse « enim salvum faciet populum suum a peccaiis eorum (( {Maiih. i, 20 et ^1). » Et enfin le même Évangéliste a ajouté cette belle parole, que j'ai citée plus haut : (( Tout cela advint atin que s'accomplît cette prédic- (( tion que le Seigneur avait fait faire par son Pro (( phète : Voilà qu'une vierge concevra et enfantera « un fils qu'on appellera Emmanuel (1), c'est-à-dire : (( Dieu avec nous. »
Voici, dans ce peu de mots de la généalogie du Seigneur, la révélation claire, précise, magnifique que le
(1) Qu'on remarque bien ici que rien n'est [flus fréquent dans le style de l'Écriture que la figcre dite métonymie, par laquelle on dit : Telle chose S'APPELLERA pour signifier que telle chose SERA, car dans le langage de la vérité la chose est vraiment ce qu'on Vappelle. Ainsi donc, en disant que le Messie S'APPELLE- RAIT Emmanuel, le prophète a voulu dire qu'il SERAIT Emmanuel. De même, chez saint Luc, l'Ange en disant à Marie : « Celui « que vous concevrez sera appelé le fils de Dieu, » a voulu diio a qu'il serait le fils de Dieu. » Comme en lui disant, en parlant d'Elisabeth : « C'est le sixième mois de la grossesse de celle qui s'a/?- « pela stérile, » il voulut dire : « C'est le sixième mois de la gro.s- « sesse de celle qui était stériie. » Car on ne Vappelait stérile que parce qu'elle l'était en effet. C'est ainsi que Jésus-Christ n'est ap^ télé HoMME-DiEu ET FILS DE DiEU, quc parce qu'il est réellement tel.
premier des Evangélistes nous a faite de l'accomplissement, dans la personne de Marie, du grand prodige annonce depuis tant de siècles par Isaie, de la Vierge concevant et enfantant un lils sans cesser d'être vierge^ et de la vérité que Jésus, le fils de cette Vierge, est le vrai Messie, le Sauveur du monde, né d'une mère sans père dans le temps, comme il était né d'un père sans mère dès toute éternité , n'ayant que Marie seule pour principe de sa génération humaine, comme il n'a que le Père éternel pour principe de sa génération divine.
Saint Luc a été encore plus explicite. Dans son sublime et délicieux récit de l'Annonciation de Marie, non-seulement il a confirmé sur tous les points la révélation de saint Matthieu sur la virginité de la Mère et la divinité du Fils, mais il nous a, en quelque sorte, fait assister à l'accomplissement du grand sacrement de l'Incarnation, le secret de Dieu, l'énigm.e des Anges, la stupeur des siècles, le salut de l'univers. Il nous a représenté le môme Ange de Dieu qui a éclairé Joseph sur la grossesse mystérieuse de sa vierge épouse, apprenant à cette créature privilégiée qu'elle allait concevoir dans son sein le Fils unique de Dieu, la Sainteté par essence. Il nous a représenté le Saint-Esprit descendant sur Marie, et la Vertu divine du Très-Haut l'enveloppant en elle-même et lui conférant le privilège unique, qui n'appartient qu'à Dieu, d'engendrer un fils uniquement de sa propre substance. Il nous a représenté la conception humaine du VERBE, de la PAROLE éternelle, se réalisant par une parole de la Mère abîmée dans le sentiment de sa profonde
ou DIEU JALOUX DE TROUVER, ETC. 233
humilité : comme la conception divine du même Verbe se fait par une parole intérieure du Père se considérant lui-même dans ses perfections {Luc. ii).
Mais non content, lui non plus, de nous avoir ainsi éclairés , instruits et édifiés sur l'immaculée virginité de Marie, le même Evangéliste est revenu plus loin sur le même sujets et, par un tour de phrase différent de celui de saint Matthieu, il a proclamé avec la même évidence, mais d'une manière encore plus touchante, la même vérité. En commençant, comme je vous l'ai dit, par saint Joseph ; remontant de fils en père par soixante- dix -sept générations jusqu'à Adam, saint Luc a toujours indiqué, par la phrase : « Qui fut de 5 Qui fuit^ » chacun des personnages de cette longue généalogie par rapport à son père. Mais en parlant de Jésus, par rapport à saint Joseph, non-seulement il n'a pas fait usage de la même expression 5 non-seulement il n'a pas dit : Jésus QUI FUT DE JOSEPH , comme il a dit : « Joseph m frUéli, Héii fut de Mathat, Mathat fut de Lévi, )> et ainsi des autres jusqu'à Adam, dont il dit aussi « qu'il fut de Dieu, » mais il a dit formellement : Jésus, COMME ON LE CROYAIT , le fils de Joseph, qui le fut tZ'Héli, etc. Ainsi, on le voit encore, Joseph fut fils d'Héli, Héli fut fils de Mathat, etc. Mais quant à Jésus, saint Luc dit qu'il ne fut pas réellement, mais qu'il était seulement CRU le fils de Joseph 5 UT PUTABA- TUR filius Joseph. Rien donc dans cette généalogie du Christ par saint Luc n'est plus précis et plus clair que ce changement d'élocution par rapport à la personne seule de ce même Christ. C'est ainsi que cet Evan-
géliste a, lui aussi, établi que saint Joseph n'a été pour rien dans la génération temporelle du Verbe, et qu'en tant qu'homme, ce Verbe n'est que de la seule substance de la Mère : comme il n'est que de la seule substance du Père, en tant qu'il est Dieu.
Saint Marc, dans les trois mots dans lesquels il nous a donné la généalogie abrégée du Sauveur, a évidemment rendu hommage à ce même dogme. Car dire : « Commencement de l'Evangile de Jésus-Christ, FILS DE DIEU, » c'est dire : a Je vais écrire l'Évangile du Messie sauveur, dont toute la généalogie est renfermée dans ces paroles : (c Oescendanl de David, il a eu vraiment une mère , mais il n'a d'autre vrai père que Dieu. »
Il en est, enfin, de même de saint Jean. Après nous avoir tracé la généalogie divine du Verbe, il n'a dit, il est vrai, que cette seule parole, touchant sa généalogie humaine : « Et le Verbe s'est fait chair ; Et Verbum caro factura est ; » mais cette parole est immense. On n'a jamais, ni avant ni après saint Jean, exprimé d'une pareille manière la conception et la naissance de l'homme. On n'a jamais dit d'aucun homme : Et son âme s'est fait corps.
C'est, dira-t-on, parce qu'aucun homme n'a été le Verbe fait homme. C'est que le Verbe existait avant de se faire homme; tandis que Tâme humaine n'existe pas avant le corps. C'est, enfin, que dans l'homme l'âme seule n'est pas la personne, et que la personnalité humaine résulte de l'union de l'âme avec le corps ; tandis qu'en Jésus-Christ le Verbe seul était déjà une subsistance parfaite, une personne, avant l'Incarnation,
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et que cette personne divine du Verbe a été aussi la personne de l'homme servant de support à son humanité. En sorte que, d'après la vraie théologie et la vraie foi de l'incarnation, il y avait deux volontés parfaites en Jésus-Christ, et une seule personne. C'est cette profonde et magnifique doctrine que l'Evangéliste a renfermée dans cette étonnante parole qu'aucune langue n'avait jamais articulée, qu'aucune main n'avait jamais écrite : Et le Verbe s'est fait chair.
Tout cela est vrai. Mais n'est-il pas vrai aussi, et même évident que, par cette même phrase, l'Evangéliste a voulu dire que le Verbe, grande et ineffable SINGULARITÉ Aiym^isingulariter sum Ego) par rapport à sa substance et à sa génération éternelles, l'a été aussi par rapport à sa substance et à sa génération temporelles? N'est-il pas évident qu'en résumant avec tant de philosophie, dans ce peu de mots : et le Verbe s'est fait chair, l'histoire divine de Tlncarnation, que les autres Evangélistes nous avaient racontée tout au long, saint Jean a voulu nous dire que c'est ici une chose aussi singulière et aussi nouvelle que la phrase qui l'exprime? iN'est-il pas évident qu'en nous représentant par cette même phrase, si en dehors du langage humain, le Verbe comme préexistant à son Incarnation et comme s'étant lui-même revêtu de l'habit, lui-même cachésous renveloppederhumanité(l), a formellement exclu tout procédé ordinaire de l'accomplissement de ce mystère? Et le Verbe s'est fait chair
(l) « Et /la&i^w inventus ut homo [Philip, ii, 7). » « Gonscidisti « saccum meum et circumdedisti me leetitia [Psal. xxix, 12). »
signifie donc que le mélange de deux sangs différents^ la concupiscence de la chair et la volonté de l'homme^ dont le même Evangéliste avait, dans le verset précèdent , indiqué la misère et le désordre, n'ont eu aucune part à la nouvelle naissance par laquelle le Verbe est devenu homme et a habité parmi les hommes. Le Verbe s'est fait chair signifie qu'ayant vraiment pris la chair et le sang de l'homme, parce que les enfants qu'il est venu sauver étaient des hommes ayant de la chair et du sang(l), cependant il n'a pas été, même en tant qu'homme, engendré par l'homme, à la manière de tous les hommes. Et le Verbe s'est fait chair signifie, enfin, que cette chair qu'il a assumée, il l'a bien empruntée au même limon dont il avait jadis formé lui-même l'homme, afin d'être vrai homme comme il était vrai Dieu, mais que c'est lui-même qui l'a organisée en un corps humain ^ en d'autres termes, qu'elle ne lui a pas été fournie d'après les lois de la génération humaine, mais d'après un prodige de la puissance divine. Par celte parole : et le Verbe s'est fait chair, saint Jean a donc dit en termes djiîerents ce qu'avait déjà dit saint Matthieu : que Jésus-Christ est né dans le sein de Marie par fopération inelïable du Saint-Esprit ; Quod in ea naium est de Spiiitu sancto est; et ce qu'avait dit saint Luc : que l'Incarnation du Verbe a été fœuvre de la vertu de Dieu, celte seule manière de naître étant digne du SAINÏ par excellence, du Fils de Dieu; Virtus Aliissimi obumbrabit
(l) « Quia ergo pueri communicaverunt carni et tanguini, et Ipse « participavit eisdem [Hebr. n, 14). »
dU DIEU JALOUX DE TROIÎVEK, ETC. 2'.7
tibi. Quod ENÏM nascetur ex te SANCTUM, vocahifvr FJLIUS DEl {Luc, II).
C'est ainsi que les Evangélistes ont tous égalemeiU établi, dans les termes les plus clairs, les plus énergiques et les plus frappants, le beau et délicieux dogme, le dogme sublime et important de la conception pure et sainte du Verbe incarné , le dogme dans lequi 1 , comme l'a remarqué saint Bernard, la virginité i\<\ la Mère est une preuve sans réplique de la divinité ûw Fils. Car un tils Dieu ne pouvait avoir qu'une vierge pour mère, et une mère toujours vierge ne pouvait avoir qu'un Dieu pour son enfant (1) : afin qu'il y eût conformité, ressemblance, harmonie entre la généiation divine et la génération humaine du Verbe; ?S\u que celle-là fût le type et le modèle, celle-ci l'imitât' oî et le portrait, et qu'on pût appliquer indistinctement à l'une et à l'autre la grande parole du Prophète : Que la génération du Messie serait inénarrable, parce qu'elle serait inconcevable, et ne pourrait être exprimée par la parole, parce qu'elle n'aurait pu être comprise par l'esprit de l'homme; Generationem Ejus quis enarrabit (haï. LUI, 8)?
(1) 0 Talis partus conaruebat Virgini ut non pararct nisi Deum ; « ot ta'is nativitas decebat Deum, ut nonnisi de Virgine nasceretiir « [Senn. u de adv.). »
§ 6. On répond à cette objection : Puisque ce n'est que par Marie que Jésus-Christ descend de David, selon la chair ^ pourquoi donc les Èvangèlistes nous ont-ils donné la généalogie de saint Joseph plutôt que celle de Marie? — La généalogie de ]a sainte Vierge se trouve tracée dans celle de saint Joseph. — Il y est même établi que Marie, descendue des deux lignes de David, par son père et par sa mère, elle est la vraie fille de David dans tous les sens, et Jésus-Christ aussi.
Mais tout cela donne lieu à une grande objection, au sujet de ces généalogies que les Evangèlistes nous ont faites de notre divin Sauveur. Si, comme il est certain, d'après les Èvangèlistes eux-mêmes, que saint Joseph n'a été pour rien dans la génération humaine du Yerbe^ si, selon la belle expression de saint Matthieu, la naissance de Jésvs dans le sein de Marie n'a été quvn prodige du Samt-Esprit; Quod in ea natum, est de Sfiriiu sancto est; si Marie seule a fourni au Yerbe son humanité et en est en quelque sorte le père et la mère en même temps; il est évident que Jésus n'est le fils de David, et, par David, ^e fils d'Abraham, selon la chair, qu'en tant que la sainte Yierge a été ellemême la descendante, la fille de David; car ce n'est que par elle que le sang d'Abraham et de David a pu être transmis à Jésus-Christ pour en faire, ainsi qu'il avait été formellement prédit (4), leur vrai descendant, leur vrai fils. Si donc Marie n'a pas été la descendante de David, Jésus-Christ ne l'a pas été non plus, et par conséquent il n'a pas été le vrai Messie.
(1) » Dixit Deus ad Abraham : Benedicentur in semine tuo omnes « gentes terrae {Gen. xxii, 18). Juravit Dominus David veritatem : De « fructu ventris fui ponam super sedem tuam [Psal, cxxxi, 1 1). »
ou DIEU JALOUX DE TROUVER, ETC. 239
Car Tune des qualités distinctives du Messie, d'après la foi (1) des Juifs, fondée sur les prophéties, était que le Messie devait descendre de David. Telle était l'inaportance de constater que Marie était de la race de David. Pourquoi donc les Évangélistes nous ont -ils donné la généalogie de sainl Joseph, et nullement celle de Marie ^
C'est, répondent les Pères et les Interprètes résumés par le vénérable Bède, c'est que, d'un côté, il n'était pas d'usage chez les Juifs de faire la généalogie des femmes ; mais comme, de raui:re côté, d'après la loi qui veillait à la conservation et à ia d^'stinction des familles, les Juifs oe, prenaient leurs femmes que dans leur tribu et dans leur même parenté, il suffisait de dire qu'une telle femme était J'épouse d'un tel homme pour en conclure qu'elle était de sa même tribu, de sa même race, de sa même famille, car ce n'était qu'à cette condition qu'elle pouvait être son épouse. La généalogie de l'homme était donc en môme temps la généalogie de sa femme. Ainsi, en nous donnant saint Joseph comme le vrai descendant, le vrai Qls de David par Salomon ; Joseph fihi Dacid^ et en n'ajoutant que ce mot : a Joseph fut l'époux de Marie, de laquelle (( est né Jésus 5 Joseph virum Mariœ^ de qua natus est
(l) Un jour Je divin Sauveur ayant interrogé, en présence du peuple, les Scribes et les Pharisiens sur ce qu'ils pensaient du Messie, et de qui ils croyaient que le Messie devait être le fils , il en reçut cette réponse : Le Christ doit être le fils de David; Quid vobis videtur de Christo? Cujus filius estf Dicunt ei : David [Matth. xxii, 42). Tellement cette croyance était j universelle chez les Juifs.
(( Jésus, )) saint Matthieu nous a donné aussi la vraie généalogie de Marie ^ il a établi d'une manière claire et iDConleslable que Marie a été, elle aussi, de la race de David, et que par conséquent Jésus-Christ, son fils, l'a été aussi (1).
Tout cela est encore plus clair chez saint Luc. D'après cet Évangél-ste, qui a fait la généalogie du Sauveur, de David par Nathan . Joseph aurait été le iils d'Héli; Joseph, qui fuit Hèli. Mais si Joseph a été, d'après sa'nt Matthieu, le vrai fils naturel d^Q h.c oh -. Jacob auiem genuit Joseph^ il n'a pu être en même temps et dans le même sens le fils d'Héli ^ et il n'a pu être le fils d'Héli que dans un sens légal^ en tant qu'il a été son gendre et qu'Héh a été son beau-père. Mais en nous disant que Joseph a été le ^\h-gendre d'Héli, saint Luc nous a dit que c'est l'épouse de Joseph, la sainte Yierge, qui a été la vraie fille naturelle d'Hé'i ; et par conséquent il nous a dit aussi que par Héli, son vrai père, Marie descendait en ligne droite de David par Nathan. Le mot Héli, comme fa si bien prouvé FAlapide, d'après saint Hilaire et les rabbins juifs euxmêmes, n'est que le nom d'Eliachim ou de Joachim syncopé (2). Par ce mot de saint Luc : Joseph fut
(1) « De domo David. Non solum ad Joseph, sed et ad Virginem #t hoc est ieferendum : Legis enim erat piaeceptum ut de sua quis- <( que tiibu et familia nxoreni duceret (Beda, Comm. in Luc). »
(2) « Heli, per apocopen, idem est qui Eliachim sive Joachitn. (f Sic Joachim ex Juda vocatur Eliach'm (IV Reg. xxiii, 34 ; et II Pa- « ralïp. XXXVI, 4); ac Eliachim pontifex vacatur Joachim {Judith, u IV, 1 1). Sicut enim Tehova vel Jo in Joachim est nomen Dei ; sic n et El est nomen Dci in nomine Eliachim. lia Uabbini et Ililarius « (A Lapide, în III Luc). »
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d'Hèli, nous apprenons donc que la sainte Vierge était fille de saint Joachim, et que par lui elle descendait en ligne droite de David par Nathan.
Il est certain aussi, par la tradition que des écrivains contemporains et disciples des Apôtres nous ont conservée (1), que sainte Anne, la mère de la sainte Vierge, était, elle aussi, sœur de Jacob, que saint Matthieu donne pour père à saint Joseph. Conséquemment, sainte Anne était la tante de saint Joseph -, saint Joseph était le cousin germain de la sainte Vierge, et c'est à ce titre d'être son parent qu'il est devenu son époux. Mais en même temps, saint Joseph, par Jacob son père-, et Marie, par sainte Anne sa mère, étant tous les deux pecits-fils de Mathan, descendaient également en ligne droite de David par Salomon (2). Donc saint Joseph ne descendait de David que par Jacob son père; tandis que la sainte Vierge, tout en descendant de David, comme saint Joseph, par sainte Anne sa mère, descendait aussi de David par saint Joachim son père. Ce n'est donc que dans la sainte Vierge que.^ par le mariage de sainte Anne descendant de David par Salomoi avec saint Joachim descendant aussi de David par Nathan, se sont réunies et se sont terminées les deux grandes lignes de la race de David, la hgne par Salomon et la ligne par Nathan. C'est la sainte Vierge qui a élé, à un double titre, du côté malernel aussi bien que du côté paternel, la vraie descendante, la vraie fille de David.
(1) Voyez Cornélius a Lapide sur le jn** chapitre de saint Luc.
(2) Voyez la table des généalogies, la généalogie (4).
Mais, nous le répétons, cette auguste Vierge a été elle seule la mère et, en quelque sorte, môme le père de Jésus-Christ. Nous apprenons donc par ces généalogies que Jésus-Christ est le vrai descendant, le vrai fils de David selon l'humanité-, que c'est en lui aussi que se sont concentrées les deux hgnes de David, qui avait perpétué la race d'Abraham ; que c'est en lui que cette race, qui n'a existé que par lui, s'est terminée, sous les rapports du sang, mais pour renaître en Lui et par Lui, sous les rapports de l'esprit, de la foi et de la grâce 5 et renouvelée ainsi, ennoblie et divinisée en Lui et par Lui, se propager comme il avait été prédit à Abraham, par tout le monde, pour ne finir qu'avec le monde.
Par là nous voyons clair, comme Va remarqué saint Augustin, dans la pensée des Évangéhstes. Saint Matthieu ayant formellement déclaré que saint Joseph n'a pas engendré le Christ, et saint Luc ayant, de son côté, affirmé que Joseph n'en était que le père putatif, ce qu'il importait, c'était de nous donner la généalogie de Mtirie, la vraie mère de Jésus, et non pas celle de Joseph, qui n'en éta-t pas le père. Et c'est ce qu'ont fa't les historiens sacrés. Ayant Ta'r de ne nous faire que la généalogie de Joseph, pour s'accommoder aux usages reçus du temps, ils ne nous ont donné et n'ont voulu nous donner que la généalogie de la sainte Vierge, et par cette généalogie de la mère, celle du Fils de Dieu fait chair. Leurs généalogies n'ont pu avoir et n'ont eu en effet d'autre hut(l).
(1) « Cum prœmisisset Joseph non esse ver um Patrem Christi,
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§ 7. Moraliié à t'rcr du cboix que Dieu a fiîii: des hommes qui devaient être les ancêtres de Jésus-Christ. — Sainteté des Patriarches antédiluviens et de ceux des temps moyens, aïeuls du Seigneur.— Ëloge qu'en a fait I'Ecclésiastiquë. — Sainteté de saint Joachim et de sainte Anne. — Les parents de la sainte Vierge, mère de Dieu.
Mais n'allez pas croire, mes frères, que les hautes et importantes explications que j'ai dû vous donner sur les généalogies du Seigneur m'aient fait oublier le but moral que je me suis proposé dans cette Homélie, d'exciter en vous l'estime et l'amour de la sainteté, dont Dieu réclame de ses serviteurs la pratique constante et sév^ère; Sancii esfote, quia Ego sanctus sum [Levit, XI, 44 ç^iXPeir. i, 16). Tout ce que vous venez d'entendre n'est, au contraire, qu'une belle et éloquente exhortation à la sainteté.
Quels sont en effet les personnages que, d'après l'Évangile, Dieu a donnés pour aïeuls à son Fils unique devant se faire homme pour sauver l'homme? Pour ce qui regarde les temps antédiluviens , nous sommes avertis que notre Sauveur n'est pas descendu de la race maudite de Gain, race dont le chef avait trempé ses mains dans le sang de son frère , rt ce qui, en poursuivant avec un empressement aveugle les avantages
« sed tantum putativum , non erat ratio cur Josephi genealo- « gia âtatim subjungeret, sed potius prosapiam B. Virginis, et « Christi, secundum carnem, hanc enim scriberc intendit Lucas, « œque ac Matthœus ; atque hic est finis et scopus ger.ealogiœ utrius- « que [Quœstion. Vet. et Nov. Testant., lib. I, quœst. 56 et 11b. Il, « quœst. 6). »
de la vie matérielle, finit par corrompre la vérité du dogme, la pureté de la morale, s'enfonça dans les jouissances de la chair, établit le règne de l'hommechair sur les ruines de l'homme-esprii (1), et se rendit coupable de ces monstruosités du crime qui n'ont pu être effacées que par les eaux vengeresses du déluge. Nous sommes avertis que le divin Sauveur est descendu de la race bénite de Seth (2)^ race par laquelle a été pour la première ^ois fixé sur la terre le culte public du Seigneur (3); race à laquelle la ferveur de la foi et la pureté des mœurs mérita le surnom de la race des enfants de Dieu • race chez laquelle se conserva toujours intact le précieux dépôt de la révélation primitive, de la vraie loi de justice, dont les huit grands Patriarches qui se la transmirent jusqu'à Noé, et qui tous sont indiqués comme les ancêtres du Messie, furent les crieurs zélés (4), c'est-à-dire les pontifes, les apôtres, les docteurs et même les martyrs; race enfin qui, dans la personne de ce même Noé, rhomme juste et parfait par excellence, marchant toujours avec Dieu, a donné au genre humain un nouvel Adam qui l'a relevé de sa destruction, un archiviste fidèle de ses titres primordiaux, de son origine divine, de ses malheurs et de ses espérances, et un dépositaire
(1) '< Non permanebit spiritus meus in homine, quia Caro est '< Gen. vj). »
(2) Voyez n la table généalogique la généalogie (2).
(3) Seth natus est filius, qucm vocavit Enos : iste cœpit invo- « carenomen Domini {Gen. w, 26). »
(4) <( Octavum, Noë Justitiae prœconem custodivit(n Petr. r, 5).»
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infaillible de son plus riche patrimoine, le patrimoine de la religion-vérité (1). En un mot, nous sommes avertis par TEvangile que notre divin Sauveur n'a eu pour ses aïeuls particuliers, dans ces premiers temps, que Seth et Sem, les plus saints parmi les fils des deux pères de la race humaine, et qui, d'après l'Écriture, se sont élevés au-dessus de toute la race d'Adam par la gloire de !a sainteté (2).
Pour ce qui regarde les temps moyens, les Évangélistes ont eu soin de nous apprendre que notre Rédempteur n'a eu pour ses pères qu'Abraham et David, les chefs de la race choisie, chez laquelle seulement la connaissance et le culte du vrai Dieu et l'héritage de la foi, de la justice et de la sainteté se sont conservés toujours purs au milieu des ténèbres de l'idolâtrie et de la corruption épouvantable des mœurs, qui avaient enveloppé presque toute la terre. Les Évangélistes ont eu soin de nous apprendre que, à quelques exceptions près (3), la généalogie de notre Seigneur ne s'est composée que de i:out ce que, pendant vingt siècles, il y eut au monde de plus saint et de plus vertueux. Ce sont ces vénérables Patriarches, ces chefs si saints du
(j) « Noë vir justus atque perfectus cum Deo ambulavit [Gen. vi). « Ideo dimissum est reliquum terrœ, cum factum est diluvium. Tes- « tamenta saeculi posita sunt apud illum (EccU. xliv, 18 et 19). »
(2) « Seth et Sem apud homines gloriam adepti sunt, et super « omnem animam in origine Adam {Eccli. xlix, 19). »
(3) Jésus-Christ, dit saint Augustin, n'a voulu admettre même des pécheurs (qui pour la plupart se sont convertis), parmi ses Pères, qu'afln de faire savoir d'avance au monde qu'il serait venu nonseulement pour les Justes, mais encore pour les pécheurs.
peuple de Dieu, ces grands pontifes, ces pieux rois et ces prophètes si zélés dont l'auteur sacré de TEcclésiASTiQUE, avant de tracer ^e panégyrique le plus brillant de chacun d'eux en particulier dans les huit derniers chapitres de son livre (cap. xliv-lij, a chanté dans ces magnifiques termes les grandeurs et les gloires communes à tous :
« Louons les hommes glorieux, nos pères, dans leur « descendance, dont la gloire n'a été qu'un grand « éclat de la magnificence de Dieu. Ils ont été à la tête (( des peuples, mais ils les ont dominés moins par la (( force que par la grandeur de la vertu et de la pru- « dence, en exerçanl le beau rôle d'être leurs institu- « teurs, et apparaissant dans toute la dignité des pro- (( phètes. En elîet, le premier usage qu'ils ont fait de (( leur autorité sur les nations a été de les édifier par (( leur prudence et par leur vertu, et de leur prêcher <( les 'paroles très-saintes. Ils ont mis aussi une grande (( habileté à donner des tours harmonieuxàleurs paroles (( dans l'exposition des oracles des Ecritures. Ils ont K fait consister leur principale richesse dans la posses- « sion de la vertu, et leur amour du beau en introduiu sant l'ordre el la paix dans leurs rdtnilles. Il n'est « donc pas étonnant qu'après avoir été tant loués « pendant leur vie , la gloire les ait toujours suivis (( dans leurs générations, et qu'ils soient restés, après (( leur mort , les vraies gloires de leur nation dans <( leur race. Ceux qui sont nés d'eux leur ont ressem- (( blé, et ont laissé eux aussi après eux des titres légi- (( times à la louange. Et tandis que tant d'autres per- (c sonnages n'ont laissé d'eux aucun souvenir, mais
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(c sont nés comme s'ils ne fussent pas nés, sont morts « comme s'ils n'eussent jamais vécu et leurs fils ont « été enveloppés dans le même oubli, nos grands liom- « mes, au contraire, ayant été avant tout des hommes (c de miséricorde, leur piété leur a survécu. Le bien (( qu'ils ont fait s'est perpétué par leurs enfants. Leurs (C neveux sont un saint héritage -, car leur race est de- « meurée attachée aux croyances traditionnelles, leurs (( fils restent éternellement à cause d'eux ^ leur gloire « et leur descendance ne s'effaceront jamais. Leurs (( corps dorment dans la paix du tombeau, mais leurs (( noms toujours vivants passent de génération en gé- (( nération. Que les peuples ne cessent donc de se rate conter, en l'admirant, leur sagesse, et que l'Eglise « répète toujours leur é'oge {Eccli, xlv, 4-13). »
Enfin, dans les derniers temps, qui ont été les Pères du Seigneur.? Son grand -père a été saint Joachim, rhomme , d'après les traditions de l'Église, le plus pieux, le plus pur, le plus charitable, le père des pauvres de son temps (1). Sa grand'mère a été sainte Anne, cette femme incomparable dont l'ancienne Anne, la mère de Samuel, ne fut que la prophétie et la figure, et qui, héritière de sa foi et de son dévouement comme de son nom, se hâta, aussitôt qu'elle l'eut reçue, d'amener au temple, d'offrir son unique enfant, cette enfant de prières, de grâce et de bénédiction que Dieu lui avait accordée dans sa vieillesse; de l'offrir,
(l) Voyez la liturgie du jour de la fête de saint Joachim, qui se célèbre le dimanche entre l'octave de l'Assomption de son auguste Fille.
de la consacrer, ou, selon la belle expression de l'Ecriture, de fréter au Seigneur cette fille du prodige (i), afin qu'il accomplît sur Elle les desseins de sa miséricorde pour le salut du monde (2).
§ 8. Continuation du même sujet. — Les femmes du Temple. — Sainteté d'ANNE la prophétesse et de Siméon, tuteurs et gardiens de la sainte Vierge. — Sainteté de Marie elle-même et de son vierge époux Joseph. — Dieu ne pouvait mieux signaler son amour pour la sainteté qu'en donnant de tels ancêtres et de tels parents à son Fils.
Mais il paraît que, par sa présentation au Temple^ Tauguste petite Marie ne fit que passer des mains de sainte Anne dans les mains d'une autre sainte Anne, et qu'elle ne perdit rien au change.
11 y avait tout près du temple, et même faisant partie des grands et nombreux édifices qui y étaient attachés, des habitations destinées aux femmes. C'étaient
(1) « Adduxlt eum secum ad Domum Domini in Silo. Puer autem « erat adhuc infantulus; et ait Anna : Pro puero isto oravi, et « dédit mihi Dominus petitionem meam ; idcirco et ego commo- « davi eum Domino, omnibus diebus (I Reg. i), »
(2) Il faut dire qu'après sa mort le nom de sainte Anne soit resté en grande vénération à Jérusalem , car il est certain que les premiers chrétiens lui érigèrent une chapelle. C'était sa propre maison, où était née la sainte Vierge , que les chrétiens changèrent en église. C'est aussi cette Église de sainte Anne, à Jérusalem, dont le sultan Saladin avait fait une mosquée et que le sultan actuel, pour faire plaisir à la France, vient de rendre aux catholiques. N'esl-il donc pas singulier que cette maison sacrée, où s'était accompli le mystère de I'Immaculée conception, soit rendu au culte, immédiatement après que cette constante et universelle croyance de l'Église a été convertie en dogme pour tous les chrétiens.^
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(les vierges ou des jeunes veuves qui avaient été consacrées par leurs pieux parents ou qui s'étaient consacrées elles-mêmes à Dieu pour le servir dans sa Maison sainte. Elles étaient chargées de la prière perpétuelle, comme nos Adoratrices perpétuelles ^ pendant la nuit et pendant le jour(l); elles accueillaient et assistaient les femmes du dehors qui se rendaient au temple pour y accomplir les prescriptions de la loi -, c'était donc à peu près ce qu'ont été les diaconesses chrétiennes de la primitive Église (2).
Anne était de ce nombre, et même, à ce qu'il paraît, leur supérieure, à cause de son grand âge, de ses vertus et des dons extraordinaires dont Dieu l'avait comhlée. C'était, d'après saint Luc, une femme distinguée, lille de Phanuel, de la tribu d'Aser, qui, restée veuve à vingt-deux ans, refusant tout autre engagement, s'était, dans la fleur de l'âge, adonnée au service du Seigneur dans le temple. La pratique du jeûne lui était habituelle, la prière était ses continuelles délices, toute sa vie n'était qu'un sacritice; jour et nuit elle n'était occupée que de la louange et du service de Dieu, elle ne sortait jamais du temple. Il n'est donc pas extraordinaire que le Seigneur, pour la récompenser d'une vie si fervente et si pure, lui ait accordé, entre autres dons, celui de la prophétie, qui l'avait rendue célèbre parmi les Juifs au point qu'on l'appelait Anne la prophétesse(3),
(1) c'est à quoi paraît faire allusion saint Luc par les mots : Serviens nocteac die.
('^) Voyez l'Alapide sur le chap. ii de saint Luc. (3) « Erat autemÀNNA prophetissa, filia Fhanuel, de tribu Aser.
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C'est cette femme heureuse et sainte qui, d'après saint Luc, à l'heure qui lui était destinée pour y remplir ses fonctions au temple, s'y rencontra avec la sainte Vierge, le jour et à l'heure même où cette Mère de Dieu s'y était rendue, en compagnie de saint Joseph, pour y offrir à Dieu son divin Fils, et, avec une humilité toute nouvelle jusque-là, y accomplir la loi de la purification (1), qui n'était pas instituée pour elle, la Pureté même n'ayant aucun besoin d'être purifiée î
Siméon, ce saint prêtre, le modèle le plus parfait de la justice et de la crainte de Dieu; ce vieillard vénérable à qui le Saint-Esprit, qui résidait en lui, avait prédit qu'il ne mourrait pas qu'il n'eût vu TOint du Seigneur, le Messie, et qui ne tenait plus à la vie que par le désir de voir l'accomplissement de cette prophétie et par l'attente de voir la Consolation d'Israël (2), Siméon, dis-je, s'étant trouvé, lui aussi, par une inspiration divine, ce jour-là, dans le temple, y avait reconnu le Christ dans les bras de la sainte Vierge -, l'avait pris
a Hœc processerat in diebus multis, et vixerat ciim viro suo septem « annos a virginitate sua ; et hœc vidua usque ad annos octoginta o quatuor; quae non discedebat de templo, jejuniis et obsecrationi- « busserviens nocte acdie {Luc. u, 36 et 3î). »
(1 j « C-um inducerent puerum Jesum (in templum) parentes ejus, « ut facerent secundum consuetudinem legis pro eo... Hœc (Anna), « ipsahora superveniens, confitebatur Domino {Ibid. ii, 27 et 38).);
(2) « Et ecce homo erat in Jérusalem, cui nomen Siméon et homo « istejustus et timoratus, expectans consolationem Israël; etSpiritus « sanclus erat in eo. Et responsum acceperat a Spiritu sancto non « visurum se mortem nisi prius videret Christum Domini {Ibid. « 25, 26). »
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dans les siens ; avait, par son court et sublime cantique, remercié Dieu de l'avoir fait digne de serrer sur son cœur ce Messie (1), dont les plus grands patriarches, Abraham, Isaac, Jacob, Moïse, David, n'avaient pu que saluer et adorer de loin la venue (2). Il l'avait proclamé tout haut et indiqué au peuple comme l'objet de sa longue attente et de ses dernières espérances, comme la lumière des nations, la gloire d'Israël et le salut du monde (3). Et en se tournant vers Marie, en vrai prophète de Dieu, lisant dans l'avenir comme s'il lui eût été présent, il avait fait d'avance, en quelques mots, l'histoire complète de la vie mystérieuse de ce divin Enfant et du martyre de sa Mère (4).
Eh bien, Siméon n'avait pas terminé sa prophétie, qu'Anne pressant, à ce qu'il paraît, elle aussi, dans ses bras défaillants le Fils de Marie, et faisant écho aux paroles de Siméon, se mit à prophétiser à son tour et à prêcher le Messie déjà venu pour tous ceux qui attendaient la rédemption d'Israël. Dans ce tendre Enfant, enveloppé en de pauvres langes et assujetti aux misères de l'humanité, elle reconnut et annonça le Sei- G?^EUR, le Fils de Dieu, et exhorta tout le monde à
(1) « Et venit, in Spiritu in templum... Et ipse accepit eum in « ulnas suas et benedixit Deum [Luc. ii, 28). »
(2) « Defuncti sunt... non acceptis repromissiouibus, sed a longe " eas aspicientes et salutantes {Hebr. xi, 13). »
(3) « Et dixit : Nunc dimittis, etc. [Luc. ii, 29). »
(4) « Et dixit ad Mariam matrem ejus : Ecce positus est Hic in « ruinam et resurrectionem multorum in Israël : et in signam cui « contradicetur ; et tuam ipsius aniniani pertransibit gladius [lOid. « 34, 35). »
ii'j2 IIOiAIÉLlE IV. — LES PARENTS DU SEIGNEUR
croire en lui (1). Oh ! qu'il a été beau, ce témoignage public, éclatant, sortant du cœur d'une femme, sur la divinité de Jésus-Christ encore enfant!
Anne avait environ soixante-huit ans, lorsque la sainte Vierge fut, par ses saints parents, déposée au temple et consacrée au Seigneur. D'après un interprète (F. Lucas), Anne était aussi à la tête des veuves qui demeuraient dans le temple et étaient chargées d'instruire dans la loi de Dieu les jeunes filles qu'on y élevait, et de les former dans la vraie piété. C'est donc à cette admirable femme, si sainte et si remplie de Dieu, que, très-probablement, fut confiée la sainte Vierge 5 c'est elle qui, avec les sentiments de la plus tendre mère et de la servante la plus respectueuse et la plus dévouée, l'assista tout le temps que la Vierge immaculée passa au temple.
Il est aussi très-raisonnable de croire que Siméon, Je plus saint des prêtres, comme Anne a été la plus sainte des femmes attachées au sanctuaire, ait partagé ses soins pieux dans la garde et l'assistance de la future Mère de Dieu, comme plus tard il partagea le zèle d'Anne à reconnaître et à annoncer le Fils de Dieu.
Voilà donc les parents, les tuteurs, les gardiens que Dieu avait ménagés à la Mère de son Fils.
Et cette divine Mère elle-même, comment a-t-elle été préparée pour être un jour à la hauteur de sa dignité? Par une exception unique à la loi du péché originel, qui a souillé toute la race d'Adam, Dieu en a
(1) « Anna prophetissa... confitebatur Domino, et loquebatur de « illo omnibus expeclantibus redemptionem Israël [Ibid. 38). >»
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préservé Celle qui devait porter dans son sein le Verbe incarné, afin qu'il n'y eût la moindre tache même passagère dans cet auguste tabernacle vivant du Très- Haut. Non-seulement il la sanctifia avant sa naissance, mais il f enrichit dès son premier instant de toute la magnificence de la sainteté (1). Il la combla de grâce autant qu'une pure créature est capable d'en recevoir^ il la convertit en une chose toute sainte, toute à lui, ne vivant que de lui et avec lui (2). Il en fit le prodige de toutes les perfections, le chef-d'œuvre de sa puissance et de sa bonté, n'ayant au-dessus de lui que son propre Auteur (3).
Choisie pour être l'épouse du Saint-Esprit, et n'ayant pas besoin du concours de l'homme pour devenir la mère auguste de Dieu, Marie avait cependant besoin d'un époux homme, vierge lui aussi comme elle, qui l'assistât dans ses besoins, qui soignât comme un père le Fruit béni de ses entrailles^ et qui fut en même temps le voile de sa maternité miraculeuse, et le témoin et le gardien de sa virginité. Or^ qui a été l'homme sur lequel Dieu fit tomber son choix pour en faire son représentant terrestre, sa providence visible à f égard de son propre Fils et de sa divine Mère ? Est-ce un grand et puissant prince? est-ce Fempereur romain, le maître du monde? Pas du tout 5 mais un pauvre artisan que, quoique l'héritier légitime du sceptre de
(1) « Sanctiûcavit tabernaculum suum Altissimus(P6'a^. xlv, 6). '( Magnificeutia in sanctiiicatione ejas (P^rti. xcv, 6). »
(2) « Gratia plena ; Dominas tecum [Luc. h). »
(3) « Opus quod solus Opifex supergrcdiiur (S. Ber.).»
25 i HOMÉLIE IV. LES PARENTS DU SEIGNEUR
David, les vicissitudes politiques du peuple de Dieu avaient réduit à vivre du travail de ses mains. Mais cet homme, si au-dessous de tous les hommes par la modestie de sa condition, tenait le premier rang aux yeux de Dieu par la sublimité de sa vertu. Dans un temps où , par l'ambition de concourir à la naissance du Messie, le célibat volontaire avait chez les Juifs quelque chose de honteux, spécialement pour les hommes, Joseph, selon saint Jérôme {Conto\ Hehidium)^ s'était, par un vœu solennel, engagé à vivre dans la virginité. C'était un prodige de justice, de piété et de religion ^ .c'était l'homme le plus pur, le plus saint qu'il y avait sur la terre ^ c'était en quelque sorte moins un homme qu'un ange revêtu de membres humains, afm de réaliser le prodige qu'Isaïe avait annoncé comme devant s'accomplir au temps du Messie, le prodige du jeune HOMME HABITANT AVEC LA ViERGE, saus quc Icur. virginité courût aucun risque ; Hahiiabit enim juvenis cum Virgine {Isdie^ LXii, 5). C'est l'homme que Dieu choisit pour en faire le père putatif du Yerbe incarné.
Voilà ce qu'ont été les parents du Seigneur en ligne ascendante. On le voit , ceux-ci n'ont eu l'insigne privilège de former l'arbre généalogique du divin Sauveur, selon l'humanité, que parce qu'ils ont été des Saints ; ils n'ont eu le Saint-Esprit pour panégyriste, qu'au titre de la sainteté 5 ils forment moins une série de générations humaines, qu'une génération divine, dans laquelle et par laquelle s'est toujours reproduite et perpétuée la vraie foi et la vraie vertu. On le voit, dans ceux même dont Dieu fait les plus proches parents de son Fils, dans Marie et Joseph, Dieu a tout
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permis, excepté le péché. Il a permis que les nobles filles de Sion aient rougi de Celle que le Messie devait avoir pour sa mère, à cause de sa pauvreté. Il a permis qu'elle fût appelée avec une sorte de dédain la petite Marie, la femme du charpentier. Il a permis que l'humihation, la pauvreté, la douleur fussent le partage de ces deux âmes sublimes qu'il aimait au-dessus de toutes les autres créatures. Ce qu'il n'a pas permis, c'est qu'ils fussent un seul instant privés de l'apanage de l'innocence et de la sainteté. L'unique précaution qu'il a prise à leur égard a été d'en faire des Saints, et même les plus grands Saints qu'il était possible d'en faire ; et par cela seulement il a cru en avoir fait assez pour les rendre dignes de lui. L'unique soin qu'il a eu, c'est qu'ils fussent tous les deux purs d'une pureté à éclipser la pureté des anges ; qu'ils fussent tous les deux vierges, afin de former, par les lis entrelacés de leur virginité et entourés des fleurs de toutes les autres vertus, le berceau où la fleur nazaréenne devait se reposer^ et encore, par cela seulement il a cru avoir assez pourvu à la dignité de son Fils et lui avoir préparé une habitation en harmonie avec le sein éternel où il l'engendre , de toute éternité , au milieu des splendeurs des Saints,
Or, je vous le demande, pouvait-il, notre Dieu, signaler d'une manière plus éclatante son indifférence ou son mépris pour ce qui n'est pas saint, et le prix qu'il attache à la sainteté? pouvait-il se montrer plus jaloux de l'ornement et du mérite de la sainteté? pouvait-il nous dire d'une manière plus éloquente qu'on ne peut plaire au Dieu saint que par la sain-
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teté ; Sancti eslote^ quia sanctus sum ego Dominus ? C'est la grande leçon que notre Sauveur nous a donnée par les parents qu'il s'est donnés avant sa naissance. Mais c'est aussi la leçon qu'il nous répète par les parents dont il s'est plu à s'entourer pendant sa vie, et c'est ce que nous allons voir dans notre seconde partie.