LES PARENTS DU SEIGNEUR PENDANT SA VIE
§ 9. Les oncles, les cousins, les frères et les sœurs de Jésus-Chrisl. — Sainteté de Zacharie. — Le cantique Benedictus. — Sainteté d'Elisabeth, sa foi. — Elle a été la première a connaître el à proclamer la maternité divine de Marie. — Saint Jean-Baptiste et ses grandeurs.
ouLEZ-vous savoir, dit l'Ecriture sainte, ce que sont de bons parents? Regardez ce que sont leurs enfants; In filiis suis agnoscihir vir {Eccli. xi, 30). La sagesse et la sainteté des fils est le vrai éloge de leurs pères; Filius sapiens^ docrina patris (^P rov ,\m^ 1). D'après cette règle, nous devons conclure que Mathan, l'avant-dernier rejeton de la race de David par Salomon, a été, saint Joachim et saint Joseph exceptés, le plus saint et le plus heureux de tous les pères. Outre Jacob, le père de saint Joseph, et sainte Anne, l'épouse d'Héh et la mère de la sainte Vierge, ce Mathan eut encore une lille appelée Sobé(l), qui engendra sainte Elisabeth, la
(l) Voyez à la Table des généalogies, la généalogie (4).
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femme de Zacharie et la mère de Jean-Baptiste le Précurseur.
Outre saint Joseph, Jacob eut à son tour un autre fils du nom de Cléophas ou Alphée.
Ce Cléophas prit pour sa femme celle que rÉvangile appelle Marie de Cléophas-, et les fruits de ce mariage furent deux filles, Salomé et Marie, surnommées, d'après d'autres auteurs, Esther et Thamar, et quatre fils : Jacques, Joseph, Juda-Thaddée et Siméon.
Enfin Salomé, mariée à Zébédée, eut, comme nous l'avons vu déjà, Jacques et Jean l'Evangéliste pour ses enfants.
Ainsi, fille de Sobé la sœur de sainte Anne, sainte Ehsabeth a été la cousine germaine de la mère de Dieu et la tante du Seigneur. Son fils, Jean-Baptiste, a été le petit-cousin du même Seigneur. Et par alhance Zacharie, l'époux d'Elisabeth, a été, lui aussi, le cousin de la sainte Vierge et l'oncle du Sauveur.
La sainte Vierge eut encore une parente, c'est Marie de Cléophas, que, d'après l'usage commun chez les Juifs, l'Evangile appelle « la sœur de la mère de « Jésus; Et soror matris Ejus Maria Cleophœ (Joa7i. « XIX, 25)-, » tandis qu'elle n'en était que ia belle-sœur par alliance, en tant que femme de Cléophas le frère de saint Joseph, et par conséquent l'oncle lui encore de Jésus-Christ. Car, en vertu de son vrai et légitime mariage avec la sainte Vierge, sans être le père du Seigneur, saint Joseph, Dieu l'ayant ainsi voulu, n'en avait pas moins, à l'égard de ce Fruit béoi qui avait, même sans son concours, germé dans une terre vierge de sa propriété, les droits, les devoirs et les rap-
ports de parenté résultant d'une paternité véritable.
Par conséquent encore, les six enfants de Cléophas, le frère de son père putatif, étaient de vrais cousins germains du Sauveur, et ce sont ceux qui dans l'Évangile sont dits ses frères et ses sœurs {Luc, viii, 20 et alibi), parce que les Juifs appelaient ainsi les cousins germains fils de deux frères (1).
Yoilà quels ont été les plus proches parents de notre divin Sauveur selon la chair. Mais les avoir nommés, c'est en avoir fait l'éloge. Et en effet, est-ce que le nom de Zacharie, le père fortuné du Précurseur et
(l) Nous faisons ici celte remarque, pour prémunir ceux de nos lecteurs qui pourraient en avoir besoin, contre le blasphème des modernes incrédules qui, l'Évangile à la main, enseignent que la sainte Vierge a eu de saint Joseph d'autres enfants et ce sont ceux que l'Évangile nomme les frères et les sœurs du Seigneur. Oui, blasphème horrible, nous le répétons, que l'incrédulité ne puise que dans son ignorance de l'Écriture, dans la platitude et la corruption des pensées qui lui sont habituelles, et dans sa haine satanique contre les grandeurs de la Mère de Dieu et de son divin Fils lui-même. Car il est de foi que, vierge avant son enfantement miraculeux, celte divine Mère est restée vierge dans cet enfantement et après cet enfantement; Virgo ante partwn, virgo in partu, virgo post parfum; et que ce Temple vivant de l'intacte pudeur où le Seigneur a daigné séjourner corporellement n'a pas souffert la moindre altération dans sa mystérieuse intégrité ; Post partum virgo inviolata permansisti. Ce blasphème , du reste , n'est pas nouveau. Un nommé Helvidius, dont l'ignorance des choses saintes était à la hauteur de la témérité de ses doctrines et de la honte de ses mœurs, au quatrième siècle, l'avait articulé à Rome même. Ce qui nous a valu le savant et vigoureux opuscule par lequel le grand Docteur saint Jérôme [Hier, contr. Helvid.) a fait justice de cette abominable hérésie, et l'a anéantie par des arguments sans réplique et par le ridicule.
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l'oncle du Seigneur, ne rappelle pas le vrai prêtre, le prêtre parfait que Dieu aimait, que le ciel comblait de ses faveurs, à qui les Anges faisaient part des plus grands desseins de Dieu, et que le peuple environnait des sentiments et des témoignages du plus grand intérêt et de la plus profonde vénération (Lwc. i)? Sa longue vie , à laquelle il avait été impossible de faire le moindre reproche ou d'y apercevoir la plus petite tache {Ihid.)^ ne s'était passée que dans la pratique de la justice la plus exacte, de tous les grands devoirs et de toutes les vertus exceptionnelles de son saint état. 11 avait réalisé d'avance le mystère de cette vie intérieure dont plus tard saint Paul a peint à grands traits la perfection, la beauté, le charme, et par laquelle, encore pèlerin de Dieu sur la terre, l'homme est initié à la conversation et aux secrets du ciel {Phili'p, m, 20). Il nous a laissé du reste un beau document de l'élévation de son esprit, de la tendresse de son cœur, de la sublimité de son inspiration prophétique de la connaissance intime que Dieu lui avait donnée de ses mystères, dans ce magnifique cantique (le Benedictus Dominus Deus Israël) où, le jour de la naissance miraculeuse de Jean son fils, ravi, saisi d'admiration et rempli du Saint- Esprit qui l'inspirait {Luc. i), il a résumé en douze versets toutes les anciennes prophéties^ il a chanté dans le style de la plus haute poésie les grandeurs et les tendresses de la miséricorde de Dieu pour l'homme, et, six mois avant que Gabriel en fît la manifestation à Marie , *il a présenté comme accompli le mystère de rincarnation. Oh! qu'il est beau, qu'il est sublime et touchant ce cantique par lequel ce dernier des Pro-
phètes a clos l'Ancien Testament, et a fait en quelque sorte la préface du Nouveau. C'est pourquoi l'Église le chante tous les jours à l'heure où elle offre à Dieu le premier tribut de ses louanges, de ses bénédictions et de ses prières (aux Laudes)\ c'est pour cela aussi que l'Eglise le répète à toutes les occasions, pour répandre les consolations de l'espérance dans le cœur des vivants et pour soulager les âmes des morts \ c'est pourquoi enfin l'Église en fait ses déhces, aussi bien que du cantique encore plus sublime et plus touchant de la sainte Vierge (le Magnificat).
Il paraîtrait que personne plus que Zacharie (la divine Marie toujours exceptée) n'ait eu à cette époque fortunée une connaissance plus claire des mystères de Dieu. Eh bien, il n'en est pas ainsi. Encore plus pure, plus humble, plus pieuse, plus fervente et plus parfaite, ÉUsabeth, son épouse, cette autre tante du Sauveur, a, mieux que son saint époux Zacharie, lu dans le livre incompréhensible des secrets de Dieu.
D'abord, c'est elle qui, par le prodige que Dieu opéra en elle de lui donner un enfant, malgré sa stérilité et sa vieillesse, a préludé au prodige encore plus grand de la Vierge, sa cousine, devenue mère sans cesser d'être vierge ; c'est elle qui a servi à rendre plus croyable ce prodige unique dans l'histoire de l'humanité, et à prouver que rien n'est impossible à la puissance de Dieu (1). Son époux hésita quelques instants
(1) « Et ecce Elisabeth cognata tua, et ipsa concepit filium in « senectute sua, et hic mensis sextus est illi quœ vocatur sterilis : « quia non erit impossibile apud Deum omne verbum {Lac, i, 36). »
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à croire à la parole de l'Ange, lui annonçant qu'il allait devenir père du précurseur du Messie^ et la perte passagère de l'usage de la parole avait été le châtiment de sa défiance et du délai de sa foi. Mais Elisabeth , sa femme , n'hésita pas. Comme donc elle avait été plus docile à croire et plus fervente à espérer, Dieu l'a gratifiée du don de mieux comprendre, et de la haute mission de publier, elle la première, le mystère du Fils de Dieu fait homme. Aussi voyez-la, écoutez-la au moment où la sainte Vierge, venant de concevoir et portant dans son sein ce Fils de Dieu, alla la visiter. A peine l'auguste Marie fait résonner sa voix céleste aux oreilles d'Elisabeth, par une salutation affectueuse, que l'enfant que celleci avait conçu depuis six mois tressaillit de joie , parut sentir la présence du Messie, et parut vouloir l'indiquer déjà et l'adorer. Ce fut un moment solennel où d'ineffables choses se passèrent dans l'âme de cette fortunée mère. Elle fut saisie du Saint-Esprit {Luc. i, 41). Un rayon lumineux d'en haut lui révéla la grandeur des personnages qui l'honoraient de leur visite, et dont la majesté toute divine remplissait sa modeste habitation. Elle connut avec la plus grande distinction les vertus, les grandeurs de Marie, les merveilles que Dieu avait opérées en elle, et la divinité du Fils dont elle était devenue la mère. Etonnée donc, et ravie en une extase de contemplation et d'une joie inexprimable, à la vue de si grands et si délicieux mystères, dans l'enthousiasme de la plus vive foi, mêlée à la plus profonde humilité, elle s'écria à haute voix : « 0 « Marie! ô la femme heureuse, la femme bénie au-
(( dessus de toutes les femmes ! car quel genre de '< grâces et de bénédictions pourrait vous manquer à « vous qui portez dans votre sein un fruit de béné- « diction et de grâce, et la source de toutes grâces et (( de toutes bénédictions! Mais, qui suis-je, moi, et « qu'ai-je fait pour avoir mérité ce comble d'honneur <( et de bonheur, que la Mère DU SEIGNEUR daigne « me visiter, moi la dernière de ses servantes (1)? )> Or, LE SEIGNEUR n'est que Dieu.
Ainsi sainte Elisabeth a été la première créature humaine qui ait reconnu et adoré, dans le fils de Marie, le Fils de Dieu, même avant sa naissance. Elle a été le premier théologien qui ait formulé, et le premier évangéliste qui ait annoncé le dogme de la divinité de Jésus-Christ et de la maternité divine de Marie. 0 admirable femme ! quelle a donc dû être la pureté de son âme, la ferveur de son cœur, l'intimité de ses communications avec Dieu , l'énergie du regard de son intelhgence, la solidité de sa foi, pour avoir si promptement deviné et manifesté avec une telle précision le mystère du Messie ?
Voilà ce qu'ont été Zacharie et Éhsabeth, parents du Seigneur et de sa divine Mère. Ils leur appartenaient moins par les rapports du sang que par les rapports de la foi, de la grâce et de la vertu.
(1) « Ut audivit salutationem Mariée, Elisabeth, exultavit infans « in utero ejus; etrepleta estSpiritu sancto Elisabeth; et exelamavit « voce magna etdixit : » Benedicta tu inter mulieres, et benedictus « fructus ventris tui!... Et unde hoc mihi, ut veniat mater Domini « ad me {fMc. i, 41, 43)? »
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Le fils de si grands Saints ne pouvait être qu'un grand Saint lui-même. En effet, placé au milieu des deux Testaments, Jean-Baptiste a résumé en lui toutes les gloires des Saints de l'Ancien Pacte. Il a été conçu miraculeusement par une mère stérile, comme les Isaac, les Jacob, les Joseph, les Samuel. Il a été sanctifié, étant encore au sein de sa mère, comme Jérémie. Il a la perfection de la foi d'Abraham, de la mansuétude d'Isaac, du zèle d'Elie. Et, en même temps, il a réuni en lui tous les caractères de sainteté des Saints du Pacte Nouveau. Il a été un prodige d'innocence et un prodige de pénitence ; il a été patriarche et prophète, homme d'oraison et homme d'action , vivant dans les déserts et s'occupant de la conversion du peuple. Il a été apôtre et évangéliste, vierge et martyr, homme et ange 5 on dirait presque, comme de Jésus- Christ a été homme et Dieu. Car, si dans toutes les Ecritures anciennes et nouvelles il est appelé ange, l'Ange 'prejparateur des voies du Seigneur^ l' Ange du Témoignage , c'est autant à cause du miracle de sa pureté, de sa contemplation et de son amour de Dieu, qu'à cause de la sublimité de sa mission ^'annoncer Jésus-Christ.
Mais quel besoin avons-nous de relever la sainteté de cet Ange terrestre, dont Gabriel, un Ange du ciel, a décrit la vie avant sa naissance, et a dicté l'éloge dans les termes les plus splendides(Zt/c, i, 13-17) ?QueI besoin avons-nous de mentionner une à une les vertus d'un homme dont le Fils de Dieu lui-même a daigné se faire le panégyriste, en le proclamant l'homme le PLUS GRAND (aux ycux de Dieu, cela s'entend) qui soit
NÉ d'une femme ; Non surrexit infer natos Bhdierum^ major Joanne Baptisia (Matih. xi, 11)? Mais pouvait-il en être autrement? Jean-Baptiste a dit de lui-même : JE NE SUIS qu'une voix^ Ego vox. Définition sublime et charmante ! car comme la voix est le véhicule de la pensée intérieure, du verbe de l'homme, Jean a été le véhicule de la Pensée intérieure, du Verbe de Dieu, la voix qui l'a révélé et l'a fait connaître. Cela nous dit assez que, première conquête de la grâce de ce Verbe de Dieu fait Homme, il a été formé exprès pour l' usage, pour le ministère, pour la gloire du Verbe; et par cela même qu'il a été mis en harmonie avec le Verbe, qu'il a eu des traits particuliers de ressemblance au Verbe. Et dès lors on conçoit à quelle hauteur il a dû être élevé dans les montagnes de la sainteté {In montihus sanctis). Tel a été le petit-cousin du Seigneur, l'ami, le compagnon et les délices de sa*sainte enfance.
§ 10. Sainteté et martyre de saint Cléophas, le frère de saint Joseph. — Sainteté et dévouement de Marie, femme de Cléophas, pour la sainte Vierge.
Sans avoir atteint une pareille hauteur de sainteté , les autres parents, dont le Verbe de Dieu a voulu s'entourer dans son passage sur cette terre, n'en ont pas moins été des Saints et de grands Saints, eux aussi.
Nous ne savons rien de particulier sur la jeunesse de Cléophas, le frère de saint Joseph, et, lui encore, beau-frère de la sainte Vierge et oncle du Seigneur ; mais nous savons bien ce qu'il a été dans la maturité de son âge et dans sa vieillesse. Nous savons que, non
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content de lui avoir donné tous ses fils, il se donna lui-même au Seigneur ; qu'il se mit à sa suite ^ qu'il fut l'un de ses soixante -douze disciples; et que, parmi ces disciples, il fut le plus fervent et le plus zélé de la gloire du divin Maître. Car c'est ce Cléophas qui, d'après saint Luc {Luc, xxiv), se rendant de Jérusalem au château d'Emmaûs, le jour de la résurrection du Christ, pendant la route ne s'entretint avec son compagnon que de la vie et des mystères du Seigneur, et qui, au comble de la tristesse à cause de sa mort, brûlait d'une sainte impatience d'en apprendre la résurrection. « Il nous a promis, disait-il, qu'il serait ressuscité le troisième jour. C'est donc aujourd'hui qu'il a dû accomplir cette promesse \ car il est certain qu'il n'a pas plus voulu nous tromper qu'il n'a pu se tromper lui-même. En effet, des femmes^ qui sont allées ce matin même à son tombeau, et ne l'y ont pas retrouvé, assurent qu'il est revenu à la vie. Nous le croyons donc vraiment ressuscité; mais nous ne le voyons pas encore -, nous ne savons pas où le rencontrer; nous le cherchons partout. Oh! qu'il nous tarde de le revoir (Ibid.)l »
Une pareille foi, un pareil amour ne pouvaient pas manquer d'obtenir leur prompte et riche récompense de la part du Dieu de bonté. Aussi ce Pèlerin, qui s'était associé à ces heureux disciples dans leur chemin et avec qui ils avaient épanché tout leur cœur, c'était Jésus-Christ ressuscité lui-même. Ils le reconnurent au souper, où l'aimable Seigneur daigna leur donner à manger son corps sous les accidents du pain consacré (Luc. y loc. a7.). C'est donc Cléophas qui, parmi les dis-
riples bien-aimés du Christ, reçut l'insigne faveur de voir le premier ce Christ venant de triompher de la mort. C'est à lui que le Seigneur ressuscité se révéla avant même de se révéler aux Apôtres-, et c'est de lui qu'il s'est servi comme d'un évangéliste de sa résurrection auprès des Apôtres {Ibid.).
Il paraît que, depuis ce jour fortuné, il ne fut plus possible à Cléophas d'oublier ce château d'Emmaùs et cette auberge où il avait eu l'immense bonheur de voir le Seigneur à peine sorti de son tombeau et de recommunier de sa main. Il paraît qu'il choisit cet endroit même pour être le théâtre de sa prédication sur la divinité de Jésus- Christ. Car, d'après la tradition de l'Église^ c'est dans cette même maison qu'un jour, comme il y évangélisait les Juifs, il fut mis à mort par eux en haine de la confession du Seigneur, et qu'il termina la vie glorieuse d'un saint par la mort héroïque d'un martyr; et c'est de cette même maison, où il avait jadis préparé un banquet terrestre à son divin Maître, qu'il fut appelé par lui au banquet du ciel. L'Eglise célèbre sa fête le 25 septembre (1).
Maintenant nous avons à parler de la femme d'un si saint personnage, tante, elle aussi, de notre divin Sauveur : de sainte Marie de Cléophas, l'une des plus illustres FEMMES DE l'ÉvANGiLE. Elle mérite donc que nous fassions d'elle ici une mention toute particulière.
(1) « In castello Emmaus, natalis B. Clcophso Christi disci- « puli quem tradunt in cadein domo in qua mensam Domino pa- «' raverat, pro Confessione illius a Judœis occisum, et yloriosa « memorki sepuUum 1^1\kï\{\. rom. 25 sepltm.]. »
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L'Évangile l'appelle « Marie de Cléopbas, » du Dom de son saint époux. Mais comme, d'après l'usage des Juifs d'avoir plusieurs noms, Cléopbas était encore surnommé Alphée^ saint Matthieu {cap, x) et saint Luc {Act. i) , appellent aussi Jacques d'Aîphée l'apôtre saint Jacques fils de cette Marie et de Cléophas : afin de le distinguer de l'autre apôtre saint Jacques, frère de saint Jean et fils de Marie Salomé et de Zébédée.
Sainte Elisabetb, la mère du Précurseur, tout ayant, elle, la première reconnu, comme on vient de le voir, l'auguste Mère de Dieu, dans l'humble mère de Jésus, n'en était pas moins sa cousine et sa plus proche parente , puisqu'elle était, comme on l'a vu aussi, la fille de Sobé, sœur de sainte Anne, la mère de la sainte Vierge. Tout en vénérant donc cette mère du Seigneur et l'assistant avec le respect religieux et la dévotion d'une humble servante, sainte Elisabeth ne la chérissait pas moins, ne la soignait pas moins avec la tendresse d'une mère. La mort de cette vieille et incomparable femme fit donc un grand vide autour de la sainte Vierge et de son Fils divin. Eh bien, ce vide, Dieu en ayant ainsi disposé, pour la consolation de la Mère de son Fils, fut rempli et bien rempli aussitôt par sainte Marie de Cléophas. En sorte que saint Jean, ea l'appelant la soeur de la mère de Jésus (Joan.xw^ 25), tandis qu'elle n'en était que la belle-sœu7\ a voulu évidemment nous l'indiquer moins par son degré de parenté avec la sainte Vierge que par sa dévotion, son affection, son dévouement pour cette Mère du Seigneur. En effet, Marie de Cléophas ne la quitta jamais un seul instant, ne s'en éloigna jamais d'un seul pas. Elle la
soignait comme sa fille et la servait comme sa maîtresse. Elle fut la première à l'accompagner au Calvaire. Elle se tint constamment à son côté au pied de la croix, pour s'édifier de sa constance et partager sa douleur.
Dans cette intimité avec la Mère de Dieu, elle avait puisé de grandes lumières sur les mystères et un dévouement sans bornes pour l'auguste personne de Jésus-Christ. Après la sainte Vierge, Marie de Cléoplias était l'âme de l'association pieuse de ces saintes et sublimes femmes qui, comme on vient de le voir, suivaient partout le Seigneur et les Apôtres, les assistaient de leurs biens et leur rendaient les plus humbles services. Après la sainte Vierge, elle est nommée la première, par les Evangélistes, parmi les femmes qui, dans la fuite honteuse des Apôtres, avaient eu le courage de braver la haine des Juifs et de protester contre l'injustice des magistrats et la fureur du peuple, en se laissant voir pleurant sur les souffrances et les opprobres du divin Maître, et assistant à sa mort. Après l'ensevelissement du divin Corps du Seigneur, c'est elle, cette autre Marie qui, d'après saint Matthieu, est restée assise, en compagnie de Madeleine, vis-à-vis du tombeau sacré, pour garder, même mort, son Maître chéri, et ne voulant point se séparer de lui -, Erat auiem ibi Maria Magdalena et altéra Maria sedentes contra sefuîchrum (JWa^^A.xxvii, 61). C'est elle enfin qui est encore indiquée comme aussi empressée que Madeleine et que sa propre fille, sainte Salomé, d'acheter des parfums, de revenir au sépulcre du Seigneur à la pointe du jour, la fête du Sabbat à peine expirée, pour rendre
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au saint Corps du Fils de Dieu les honneurs d'une dernière onction. Ce sont ces heureuses femmes dont, comme vous l'avez vu déjà {Homkl, ix), le Sauveur ressuscité a si largement récompensé la foi et la dévotion en leur apparaissant à elles les premières, sur le chemin de Jérusalem, dans la heauté et la splendeur de son corps glorifié, en les saluant du ton le plus affectueux, en leur permettant d'embrasser, de baiser ses pieds, en les comblant de bénédictions, et en en faisant, auprès des Apôtres, les premiers évangélistes et les premiers hérauts de sa résurrection.
Sainte Marie de Cléophas, peu de temps après l'ascension du Seigneur, mourut saintement comme elle avait vécu, dans la Judée, le 9 du mois d'avril ; mais sa fête se célèbre le 25 mai. C'est le jour où son saint corps, transporté de la Judée en Italie, arriva à Veroli, petite ville épiscopale des États de l'Église, à douze lieues de Rome. Les Verulans ont choisi sainte Marie de Cléophas pour patronne particulière de leur ville auprès de Dieu-, ils r invoquent avec beaucoup de confiance et honorent sa mémoire et ses reliques avec la plus grande dévotion {Cornélius à Lapide^ in m. Luc).
Voilà donc quels ont été les oncles et les tantes du Fils de Dieu fait homme : des Saints et toujours des Saints. Il en a été de même des enfants de sainte Marie de Cléophas, les neveux de saint Joseph et les cousins du Seigneur, que, d'après l'Évangile, les Juifs appelaient les sœurs et les frères de Jésus,
^ 11. Sainteté des six enfants de Marie de Cléophas. — Leur vie et leur mort. — Cette femme a donné quatre apôtres au Seigneur. — Preuve résultant de cette exposition, de l'intérêt que Dieu attache à la sainteté.
Sainte Marie de Cléophas eut six enfants de son mariage : deux filles : Salomé et Marie, et quatre fils : Jacques, Joseph, Judas-Thaddée et Siméon. Or tous ces enfants renouvelèrent les grands exemples de vertu et de sainteté de leurs parents et de leurs aïeux.
C'est que, secondée par son saint et vénérable époux Cléophas, Marie leur mère les éleva avec un soin tout particulier dans les sentiments de la vraie foi et de la vraie piété, dans la pratique de la prière, dans la pureté des mœurs, dans l'observation de la loi, dans la crainte de Dieu qui fait les saints.
Vous savez déjà comment Marie Salomé, l'aînée de tous les enfants de Marie de Cléophas, éleva les siens (xni^ Homél.). Eh bien, sainte Salomé n'avait appris qu'à l'école de sa mère les sentiments de religion et de pureté qu'elle sut inspirer à Jacques et à Jean. Ainsi, toute la gloire des vertus et des mérites de sainte Salomé revient de droit à sainte Marie de Cléophas, sa mère.
Nous ne trouvons rien de particulier, dans l'Evanaile, sur la deuxième des filles de sainte Marie de Cleoplias. Elle y est à peine indiquée comme l'une de ces saintes femmes qui, pendant la Passion du Seigneur, lui donnèrent de si belles preuves de leur dévouement courageux ; ce qui est assez pour que nous lu croyions une Sainte.
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Le premier des (ils de sainte Marie de Clcophas fut Van des Apôtres de Jésus-Christ. C'est celui qu'on appelle sai7it Jacques LE MINEUR, pour le distinguer de l'apôtre saint Jacques, fils de Salomé, qui est dit saint Jacques LE MAJEUR, parce que celui-ci a été appelé le premier à l'apostolat; car, quant à l'âge, Jacques d'Alphée lui était supérieur, étant le frère de sa mère, sainte Salomé, et par conséquent son oncle.
Pour être appelé le Mineur^ saint Jacques, le fils de Marie de Cléophas, n'en a pas moins été un grand Apôtre. C'était même le plus vénérable, le plus universellement estimé comme le plus âgé des Apôtres.
A cause de l'austérité de ses mœurs et de son esprit de pénitence et de prière, il était en odeur de sainteté même auprès des Juifs. C'était au point qu'on lui avait accordé le privilège unique et sans exemple, celui qui n'appartenait qu'au souverain pontife , le privilège d'entrer dans le Sancta sanctorum du temple. C'est pour cela que ses collègues, les Apôtres, après l'Ascension du Seigneur, lui confièrent le siège difficile de Jérusalem. Premier évêque de cette ville, il y fonda cette première chrétienté si sainte et si parfaite, dont les Actes des Apôtres et saint Paul nous ont transmis les gloires, et qui a été le modèle de toutes les chrétientés du monde.
Saint Paul énumère, parmi ses bonheurs, d'avoir connu ce SdÀni Jacques^ le frère du Seigneur {Galat . i, 19). Au premier concile de Jérusalem, où s'agita la grande question touchant l'obligation de la loi mosaïque et de la circoncision pour les convertis au christianisme; c'est saint Jacques qui appuya et fit prévaloir l'opinion
272 IIOIMÉLIE IV. — LES PARENTS DU SEÎGNEUR
du prince des Apôtres saint Pierre : Qu'il ne fallait pas imposer aux Gentils, qui se seraient faits chrétiens, le joug du mosaïsme et des rites judaïques. Les gens du peuple l'avaient en telle considération qu'ils s'estimaient heureux de pouvoir toucher les extrémités de sa rohe. Enfin, un jour qu'il prêchait avec plus de zèle et de ferveur qu'à l'ordinaire la divinité de Jésus-Christ, les scribes et les pharisiens voulurent le faire taire à coups de pierres^ puis, ils le firent monter au sommet du temple et l'en précipitèrent. 11 ne mourut pas tout de suite de cette chute; mais, les jambes cassées, et à demi mort, il put encore, à l'exemple de son divin Maître, élever au ciel ses mains pures, et dire à Dieu : « Seigneur, <( pardonnez-leur-, car ils ne savent ce qu'ils font. » Et c'est pendant qu'il répétait ces sublimes et touchantes paroles, qu'accablé de coups de bâton, il rendit son âme au Seigneur à l'âge de quatre-vingt-dix ans, après avoir saintement gouverné, pendant trente ans, l'église de Jérusalem (Brev. rom., i. Mai.). Enfin, ce saint Jacques est l'auteur d'une des sept Épîtres canoniques; admirable épître, car c'est un résumé fidèle de la morale de l'Évangile, et en quelque sorte un petit Evangile de l'Évangile, qui lui donne le droit de prendre place parmi les évangélistes. L'Éghse célèbre la fête de ce grand Apôtre le 1'"* du mois de mai.
Le deuxième fils de sainte Marie de Cléophas s'appelait Joseph. C'est pourfjuoi cette sainte est appelée, dans l'Évangile, du nom de ses deux premiers fils, la mère de Jacques et de Joseph. Ce Joseph, surnommé le JUSTE par excellence, ainsi que son oncle Joseph, l'époux de la sainte Vierge, était réputé, à l'égal de saint
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Mathias, le plus saint parmi les soixante-douze disciples du Seigneur, et le plus digne d'occuper la douzième place dans le collège apostolique, restée vacante par l'apostasie et la mort alfreuse de Judas. Aussi, ce furent les deux disciples sur lesquels les Apôtres jetèrent les sorts pour choisir le successeur de l'apôtre traître {Act, n). Le sort étant tombé sur Mathias, Joseph n'en resta pas moins l'un des plus zélés propagateurs du christianisme. Créé évoque d'Éleuthéropole, il y fonda une église très-florissante. Il est inscrit au nombre des Saints, et sa fête se célèbre le 22 juillet.
Plus heureux, le troisième des fils de sainte Marie de Gléophas fut appelé à l'apostolat par Jésus-Christ lui-même. C'est l'apôtre saint Judas Thaddée, l'auteur d'une des Epîtres canoniques, formant partie du Nouveau Testament. Il a, en compagnie de l'apôtre saint Simon le Cananéen, évangélisé la Mésopotamie, la Perse et l'extrême partie de l'Egypte ; et après avoir converti des peuples innombrables à la foi, il illustra le nom de Jésus-Christ par le plus glorieux martyre. Sa fête revient le 28 du mois d'octobre {Brev, rom.).
Enfin, le dernier des fils de notre Sainte a été saint Siméon, qui succéda à l'apôtre saint Jacques, son frère, dans l'épiscopat de Jérusalem, et qui fut martyrisé sous l'empereur Trajan. Sa mort est célèbre dans l'histoire des martyrs. C'est parce que crucifié, en haine du Christ, qu'il ne cessait de prêcher, quoique à l'âge décrépit de cent vingt ans, ilremphtde stupeur ses bourreaux, et étonna tout le monde par la constance héroïque de sa confession.
Voilà ce qu'ont été les enfants de sainte Marie de
Cléophas : des Apôtres, des Martyrs et des Saints. Et puisque sainte Marie Salomé, sa fille, a été la mère des apôtres saint Jacques et saint Jean , sainte Marie de Cléophas, la plus heureuse de toutes les mères de l'Évangile, aurait à elle seule donné, dans ses fils et ses petits-fils, quatre Apôtres au Seigneur, et par eux elle aurait été pour un tiers dans l'œuvre précieuse de la fondation et de la propagation de l'Eglise.
Mais ce sont là les sœurs et les frères du Seigneur qui ont complété sa parenté. Quelle parenté donc que celle-ci! Quels Saints qu'un Zacharie, une Elisabeth, un Jean-Baptiste, un Cléophas, une Marie, sa femme -, et ses fils : un Jacques, un Joseph, un Thaddée, un Siméon, une Salomé et les fils de sa fille, un Jacques encore et un Jean l'Évangéliste! Pauvres des biens de la terre, ils ont été riches des trésors du ciel, la grâce et la vertu. C'est la famille que le Fils de Dieu fait homme s'est donnée pendant sa vie mortelle. C'est de tels personnages qu'il a voulu s'entourer^ c'est au milieu de cette atmosphère de vertus, si héroïques et si variées, qu'il a voulu vivre, comme si ce ne fût que là qu'il pût respirer à son aise. Il ne s'est pas soucié de les mettre à l'abri de la pauvreté, de l'humiliation, de la douleur. Ce que son amour pour eux n'a pu souffrir en eux, c'est qu'ils fussent des hommes de péché 5 ce que son amour pour eux l'a engagé de faire, ce fut de les sanctifier, et que ceux qui étaient si près de lui par les liens du sang, se rapprochassent encore plus de lui par la sainteté. Preuve éclatante celle-ci encore que ce Dieu saint n'apprécie que la sainteté, ne se plaît que dans la sainteté, et qu'on ne peut lui être
ou DIEU JALOUX DE TROUVER, ETC. 275
agréable que parla sainieiè; S ancti estote^ quia sanctus sum ego Dominus.
C'est, enfin, cette même leçon qu'il nous a donnée par la condition qu'il a établie pour ceux qui aspirent à faire partie de sa parenté après sa mort. C'est le sujet de notre dernière partie.