‹ Les Femmes de l'EvangileChapitre 16 sur 28 · INTRODUCTION · texte numérisé non relu

INTRODUCTION

§ 1. Explication du mystère d'Adam appelant sa femme « La mère des vivants. » — Ce fut une magnifique prophétie du mystère de Marie devenant, au Calvaire, la Mère de l'Église ; et c'est ce mystère qu'on propose pour sujet de cette homélie.

Il est dit dans la Genèse qu'après avoir été, lui, sa compagne et sa postérité, condamnés tous à mourir, Adam, en s'adressant à sa femme, lui donna le nom

(*) Cette Homélie n'est que le résumé de notre ouvrage intitulé : La mère de dieu mère des hommes, que nous avons publié en Italie, qu'on a traduit en français et publié en France, et dont nous préparons une nouvelle traduction, que précéderont d'autres homélies sur les grandeurs de la sainte Vierge , telles qu'elles résultent de l'Évangile expliqué par les Pères de l'Église.

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mystérieux, et ineffable d'ÈvE, qui signifie la YIE, l'ÉTRE VIVANT et la MÈRE DE TOUS LES VI- VANTS ; Dixit Deus : Pulvis es, et in pulverem rêverteris. . . Et vocavit Adam nomen uxoris suœ, Hcva : eo quod mater esset cvMctorum viveniium [Gènes., m).

Or, il est certain que, par son péché, Eve était ellemême morte, par rapport à la vie de l'âme, était assujettie à la mort et devait infailliblement mourir aussi par rapporta la vie du corps. N'est-il donc pas étrange, dit saint Épiphane, que c'est précisément alors qu'Adam lui impose le nom d'EvE et qu'il l'appelle vivante ou simplement la VIE? Il est certain qu'Eve, en péchant d'abord seule, puis entraînant son époux à désobéir au commandement du Seigneur, avait occasionné une révolution immense dans toute la nature, et qu'elle avait appelé la mort non-seulement sur elle-même, mais aussi sur toute sa race : Per peccatum mors [Rom., v) . N'est-il donc pas étrange qu'Adam appelle Eve « LiV MÈRE DES VIVANTS » au moment même où Eve est devenue la mère des morts; et que, pendant que Dieu fait résonner à l'oreille de cette malheureuse femme l'horrible parole de la mort, Adam lui adresse une salutation, un augure heureux d'immortalité et de vie (1)?

Ah ! dit le même grand docteur, il n'y a rien dans ce fait d'étrange et d'humain, mais tout y est grand, mystérieux et divin. Éclairé, dans ce moment, par la lumière d'en haut, Adam vit l'avenir se déployant au

(1) « nia (Heva) maUr viventium vocafa est, poslquam audivit : « Pulvis es et in pulverem reverteris ; et mirum est quod post trans- « gressionem hoc magnum cognomen habuerit. »

regard de son esprit, à l'espérance de son cœur; et dans la femme qui était près de lui il reconnut la figure, l'emblème, l'énigme d'une autre femme qui, semblable à la première par le sexe et par la fécondité, mais bien différente d'elle par la sainteté et la justice, devait rendre la vie à ceux qu'Eve n'aurait engendrés que pour la mort. Dans la personne de sa femme il considéra Marie, et c'est littéralement et directement à Marie qu'il adresse de loin cette grande salutation prophétique, en l'appelant LA MÈRE DE TOUS LES VI- VANTS (1).

"Ainsi, le transgresseur du commandement de Dieu, changé en un instant en prophète inspiré de Dieu, en promenant le regard effaré de son esprit de l'Éden au Calvaire, de l'arbre défendu à l'arbre de la croix, d'un côté il y voit l'Adam céleste, pur, obéissant et fidèle, expiant le péché de l'Adam terrestre, impur, prévaricateur et rebelle; et de l'autre côté il y voit Marie, associée aux peines et aux opprobres de Jésus, et en- ,; gendrant, en lui et par lui, les enfants de la nouvelle ^ alliance. Il voit le nombre prodigieux de ces enfants, leur innocence, leur gloire, leur dignité. Et dans la personne d'Eve, qui ne conçoit que dans le péché, qui n'engendre que pour le tombeau, qui ne multiplie ses enfants que pour peupler l'enfer et à laquelle d'autre nom ne peut convenir que celui de la mère des morts^ il voit Marie concevant les hommes, mais dans la grâce, ne les engendrant que pour l'immortalité, ne mulli-

( 1 ) « Beata irialer Dei Maria per Hevarn significabalur, quae pcr JL

« cnigma accepit ut muter vivenfiutii vocarelur {Ibid.). » ^

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pliant sa race que pour peupler le ciel, et à laquelle seulement appartient littéralement et proprement le nom de MÈRE HEUREUSE DE TOUS LES VIVANTS ; et sous la figure de la fécondité naturelle de la mère de l'humanité il chante, il célèbre, il glorifie la fécondité glorieuse de la mère de l'Eglise : Vocavit nomen iixoris suce Heva, eo quod mater esset cunctorwn mventium.

Or, c'est l'accomplissement de cette magnifique prophétie, c'est la réalisation de ce grand et délicieux mystère de Marie, mère des chrétiens, mère de l'Église, que le nouvel Adam, l'Homme-Dieu, Jésus- Christ, a annoncé au monde du haut de sa croix lorsque, voyant près de cette croix l'Eve nouvelle, Marie, en compagnie du disciple bien-aimé, il dit à sa mère : « Femme, voilà votre Fils; » et au disciple il dit : « Yoilà votre Mère ; » et dès lors le disciple l'accepta et l'honora comme sa propre mère : Cum vidisset Jésus matrem et discipulum stantem queni diligebat, dicit matri suœ : « Mulier, ecce filius tuus. » Deinde dicit discipulo : « Ecce mater tua. » Et ex illa hora accepit eam discipulus in sua. Et c'est ce mystère et cette prophétie que je vais vous expliquer.

Dans la semaine qui commence aujourd'hui, d'autres voix bien plus éloquentes que la mienne vous exposeront les grands mystères de la passion de Jésus-Christ, notre aimable Sauveur. Pour moi, ne voulant pas sortir de mon sujet, les femmes de l'Évangile, je veux vous entretenir aujourd'hui particulièrement de la passion de Marie. Vous verrez donc dans cette homélie comment, au Calvaire, pendant que le Fils de Dieu

nous régénérait par son sang, la mère de Dieu nous a conçus et enfantés par ses peines ; vous y verrez encore à quels titres Marie, au pied de la croix, est devenue LA MÈRE DE l'Êglise, uotro Véritable mère ; et comment nous devons soutenir la grandeur, accomplir les devoirs de cette grande dignité d'avoir la mère même de Dieu pour notre propre mère. Ave y Maria.

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