‹ Les Femmes de l'EvangileChapitre 18 sur 28 · DEUXIEME PARTIE · texte numérisé non relu

DEUXIEME PARTIE

SENTIMExNTS DE MARIE A L'ÉGARD DE L'ÉGLISE, ET DE L'ÉGLISE A L'ÉGARD DE MARIE.

§ 8. Jésus-Christ faisant son testament sur la croix, et nous laissant, à titre de legs, Marie pour Mère, aussi bien que Dieu pour Père.

Aïs VOICI encore un autre titre, non moins sacre

pour nous, à la filiation de Marie.

D'après saint Paul, Jésus-Christ, en mourant, a fait son testament. Et saint Ambroise, en commentant cette grande pensée de saint Paul, nous dit : Voulezvous savoir ce qu'a fait Jésus-Christ, à quoi il pensait, de quoi il s'est occupé pendant les trois heures qu'il a passées sur sa croix? 0 excès d'incompréhensible amour! rassasié d'opprobres, abreuvé de fiel, au comble de ses angoisses et de ses douleurs, il ne méconnaît pas les hommes qui lui font subir un traitement si horrible et si cruel ! Et, près de mourir, il déclare ses dernières volontés en leur faveur. Il dispose de tout ce que son divin Père a mis en son pouvoir. Père aussi généreux que tendre, il divise son héritage à ses enfants, n'oubliant aucun d'eux, pas même les plus ingrats et les plus rebelles. Il rédige et il dicte, avec toutes les formalités d'usage, son testament public et privé (1).

Rien ne manque, en effet, aux conditions d'un véritable testament. D'un côté, c'est le mourant qui le prononce ; de l'autre côté, tous ceux en faveur de qui il

(1) « Condebat in cruce Dominas non solum publicum, sed et do- « meslîcum testamentum. »

est prononcé, dans l'attitude d'acceptants, y sont présents dans la personne de leurs procureurs et de leurs fondés de pouvoirs. Les soldats romains représentent le peuple gentil ; les habitants de Jérusalem sont là pour le peuple juif; les saintes Marie jouent le rôle de tous les justes, saint Jean de tous les innocents, les larrons de tous les pécheurs, Madeleine de tous les pénitents. Tous les peuples, tous les sexes, tous les hommes, quels que soient leur condition et l'état de leur âme, assistent à cet acte solennel qui est fait pour tous. Mais saint Jean soutient encore, poursuit saint Ambroise, un autre rôle très-important, le rôle de notaire public, de grand chancelier de l'Église, recevant et enregistrant les paroles du Seigneur, et en môme temps le rôle de témoin qui les confirme, témoin bien digne d'un si grand Testateur (1).

En effet, après avoir rédigé, dans son sublime Évangile, ce précieux et divin testament de noire amoureux Père ; après avoir attesté que cet auguste testateur est vraiment mort, saint Jean a mis tout cela en forme d'acte public, d'instrument authentique ; il a apposé sa signature, et il a déclaré, sous la foi du serment, qu'il n'a écrit que ce qu'il a vu de ses propres yeux et entendu de ses propres oreilles, et que son témoignage est sincère, véridique et fidèle : Et qui vidit testimonium perhibuit; et scimus quia verum est testimonium ejus {Joan., xxi).

Or, d'après saint Jean même, l'un des articles de ce

(1) « Teslabatur in cruce Dominus, et testamentum suum con- « débat Joannes, dignus tanto Testatore testis. »

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teslamenl de notre divin Sauveur est la disposition que Jésus-Christ a faite de sa propre mère en la destinant pour mère à tous ses disciples, et la disposition qu'il a faite de tous ses disciples en les destinant pour fils à sa propre mère : Ecce filius tims^ ecce mater tua,

Marie ne nous aurait donc réellement pas enfantés par son amour et par ses douleurs qu'elle n'en serait pas moins notre véritable mère , et nous ne serions pas moins ses véritables enfants, en vertu de la disposition testamentaire de notre aimable et généreux Sauveur.

Car en disant à Jean : « Yoilà votre mère, » c'était nous dire : « Je vous avais promis, vous devez vous en souvenir, que je ne vous aurais pas laissés orphelins sur cette terre ; Non relinquam vos orphanos. Or, le temps est venu de réaliser cette parole , d'accomplir cette promesse. En vous recommandant tous à mon divin Père, en vous déposant tous dans ses bras comme si vous étiez mon propre esprit, mon âme, comme si vous étiez moi-même ; Pater y inmanus tuas commendo Spiritum meum (Luc.) ; je vous laisse pour père mon propre Père ; et vous aurez en lui un père nouveau qui vous aura régénérés à la vie, à défaut d'Adam, votre ancien père, qui ne vous avait engendrés que pour la mort. Mais tout cela ne suffit pas à mon amour. Si je m'arrêtais là , vous resteriez toujours orphelins du côté de la mère, ne pouvant plus regarder, invoquer comme votre mère l'ancienne mère Eve, qui, elle aussi, vous a donné la mort en vous enfantant à la vie. Afin donc que vous ayez aussi une nouvelle mère, comme vous allez avoir un nouveau père, je vous

laisse, je vous destine pour mère ma propre Mère, comme je vous laisse, je vous destine pour père mon propre Père. Et la voilà en Marie cette mère qui vous manquait, cette mère que je vous donne, cette mère à laquelle je vous confie et vous recommande. Ecce mater tua ; et qui vous dédommagera de la mère ancienne qui vous a perdus. Ainsi un père et une mère vous sont assurés pour la vie spirituelle, comme vous avez eu un père et une mère pour la vie corporelle. Mais ces nouveaux parents que mon amour vous lègue ne vous feront jamais défaut, ne mourront jamais; vous les trouverez toujours à vos côtés; vous pourrez, et pendant la vie et au moment de la mort, vous jeter dans leurs bras, et vous y serez toujours bien reçus. Ils vous accueilleront , ils vous embrasseront , ils vous aimeront comme si vous étiez mxoi-même ; car je vous ai cédé ma place auprès d'eux, ou bien je vous ai identifiés, unis tous en moi-même ; et dès lors il ne pourront pas s'empêcher de vous regarder, de vous traiter comme leurs propres fils, comme si vous étiez moi-même.

C'est ainsi que j'ai pourvu à tous vos besoins, que je vous ai assuré toute espèce de consolation. C'est ainsi que je me suis dépouillé de tout en votre faveur, que je vous ai tout légué. C'est ainsi que je n'ai plus rien à vous donner, que je vous ai tout donné, même ce que j'avais de plus cher, mon propre Père et ma propre Mère. C'est ainsi que mon héritage est complet, que mon testament est clos, et que tout est consommé. Consummatum est. Il ne me reste plus qu'un souffle de vie ; prenez-le , je vous le donne aussi ; et

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vivez de ma mort, et soyez riches de mon bien et heureux de mon amour. » Et ainsi disant il baissa la tête, et rendit l'esprit. Et inclinato capite tradidii spiritum.

% 9. Efficacité des paroles adressées par le Seigneur à Marie et à Jean ; et sentiments qu'elles créèrent dans le cœur de la Mère et du disciple. — Amour de l'Église pour Marie. — 11 n'a sa source que dans ces paroles de Jésus-Christ.

Mais remarquons encore que ce précieux testament tire une importance toute particulière de la grandeur du personnage qui l'a fait. Un testateur qui n'est qu^un homme peut bien en mourant recommander un ami à son propre père et à sa propre mère ; il peut bien dire à sa mère : « Je vous recommande cet ami ; regardez-le comme votre propre fils; » et dire à l'ami : «Je vous recommande ma mère ; regardez-la comme votre propre mère. » Mais, tout en manifestant ces volontés et ces désirs, ce testateur ne peut pas créer, ne peut pas faire naître, par ses paroles, des sentiments maternels dans le cœur de sa mère à l'égard de l'ami qu'il lui recommande, ni des sentiments filiaux dans le cœur de l'ami à l'égard de la mère qu'il lui confie. Et, hélas! de pareils désirs, de pareilles volontés des testateurs humains trop souvent sont oubliés ; trop souvent ils demeurent des désirs inefficaces et stériles ; trop souvent ils ne restent que sur le papier testamentaire, pour attester de la sollicitude de celui qui les a émis, et de l'insensibilité de ceux à qui ils ont été adressés.

Mais le testament de Jésus-Christ est le testament d'un homme qui en même temps est Dieu ; et par con-

séquent c'est l'acte d'un testateur dont la volonté toutepuissante produit tout ce qu'elle veut; dont la parole thaumaturge accomplit tout ce qu'elle nomme ; dont les désirs sont des réalités, et les mots sont des créations.

En prononçant donc, non pas du ton de l'homme qui supplie, mais du ton de Dieu qui commande, ces grandes paroles: « Femme, voilà votre enfant; Disciple, voilà votre mère ; » il opéra une révolution complète dans le cœur de la mère et dans celui du disciple. Ces paroles se répétèrent d'un écho puissant et efficace dans ces deux cœurs, et y opérèrent et y réalisèrent des prodiges conformes à leur signification. Marie sentit, au même instant, se former en elle un cœur de mère pour l'Église, et Jean ou l'Église un cœur d'enfant pour Marie. Ils se sentirent tous les deux remués jusqu'au fond de l'âme, élevés, retrempés et formés tout d'un trait à des sentiments en harmonie avec la nouvelle charge qu'ils venaient de recevoir.

Marie se trouva au même instant impressionnée, investie des sentiments de la plus tendre des mères à l'égard de l'Église; et l'Église, représentée par Jean, se trouva à son tour saisie, pénétrée des sentiments du plus affectionné, du plus dévoué des fils à l'égard de Marie. Et c'est ce que l'Évangile a exprimé par ces mots : (c Et depuis cette heure-là le disciple reçut Marie comme une chose qui lui était propre et qui était entièrement à lui ; Et ex illa hora accepit eam discipulus in sua ; c'est-à-dire que c'est dès ce moment que l'Église entra en possession de l'amour maternel de Marie, et Marie de l'amour filial de l'Église.

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Voilà donc la date véritable de Tamour de l'Église pour Marie. Cet amour n'est pas né à Rome, mais à Jérusalem. Cet amour ne jaillit pas du Vatican, mais du Calvaire . Cet amour n'est pas d'hier, n'est pas du moyen âge, mais il date de la même heure où Jésus-Christ mourut sur la croix ; il remonte à l'heure même de la naissance de l'Église, au pied de la croix ; Et ex illa hora accepit eam discipulus in sua.

Cela vous explique ce fait que l'hérésie ne peut contester sans se mettre en opposition flagrante avec tous les monuments des antiquités chrétiennes ; ce fait, disje, que les premiers siècles du christianisme ont été plus fervents pour Marie que les siècles suivants, et que les Pères du temps des Apôtres et de leurs disciples, saint Denis l'Aréopagite , par exemple, saint Ignace martyr, saint Irénée, le grand docteur des Gaules, ont été plus emphatiques en parlant de la sainte Vierge que les Pères qui leur ont succédé.

Aux catacombes de Sainte-Agnès, qu'on fouille en ce moment à Rome, et dont l'antiquité remonte au premier siècle de la foi de la ville éternelle, on trouve partout , sur tous les murs , sur tous les autels , des images de Marie, l'enfant Jésus dans ses bras : preuve sans réplique d'abord de l'ancienneté du culte des images sacrées en général et de la dévotion, du zèle, de l'amour, en particulier, des premiers chrétiens, de l'Église primitive, pour Marie.

En second lieu, cet amour de l'Église pour Marie n'est pas superficiel et stérile, mais profond et efficace. Voyez combien de fêles l'Église a instituées, combien de pratiques elle a consacrées, combien de

prières elle a rédigées, combien de communautés râigieuses elle a autorisées en l'honneur de Marie. Voyez le culte qu'elle lui rend, les titres qu'elle lui prodigue, la confiance avec laquelle elle l'invoque, la tendresse avec laquelle l'Église salue Marie tous les jours et à toutes les heures du jour. Yoyez le goût, le bonheur, les transports avec lesquels l'Église célèbre les fêtes de Marie, rappelle ses grandeurs, défend ses privilèges, exalte ses mérites, implore sa protection !

Enfin cet amour de l'Église pour Marie, si ancien, si actif, est aussi universel et commun à tous les peuples restés sincèrement chrétiens. Dans l'ancien monde et dans le monde nouveau, chez les vieux fidèles et chez les fidèles récemment convertis, chez les Églises grecques comme chez les Églises latines, chez les nations civilisées et chez les nations qui ne font que sortir du sein de la barbarie, chez tous les vrais chrétiens, chez toutes les âmes vraiment catholiques, de tous les temps et de tous les lieux, on trouve les mêmes sentiments, le même cœur, la même dévotion, le même attachement, le même amour pour Marie.

Or, un tel amour de l'Église pour Marie, si ancien, si profond, si tendre, si industrieux, si constant et si vivace, malgré son vieil âge, ne s'explique pas par des raisons particulières et humaines. Le fanatisme et la superstition ont pu en abuser ; mais ils n'ont pas pu le faire naître, et moins encore le faire subsister pendant dix-huit siècles en des contrées si éloignées les unes des autres et chez des peuples si différents entre eux par le langage, parles mœurs et par les degrés de leur civilisation. Il n'est pas donné à la superstition et au

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fanatisme de produire des effets constants, uniformes et durables. Le prodige d'un pareil sentiment, produit par de pareilles causes, serait encore plus grand et plus incompréhensible que le prodige qui l'a réellement engendré, et que l'orgueil aveugle et stupide de l'incrédulité et de l'hérésie se refuse d'admettre. Cet amour de l'Église pour Marie est donc le reflet de l'esprit de Jésus-Christ lui-même, qui, étant resté dans l'Église et avec l'Église , est l'âme, la vie, la lumière de l'Église, lui inspirant non-seulement la foi aux mêmes doctrines, mais aussi le zèle et l'amour pour les mêmes pratiques de piété et de religion.

C'est l'effet de cette grande parole prononcée au Calvaire, et qui, ayant donné à Marie un cœur de mère pour l'Église, a donné aussi à l'Église un cœur de fille pour Marie. C'est ce mot de « fille » qui explique tout, qui dit tout, qui autorise tout : aucune marque de tendresse et d'amour ne pouvant paraître excessive entre fille et mère.

Ainsi, comme les hommes ne naissent à la vie naturelle qu'en vertu de cette grande parole du Dieu créateur, qui, depuis six mille ans, se répète d'un écho tout-puissant dans toute l'humanité : «Croissez et multipliez-vous , et remplissez la terre ; » de même les fidèles ne naissent à la vie morale de l'amour de Marie qu'en vertu de cette grande parole du Dieu rédempteur qui, depuis dix-huit siècles, se répète d'un écho toutpuissant dans l'Église : « Femme, voilà votre Fils; Disciple, voilà votre mère. » Et c'est en vertu de cette parole divine que l'Église est toujours à Marie, comme Marie est toujours à l'Église ; et qu'elle est, après Jésus-

Christ, le bien de l'Église, la gloire de l'Église, l'amour, les délices de l'Église ; Et ex illa hora accepit eam discipulus in sua.

Mais les belles et douces paroles de notre divin Sauveur, que nous venons d'expliquer^ donnent encore lieu à deux réflexions pratiques que je veux bien vous développer, afin que cette homélie soit, pour ceux qui m'écoutent , un sujet d'édification en même temps qu'elle est un sujet d'instruction.

§ 10. Les mêmes paroles de Jésus-Christ sont une loi. Tout vrai chrétien est et doit être l'enfant dévoué de Marie. — Stupidité des hérésiarques qui blâment le culte que l'Église rend à Marie. — Misère de leur prétendue religion.

Faites attention d'abord, mes frères, à ce que notre adorable Sauveur a mis de majesté et de grandeur dans l'ineffable élocution de son amour, que nous venons de méditer. Le mot « Yoilà, Ecce ^ » n'est pas un mot de supplication, mais un mot d'autorité , de puissance et d'empire. En disant donc à Marie : «Femme, voilà votre Fils, » et à Jean : « Disciple, voilà votre Mère , » Jésus-Christ n'a pas seulement énoncé un désir, mais il a fait une loi ; il n'a pas seulement parlé en maître de Jean, en fils de Marie, en homme, mais il a ordonné, il a commandé en Seigneur, en Roi, en Dieu. Ce fut leur dire : k Femme, en tant que votre fils, je vous demande ; mais, en tant que Fils de Dieu, en même temps, je vous ordonne de regarder, d'aimer mon Église comme votre fille : Mulier^ ecce filius tuus. Et vous aussi, mes disciples bienaijués, qui allez former mon Église, sachez que moi,

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votre Seigneur et votre Maître, je veux, je vous commande, à vous aussi , de regarder , d'honorer Marie comme votre mère. C'est ma volonté. Vous l'aurez pour entendue ; vous vous y conformerez ; et il en sera toujours ainsi, et pas autrement. »

Or, il s'ensuit de là que l'amour filial envers Marie est Tune de ces lois morales que Dieu avait promis d'écrire, à l'époque de la rédemption, dans le cœur des vrais disciples du Rédempteur : Dabo legem meamvisceribuseorum, et in corde eorumscribam eam (Jerem. , XXXI, S3); et que, par conséquent, tous ceux qui n'éprouvent pas dans leur cœur des sentiments d'amour filial pour Marie sont étrangers à cette délicieuse loi, et ne sont pas des vrais disciples de Jésus-Christ.

Ah ! comprenons-le bien ; la même grâce qui nous fait catholiques ou vrais disciples de Jésus-Christ nous forme à l'amour de Marie. Il n'y a pas de catholicisme véritable sans le culte affectueux de Marie ; comme il n'y a pas de vrai culte de Marie hors du catholicisme.

Jésus-Christ ayant dit à Jean, son disciple bienaimé : « Voilà votre mère, » il a empreint dans le cœur de tous ses véritables disciples bien-aimés ce sentiment de tendresse, cet instinct d'amour, cet empressement de zèle, cette inclination à la confiance, à l'égard de Marie, que les enfants éprouvent envers leur mère ; en sorte qu'au moment où l'on devient vrai disciple de Jésus-Christ et son bien-aimé , on devient aussi un fils affectueux pour Marie, s'attachant à Marie comme à sa propre mère ; Ex illa hora accepit eam discipulus in sua ; et que ces deux qualifications de « disciple bien-aimé du Seigneur » et « d'enfant dé-

voué à Marie » sont devenues deux choses corrélatives, inséparables, se prouvant l'une par l'autre, et ne pouvant subsister l'une sans l'autre (1). Tous ces prétendus chrétiens, qui ne sont pas, à l'égard de Marie, dans ces dispositions du cœur que la parole puissante du Fils de Dieu a créées dans le cœur de ses vrais disciples, et dont il a fait une marque de distinction de ses vrais disciples d'avec ceux qui ne le sont pas ; tous ces prétendus chrétiens, élevés à l'école de Calvin ou de Jansénius, qui se scandalisent du culte que l'Église catholique rend à Marie , qui crient contre les pratiques de dévotion, de vénération, de confiance et d'amour par lesquelles les vrais fidèles honorent Marie ; tous ces prétendus chrétiens qui n'aiment pas Marie, qui la jalousent, au contraire, qui la dédaignent, et, tranchons le mot, qui la haïssent, ne sont donc pas de vrais disciples, des disciples bien-aimés du Sauveur, il ne sont pas de vrais chrétiens, tout vrai chrétien, tout vrai disciple bien-aimé du Seigneur étant

11) Cela vous explique ce phénomène qui, pour être bien singulier et bien louchant, n'en est pas moins vrai : que tout infidèle qui embrasse le vrai christianisme, tout incrédule qui vient à la vraie religion, tout hérétique qui rentre dans la vraie Église, se sent tout à coup saisi des sentiments les plus doux et les plus tendres envers Marie. C'est que par le baptême ou par leur réconciliation avec l'Église, en devenant vrais disciples, disciples bien-aimés de Jésus- Christ, ils reçoivent toutes les grâces habituelles, tous les sentiments propres à cet état; et l'une de ces grâces est la filiation de Marie, et l'un de ces sentiments est l'amour, le respect filial envers Marie, que Jésus-Christ a érigé en loi et dont il a t'ait l'une des conditions indispensables, l'un des caractères propres de ses vrais disciples bienaimés j Dixil discipulo qucm diligebal : « Ecce mater tua. »

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et devant être, en vertu de la loi qu'en a faite Jésus- Christ lui-même, l'enfant dévoué de Marie.

Ils peuvent être des Pierre reniant leur divin maître, des Thomas ne voulant pas croire en lui, des disciples l'abandonnant, et même des Judas le trahissant et le vendant à ses ennemis ; mais tant qu'ils restent dans ces dispositions sataniques à l'égard de Marie, quoi qu'ils fassent, quoi qu'ils disent, ils ne sont pas, ils ne seront jamais des Jean, le disciple fidèle de Jésus- Christ qui n'a jamais quitté d'un seul pas son divin maître, qui l'a toujours aimé, et qui était aimé, chéri par lui et appelé son bien-aimé ; Discipiihis quem diligebat Jésus,

Par cela même que rien sous leur sein gauche ne palpite, ne tressaille au nom de Marie^ et qu'ils ne sentent pas Marie ; par cela même que rien ne les attire vers Marie, ne les attache à Marie, ils ne sont passes fils, ils ne sont pas de sa race et de sa descendance. Or, en dehors de cette race sainte de Marie, qui remonte à Marie par Jésus-Christ, il n'y a que la race du serpent. Par cela même donc que ces ennemis personnels de Marie n'appartiennent pas à la race de Marie, ils appartiennent à la race du serpent.

C'est pénible pour nous de le dire. Nous ne voudrions pas articuler une pareille flétrissure contre nos frères séparés. Mais le moyen de croire qu'il en soit autrement en présence des textes formels des Livres saints que nous venons d'expliquer. N'est-ce pas Dieu lui-même qui a dit qu'une inimitié irréconciliable aurait toujours existé entre ces deux races? Faire donc la guerre à la race de la femme, particulièrement à

cause de la femme même qui en est le chef, c'est se déclarer pour la race opposée, c'est se déclarer appartenant à cette dernière race, partageant l'esprit du serpent, faisant cause commune avec lui, c'est se déclarer son descendant et son enfant.

Sans doute que le christianisme ne consiste pas seulement, il s'en faut, dans une dévotion enthousiaste pour Marie. Mais comme la respiration, dit le docteur Saint-Germain , n'est pas la vie , mais l'indice et le signe certain de la vie, de même l'amour, la dévotion pour Marie ne constituent pas à eux seuls le vrai disciple de Jésus-Christ ; mais c'est le signe, l'indice qu'on est de sa suite, qu'on appartient à son école, qu'on est son disciple.

Ainsi ne vous laissez pas tromper, mes frères, par les modernes pharisiens, à des exceptions près, aussi faux et aussi hypocrites que les pharisiens du judaïsme ; ne vous laissez pas tromper par leurs sophismes, par leur critiques, par leurs railleries, par leurs blasphèmes contre le culte que l'Église catholique rend à Marie.

A les entendre, ils ne condamnent ce culte que dans l'intérêt de la pureté du christianisme, de la gloire de Dieu et de l'honneur de Jésus-Christ, toutes choses auxquelles, d'après eux, le culte que les catholiques rendent à Marie porte sérieusement atteinte. N'en croyez rien, mes frères, je vous en supplie. Ce rôle menteur est bien souvent l'effet de la plus déplorable ignorance du vrai esprit du christianisme, et plus souvent encore n'est qu'un calcul de l'orgueil, un masque de l'hypocrisie et de l'erreur. La dévotion à Marie est

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dans l'esprit et dans la lettre de l'Évangile, et elle y est parfaitement conforme. C'est TÉvangile qui nous assure que Jésus-Christ, assis sur la chaire de la croix, a ordonné, de la manière la plus claire, la plus précise et la plus formelle que Marie doit regarder Jean, ou tous les disciples de Jésus-Christ ressemblant à Jean et représentés par Jean, comme ses enfants ; et que ces disciples doivent, à leur tour, honorer et aimer Marie comme leur mère. C'est la signification la plus logique, la plus simple, la plus naturelle de ces touchantes paroles du Seigneur : «Femme, voilà votre fils; Disciple, voila votre mère ; » et elles ne peuvent pas admettre d'autre signification.

Enfin, ce ne sont que les doctrinaires de toutes les nuances de l'hérésie, ce ne sont que les maîtres de toutes les sectes rebelles à l'Église, ce ne sont que les philosophes protestants et les protestants philosophes, ce ne sont que tous les incrédules, tous les ennemis de toute religion qui font concert de blâmes, de censures et de blasphèmes contre les démonstrations simples, naïves, pieuses de l'amour des peuples catholiques pour Marie. Or, à coup sûr que ces malheureux ne sont pas de vrais disciples, des disciples bien-aimés de Jésus- Christ. Il n'est donc pas étonnant qu'ils n'éprouvent rien de ces doux sentiments envers Marie que les vrais disciples de Jésus-Christ éprouvent et doivent éprouver, d'après la loi que Jésus-Christ en a faite et publiée sur le Calvaire.

Ils ne sont donc pas à écouter, mais à plaindre, ces censeurs, dans leurs emportements sacrilèges, dans leurs plaisanteries de mauvais goût contre la piété ca-

Iholique à l'égard de Marie ! Ils croient y voir mieux que les autres, et ils sont aveugles. Ils se croient maîtres, et il n'y a pas de petite femme sachant son catéchisme qui ne soit en état de leur donner des leçons sur le véritable esprit de l'Évangile. Laissons-les donc avec leur prétendue religion de l'esprit, et tenons-nous à notre religion du cœur. Laissons-les avec leur religion du respect, et tenons-nous à notre religion de l'amour. Laissons-les avec leur religion du Sinaï, et tenons- nous-en à notre religion du Calvaire. Laissonsles avec leur prétendue religion de la Bible et du raisonnement, religion étrangère à toutes les douces émotions de l'âme, à tous les sentiments délicats du cœur; religion indifférente comme l'examen, froide comme la raison, sombre comme le doute, dure comme Terreur, vide comme le néant, déchirante comme le remords, funeste comme le désespoir; religion, enfin, qui ne leur laissera jamais comprendre tout ce qu'il y a de délicieux pour le juste, de consolant pour le pécheur, d'honorable pour le chrétien, de glorieux pour l'homme d'avoir la Mère de Dieu pour sa mère; et en répandant des larmes sur un tel aveuglement, sur une telle misère de ces âmes égarées, continuons par la ferveur de nos sentiments, par la fidélité et la constance de notre culte envers Marie, à goûter les douceurs, les délices, les charmes de la pété catholique, qui est la vraie piété, puisqu'elle est la fleur de la vraie religion.

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§ 11. On n'est enfant de Marie qu'autant qu'on est vrai disciple de Jésus-Christ, semblable à saint Jean par la pureté des mœurs et le courage de la foi. — Nécessité de ne pas séparer la dévotion à Marie de l'imitation de ses vertus et de l'accomplissement de tous les devoirs du chrétien.

Mais la doctrine que je viens d'expliquer donne lieu à une autre conclusion encore ; c'est-à-dire que, comme on n'est pas vrai disciple de Jésus-Christ si l'on n'est pas enfant dévoué à Marie, de même on n'est pas vrai enfant de Marie si l'on n'est pas disciple bien-aimé de Jésus-Christ. Car c'est en indiquant saint Jean que le Seigneur a dit à Marie : c( Femme, voilà votre fils. » Et par là il a déclaré que les vrais fils de Marie sont ceux seulement qui ressemblent à Jean par la pureté de leurs mœurs et par leur constante fidélité à Jésus-Christ.

Saint Jean d'abord était innocent, était vierge, était pur, et, d'après les Pères, c'est le mérite de son innocence, de sa pureté, de sa virginité qui lui valut, de la part du Fils de Dieu, l'insigne honneur de recevoir en dépôt le Tabernacle vivant de Dieu sur la terre, la plus auguste Relique, le Trésor le plus précieux, sa propre Mère ; Matrem virginem virgini commevdavit (Beda, ex sancto Hieronimo et aliis).

C'est donc en vain que même le catholique redoublerait ses pratiques de dévotion envers Marie s'il n'accompagne pas ces pratiques par l'observance de la chasteté de son état, la plus belle des vertus de l'Évangile, la fleur de la vie chrétienne, la première des lois des vrais disciples de Jésus-Christ. Le catholique qui sépare la dévotion de Marie de l'observance de la chasteté n'est pas un vrai disciple de Jésus-Christ; et, par

conséquent, il n'est pas non plus le chrétien que Marie doit regarder comme son enfant. Le jeûne du samedi, l'office de la Vierge, le chapelet, la médaille, le scapulaire sont d'excellentes choses lorsqu'elles marchent ensemble avec l'accomplissement exact de tous nos devoirs. Mais séparées de la pratique de ces devoirs, elles peuvent bien nous exposer à de grandes méprises et à de déplorables illusions ; mais elles ne pourront pas nous sauver. Marie ne compte au nombre de ses fils cadets que ceux dont la vie est conforme aux doctrines, aux lois de son fils aîné, Jésus-Christ.

En second lieu, saint Jean porta jusqu'à l'héroïsme sa fidélité envers son divin maître. Il ne se sauva pas, comme ses collègues, lors de l'arrestation du Seigneur. Il ne le quitta pas un seul instant, il ne le perdit jamais de vue pendant sa passion. Et voyez avec quel courage, debout au pied de la croix, ii brave la cruauté des soldats, la fureur des bourreaux de Jésus-Christ, et partage ses douleurs, et s'honore, se glorifie de ses humiliations et de ses opprobres! Heureux s'il pouvait aussi partager sa mort, en donnant sa vie pour lui! Son intrépidité et son dévouement, sa ferveur et sa piété ne sont surpassés que par l'intrépidité, le dévouement, la ferveur, la piété de Marie, dont cet heureux disciple fait son modèle avant de l'avoir pour mère, et imite ses exemples avant d'en posséder l'affection. Et c'est cette sainte fierté de la croix, c'est cette constance et ce courage qui lui ont valu encore l'honneur d'être l'unique apôtre témoin de la mort du Sauveur du monde, l'historien, le dépositaire et l'exécuteur de ses dernières volontés.

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C'est donc en vain aussi que même le catholique suit en secret certaines pratiques de dévotion envers Marie si en public il cache sa foi, et rougit d'appartenir à Jésus-Christ et d'être chrétien. 0 malheureux hypocrites de l'incrédulité et du vice, mille fois plus lâches et plus méprisables aux yeux de Dieu que les hypocrites de la foi, de la piété et de la vertu! C'est une lâcheté, sans doute, que d'affecter dans les paroles une foi qu'on n'a pas dans le cœur, d'emprunter à la sainteté les apparences d'une vertu qu'on désavoue, qu'on dément par les plus honteuses actions! Mais c'est une lâcheté encore plus grande que de se vanter d'excès qu'on n'a pas commis, que de se montrer indifférent, incrédule même, tandis qu'on croit au fond du cœur. Afficher la vertu pour s'en honorer, c'est mal; mais afficher le vice pour plaire au monde, c'est encore pis: c'est plus que de la lâcheté, c'est de l'apostasie, c'est du sacrilège. Et quel sacrilège plus grand et plus honteux que celui de ne pas avoir le courage de la foi, tandis qu'on a le courage de la politique; que de rougir d'être homme de l'Église, tandis qu'on ne rougit pas d'être homme de secte, homme de coteries, homme de partis; que de suivre de tristes maîtres en philosophie, tandis qu'on ne veut pas de maîtres en religion; que de confesser l'homme et de ne renier que Dieu?

Hélas! Jésus-Christ a dit qu'il rougira, à son tour, devant son divin Père, de ces lâches chrétiens qui auront rougi de lui devant le monde ; qu'il les désavouera, les rejettera du nombre de ses disciples ; et dès lors Marie aussi ne pourra pas les compter parmi ses enfants.

Comprenons donc bien, mes frères, l'esprit de la

vraie dévotion envers Marie, d'après l'esprit de l'Évangile, et ne séparons pas ce que Jésus-Christ a uni, le respect et l'amour d'enfants envers Marie d'avec la fidélité, la docilité, l'obéissance de vrais disciples envers Jésus-Christ. Aimons et honorons Marie en enfants, car elle nous aime en mère, comme ses Benjamins ou les enfants de sa douleur : Filios doloris mei [Gènes. y xxxv). Mais en lui rendant le culte de mère qui lui est dû, d'après l'ordre formel de Jésus-Christ: Ecce mater tua , soyons aussi dociles à ses inspirations. Célébrons ses grandeurs; mais imitons aussi ses exemples. Récitons ses louanges et ses prières; mais pratiquons aussi ses vertus. Ayons confiance dans sa protection; mais soyons aussi fidèles et bien-aimés disciples de son Fils. C'est à ces conditions qu'elle voudra bien nous regarder, nous aider, nous défendre, nous aimer comme ses enfants ; et c'est aussi à ces conditions qu'admis dans le ciel et présentés par Jésus- Christ à cette auguste mère, nous l'entendrons répétant à Marie : (( Femme, voilà votre fils; Mulier^ ecce fîlius tuus; » et nous disant, à nous : « Voilà votre mère ; Ecce mater tua; » et qu'en compagnie d'un tel père. Dieu, d'une telle mère, Marie, d'un tel frère, Jésus-Christ, nous serons heureux pour toute l'éternité. Ainsi soit-il.

ou LA MÈRE DE l'ÉGLISE. 345

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