‹ Les Femmes de l'EvangileChapitre 20 sur 28 · II · texte numérisé non relu

II

Et un autre interprète dit encore que le Fils de Dieu ressuscité, en retournant à son divin Père, a laissé encore pour quelque temps dans ce monde sa propre mère, comme la nourrice de l'Église encore enfant, encore au berceau, afin qu'elle l'alimentât de son lait mystérieux, et réchauffai de son amour; Ut Ecclesiam lactaret et foveret, matrem suam reliquit ei nutricem {Apud Cornelium a Lapide).

Au fait , Marie , par l'efficacité de ses prières, par la sainteté de ses exemples et par la solidité de sa doctrine, nourrit, de son vivant, l'Église, l'épouse encore petite de son Fils, comme jadis elle avait nourri de son lait virginal Jésus-Christ enfant, l'époux de l'Église; Oratione , exemplo , doctrina filii sui sponsam nutrivit, qux jam virgineo lacté parvulum Ecclesiae nutriverat sponsum ilbid.).

Oh! qu'ils sont donc à plaindre ceux qui s'étonnent, qui se scandalisent de la tendresse de l'Église pour Marie! Ils ne savent donc pas, ou ils ne veulent pas savoir que, dans l'absence corporelle de Jésus-Christ, c'est Marie qui prit soin de l'Église, en véritable mère, que c'est pour cela que les apôtres et les disciples lui obéissaient comme à leur maîtresse , l'aimaient et l'honoraient comme leur mère; et que le souvenir de ces bienfaits que Marie répandit sur l'Église et la reconnaissance de l'Église pour Marie sont restés toujours vivants dans l'Église ; Christo corporaliler absente , Maria Ecclesix curam materna sedulitate suscepit. Proinde apostoli et discipuli eam ut matrem et magistram obsequio et amore sunt prosecuti {Ibid.).

C'est encore bien singulier qu'on ne tienne pas compte à Marie des belles et touchantes révélations qu'elle fit à l'Église naissante et que l'Église ne put apprendre que d'elle et par elle. En effet, saint Joseph étant mort depuis longtemps et les vieux parents de saint Jean-Bapliste aussi, Marie seule a pu instruire les évangélistes de son mariage avec saint Joseph, des doutes de cet époux vierge qui ont été une confirmation éclatante de la virginité de l'épouse ; du discours de l'Ange au moment de l'annoncialion ; de la conception et de la naissance du Précurseur ; de la visite que Marie fit à sainte Elisabeth, des circonstances de la naissance du Sauveur, de l'adoration des bergers et des mages, de sa circoncision, de sa présentation au

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temple, de sa fuite en Egypte, de la cruauté d'Hérode et de tous les délicieux mystères de la sainte enfance du Seigneur. C'est elle qui nous a conservé, en les dictant aux écrivains sacrés, son propre cantique, aussi bien que les cantiques de Zacharie et de Siméon, ces trois pièces d'une poésie toute divine, si remplies de mystères, et que l'Église répète tous les jours et qui font les délices de l'Église.

Ce n'est donc qu'à Marie qu'a fait particulièrement allusion l'évangélisle saint Luc lorsqu'il a diî, au commencement de son évangile, « que tout ce qu'il y a rapporté, il l'avait appris par les personnes « qui furent les premiers témoins et qui jouèrent le plus grand rôle « dans la vie du Sauveur; Sicut tradiderunt nobis qui ab initio « ipsi viderunt et ministri fuerunt sermonis. » Enlin ce fut Marie qui instruisit les historiens sacrés non-seulement des plus grands mystères, mais encore du style dans lequel ils les ont racontés. Ce style des Évangélistes donc, si magnifique, si sublime dans sa naïveté, ce style, reflet fidèle de l'auguste personnage qui fait le sujet de l'Évangile, parce que ce style n'est que la sagesse divine dans la simplicité de la lettre, comme Jésus-Christ était le Fils de Dieu dans l'enveloppe de l'homme; ce style si délicieux, si au-dessus de tout ce qui a été écrit par l'homme et par conséquent si manifestement divin ; ce style si rayonnant de vérité et si ravissant de douceur, ce style, lumière de l'âme et en même temps baume céleste de toutes les plaies du cœur; ce style, dis-je, n'a eu pour modèle que le langage de Marie, le dialecte de son esprit et de son cœur,

C'est là la pensée de saint Bernard lorsqu'il a dit que la conception miraculeuse du Précurseur ne fut, avant toute autre personne, révélée à Marie qu'afin qu'elle pût ensuite mieux instruire les évangélistes et leur en attester la vérité. Car on savait que personne n'avait été mieux qu'elle instruite dès le commencement de tous les mystères de l'Évangile et que personne ne connaissait mieux qu'elle les secrets de Dieu; Ideo conceptus Joannis Marix est annuntiatus, ut ipsa melius postmodum scriptoribus Evangelii reseraret veritatem , qux plene de omnibus , a principio , fuerat instructa mys^ teriis. Ipsa conscia secrelorum Dei. C'est aussi la pensée de saint Bonaventure, appelant Marie la maîtresse des maîtres, le docteur DES ÉVANGÉLISTES cux-mêmes ; Magistra magistrnrum , magistra evangelistarum.

Lucius Dexter, dans sa Chronique, que saint Jérôme a traduite du grec, aflTirme que Marie présidait toujours le collège apostolique, et s'y faisait admirer par la sagesse de ses conseils et par les lumières de sa doctrine ; et que les Apôtres n'entreprenaient rien de grave que sur les conseils et la direction de Marie ; Consilio et doctrinœ. luce coUegio prcesidet apostolico ; nihilque grave faciunt illi quod non ejus consilio ductuque gérant {Ad annum xxxv). Et c'est sur le témoignage de cet ancien écrivain que le docteur Sylveira a dit, lui aussi, que Marie siégeait toujours au milieu des Apôtres, afin de les éclairer tous par sa présence et par sa parole ; Sedebat in medio Apostolorum, ut sua prœsentia et suis verbis cunctos ittuminaret.

L'abbé Rupert soutient que toutes les fois que les Apôtres eurent besoin de quelques éclaircissements et de quelques témoignages en confirmation des sens bibliques que le Saint-Esprit leur avait appris, ils ne reçurent ces éclaircissements et ces témoignages que des lèvres religieuses de Marie; Apostoli quidquid supplementi vel testimonii ad confirmandos sensus quos a Spiritii sancto acceperant ex religioso Mariée ore perceperunt.

Le même docteur et avec lui de Castro, Canisius et Cornélius â Lapide, sont d'avis que la grande question des rites judaïques qu'on voulait imposer aux convertis du paganisme, question au sujet de laquelle les Apôtres étaient divisés d'opinion, ne fut résolue que sur la décision qu'en donna l'auguste Vierge, que tous regardaient comme la maîtresse de l'Église ; Beata Virgo quasi magistra omnem hanc quœstionem solvit. Voilà donc ce que Marie a été, ce qu'elle a fait à l'enfance de l'Église, et voilà ce qui lui a valu, de la part de l'Église, les titres glorieux de reine des patriarches, de reine des prophètes et de reine des apôtres.

Remarquons enfin que ce sont les Évangélistes qui nous ont appris qu'à Bethléem les saints rois ne retrouvèrent l'enfant Jésus qu'avec Marie j Invenerunt puerum cum Maria maire ejus {Matth., lî) ; qu'au Calvaire Jésus-Christ n'accomplit notre salut qu'en présence de sa mère, debout au pied de la croix ; Stabat juxta crucem Jesu mater ejus; qu'au Cénacle le Saint-Esprit ne descend sur les Apôtres qu'autant qu'ils y sont réunis en prières avec Marie, la mère de Jésus ; Ibi omnes erant unanimiter persévérantes in oratione , cum MarIA matre Jesu {Act., i). Voilà donc les trois plus grands mystères du

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christianisme, la naissance et la manifestation de Jésus-Christ au monde, sa mort précieuse et la descente du Saint-Esprit sur l'Église, ne s'accomplissant qu'en présence de Marie et avec son concours et sa coopération. Or, qu'est-ce que tout cela, si ce n'est la leçon la plus claire, pour tous les chrétiens, qu'il ne faut jamais séparer le culte de Marie du culle de Jésus-Christ, puisque Jésus-Çhrist ne s'est jamais séparé d'elle en accomplissant ses plus grands mystères ?

C'est donc à l'école de l'Évangile que l'Église a appris à rendre à Marie un culte tout particulier, le culte le plus honorable après celui qu'elle rend à Jésus-Christ, à la vénérer, à l'aimer au-dessus de tout, après Jésus-Christ ; à l'invoquer comme sa mère et sa médiatrice auprès de son fils ; après avoir , elle l'Église , invoqué Jésus- Christ comme son médiateur auprès de son Père. 0 malheureux chrétiens, qui, élevés à l'école de Calvin, l'ennemi personnel de Jésus-Christ et de sa divine mère, trouvez de l'exagération et même de la superstition dans cette conduite de la vraie Église envers Marie, commencez donc par effacer de l'Évangile ces passages où la coopération de Marie dans le grand mystère du salut du monde est si clairement annoncée. Il ne vous reste d'autre moyen d'avoir raison. Mais alors que devient votre prétendu respect pour la parole de l'Évangile?

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