‹ Les Femmes de l'EvangileChapitre 23 sur 28 · II · texte numérisé non relu

II

qui avait souffert plus que tous les autres ; à cette mère chérie que Jésus-Christ aimait au-dessus de tous les autres. Car jamais fils n'aima sa mère autant que Jésus- Christ aima Marie, comme jamais mère n'aima son fils autant que Marie aima Jésus-Christ.

§ 4. La Madeleine allant au tombeau. — Les prodiges qui avaient accompagné la résurrection du Seigneur. — L'attitude de l'ange, consolante pour les justes, effrajante pour les méchants.

Le jour suivant étant le jour solennel du Sabbat, où toute œuvre corporelle était interdite, les saintes femmes se tinrent tranquilles par respect pour la loi : Et Sabbato quidem siluerunt secundum mandatum {Luc, ibid.). Mais le premier jour férié du Sabbat (1), elles ne purent résister au pieux désir qui les attirait au saint tombeau où elles avaient laissé leur cœur.

Il paraît cependant que Madeleine, plus impatiente que les autres, parce qu'elle aimait plus que les autres, ne voulut pas attendre ses compagnes ; et dès le matin, avant que les ténèbres de la nuit fussent dissipées, elle se rend au sépulcre : Una autem S ab bâti y Maria

(l) Les Juifs commençaient à compter les jours de la semaine du jour du sabbat, qui était leur jour de fête; et ils disaient la première, la seconde, la troisième, etc., férié du sabbat, pour dire le premier, le second, le troisième jour de la semaine. En souvenir du grand mystère de la résurrection du Seigneur, qui s'est accompli le premier jour après le sabbat, ce premier jour est appelé parmi les chrétiens le jour dominical {\e dimanche), ou le jour du Seigneur; et, par institution des apôtres, c'est le jour de fête des chrétiens. Aussi c'est de ce jour que nous encore commençons à compter les jours de la semaine et que notre semaine commence.

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Magdalenevenit mane, cum adhuc tenehrœ essent^ ad momimentum [Joan. , xx, 1). Mais quelle ne fut passa surprise et sa douleur en voyant qu'on avait ôté la pierre du tombeau, et que le corps du divin Maître n'y était plus ! C'est que, ainsi que nous le rapporte un autre Évangéliste, au moment même où notre divin Sauveur ressuscité, en vertu de cette propriété de tout corps glorifié de pouvoir traverser les plus épaisses murailles sans les fendre , s'était lancé triomphant hors du sépulcre sans en briser les portes, comme il avait en naissant, dit saint Augustin, franchi le sein de sa divine mère sans en altérer la virginité (1), un grand tremblement de terre se fit, et l'ange du Seigneur, descendu du ciel , s'approchant du tombeau, en avait, d'un coup de pied, fait sauter et en avait lancé à une grande distance la grosse pierre qui le fermait et s'était assis sur cette pierre : Et ecce terrœ motus factus est magnus. Angélus enim Domini descendit de cœlo , et accedens revolvit lapidem ; et sedebat super eum {Matth.^xxviu^ 2), paraissant dire, d'après saint Jérôme, d'un air de dédain à la mort : 0 mort, où donc est ta victoire (2) ?

Le vêtement de cet ange, poursuit l'Évangéliste, était de la blancheur éclatante de la neige, son visage plus redoutable et plus menaçant que la foudre : Erat autem aspectus ejus sicut fulgur^ et vestimentum ejus sicut nix [Ibid,^ v. 3). Imaginez donc, mes frères, la sur-

(1) « Sicut ex intactis matris visceribus, salvavirginitate processit.»

(2) <' Revolvit lapidem, quasi dicens : Ubi est, mors \ictoria tua? {In Matth. xxxviiO? »

,%4 HOMÉLIE Vi. LES SAINTES FEMMES AU TOMBEAU,

prise, l'effroi, l'horreur des soldais, gardiens da tombeau, en voyant en même temps de si grands phénomènes et autant de prodiges : la terre qui tremble, la pierre qui saute, le sépulcre qui s'écroule, la lumière qui les éblouit, l'ange qui les darde de ses yeux. L'Évangile dit que, saisis de frayeur, ils devinrent comme morts : Prœ timoré autem ejus exterriti sunt custodes et facti sunt vekit mortui [Ibid,, v. 4) ; et que, aussitôt qu'ils revinrent de l'épouvante qui les avait frappés, s'enfuyant à toutes jambes vers la ville, ils allèrent annoncer aux princes des prêtres tout ce qui s'était passé : Quidam de custodibus venerunt in civitatem , et nuntiaverunt principibus sacerdotum omnia qiiœ facta fuerant [Ibid., v, H). C'est pour cela que Madeleine trouve le tombeau ouvert, vide et abandonné.

Oh ! que ce récit est beau, est magnifique dans sa simplicité! Chaque circonstance a ici un sens profond: chaque mot est un mystère. Les Pères de l'Eglise nous aideront à connaître ces sens , à pénétrer ces mystères.

Il est dit que l'ange est apparu assis sur la pierre du tombeau. Oh! que cette circonstance est importante! Cet esprit céleste, dit Sévérien, qui, n'étantpas capable de lassitude, est cependant assis sur la pierre du tombeau comme le premier précepteur du mystère de la résurrection, comme le premier docteur de la foi, nous annonce, dès ce moment, la stabilité du dogme chrétien, l'une des plus grandes garanties de sa vérité pour ceux qui croient; et nous apprend que les fondements de cette foi , sur lesquels Jésus-Christ va édifier son Église, sont, dès ce moment, assis sur une pierre que

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rien ne pourra jamais ébranler, et qui ne changera, ne bougera jamais (1).

Il est dit encore que la figure de l'ange était menaçante, paraissant tout foudroyer autour de lui, tandis que son vêtement était blanc comme la neige : Erat autem aspectus ejus sicut fidgur^ vestimentum autem ejus sicut nix. Or, par le mot « la foudre, » dit saint Grégoire, l'Évangéliste a voulu indiquer le frissonnement de la peur; par le mot « la neige, » la joie caressante que la blancheur inspire. C'est donc à juste raison que l'ange témoin, l'ange évangéliste de la résurrection du Seigneur, apparaît terrible par son regard et attrayant par ses vêtements, afin que dans cet ange, qui aujourd'hui terrifie les réprouvés et caresse les âmes pieuses, nous sachions qu'un jour le Dieu tout-puissant se montrera aussi doux et aimable pour les justes qu'il sera redoutable pour les pécheurs (2).

Les soldats étaient là, non, comme y étaient les saintes femmes, pour honorer le Seigneur par les hommages de leur piété, mais comme des ennemis animés d'un sentiment de malveillance et de cruauté.

(1) « Sedebat, cui nuUa inhaeret lassitude, ut fidei doclor, ut « resurreclionis magister, sedebat supra petram ut soliditas sedentis « daret credentibus firmitatem. Ponebat angélus super petram fun- « damenta fidei, super quam Christus erat Ecclesiam œdificaturus « [In Cat. in Malth.). »

(2) « In fulguro lerror limoris est, in nivc blandimentum eandoris. « Quia vero omnipolens Deus est lerribilis pcccatoribus et blandus « juslis, recle teslis resurreclionis angélus et in i'ulgure vultus et in « candore habitus demonslralur, ut de i[)sa sua specie et terreret « reprobos et mulceret pios [îlomel. 21, in Evcnuj.), »

Il n^est donc pas étonnant que le même ange, le même ministre de Dieu, qui vient de foudroyer et de terrifier les soldats, ait, comme on va le voir, encouragé et consolé les femmes, ne leur parlant que le langage de la confiance et de la douceur (1).

C'est encore bien avec raison, ajoute le savant Rabbanus, que FÉvangéliste nous dit que les gardiens du tombeau restèrent cloués là comme des hommes morts. Ils étaient vraiment morts par rapport à l'esprit bien plus que par rapport au corps, puisqu'ils n'avaient pas voulu croire le dogme vivifiant de la résurrection du Seigneur (2).

Enfin, la circonstance même du renversement de la pierre renferme un mystère. L'ancienne loi avait été écrite sur la pierre. La pierre renversée et le tombeau ouvert aujourd'hui signifient donc, d'après le vénérable Bède, que l'ancienne loi est abolie, et que les grands mystères de la vie et de la mort du Seigneur, qui jusqu'ici étaient demeurés enveloppés sous le voile des figures et des rites de la loi mosaïque, deviennent, dès ce jour, clairs, manifestes et accessibles à tout le monde (3).

N'ayant donc pas aperçu le corps du divin Maître, Madeleine revient à la hâte sur ses pas, et va tout droit

(1) « Custodiebani enim crudelilatis studio, non pietatis obsequio. « Hinc angélus percellit impios, alloquitur pios [Severian.). »

(2) « Facti sunt velut mortui ; quia resurrectionis veritatem cre- « dere noluerunt. »

{3) « RevoluUo lapidis reseralionem insinuât sacramentorum « Christi, quœ velamine lilterae legis tenebantur. Lex enim lapide « scripta est. »

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trouver Pierre, comme chef de l'Église, et Jean, le disciple bien-aimé du Seigneur, et leur dit d'un air consterné et effaré : « Les scélérats ! ils ont même enlevé le Seigneur du sépulcre, et nous ne savons pas où ils l'ont mis : Vidit lapidem sublatum a monumento, Cucurrit ergo^ et venit ad Simonem Petrum et ad, alium discipuliim quem am.aha,t Jesiis^ et dicit illis : Tiderunt Dominum de monumento^ et nescimus uhi posueru7it eiim [Joan., xx, 1 et 2). »

§ 5. Les autres saintes femmes allant au tombeau du Seigneur. — Vision de l'ange et explication des circonstances de cette apparition. — Son discours aux femmes.

En attendant, les autres saintes femmes, à la première lueur du jour, avaient, elles aussi, à leur tour, pris le chemin du tombeau sacré, lorsqu'une pensée parut les arrêter. « Nous n'avons pas réfléchi, se disent-elles, que le monument est fermé par une énorme pierre; qui trouverons-nous donc pour nous aider à ôter cette pierre de l'entrée du sépulcre? Valdemane iinasabhatorum veniunt ad monumentwn^ et dicebant ad invicem: Quis revolvet nobis lapidera ab ostio monumenti? Erat quiape magnus valde [Marc. , xvi, 2,3, 4). » Mais elles n'avaient pas fini de se faire cette question, qu'en regardant de loin, le soleil étant déjà levé, elles s'aperçurent aussi que la pierre avait été enlevée du tombeau, et que l'entrée en était ouverte à tout le monde : Orto jam sole et respicientes in monumentum viderunt revolutum lapidem [Ibid,, 2 et 4).

Elles y entrent donc avec un sentiment de religieux respect et de recueillement profond. Mais elles n'ont fait qu'un pas dans le monument que les voilà reculant

pleines de surprise et de frayeur. Car, au lieu du corps sacré du Seigneur qu'elles cherchaient, elles ne virent qu'un ange assis à la droite, vêtu d'une robe blanche resplendissante et rayonnant de lumière et de beauté : Ei introeuntes in monumentum , non invenerunt corpus Domini Jesu.Viderunt juvenem sedentem in dextris , coopertnm stola candida , et obstupuerunt [Marc, V. S ; Luc^ xxiv, 2). C'était l'ange gardien du tombeau, temple véritable, tabernacle auguste, ciboire saint consacré par la présence réelle du corps du Seigneur, uni à sa divinité. Ainsi, il n'y a pas de doute, dit Cornélius à Lapide, que plusieurs anges soient restés là, à la garde du sépulcre, et que, pendant les trois jours que le corps du Seigneur y est demeuré, ils y aient adoré ce corps sacré, qui, tout séparé qu'il était de l'âme, n'en était pas moins uni hypostatiquement à la divinité {In Matth.). . ,

Mais les autres circonstances de cette apparition de l'ange que l'Évangéliste enregistre avec tant de soin, ont, elles aussi, de mystérieuses significations.

Il est dit que cet ange était assis à la droite du tombeau ; et savez-vous pourquoi? parce que la droite c'est la vie éternelle, comme la gauche c'est la vie du temps. Puisque donc notre divin Rédempteur allait, par sa résurrection, changer sa vie mortelle pour la vie immortelle, il était très-raisonnable, dit saint Grégoire, que l'ange évangéliste de ce grand mystère apparût assis à la droite (1).

(1) « Quid per sinistram, nisi vila prœsens? quid per dexlej-am, « nisi vila perpétua designalurl* Quia igilur Redemptor nosler jaiii

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Il est dit encore que cet ange était revêtu d'une robe resplendissante : In veste splendenti. C'est que cette robe, dit Sévérien, n'éclatait pas par des couleurs terrestres, mais par une lumière céleste dont un jour éclateront les corps des justes; le prophète ayant dit : u II sera habillé de lumière comme d'un vêtement (1). »

Enfin, l'ange n'apparaît pas avec la figure d'un vieillard ou celle d'un enfant, mais avec la figure d'un jeune homme au plus beau de l'âge, pour nous indiquer, dit le même Père, que la résurrection ne connaît ni la faiblesse de l'enfance ni la caducité de la vieillesse (2). C'est pour cela qu'il est dit aux justes dans les Livres saints : Comme l'aigle, vous aussi, vous verrez votre jeunesse renouvelée : Renovabitur vehit aquila juventus tua. Et saint Jérôme dit aussi que cet ange, apparaissant sous la figure d'un jeune homme, est un sujet de consolation pour les justes qui craignent la mort, parce qu'il leur rappelle la beauté de la vie à laquelle ils doivent s'attendre au jour de leur résurrection (3).

Mais poursuivons cette délicieuse narration. A la vue de cet ange, les saintes femmes, consternées et tremblantes, abaissèrent leurs yeux par modestie mêlée au respect, et semblèrent vouloir se retirer : Dum mente

« praesentis vitae corruptionem transierat, recte angélus, qui nunliare « perennein ejus vilani venerat, in dexlra sedebat. »

(1) « In veste fulgenti cœlesti luce, non colore terreno, dicente « proplieta : Amictus lurnine sicut veslimento. »

(2) « Non feenem, non infarilein, sed jucundam vident œtatem, quiu « nescit resurrecUo senectutem. »

(3) Hic juvenis formam resurreetionis limentibiis moileui os- « tendit. »

consternatœ essent de isto^ cum timerent et declinarent vultum in terrant {Luc.^ 4 et 5) (1). Mais le hérault du ciel les arrête et les rassure, car du ton de la plus grande familiarité et de la plus grande douceur, il leur parle ainsi : « N'ayez pas peur, vous dont je connais les pures et saintes intentions qui vous amènent ici : Respondens milem Angélus dixit illis : Nolite timere, vos [Matth.y XXVIII, 5).Yous êtes venues chercher Jésus le Nazaréen, qui a été crucifié, n'est-ce pas? Mais que vous êtes simples de vouloir trouver Celui qui vit parmi les morts ! je vous dis qu'il n'est plus ici (2) ; il est ressuscité, ainsi qu'il vous l'avait prédit lorsque vous étiez encore en Galilée. Ne vous avait-il pas dit qu'il fal-

(1) D'après le vénérable Bède, nous devons croire que les anges assistent d'une manière toute particulière à la consécration du mystère du corps du Seigneur, à la Messe, comme ils environnaient jadis ce même corps divin déposé au tombeau. Nous aussi, lorsque nous nous disposons à célébrer les mystères célestes, nous devons donc, à l'exemple de ces femmes de l'Évangile, abaisser le front avec la plus grande humilité, en nous rappelant que nous ne sommes que terre et poussière ; et cela non-seulement à cause de la profonde révérence qui est due à l'oblation sacrée du corps du Seigneur, mait; à cause des anges qui y sont présents. Quomodo, posito in sepulcro Corpore Domini, Angeli astiterunt, ita etiam, tempore consecrationv: mysterii Corporis Christi^ assistera sunt credendi. Nos ergo, exemplo devotarum mulîerum, quoties mysteriis cœlestibiis appropinquamus ^ turn propter angelicam prœsentiam, tum propter reverenliam sacric oblationiSy cum omni liumilitate vultum in terram decïinare debemus, nos cinerem et terram esse recolentes»

(2) Il n'est pas ici, dit saint Grégoire, par la présence de son corps, quoiqu'il soit partout par la présence de sa majesté divine : Non est hic per prœsentiam carnis, qui tamen nusqvam deest per prxsentiam majestatis.

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lait que le Fils de rHomme fût livré entre les mains d'hommes pécheurs, et qu'il fût crucifié et qu'il ressuscitât le troisième jour? Vous devriez bien vous ressouvenir de tout cela. » C'est vrai, répondirent les saintes femmes; et nous nous souvenons bien de ces paroles du Seigneur. Eh bien, reprit l'ange, il vient de tenir sa parole, il vient d'accomplir sa promesse : Scio enim. quia Jesum Nazarenum, qui crucifixus est quœritis. Quidquœritis viventeyn cmn mortuis? Non est hic ^ sed surrexit^ sicut dixit. Recordamini qualiter locutus est voôis, cum adkuc in Galilœa esset^ dicens : Quia oportet Filium hominis tradiin nianibus hominum peccatorum^ et crucifigi^ et die tertia resurgere. Et recordatœ sunt verborum ejus [Matth., 6; Luc.^ 6, 7 et 8). Ne craignez donc rien, poursuit l'ange; approchez et venez voir le lieu où le Seigneur a été déposé; et puis hâtez-vous d'aller dire à ses disciples, et particulièrement à Pierre, qu'il est ressuscité. Voilà qu'il va vous précéder en Galilée (1). Vous le verrez certainement là, je vous le prédis ; et d'ailleurs ne vous l'a-t-il pas prédit lui-même ? iVo/eVe expavescere, Venite et videte locum ubi positus erat Dominus. Et cito euntes dicite dis-

(I) Par ce mot Galilée il ne faut pas entendre, dit un ancien commentateur (JoARius Epis. Conimb. apud Barradium, de apparitione Chkisti in monte GALiLiE^, cap. 6 ), la province de ce nom; mais la montagne voisine du mont des Oliviers, où les Galiléens s'étaient bâti une ample habitation pour y demeurer quand leurs affaires les appelaient à Jérusalem, et qui par cela même s'appelait la montagne de Galilée. C'est donc là que Jésus-Christ fait annoncer à ses Apôtres qu'il se trouvera avant eux pour les rendre témoins de la vérité de sa résurrection .

372 HOMÉLIE Vi. LES SAINTES FEMMES AU ÏOMBKAU,

cipulis S2.ns et Petro quia surrexit et ecce prœcedet vos in Galilœam, Ibi emn videbitis. Ecce prœdixi vobis sicut dixit vobis [Matth.^ (>, 7 ; Marc^ 6 et 7).

§ 6. Beau témoignage que les anges ont rendu à la divinité de Jésus- Christ.— L'ange s'entretenantavec les saintes femmes, figure de la bonté avec laquelle Dieu se révèle aux petits. — Explication d'un mot de l'ange consolante pour les vrais serviteurs de Dieu : ils n'ont rien à craindre; c'est aux méchants à trembler.

C'est avec cette touchante bonté qu'a parlé à nos saintes femmes ce même ange de Dieu qui venait de frapper de la majesté de son regard les gardiens du tombeau. Mais que d'instructions, de consolations et de charmes ne se trouvent pas dans ce discours du Messager de Dieu! Arrêtons-nous-y quelques instants; tâchons de le comprendre et d'en faire, nous aussi, nos délices. Est-il possible d'abord qu'un ange, un des nobles habitants du ciel, ait voulu s'entretenir avec tant de familiarité avec de simples femmes que les grands, les sages de la terre ne daigneraient pas même honorer d'un regard? Et pourquoi pas? Cet ange est le ministre de ce Dieu de bon lé qui, ainsi que l'Écriture sainte l'atteste, aime de préférence à se révéler aux âmes simples et à s'entretenir avec elles : Et cum simplicibiis sermocinatio ejus {Prov, ^in). Pourquoi donc l'ange aurait-il dédaigné de s'entretenir avec de telles âmes, lui serviteur, avec lequel, comme nous allons le voir tout à l'heure, n'a pas dédaigné de s'entretenir son divin maître lui-même? Ainsi, jadis, ce furent les simples bergers de Bethléem qui apprirent les premiers, de la bouche de l'ange, la naissance du Sauveur ; et maintenant ce sont de simples femmes de Jérusalem

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qui apprennent les premières, de ia bouche des anges, elles aussi, sa résurrection. Les Apôtres verront, eux aussi, Jésus-Christ ressuscité, afin de pouvoir, comme témoins oculaires, attester au monde ce grand mystère; mais, la première nouvelle de ce prodige accompli, les Apôtres, les colonnes de l'Église, et Pierre luimême, le chef de l'Église, ne la recevront que de la bouche des femmes, et les femmes seules ont le privilège de l'apprendre de la bouche de l'ange : lie et dicite discipulisejus etPetro quiasurrexit. Oh ! que cette leçon est importante! Oh! qu'elle est consolante pour tous ceux que le monde ne croit pas dignes de son estime et de ses égards ! C'est que Dieu préfère toujours la femme pieuse à l'homme puissant, l'homme simple au philosophe, la docilité au talent, l'humilité à la science, la droiture du cœur à l'élévation de l'esprit et à la hauteur du rang et de la condition. C'est qu'à son école celui qui prie profite plus que celui qui étudie, celui qui désire voit mieux que celui qui raisonne, celui qui aime comprend plus que celui qui discute, et que ce que Dieu cache aux savants, aux prudents selon la raison, il le révèle aux petits selon la foi : Abscondisti hœc a sapientibus et prudentibus^ etrevelasti ea parvulis.

Remarquez aussi la manière toute particulière dont Fange du Seigneur rassure les saintes femmes, dissipe leurs craintes et relève leur confiance. Il leur dit : Ne craignez point, YOUS : Nolite timere, VOS. Oh ! que ce mot YOUS, à la fin de la phrase, est beau, est ravissant, est mystérieux! C'est comme si l'esprit céleste eût dit : « Que les autres craignent, que les autres trem-

blent, rien de plus juste et de plus naturel; mais quant à vous, vous n'avez aucune raison de craindre et de trembler : Nolite timere, vos. Oui, femmes, laissez trembler ceux qui demeurent incrédules au mystère qui vient de s'accomplir(l). Laissez trembler les princes des prêtres, qui ont conspiré contre le Seigneur; laissez trembler Judas qui Ta trahi, Pilate qui Ta condamné, les bourreaux qui l'ont crucifié, le peuple qui Ta renié, tous ces esprits orgueilleux qui ont méconnu, en Jésus- Christ crucifié, le grand et profond mystère de la sagesse, de la puissance et de l'amour de Dieu. Mais vous, âmes fidèles et dévouées à ce divin Sauveur, vous qui l'avez accompagné au Calvaire, adoré sur sa croix; vous qui venez le chercher pour l'honorer dans son tombeau ; vous qui n'avez jamais voulu vous séparer de lui ; vous pour qui Jésus le Nazaréen, Jésus crucifié, objet de scandale pour les Juifs et de mépris pour les Gentils, est le chef d'œuvre de la vertu de Dieu ; vous qui, après lui avoir vu subir une mort si ignominieuse et si cruelle, ne le croyez pas moins, ne l'aimez pas moins, ne le cherchez pas moins comme votre Sauveur et votre Dieu, vous auriez tort de craindre, tandis que vous avez, au contraire, tout à espérer : Scio quia Jesum Nazarenum, qui cruciflxusest, quœritis; nolite timere^ VOS. D'après saint Grégoire, ces mêmes mots de l'ange peuvent se traduire ainsi : « Que ceux qui n'aiment pas la présence de citoyens d'en haut, et qui, cloués à la terre, par le poids de leurs désirs charnels, désespè-

(l) « lUi timeant , in quibus remanet incredulitas (Hieron., in • MatthX »

ou LE BONHEUR DES PETITS. 375

rent d'arriver à la société des habitants du ciel; que ceux-là, dis-je, soient dans la crainte et la frayeur, c'est juste, c'est raisonnable. Mais vous, pourquoi craignez-vous, vous qui avez le sort de voir, dès à présent, vos concitoyens célestes, en compagnie desquels vous vous trouverez un jour dans la même patrie (1)? »

Remarquez, enfin, ce mot si doux, si ravissant : « Je sais que vous cherchez Jésus. » Jésus signifie Sauveur, C'est donc comme si l'ange avait dit : Yous cherchez, je le sais bien, le Sauveur. Or, puisqu'on ne peut pas chercher sincèrement le Sauveur sans être sauvé, vous le retrouverez certainement, ce bon Sauveur, vous sauvant; pourquoi et que craignez-vous donc, vous qui allez certainement être sauvés?

Oh î dit encore Sévérien, que le langage de l'ange est rassurant et instructif pour le vrai philosophe aussi bien que pour le vrai chrétien! C'est avec une espèce de complaisance que l'ange nomme Jésus-Christ, et parle de sa croix et de sa passion, tout autant que de sa résurrection ; et, bien loin d'en rougir, le messager céleste s'honore d'appeler « le Seigneur » celui qui venait de souffrir tant et de si ignominieux supplices, qui avait été crucifié comme le plus criminel des hommes, et enfermé dans un sépulcre. Comment donc l'homme ose-t-il dire que le Fils de Dieu se serait dégradé en se faisant homme, ou que la Vertu de Dieu aurait fait défaut dans la passion! Comment l'homme

(1) Proinde ac si dicat : « Paveanl illi qui non amant adventum « supernorum civium ; qui, carnalibus desideriis pressi, ad eorum « societateiii perUnere desperant; vos autem cur perlimescitis qui « veslros concives videtis? »

376 HOMÉLIE Vi. — LES SAINTES FEMMES AU TOMBEAU,

ose-t-il blasphémer en niant la divinité de ce Jésus- Christ que les anges même reconnaissent et adorent comme leur Dieu, leur Seigneur et leur maître (1)? Et ïhéophilacte dit aussi : « L'ange n'a pas honte de la croix, car il sait bien que le salut des hommes etle principe du bonheur des élus n'est que dans la croix (2). » Mais ces mêmes paroles de l'ange, prononcées une fois sur le tombeau du Seigneur, retentissent toujours dans le monde. C'est une espèce d'Évangile que l'ange de Dieu, au nom du Dieu même qui l'envoie et Tinspire, vient de promulguer pour tout le monde. Oui donc, oui; que l'homme bouffi d'orgueil, que le philosophe présomptueux, que l'incrédule insensé, que l'homme d'État croyant se suffire à lui-même, que tout homme qui dédaigne, qui combat Jésus-Christ crucifié et sa religion, que tout hérétique qui défigure cette religion sainte par la témérité de ses doctrines, que tout mauvais catholique qui la déshonore par la licence de ses mœurs, que tous ces hommes-là craignent la colère du ciel, tremblent à la voix de Dieu; c'est bien juste, bien naturel; et, en vérité, ils ont raison, grande raison de craindre cette colère, de trembler au son de cette voix divine. Mais quant à vous, âmes chrétiennes, âmes généreuses pour lesquelles Jésus-Christ crucifié est tou-

(1) « Angélus prœdicat nomen, crucem dicit, loquilur passionem, « sed mox resurreclionem. Dominuni confitetur angélus; posl tanla « supplicia, post sepulcrum agnoscit Dominum suuni. Cur homo aul, « minoratum Deum in carne judicat, aut in passione exislimat Dci « déesse virtutem ? »

(2) « Crucifixum; non enim erubescit crucem, in hac enim est « salus homiiium et principium Beatorum. »

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jours l'objet de tous vos désirs, de toutes vos affectionsj quant à vous qui ne vivez que de la gloire de le servir, de la satisfaction de Fenlendre, du bonheur de l'aimer, de l'espérance de le posséder; quanta vous qui avez toujours en vous et avec vous ce même Dieu crucifié, que vous cherchez toujours; car vous l'avez dans votre esprit par la foi, dans votre cœur par la charité, dans tout votre être par la communion, dans votre corps même par la sainteté de vos actions, par la pratique de la mortification et de la pénitence ; quant à vous, dis-je, toutes les grâces de prédilection vous sont réservées ; vous n'avez rien à craindre de sa justice; vous avez lieu, au contraire, de vous attendre à toutes les épreuves, à toutes les communications de sa tendresse et de sa bonté : Nolite timere^ vos.

Si vous avez été pécheur, n'importe, pourvu que vous regrettiez de l'avoir été et que vous ne le soyez plus. Ne venez-vous pas d'entendre le messager céleste chargeant les saintes femmes d'aller apporter à Pierre en particulier la nouvelle de la résurrection du Seigneur : Dicite discipulis ejus et Petro quia surrexit? Or, l'ange ne nomme Pierre, en particulier dans cette circonstance, dit saint Jérôme, que parce que cet Apôtre, ayant renié trois fois le divin Maître, se croyait indigne d'appartenir désormais au nombre des disciples de Jésus-Christ; et il ne se serait pas cru compris sous la qualification de disciple de Jésus-Christ s'il n'avait pas été nommé explicitement et en particulier (1). Ce

(1) Dicit specialiter Pelro, quia se indignum judicaverat discipu- « latn, cum ter Magistrum negaverit. »

fut donc, reprend saint Grégoire, envoyer à Pierre se repentant de son reniement, pleurant son péché, un gage d'espérance et de pardon (1); et nous aussi, dit encore saint Jérôme, nous sommes assurés, par ce mot de l'ange, que les péchés commis, mais qu'on n'aime plus et qu'on regrette même d'avoir commis, ne nuisent pas et ne nous empêchent pas de voir Jésus-Christ et d'avoir part à ses grâces et à son amour (2).

Rappelons-nous encore que le même ange, en parlant de Jésus-Christ, n'a pas dit votre Seigneur ou le mien, mais il a dit « le Seigneur, » le Seigneur au sens général et absolu, Dominus; c'est comme s'il eût dit : Jésus-Christ est mon Seigneur comme il est votre Seigneur. 11 n'y a qu'un seul Seigneur, un Seigneur unique, et c'est Jésus-Christ, le Seigneur de tous et de tout. Moi, ange du ciel, je ne suis pas moins que vous, hommes de la terre, son serviteur. C'est le plus grand honneur pour nous, comme pour vous et pour tous, que d'être les serviteurs de ce grand et affectueux Seigneur, d'écouter ses paroles, d'accomplir ses volontés, de propager avec zèle son culte et sa gloire : Dominus, Dominus.

Sur cela, les saintes femmes sortirent du tombeau, dit l'Evangile, lame remplie de crainte et de joie en même temps : Exierimt cum timoré et gaudio magno» Pleines de crainte, dit saint Jérôme, à cause de la grandeur du prodige, pleines de joie à cause de l'assurance qu'elles venaient de recevoir de la résurrec-

(1) a Vocatur ex nomine, ne desperet ex negatione. » (2j « Fftficafa praeterila non nocenl quae non placent. »

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tien du Sauveur, qui comblait tous leurs désirs (1). 0 femmes heureuses, femmes fortunées d'avoir été honorées du colloque, de la conversation des anges, d'avoir entendu de leur bouche un pareil langage, d'en avoir reçu des révélations pareilles ! Mais là ne s'est pas borné ce bonheur des petits; là ne se sont pas bornés les traits de la bonté de Jésus Christ envers ces âmes simples, dociles, humbles, affectueuses, et par cela même nobles et parfaites. Après leur avoir fait voir les anges, il a daigné se laisser voir par elles lui-même; après leur avoir fait entendre la parole de ses serviteurs, il leur a fait entendre sa propre parole^ il a daigné leur parler lui-même. C'est ce dont je vais vous entretenir dans ma seconde partie.

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