JÉSUS-CHRIST RESSUSCITÉ SE RÉVÉLANT AUX PETITS ET CONVERSANT AVEC EUX
§ 7. Les apôtres ne voulant pas croire au récit des femmes leur annonçant la résurrection du Seigneur, qu'elles avaient apprise des anges. — Pierre et Jean se rendant au tombeau. — Cachet de vérité des Évangiles —L'amour de Madeleine récompensé. — Son bonheur de voir Jésus-Christ.
il|ous venons de voir qu'en revenant du monument, qu'elle avait trouvé vide et ouvert de tous les côtés, Madeleine était allée trouver Pierre et Jean, et leur avait appris que le corps du Seigneur n'était plus au
(1) a Aiter de miraculi magniludine, aller ex desiderio resur- « gentis. »
tombeau. Or, pendant que ces deux Apôtres, tristes et pensifs, réfléchissaient sur ce rapport que Madeleine venait de leur faire, voilà les autres saintes femmes revenant, elles aussi, du tombeau, et racontant à tous les Apôtres ce qu'elles venaient de voir et d'entendre de la bouche même des anges et ce que ces anges les avaient chargées de dire à tous et à Pierre en particulier sur la résurrection du Seigneur : Et regressœ a monumento^ nuntiaverunt hœc omnia illis undecim et cœteris omnibus [Luc, v, 9). C'était donc confirmer le récit que Madeleine avait fait la première ; et le moyen de douter de la vérité de témoignages si nombreux et si réitérés. Cependant les Apôtres firent les esprits forts; ils prirent tous ces récils d'apparitions et de discours des anges pour des contes et des délires. c( Et allons donc, se dirent ils, avec toutes ces visions et ces prodiges ! Ce sont des rêves d'imagination de femmes ; nous ne croyons pas que le Maître soit ressuscité ; » Et visa sunt ante illos sicut déliramentum verba ista; et non crediderunt illis {Liic.^ 1 1 ). Il n'y eut que Pierre et Jean, parmi les Apôtres, qui eurent l'air de penser qu'il pouvait y avoir du vrai dans ce que les saintes femmes venaient de rapporter. El ils coururent au tombeau avant tous les autres, parce que, dit saint Grégoire, ils aimaient le Seigneur plus que tous les autres (1) ; Exiit ergo Petrus^ et ille alius discipulus et venerunt ad monumentum, Currebant autem duo simul [Joan., xx, 3 et 4). Ils entrent tous
(1) « Pelrus et Joannes pra; caeleris accurrerunt, quia prjp cœteris « amaverunt. »
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les deux dans le monument, et voient posés à terre les linges dont on avait enveloppé le corps du Seigneur, et le suaire qui couvrait sa tête plié en un lieu à part [Joan. ^ ibid.). Ils s'étonnèrent en eux-mêmes de ce qui était arrivé ; ils en crurent seulement quelque chose; car ils ne comprenaient pas encore les saintes Écritures affirmant qu'il fallait que le Seigneur ressuscitât d'entre les morts : Nondum enim sciebant Scripturam quia oportebat eum a mortuis resurgere [Ibid., v, 9). Et ils s'en retournèrent chez eux : Abierunt ergo iterum discipuli ad semetipsos [Ibid., 10).
Mais c'est saint Jean qui nous rapporte tous ces faits. Admirons donc, nous dit saint Ghrysostome, l'humilité de cet Évangéliste. Il ne rougit pas d'apprendre lui-même au monde que lui, homme, Apôtre et Évangéliste, n'a, la première fois, appris que par une femme la résurrection du Seigneur; et de rendre par là à cette femme la louange qui lui est due, même aux dépens de sa propre réputation (1)! Ah! que ces historiens sacrés, en écrivant l'Évangile , se sont, autant que possible , éclipsés eux-mêmes , et n'ont visé qu'à la gloire de Jésus-Christ et à l'exactitude des faits. Ce n'est pas la même manière de se conduire des historiens profanes : voilà donc une nouvelle preuve qu'ils ont été sincères, que leur témoignage est vrai, et que leurs récits sont la vérité!
(I) « Evangelista non privavit mulierem hac laude, nec verecuna dum exislimavit quod ab ea primum disceret Christi resurrectio- « nem {Homil. Si, in Joan.). »
Les saintes femmes, pleines de foi et d'amour, s'étaient associées aux deux Apôtres, et étaient revenues avec eux au sépulcre dans l'espérance d'y voir le Seigneur ressuscité. Mais n'y ayant rien vu de plus que ce qu'y avaient vu les apôtres eux-mêmes, elles reprirent, elles aussi, le chemin de la ville.
Seule Madeleine, ne pouvant se consoler de ne plus voir ni vivant ni mort son divin Maître chéri, ne put se décider à quitter ce tombeau sacré, ce dépositaire de toutes ses espérances et de toutes ses affections. La voilà donc s'arrêtant, tout en pleurs, en dehors du monument et y revenant à chaque instant, et s'y penchant pour regarder dedans ; Maria autem stabat ad monumentum foris^ plorans. ûum ergofîeret, inclinavit se, et prospexit in monumentum [Joan.^ xx, 11). Car à un cœur aimant il ne suffit pas, dit saint Grégoire, de regarder une seule fois là où il espère rencontrer celui qu'il aime ; et plus son amour est fort, plus il renouvelle et multiplie ses recherches (1). D'après Origène, elle paraissait dire : « Je ne puis pas vivre sans lui. Si je ne le vois plus, je veux mourir ici. Si je n'ai plus le bonheur de la présence de mon doux Seigneur, je serai au moins enterrée tout près de son tombeau (2). » 0 amour! ô constance! Un amour aussi ardent qu'il était pur, une constance aussi persévérante qu'elle était généreuse ne pouvaient pas, dit saint Grégoire,
(1) « Amanli semel prospexisse non sufficit. Vis amoris inlentionem a mulliplical inqiiisilionis. »
(2) « Hic nioriur, ut salletn juxta sepulchruni Domini mei sepc- « liar. »
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demeurer trompés (1) de la part de celui qui a dit : « Cherchez, et vous trouverez; celui qui ne se lassera pas de chercher finira par trouver; Quœrite et invenietis.., Quiquœrit invertit (Matth., vu).» En effet, une fois entre autres que, pleurant plus que jamais, elle se pencha et regarda avec plus d'empressement dans le tombeau , elle y aperçut deux anges vêtus de blanc, assis l'un à la tête, l'autre aux pieds, là où l'on avait déposé le corps de Jésus-Christ : Dum ergo fleret ^ inclinavit se^ et prospexit in monumentum et vidit duos angelos in albis^ sedentes^ unum adcaput^ et unum ad pedes^ ubi positum fuerat corpus Jesu [Joann., xx, H et 12).
(( Femme, lui dirent -ils, pourquoi pleurez- vous tant? » « Ah! leur répondit-elle, c'est parce qu'on a enlevé d'ici mon doux Seigneur, et que je ne sais où on l'a mis. Ainsi me voilà doublement désolée, et de ce qu'il est mort, et de ce qu'on ne trouve plus son corps : Dicunt ei illi : Mulier ^ quid ploras? Liait eis : Quia tulerunt Dominum meum, et nescio ubi posuerunt eum (Ibid.^ 13). » Pendant que Madeleine parlait ainsi, les anges baissaient leur tête en signe de révérence, comme s'ils eussent adoré quelqu'un. Madeleine se retourna donc pour voir à qui les esprits célestes adressaient leurs hommages, et elle vit derrière elle Jésus-Christ debout : Hœc cum dixisset, conversa est retrorsum, et vidit Jesum stantem (Jbid., 14).
L'amour de Madeleine était grand; mais sa foi n'était pas encore parfaite. La grandeur même de son
(1) « Perseveravit ul quœreret, coutigit ut iriveiiiict. »
amour paraissait nuire à sa foi. Dans Timpatience de voir le Seigneur, elle oublie ce qu'on lui avait dit : que le Seigneur n'avait pas été enlevé; mais que c'était lui-même qui était ressuscité. Cette imperfection de sa foi l'empêche de reconnaître tout d'abord le Seigneur qui était là : Et nesciebat quia Jésus est [Ibid.), C'est par la même raison de Fimperfection de leur foi que les deux disciples allant à Emmaiis ne reconnurent pas, eux non plus, tout d'abord, Jésus-Christ ressuscité, qui leur apparut sur le chemin de ce village. Et comme ils crurent que Jésus-Christ n'était qu'un pèlerin, parce qu'ils le rencontrèrent dans la route, de même Madeleine, ayant vu le Seigneur dans le jardin où était le tombeau, crut que c'était le jardinier ou le seigneur et le maître du jardin : Existimans quia hortulanus esset {Ibi.d., 15). Cependant les deux différentes formes sous lesquelles Jésus se montra dans ces deux apparitions ont, elles aussi, leur mystère. Jésus-Christ ressuscité, apparaissant aux yeux des disciples un pèlerin ayant l'air d'aller plus loin ; Finxit se longius ire [Luc, v, 28); et Jésus-Christ nous apprenant que tout chrétien, comme l'a dit saint Paul, ne doit se oensidérer sur cette terre que comme un étranger, comme un pèlerin voyageant vers le ciel : Dum sumus in corpore , peregrinamur a Domino (II Cor. V, 6). Non habemus hic maneyttemcivitatem, sedfuturaminquirimus [Hebr. xiii, 14). Or, de même Jésus-Christ ressuscité paraissant un jardinier à Madeleine, est, dit Origène, Jésus-Chris! nous apprenant que c'est lui le véritable jardinier qui répand toute bonne semence de foi et de vertu dans la terre de nos âmes,
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dans le cœur de tous ses fidèles serviteurs, et l'y fait fructifier (1).
Et voyez comment ce Jardinier divin fait germer et parvenir à une maturité parfaite la semence de la foi dans le cœur de Madeleine. « Femme, lui dit-il à son tour, pourquoi pleurez-vous? Qui cherchez-vous avec tant d'empressement? Dicit ei Jésus : Mulier, quid ploras? Quemquœris?y> Seigneur, lui répond-elle, vous venez d'entendre pourquoi je pleure et qui est celui que je cherche. Ah! si c'est vous qui l'avez enlevé ce doux objet de mes désirs, dites-moi où vous Tavez mis. Je volerai le prendre, ce corps sacré. Je n'aurai pas besoin que d'autres viennent à mon aide. Je me chargerai moi-même de ce fardeau chéri. Après l'avoir embaumé, je le vénérerai, je m'extasierai de délices à ses pieds comme j*étais accoutumée de le faire pendant sa vie : Dicit ei : Domine^ si tu sustulisti eum^ dicito mihi ubiposuistieum ; et ego eum tollam [Joan. , XX, 15). Ce discours était, comme on voit, une nouvelle prière chaleureuse, fervente de connaître Jésus-Christ. Elle ne pouvait manquer son objet de la part de celui qui avait dit : « Priez, et vous recevrez ; quiconque « prie obtient : Petite^ et accipietis ; omnis qui petit « accipit [Matth. , viii). » Jésus-Christ, avec cet accent divin qui porte avec lui la lumière et la grâce, dit donc à Madeleine : «Marie ! » Dixit ei ejus : Maria! [Joan. ^ 1 6.) et ce fut comme s'il lui avait dit : « Marie, ma fille bienaimée, c'est moi ! Gomment ne me reconnaissez-vous
(I) (t Hortulanus, quia ipse seminat omne semeii bonum in terra « anima; tuas, in cordibus fidelium servorum. »
pas encore? » A cet appel, prononcé avec tant de bonté, le cœur de Madeleine éprouva, d'après Origène, un sentiment d'ineffable douceur qui la fit tressaillir de joie et lui fit reconnaître que c'était le Seigneur son divin maître (1); et, hors d'elle-même par la surprise et le bonheur : « Ah ! c'est donc vous, s'écria-t-elle ; c'est vraiment vous, mon maître et Seigneur : Conversa illa, dicit ei : Rabbonî, quod dicitur Magister [Ibid.). » Ce fut lui dire : ce 0 mon maître chéri, je vous reconnais. Me voici, moi la dernière de vos disciples, mais la plus dévouée de vos filles spirituelles. Ah! vous vivez donc! Je vous retrouve enfin, je vous revois! Oh ! que je suis contente, que je suis heureuse! »
§ 8. Explication des paroles du Seigneur à Madeleine : « Ne veuillez pas me loucher.» — Jésus-Christ appelant les Apôlres «ses frères.» — Profonds et conr'olants mystères de ses paroles pour tous les vrais chrétiens. — Dieu leur Dieu et leur Père.
Mais il ne lui suffit pas de le revoir, ce bon, ce doux, ce divin Jésus, et de lui parler. Elle veut aussi, ajoute Origène, le toucher, ce Jésus ; car elle sait qu'une vertu divine sort de tout son divin corps et porte partout la santé, la consolation et la vie (2). La voilà donc se jetant à ses pieds et s'empressanl de les embrasser et de les baiser. Mais le Seigneur lui dit : Ne veuillez pas me toucher, car je ne suis pas encore monté vers
(t) « Persensit in nomine quamdam singularem vocationis dulce- « dinem, et per eam cognovit ipsum esse magistrum suum. »
(2) « Non sufficiebat illi videre Jesum, et loqui cum Jesu, nisi 7. etiam tangeret Jesum j sciebat enim quia virtus de illo exibal et (i sanabat omnes. »
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mon Père : Dicit ei Jésus : NoH me tangere, nondum enim ascendi ad Patrem meum.
Saint Augustin pense que ces paroles de Jésus-Christ à Marie furent un reproche de l'imperfection de sa foi, et que ce fut comme s'il eût dit : Vous n'êtes pas encore digne de me toucher, car vous ne croyez pas encore parfaitement que je suis le Fils de Dieu et que je suis uniàmonPère(l). Mais, d'aprèsGornéliusà Lapide, s'appuyant sur l'opinion d'autres docteurs et d'autres Pères, le sens de ces paroles du Seigneur fut bien différent. Madeleine eut à peine reconnu le Seigneur ressuscité, qu'elle se prosterna à ses pieds, les embrassa avec un grand transport d'amour et de respect ; et elle ne se rassasiait pas de les baiser, et ne pouvait pas se résoudre à quitter cespiedsdivins où elle avait jadis trouvé son pardon, la paix de son âme et son bonheur. Jésus- Christ, d'après le grand interprète que je viens de citer, en disant donc à Marie : « Ne veuillez pas me toucher; car je ne suis pas encore monté vers mon Père, » a voulu lui dire : Ce n'est ni le lieu ni le moment de vous livrer aux délices de l'embrassement de mes pieds. Vous aurez bien le temps de me voir et de vous entretenir avec moi à votre aise, car je ne monte pas encore au ciel, je ne m'en vais pas encore à mon Père.
Cette interprétation se lie bien à ces douces paroles que le Seigneur ajoute à la sainte pénitente : « Mais,
(1) « Nondum cligna es meo contactu ; nondum enim in corde luo « ascendi ad Patrem meum, quia nondum perfecle credis me esse « Filium Dei. »
allez à mes frères, et dites-leur que je m'en vais retourner à mon Père, qui est aussi votre Père, à mon Dieu, qui estaussi votre Dieu: Vadeantemad fratresmeos^ et die eis : Ascendo ad Patrem meum et Patrem vestrum Deiimmeum etDeum vestrum [ibid.^ 17). » C'était lui dire : Marie, il ne convient pas que vous restiez ici longtemps à vous réjouir de ma présence, tandis que mes frères, les disciples, sont dans la tristesse et dans la désolation à cause de ma mort. Ce n'est pas bien que vous différiez de leur annnoncer ma résurrection. Allez donc vite leur faire part de la joie que vous éprouvez vous-même (d).
En attendant, y a-t-il rien de plus instructif, de plus aimable, de plus doux, de plus touchant que ces paroles du Seigneur? Elles nous apprennent d'abord, dit le même interprète, qu'il est plus agréable au cœur de notre divin Sauveur de nous voir occupés à répandre le baume de la consolation dans le cœur de nos frères noyé dans la tristesse, dans l'angoisse et dans la douleur, que de nous voir nous entretenir avec lui-même; qu'il préfère la charité à la dévotion, la miséricorde au sacrifice; qu'il aime mieux être soulagé dans la
(1) « Magdalena Christo addicta, cum videret eum resurrexisse, « ineffabili gaudio perfusa, cecidit ad pedes ejus, ibique haerere vole- « bat, nec iis deosculandis exsatiari polerat. Quare Christus eam « prohibe!, jubetque ne ibi haereat, sed mœstis Apostolis suam resur- « reclionem renuntiet. Quasi dicens : « Noli in hoc contactu diulius (( immorari ; ssepius enim id tibi facere licebit, habebis tempus me « tangendi et alloquendi : nondum enim ascendo ad Patrem meum. (( Sed gaudio quo frueris fac ut et Apostoli mci perfruantur [Corne- « lins à Lapide, in xx Joan.). «
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personne de ses pauvres, que d'être honoré dans sa propre personne (1).
Que de charmes aussi ne se trouve-t-il pas dans ces mots : c( Allez dire à mes frères, » en parlant des Apôlres. Ce fut dire à Madeleine : « Je vous charge, Madeleine, de dire aux Apôtres toute mon affection; assurez-les que j'ai compati à leur faiblesse et pardonné à leur fuite; que, s'ils m'ont abandonné, je ne les abandonne pas; que, s'ils m'ont oublié, je ne les oublie pas; que, s'ils ont rougi de m'avoir pour maître, je ne rougis pas de les avoir pour frères ; et que c'est comme mes frères que je les aime toujours : Vade ad fratres meos.
Admirons encore cet excès de bonté par lequel, lui, Dieu, maître et Seigneur du monde, daigne appeler les Apôtres, hommes de rien aux yeux du monde, « SES FHÈREs; » Ad fratres meos! En rappelant cette délicieuse parole du Seigneur, saint Paul ne revenait pas de son étonnement : Est-il possible, disait-il, que le Fils de Dieu lui-même n'ait pas rougi et se soit même plu à appeler (c ses frères » les lils des hommes : Non confunditur fratres eos vocare ! [Hebr, , ii.) 0 1 abelle et imposante leçon que celle-ci pour ceux, soit hommes, soit femmes, qui occupent des hauts rangs, des positions élevées dans la société! Ce fut leur prêcher d'exemple, du plus sublime de tous les exemples, ce qu'il leur avait déjà fait dire par son prophète; à sa-
(1) « Disce hic gratius esse Ghristo ut mœstis, affliclis, in gravi « Irislilia et angore et dolore quis assistât quam sibi, juxta illud : « Misericordiam volo, et non sacrificium (Jhid.).
voir, qu'autant on est grand, autant on doit s'humilier en tout et avec tous; que les véritables caractères de la grandeur, qui l'annoncent et la i élèvent, ne sont pas le faste, l'outrecuidance et l'orgueil, mais l'affabilité, l'humilité, la modestie, le désintéressement; et que ce n'est que par la pratique de ces vertus que les grands peuvent aspirer aux hommages des hommes et aux grâces de Dieu : Quanto magnus es, humilia te in omnibus y et coram Deo invenies gratiam (Eccli.^iw). Mais ce n'est pas seulement aux Apôtres que le Fils de Dieu fait aujourd'hui l'insigne honneur de les appeler c( ses frères; » car il a dit encore à Madeleine : Je vais m'en retourner à mon Père, qui est votre Père, à mon Dieu, qui est votre Dieu. N ayant donc pas dit : « Leur Père et leur Dieu; » mais « votre Père, votre Dieu, » il est évident que cette touchante parole du Seigneur n'a pas été adressée seulement aux Apôtres, mais à Madeleine aussi, à toutes ses compagnes dans la même foi, à tous les disciples, à tous les vrais chrétiens. Que nous sommes donc heureux d'entendre de la bouche même du Fils de Dieu, de notre aimable Sauveur, que nous aussi, enfants de la vraie Église, nous avons Dieu pour Père; nous sommes par cela même les fils de Dieu et par conséquent aussi les frères de Jésus- Christ! Il est vrai que le Seigneur n'ayant pas dit : « Je m'en vais à notre Père et à notre Dieu, » mais « Je m'en vais à mon Père et à votre Père, à mon Dieu et à votre Dieu, » il a voulu nous apprendre, comme le remarque saint Augustin, que Dieu n'est pas au même titre le Dieu et le Père de Jésus-Christ, et notre Dieu à nous et notre Père. Il est vrai que, par cette admirable
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manière de s'exprimer, il a voulu dire que Dieu est notre Père d'une manière différente de celle dont il est le Père de Jésus-Christ; qu'il est notre Père par grâce^ tandis qu'il est le Père du Seigneur par nature; qu'il est le Dieu de Jésus- Christ en tant qu'il est homme comme nous; mais en tant que Dieu il est luimême aussi bien notre Dieu que son Père; seulement, étant homme-Dieu, il est le médiateur entre Dieu et l'homme (i). Mais il n'en est pas moins vrai que, d'après ces inneffables paroles, notre filiation vis-à-vis de Dieu, toute de grâce et d'adoption qu'elle soit, est une filiation réelle, nous conférant des droits réels, propres aux enfants. C'est ainsi qu'argumentaient les deux grands apôtres saint Jean et saint Paul ; l'un ayant dit : « Voyez jusqu'à quel point le Père céleste nous a aimés; il nous a aimés au point que nous n'avons pas seulement le nom, mais la qualité aussi d'enfants de Dieu; Videte qualem charitatem dédit nobis Pater, ut filHDei nominemur et simus (I Joan., m); » et l'autre, saint Paul, ayant dit : « Puisque nous sommes des enfants, personne ne peut nous contester le droit d'être héritiers. Nous sommes donc les héritiers de Dieu et les cohéritiers de Jésus- Christ; et si nous partageons ses souffrances, nous partagerons aussi sa gloire ; Si filii et hœredes, hœredes quidem
(l) « Non ait : « Patrem noslrum, » sed : « Patrem meum et Pa- « Iretn vestrum ; » aliter enim meum, aliter vestrtim; meum gratia; « natura vestrum. Neque dixit : « Deum nostrum, » sed : « Deum « meum, sub quo ego homo » et Deum vestrum, inter quos et ipsum « mediator sum. »
Dei^ cohœredes aiitem Christi; si tamen compatimu7\ ut et conglorificemur {Rom.,\m^ 17).
Que les myslères de l'incarnation, de la passion, de la mort et de la résurrection de notre Rédempteur divin soient donc bénis ! C'est par ces grands mystères qu'il nous a acquis., qu'il nous a conféré, à nous tous qui avons le bonheur de croire en son nom, le pouvoir de devenir les enfants de Dieu : Dédit eis potestatem filios Deifîeri^ his qui credunt in nomine ejiis [Joan.^i). Yoilà donc accompli et annoncé aujourd'hui au monde
le grand et délicieux mystère de l'Eglise, ne formant qu'une société unique, une famille dans laquelle on naît par la foi, on vit par la grâce, on est lié par l'amour, et dont Jésus-Christ est le Frère aîné, et Dieu lui-même le Père à tous^ le Père pour tous : Ascendo adPatrem meumet Patrem vestrum, Deum meum et Deum vestrum.
§ 9. Explication du mystère des anges et de Jésus-Christ apparaissant d'abord aux femmes. — La femme évangéliste de l'homme pour le bien, comme elle l'avait été pour le mal. — La résurrection du Seigneur, le mystère de la femme régénérée.
Ce n'est pas non plus sans une grande raison que ce ne sont que les femmes qui voient les anges; qui apprennent de la bouche des anges la résurrection du Seigneur; qui sont chargées de l'annoncer aux hommes; que Jésus-Christ ressuscité lui-même n'apparaît d'abord qu'aux femmes, et que c'est aux femmes qu'il fait ces grandes et consolantes révélations qui résument tout rÉvangile, tout le christianisme, et qui sont la base et la preuve de toute la religion. Ainsi les Pères de l'Église se sont arrêtés avec bonheur à méditer
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ces circonstances, et, à leur exemple, nous en devons faire de même.
Rien d'abord, dit le grand saint Hilaire, n'est plus conforme à l'ordre de la réparation que cette économie de la Providence par laquelle c'est la femme qui entend, qui voit la première le glorieux mystère de la résurrection, puisque ce fut par la femme qu'avait commencé le mystère humiliant de la mort (1).
Selon la belle pensée d'un autre Père, les anges parlant aux femmes et les femmes s'entretenant avec les anges nous disent que, par la résurrection du Seigneur, se sont renouvelés ces ineffables rapports entre le ciel et la terre, qui existaient avant le péché, et que le péché avait interrompus. Car voici la femme, qui jadis avait entendu les funestes conseils de l'ange de l'enfer, s'entretenant aujourd'hui des choses de la vie éternelle avec l'ange du ciel (2). L'ange donc, poursuit le môme Père, qui dit aux femmes : « Allez vite annoncer aux disciples c( que le Seigneur est ressuscité, » c'est l'ange disant à la femme : ce Femme, te voilà enfin changée et guérie. « Retourne donc à l'homme lui persuader la foi, toi (c qui jadis Tavais poussé à Tincrédulité. Rapporte à « rhomme l'espérance delà résurrection, toi qui lui « avais donné les conseils de la chute (3,. » A'oilà donc,
(1) « In conti'aviiiui ordo causof priiicipalis est i-eddiliis ; ni. fjuia a <c sexu muliebri cœpta mors essel, ipsi primum resurrecUonis gloriit» « et visus et nuntius redderetui" {Comm. in Matth.). w
(2) (« Surgenle Domino, lerrenis redditur cœlesle consortium; et « mulieri, cui fuerat cam diabolo lethaie concilium, fit cnni angelo « vitale colloquium {Severiamis Gabalensis, in Caten. in Joan.). »
(3) a Ite cilo, (licite discipulis quia snrrexit, esl quasi dioal ; « Re-
ajoute saint Grégoire, la faute du genre humain effacée par le même moyen qui en avait été le principe. Car c'est parce que, dans le jardin des délices, la mort avait été inoculée à Tliomme parla femme, que c'est la femme qui, en revenant du jardin des souffrances, où était le lombeau du Seigneur, annonce à l'homme la vie; et c*est parce que la 'femme avait rapporté la première à l'homme les paroles du serpent, qui le tuèrent, qu'elle lui révèle, aussi la première^ les paroles du Seigneur, qui le vivifient (i).
Souvenons-nous aussi combien était malheureuse et dégradante la condition de la femme après le péché. Le péché ayant commencé par elle, c'était sur elle qu'en pesait, d'une manière toute particulière, l'odieuse responsabilité; ce qui faisait d'elle un être déchu, abject, un être voué à la servitude et à l'opprobre. Mais aujourd'hui, dit saint Cyrille, la femme qui, ayant été jadis le ministre de la mort, est la première à voir et à annoncer l'auguste mystère de la résurrection, c'est la femme relevée, réhabilitée, ennoblie; car c'est la femme choisie comme l'instrument du remède contre la malédiction, comme l'instrument de l'absolution qui efface l'ignominie (2).
(( vertere ad virum, inulier jaai sanata ; suade fîdem, quae perfidiam « suasisU ; fer resurrecUonis indiciuni cui ante concilium ruinœ dec( disU (/^fd.). »
(1) « Ecce humani generis culpa ibi absconditur unde processit. « Quia eiiim in paradiso mulier viro propinavit mortem, a sepulchro « mulier viris annuntiat vitam; et dicta sui Vivificatoris narrât quœ « mortiferi serpentis verba narraverat {Homil. in Evang.), »
(2) « Fœniiiia quœ quondam morlis fuit ministra, venerandun»
ou LE BOMilEUR DES PETITS. 395
Et le vénérable Bède dit aussi : a Dans les desseins de la miséricorde de Dieu, la femme ne devait pas supporter perpétuellement aux yeux de l'homme l'opprobre de sa faute perpéluelîe; et c'est pour cela que Jésus-Christ, pour répandre dans le cœur de l'homme sa grâce, n'en charge que la femme, qui lui avait inoculé le péché (1). »
«Ainsi, dit saint Jean Ghrysostome, d'après Origène, le monde va apprendre dans quelques jours, par les Évangélistes et les Apôtres, la résurrection du Seigneur; mais les Apôtres et les Évangélistes ne l'apprennent eux-mêmes pour la première fois que par les femmes. Les Apôtres et les Évangélistes vont être les apôtres et les évangélistes du monde, tandis que les femmes sont les premiers évangélistes, les premiers apôtres des évangélistes et des i^pôtres eux-mêmes. C'est ainsi qu'il a plu au divin Sauveur d'honorer le sexe que la séduction du serpent avait dégradé, en convertissant en messager de la joie de l'homme ce même sexe qui avait été la cause de sa tristesse et de sa douleur (2), »
Femmes, réjouissez-vous donc aujourd'hui en pré-
« resurreclionis mysleriuni prima percipit et nunliat. Adeptuin est « igitur fœmineum genus et ignominiae absolulionem et maledic- (( tionis remedium. »
(1) « Resurreclionem mulier prima videt, ne in pœnam perpetui « realus apud viros perpetiium opprobriura suslineret, et qu9B viro u culpam Iranslulenit translundul etgratiam. »
(2) « Mulieribus pro Apostolis ad apostolos usus est : honorans « genus quod ex serpentis seductione infâme factum fuerat; et quia « mulier viro facta est causa mœroris, nunc mulieres fiunt viris gau- « dit ministrsB. »
306 nOMÉLIE VI — LES SAINTES FEMMES ATI TOMBEAU,
sence de l'homme; et, saintement lières de la prédilection du Dieu Sauveur pour vous, rehaussez votre front flétri par le stigmate de votre ancien péché et comblé d'opprobe. Dans la personne des saintes femmes au tombeau du Seigneur, votre sexe a fait amende honorable de son ancien forfait, a réparé noblement tous ses torts. Oh! que les femmes doivent aimer, doivent chérir le mystère de la résurrection de Jésus-Christ! Car c'est particulièrement le mystère de la réhabilitation de la femme déchue, c'est ce mystère qui la rehausse plus qu'elle n'était tombée, qui la replace au rang qu'elle avait perdu, et qui lui rend toute sa gloire, sa grandeur et sa dignité !
§ 10. Jésus-Christ apparaissant de nouveau aux femmes, et adore par elles comme Dieu. — Leur bonheur. — Bonté ineffable du Seigneur appelant de nouveau les chrétiens « ses frères. »
Mais Madeleine n'est pas la seule à voir le Seigneur ressuscité. Les autres saintes femmes, compagnes de son pèlerinage au tombeau sacré, et partageant sa foi, sa piété, son dévouement et son affection envers Jésus, partagent aussi son bonheur.
Heureuse, ravie, liors d'elle-même de ce qu'elle venait de voir, de ce qu'elle venait d'entendre, et empressée de remplir la mission d'anioui' dont la bonté du divin Maître l'avait chargée auprès des Apôtres, Madeleine court vers Jérusalem; mais ayant rencontré, sur sa route, la bande fortunée de ses compagnes, qui l'avaient précédée, elle s'arrête pour leur raconter comment le Seigneur venait de lui apparaître et de s'entretenir avec elle, el leur faire part de sa félicité.
ou LE B0N1II':UR DES PETITS. 397
« ]jà OÙ deux ou trois personnes, avait dit le Sei- (( gneur, sont réunies en mon nom et s'occupent de « moi, je suis au milieu d'elles : Ubi enim simt duo vel (( très congrecjati in nomine meo^ ibi sum in medio (( eorum [Matth., xviii, 20). » Or les saintes femmes que Madeleine venait de rejoindre ne s'occupaient que de Jésus-Christ; c'est lui qui était le lien de leur société, comme le sujet de leurs entretiens et l'objet de leurs désirs et de leur amour. Il se trouvait donc certainement au milieu d'elles et en leur compagnie; mais il n'y était que d'une manière cachée ; if n'y était que dans leur esprit et dans leur cœur et par rapport à sa divinité. Et voilà que, pour les récompenser de leur foi et de leur ferveur, il daigne se montrer aussi à leurs yeux dans la gloire, dans la beauté de son humanité ressuscitée. Car, lorsqu'elles s'y attendaient le moins, Jésus vient visiblement à leur rencontre et leur dit : (( Avete; réjouissez-vous; » ou : « Le salut soit sur vous. » Et ecce Jésus occurrit illis^ dicens : Avete Matth. xxvm,9).
Ne vous étonnez pas, nous dit saint Jérôme, de ce trait de bonté du divin Sauveur. Ces saintes femmes couraient, par leurs désirs, qui étaient des prières, audevant du Seigneur; elles méritent pourtant que le Seigneur, si bon pour l'âme qui le cherche, coure à leur rencontre (i).
(1) « Qnae ita currebant raerebantin- obviam habere ciirrentem « Dominuii!. Bonus est Deus aniraœ quivrenli iilum {Thren. m). » Et le docleui- Rabbanus dit aussi que Jésus-Christ a montré par là que, par le puissant secours de sa grâce, cet aimable Seigneur vient luimême à la rencontre de tous ceux qui s'engagent dans le chemin de
Remarquez aussi que le mot Avete, au singulier Ave, c'est le mot Eva renversé. Par ce mot si doux le Seigneur voulut leur faire entendre, dit encore saint Jérôme que, dès ce moment, la femme n'est plus l'ancienne Eve ; mais c'est une Eve nouvelle ; c'est Eve renversée, Eve régénérée, et que dans les femmes et par les femmes la malédiction de la première femme venait de se changer en bénédiction (1).
A la différence des souhaits, des salutations des hommes, qui n'expriment que des désirs stériles, les salutations de Dieu sont efficaces; elles réalisent ce qu'elles annoncent. En disant donc à ces heureuses femmes : « Réjouissez-vous, le salut soit sur vous, » Jésus-Christ les met sur les voies du salut, il inonde leur cœur d'une immense joie; et elles, tressaillant de cette joie toute céleste et divine, hors d'elles-mêmes par la surprise et le bonheur de revoir de leurs yeux leur maître chéri ressuscité, se pressent autour de lui, se prosternent à ses pieds, saisissent avec transport ses pieds divins, comme voulant empêcher le Seigneur de s'en aller. Mais elles firent encore mieux. Frappées par la lumière subite que cette apparition fit rayonner dans leur esprit, et voyant clair dans les mystères du Seigneur, qu'elles croyaient bien sans les avoir encore bien compris, elles reconnaissent que Jésus-Christ est
la vertu, afin de les aider à achever leur salut éternel : Per hoc oslendit se omnibus salutis iter inchoantîbus, ut ad salutem perpeluam pervenire queant, adjuvando occurrere, »
(1) « Merentur primum audireave/e, ut maledicUmi Evœ mulieris « in miîlieribus subvertcretur. »
ou LE nONHEUR DES PETITS. 399
Dieu. Tout en baisant donc avec la plus vive affection, avec la plus grande révérence ses pieds, elles I'ador.ENT comme leur Sauveur et leur Dieu : Illœ autem accessertint et tenuerunt pedes ejus^ et adoraverunt EUM [Ibid.]. Yoilà donc le Fils de Dieu, après sa résurrection, ne recevant que par la femme le premier acte de latrie, la première adoration due à sa divinité. Voilà l'Eglise commençant déjà dans les femmes, et apprenant d'elles que Jésus-Christ doit obtenir toute notre confiance comme homme, et doit être adoré comme Dieu.
Et que fait-il, que dit-il, cet aimable Sauveur? Il se laisse toucher, étreindre, baiser les pieds; et par là, dit saint Ghrysostôme, il leur donne, par la voie du toucher, l'argument le plus frappant de la réalité de son humanité, de la vérité de sa résurrection (1). Mais il n'est pas possible que la majesté divine se manifeste à l'homme, quoique sous les emblèmes de la plus grande bonté, sans exciter en lui une certaine frayeur qui, sans diminuer son bonheur, arrête la confiance et la familiarité, que Jésus-Christ exige complètes et parfaites de ses fidèles serviteurs, de ses amis. C'est pour cela que, du ton delà plus grande douceur, il dit aux saintes femmes encore timides dans leur joie : N'ayez pas peur, ne craignez rien : Tune ait illis Jésus : Nolite tlmere (Ibid., iO). En nous apprenant par là que la crainte et l'amour de Dieu est la source de la vraie fermeté, du vrai courage, et que craindre et aimer
(1) « Tenuerunt eum. Per tacturn resurreclionis documentum et a cerliludinem acceperunt. »>
Dieu, c'est le moyen de ne rien craindre de la part des hommes.
Par cette consolante parole ayant élevé à son comble la confiance et le bonheur dans le cœur de ses disciples hien-aimés : Maintenant, leur dit encore le Seigneur, allez, et dites à mes frères qu'ils aient à se rendre en Galilée', et que là ils auront tous , eux aussi, la consolation de me voir : Ite^ nuntiate fratribus meis ut eant in Galilœam; ibi me videbunt [Ibid,].
C'était, comme on le voit, leur répéter ce que leur avaient dit les anges ; et par là le Seigneur leur prouve, dit Sévérien, que l'ange leur avait parlé au nom de son divin Maître, et que l'apparition et le discours de l'ange n'avaient pas été une illusion? C'est ainsi que Dieu, par l'action secrète de sa grâce, confirme toujours davantage dans la certitude de la foi les fidèles qui croient à la prédication et à l'enseignement des anges terrestres, les ministres de l'Église que Dieu envoie pour évangéliser le monde (j).
C'était aussi, comme on le voit encore, répéter aux saintes femmes réunies, par rapport aux Apôtres, le môme mot plein d'amour que l'aimable Sauveur avait prononcé en parlant d'eux à Madeleine. Il les appelle encore ses frères. Ils sont pauvres, ignorants, timides, ces disciples; et cependant le Roi de la gloire ne dédaigne pas de les nommer à plusieurs reprises « ses frères; » c'est pour élever leur espérance, pour remonter leur courage abattu et provoquer leur amour, en les
(1) u Quod dixerat angélus dicit Dominus, ut quos angélus firma- « verat Christus redderet firmiorea. »
ou LE BONHEUR DES PETITS. 401
laisaiit assurer d'avance qu'ils ne retrouveront dans leur Sauveur que leur frère. Oh ! que cette répétition du même mot, « frères, » adressée aux fils de Thomme, est délicieuse, ravissante dans la bouche du Fils de Dieu ! Nous apprenons par cette répétition que notre aimable Seigneur non- seulement ne rougit pas de notre fraternité, de notre parenté, mais qu'il en fait sa gloire et son bonheur !
g 11. Incrédulité des apôtres aux témoignages de ceux qui avaient vu Jésus-Christ ressuscité. — Reproches que leur en fit le Seigneur. — Cette incrédulité a cependant rendu plus éclatante la vérité de la résurrection. — Stupidité de ceux qui ne croient pas ce dogme sur le témoignage de l'Église. - La femme incrédule est ridicule.
Impatientes d'accomplir cette mission d'amour, dont la bonté du Sauveur les charge, elles aussi, les saintes femmes ne marchent pas , elles courent vers la ville apporter aux disciples la grande nouvelle et la résurrection du commun Maître : Currentes nuntiare discipulis (Matth,, 8). C'est Madeleine qui, en prenant la première la parole, raconte dans les plus minutieux détails, aux Apôtres réunis, comment elle venait de voir le Seigneur ressuscité, et ce qu'il lui avait ordonné de leur dire : Venit Maria Magdalena annuntians discipulis : Quia vidi Dominum, et hœc dixit raihi [Joan.^ 18). Toute cette réunion d'hommes. Apôtres et disciples du Seigneur, était au comble de l'affliction et de la douleur; ils ne faisaient que pleurer et gémir sur la perte de leur Maître : Illa vadens nuntiavit his, qui cum eo fuerunt, lugentibus et flentibus [Marc, 10). Il paraît donc que l'annonce de Madeleine, que Jésus-
402 IIOMÉLlt; VI.— LES SAINTES FEMMES AU TOMBEAU,
Christ vivait, devait être reçue avec joie et avec assentiment par des hommes qui en regrettaient si vivement la mort. On croit vite ce qu'on aime à savoir et ce qui console. Et pas du tout. Madeleine a beau affirmer et constater qu'elle a vu le Seigneur plein de beauîé et de vie, les Apôtres et les disciples protestent qu'ils n'en croient rien : Illi audientes quia viveret^ et visus esset ah ea^ non crediderunt [Marc, IJ).
Ce fut ensuite le tour des autres saintes femmes, affirmant, elles aussi, qu'elles avaient vu toutes ensemble le Seigneur, qu'elles lui avaient serré ses pieds et l'avaient entendu leur répéter à elles ce qu'il avait dit à Madeleine toute seule . Mais elles ne furent pas plus heureuses. On ne voulut point croire non plus à leur témoignage, qui cependant, par le nombre et la qualité des témoins et par son uniformité parfaite, présentait tous les caratères et le cachet de la vérité.
Ce n'est pas tout. Le témoignage des hommes n'est pas mieux accueilli par les Apôtres et les disciples que celui des femmes. Quelques heures après, le Seigneur ressuscité apparaît aux deux disciples allant à Emmaus, qui n'ont rien de plus pressé que de revenir à l'instant même à Jérusalem, et d'apporter cette grande et heureuse nouvelle à leurs collègues et à leurs frères réunis : Et siirgentes eadem hora regressisiint in Jérusalem ; et invenerunt congregatosundecim^ et eos qui cum illis €rant[Luc., 33). Nous l'avons vu de nos yeux, disaientils; nous avons été avec lui à la même table; nous no Tavions pas reconnu d'abord, quoique notre cœur tressaillît d'une secrète joie, d'une mystérieuse ardeur, en l'entendant parler : Cor nostrum ardens erat, dum lo-
ou LE BOMÏIiilJR DES PETITS, 403
queretur; nous le croyions un pèlerin. Mais en renlendant dérouler devant nous et nous expliquer tous les passages des Écritures touchant sa résurrection ; en le voyant consacrer et diviser le pain eucharistique, comme il l'avait fait à la dernière cène, les yeux de notre esprit se sont ouverts; nous nous sommes convaincus que c'était lui, et que ce n'était que lui : Et ipsi narrabant quœ gesta erant in via^ et quomodo cognoverunt eum in fractions panis ildid.,^^5). Mais rien n'y fait. Même ce témoignage si clair, si net, si précis, si circonstancié est repoussé; on n'y croit point non plus : Nec illis crediderunt (Marc.^ 13). 0 aveuglement! ô obstination des Apôtres! Jésus-Christ eut bien raison de les appeler des gens stupides et d'un esprit difficile à croire : 0 stulti et tardi corde ad credendum {Luc, 25). Il eut bien raison de leur adresser de vifs reproches à cause d'une telle dureté de cœur, d'une telle obstination d'esprit, se refusant de se rendre à des témoignages si multipliés de personnes qui venaient de le voir de leurs yeux dans toute la plénitude de sa vie, dans loute la beauté et la gloire de sa résurrection : Exprohravit incredulitatem eorum, et duritiam cordis, quia iis qui viderant eum resurrexisse , non crediderunt [Marc, 14). Mais que voulez-vous? Encore une fois, les Apôtres et les disciples voulurent , dans cette circonstance , jouer un peu à la prudence, à la sagesse de l'homme, auxquelles sont cachés les mystères de Dieu; et ils ne furent pas dignes de connaître, de croire tout de suite la résurrection du Seigneur, l'un de ces mêmes mystères de Dieu qui ne sont révélés qu^aux petits, et ne sont sentis, ne sont compris que par eux : Ahscondisti
hœca sapicntibus etprudentibus^ et revelasti ea parvulis.
Cependant, dit saint Grégoire, ce n'est pas seulement pour punir leur petit orgueil et pour leur donner une leçon pratique du prix de l'humilité, mais c'est encore dans un dessein de miséricorde pour nous que Jésus- Christ a permis que ses apôtres et ses disciples eussent tant de peine à croire sa résurrection. Cette faiblesse de leur foi a fait la stabilité de la nôtre. Cette difficulté qu'ils éprouvèrent à admettre tout d'abord le dogme du Sauveur ressuscité nous a valu toutes ces apparitions, tous ces arguments de tous genres par lesquels Jésus-Christ a bien voulu mettre hors de toute contestation ce grand mystère. Et en lisant dans les saints Évangiles toutes ces apparitions, tous ces arguments, n'est-il pas vrai que notre foi devient d'autant plus aisée et plus solide que la foi des Apôtres a été plus difficile et plus faible? Sous ce rapport, l'incrédulité de saint Thomas nous a fait, à nous, plus de bien que la foi de Pierre (1).
En effet, par cela même que les Apôtres et les Évangélistes n'ont pas voulu croire à la résurrection du Seigneur sur le témoignage des autres, mais sur leur propre témoignage; par cela même que, comme l'a
(1) « Quod illi dominicain resurreclionem tarde crediderunt non
« lam illorum infirmitas quam noslra, ut lia dicam, futura firmitas
(( fuit. Ipsa namque resurreclio, illis dubitantibus, per raulla argu-
« menla monstrala est. Qiiœ dum nos legentes aspicimus, quid aliud
« qiiam de eorum dubitatione solidamur. {Loc. cit.)'} » «Plus
« Thomae infidelltas ad fidem quam fides credenlium discipulorum
« profuit {Homil. 26). »
ou LE BONHEUR DES PETITS. 405
remarqué saint Luc, Jésus-Glirist s'est plu à leur renouveler ce témoignage en une infinité de manières, se montrant à eux plein de vie, conversant familièrement avec eux, mangeant avec eux, se laissant toucher, palper par eux, pendant quarante jours, et leur révélant les mystères du royaume de Dieu : Quibiis et prœbuit seipsum vivu?n post pamonem suam^ in îiiultis argumentis^ per dies quadraginta apparens els et loquens de regno Dei [Act.^ I, 3); par cette môme répugnance des Apôtres à croire à la vérité de la résurrection avant de lavoir bien examinée et vérifiée eux-mêmes, ce grand mystère, qui est la preuve et le cachet divin de tous les autres mystères de Jésus-Christ, de sa divinité aussi bien que de son humanité, est un fait incontestable, environné de tous les caractères de l'évidence et de la vérité ; et en l'annonçant au monde, en nous l'apprenant à nous parleur prédication et par leurs écrits, ils n'ont pu tromper le monde, ils n'ont pu nous tromper, pas plus qu'ils n'ont pu s'y tromper eux-mêmes • Quod vidimiis, quod audivimus ^ quod, manus nostrœ contrectaverunt de Verbo vitœ^ hoc annuntiamus vo^ bis I Joan.^ 1).
Aladeleine donc, aussi bien que les saintes fejiuiics ses compagnes, prêchant la première aux Apôtres l'Evangile de la résurrection, n'est pas seulement une femme historique ; c'est aussi, selon la belle pensée des Pères, une femme prophétique, représentant en ellemême l'Église (1).
(l) « Nuntiat apostolis Maria, non jam f<rminam sed ecelesianj « gestans [Severmnns Gahal. in Cat,). »
406 HOiMÉLIE VI. — LES SAINTES FEMMES AU TOMBEAU,
Saint-Marc a noté que cette Marie-Madeleine, qui eut le bonheur de voir la première le Sauveur ressuscité, et qui alla l'annoncer aux disciples, est cette même femme que Jésus-Christ avait délivrée de sept démons : Apparuit primo Mariœ Magdalene^ de qua ejeceratseptem dœmonia [Marc. xvi,9.) ; ce qui, d'après les Pères, signifie que Jésus-Christ avait délivré Madeleine de sept vices capitaux, par lesquels les démons agissent sur l'homme, c'est-à-dire de l'universalité des vices; et en avait fait une sainte (1). C'est donc un vrai type de l'Église des Gentils, de l'Église roumaine, que Jésus-Christ, par la prédication de ses Apôtres, a délivrée des septdémons, de tous les vices par lesquels elle était aussi le jouet de toutes les erreurs, et en a fait une Église aussi sainte que catholique et apostolique, une Église mère de toutes les Églises, et l'a chargée d'annoncer, dans la suite des siècles, son Évangile par tout le monde.
Dans la personne des apôtres et des premiers disciples, au nombre de cinq cents, comme l'atteste saint Paul (I Cor., xv), cette Église a bien réellement vu de ses yeux le Seigneur, l'a entendu parler; et elle ne nous apprend que ce qu'elle a appris elle-même de sa bouche divine. En sorte qu'elle peut nous répéter en toute vérité les belles paroles de Madeleine : « Oui, j'ai vraiment vu le Seigneur ; et ce que je vous dis, je ne vous le dis qu'en son nom, et ce n'est que ce qu'il m'a dit lui-même : Vidi Bominmn; et hœc dixitmihi.
(1) « Septetn dœmonia Maria habuit, quia universis vitiis plena « fuit {Theophil.), Quid septem dœmonia nisi universa vitia signifi- « cant [Gregorius)? »
ou LE BONHEUR DES PETITS. 407
Les Apôtres étaient donc, en quelque manière, excusables de ne pas avoir tout de suite ajouté foi au témoignage de Madeleine et des femmes qui, après tout, n'était qu'un témoignage de femmes. Mais comment peut-on excuser ceux qui, même de nos jours, repoussent le témoignage de l'Église, qui n'est au fond que le témoignage des Apôtres et des premiers disciples ; témoignage d'autant plus fort et plus solide qu'ils ont été d'abord plus lents, plus rétifs, plus opposés à croire ; qu'ils n'ont cru qu'après avoir tout vu et tout constaté ; et que par leur doute et par leur incrédulité même ils ont faitl'affaire de l'Église, l'affaire du monde, établissant sur des preuves inébranlables la foi du monde et de l'Église? Gomment peut-on excuser ceux qui, n'ayant vu que leurs personnes, n'ayant entendu que leurs pensées, osent se roidir contre le témoignage de l'Église, qui a vu et entendu Dieu lui-même : Vidl Dominum^ et hœc dixit mihi? Ab ! ils se croient, ils se disent, pour cela, des esprits forts, tandis qu'ils ne sont, comme les appelle Jésus-Christ, que des insensés et des cœurs faibles, n'ayant pas la force et le courage de croire : 0 stulti et tardi corde ad credendiim ! Et si celte incrédulité est impardonnable dans l'homme, dans la femme elle est aussi révoltante et en même temps ridicule.
Eh! oui, l'incrédulité, aussi bien que le blasphème et l'ivrognerie, a quelque chose de plus insupportable, de plus hideux, et en même temps de plus étrange dans la femme que dans l'homme. Née pour croire, puisqu'elle est née pour aimer, et que l'amour pousse à la foi, ia femme ne peut pas avoir l'air de vouloir exa-
miner, de vouloir faire de la philosophie, du rationalisme, de l'incrédulité, sans exciter en même temps, dans ceux qui l'écoutenl, le dégoût et l'hilarité. Lorsqu'on lui entend dire : ce Je ne puis pas admettre, je ne puis pas croire tel ou tel autre dogme de la religion, » on est sûr que ce n'est pas parce que tel ou tel autre dogme trouve une opposition réfléchie et sérieuse dans sa haute raison; mais c'est parce qu'elle a appris que ces dogmes trouvent de l'opposition dans la raison de quelques hommes, et que, par un sentiment propre aux enfants, elle veut se donner de l'importance, elle veut se faire valoir, en singeant l'homme, ce qui, loin de Télever, la rabaisse dans Fesprit même de l'homme qui ne croit pas, et la lui rend odieuse. Ordinairement, l'homme incrédule, tout en maudissant la femme sincèrement croyante , la respecte ; tandis qu'au contraire, tout en flattant la femme philosophe, il la méprise. Ce sont donc là les vraies sources de l'incrédulité. Pour un petit nombre d'incrédules que rignorance forme, on n'est incrédule que par inconséquence, par bizarrerie, par légèreté d'esprit, par vanité et par corruption de cœur.
,\ 1-2. Puurquoi l'incrédulité des ApoUes a été excusée et paidonnée, taiidist^ue rinciédulité des faux philosophes sera impitoyablement punie. — -Nécessité d'accepter renseignement de l'Eglise et de se l'aire petit pour bien connaître Dieu et ses mystères.
Mais l'incrédulité des Apôtres, à l'annonce qu'ils reçurent par les femmes de la résurrection du Sauveur, étrangère à toutes ces causes, fut moins une faute qu'une erreur, moins de l'orgueil que de la timidité,
ou LE BONHEfJR DES PETITS. 409
moins de la iiK^chanceté que de la faiblesse. Tout en ne croyant pas encore que le Seigneur était ressuscité, ils ne désiraient pas moins cette résurrection ; ils ne pleuraient pas moins, ne gémissaient pas moins et n'étaient pas moins désolés de ce que ce grand événement, qui devait s'accomplir le troisième jour, ne leur était encore bien connu ni bien constaté : Lugentibus et ftentibus [Marc). Sperabamus quod ipse esset redempturus Israël, et iiunc tertia aies est hodie^ quod hœc facta sunt {Luc.^ xxiv). Il y avait au fond de ces cœurs incrédules quelque chose de ressemblant à la foi, à Tespérance, à l'amour. Ainsi l'aimable Sauveur, tout en leur reprochant cette incrédulité : Exprobravit in credulitatem eorum ; la leur pardonne ; car, sur l'ordre de saint Pierre, à ia nuit tombante, s'étant tous réunis sur la montagne de la Galilée, et s'y étant enfermés dans une maison . Jésus-Christ y entra sans en ouvrir les portes, comme il venait de sortir du tombeau sans en ôter la pierre. Il se trouva au milieu d'eux; il se montra à tous, il leur donna à tous la paix. Il les exhorta à ne pas avoir peur, il leur montra les cicatrices de ses plaies; il les invita à toucher ces chairs sacrées, il mangea avec eux, il leur communiqua son Saint- Esprit, il leur conféra le don de l'intelligence des Écritures, il leur donna la mission d'évangéliser la pénitence, le pardon et le salut dans tout le monde [Luc.^ V. 36-47; Joan.^N. d9-3J). Mais nos incrédules ne refusent d'accepter le témoignage de lÉglise, ne s'aveuglent volontairement en présence de l'immense lumière qui environne l'enseignement de l'Église, ne repoussent la vérité que dans l'intérêt des plus honn. 27
teuses passions. Ils la repoussent non pas parce qu'elle est incompréhensible, mais parce qu'elle leur est insupportable; non pai'ce qu'ils ne la connaissent pas, mais parce qu'ils ne Taiment pas; et leur incrédulité est un grand péché aussi bien qu'une grande erreur. Ils ne rencontreront donc pas la vérité dont ils ne veulent pas. Jésus-Christ, ainsi qu'il en a fait la menace, se rendra inaccessible à Forgueiî de leurs raisonnements, à la mauvaise foi de leurs recherches. Ilsne le verront pas, ne le reconnaîtront pas par la foi, et ils mourront dans le péché de leur aveuglement volontaire et de leur inguérissable obstination; Quœretis me^ et non invenietis, et in peccato vestro moriemini.
Mais Pierre n^avait point partagé l'incrédulité avec laquelle ses collègues accueillirent la révélation des femmes il avait même été le premier et le seul, dit saint Eusèbe, à admettre le témoignage de ces saintes femmes; affirmant d'avoir vu les anges (1). Touché, même ému, cet Apôtre, de ce que les anges au nom de Jésus-Christ avaient dit aux saintes femmes d'apporter nominativement a Pierre la grande nouvelle de la résurrection du Seigneur^ il croit lui seul cette résurrection,et parla il mérita queleSeigneur, à peine ressuscité, lui apparût à lui seul d'une manière toute particulière : Sur t exil Dominus vere, et apparuitSimoni[iAi.c,, 34) . Ainsi, comme Madeleine la pécheresse a été la première parmi les femmes qui vît le Sauveur ressuscité, Pierre le parjure a été le premier parmi les hommes qui eût le même bonheur , afin que les pécheurs
(1) « Quia sohis credidil iœminis dicenUhus se angeios vidissp, ,»
ou LE BONHEUR DES PETITS. 41 J
sachent qu'en se repentant sincèrement de leurs fautes, en marchant sans regarder en arrière dans la voie de rhiimililé et de la pcnilence, ils peuvent aspirer aux premières grâces; ils peuvent s attendre à se voir préférer par Jésus-Chris! même aux âmes les plus innocentes, les plus pures et les plus parfaites.
En attendant, voici Pierre commençant à remplir la mission spéciale dont le divin Maître l'avait chargé, de confirmer ses confrères dans la foi, après avoir bien cru lui-même : Et tu, allquando conversus^ confirma fratres tuos [Luc.^ xxji). Car en leur faisant part de la grâce de prédilection qu'il venait de recevoir, il réussit à leur faire croire à la résurrection du Seigneur. Aussi, lorsque les deux disciples, en revenant d'Emmaiis, se prirent à raconter à tout le monde comment ils avaient vu et reconnu le Sauveur ressuscité, et que quelquesuns de ses disciples ne voulurent pas croire à la réalité de cette apparition, les Apôtres, au contraire, leur dirent : Nous savions déjà tout cela. Le Seigneur est VRAIMENT ressuscité, puisqu'il a apparu à Simon : Surrexit Dominus vere et apparuit Simoni [Luc.,U).
Remarquons aussi, mes chers frères, que les Apôtres et, sur leur exemple, les disciples aussi n'avaient pas encore achevé ce bel acte de foi que le Seigneur se trouve subitement au milieu d'eux, leur annonçant la paix. Ainsi, comme les saintes femmes elles-mêmes n'avaient vu le Seigneur qu'après avoir cru à sa résurreciion sur le témoignage des anges, et comme Pierre ne l'a vu non plus qu'après avoir cru le même mystère sur le témoignage des femmes, de môme tous les Apô-
412 HOMÉLIE Vi. — LES SAIiNTES FEMAIES A(j TOMBEÂlJ.
très et les disciples ensemble n'ont vii, à leur ioivr, Jésiis-Ghrisl ressusciîé qu'après avoir cru celle même vérité sur le témoignage de Pierre. Or, que signifie tout cela, si ce n'esi que la Providence s'est fait cette règle de conduite à l'égard de l'homme, de ne lui donner l'intelligence claire, la connaissance complète, je dirais presque la vision spirituelle des mystères de la religion qu'après qu'il a fait acte d'humilité en croyant ces mêmes mystères sur le témoignage de l'Église. Ainsi, tandis que, à l'école des hommes, on ne croit qu'après qu'on a compris, et que l'intelligence des choses précède la foi, à l'école de Dieu, au contraire, on ne comprend qu'après qu'on a cru, et c'est la foi qui précède et qui est la condition sine qua non de r intelligence : 'Nui credideritis^ non iiitelligetis. Tandis que dans le monde maiériel on ne trouve qu'en haut la lumière, dans le monde spirituel on ne la trouve qu'en bas. Que voulez-vous que j'y fasse? disait hautement saint Paul. C'est ainsi qu'il a plu à Dieu de ne vouloir sauver que l'homme qui commence par accepter Fapparenle folie de la croix et par croire, sans les comprendre, les grands mystères de la religion : Placuit Deoper stultitiamp'iœdicationis salvos facere credentcs (I Cor., 1). C'est que l'orgueil aveugle, ■
et que c'est Thumilité seule qui éclaire; c'est que ^1 l'homme n'étant tombé que parce quil voulut s'élever ^1 jusqu'à Dieu, il ne peut être relevé qu'en s'abaissant au-de?sous de lui-même. C'est que comme îout péché n'a commencé que par l'orgueil : Jnitium ornnis pec- \
cati superbia est^ de même la grâce n'est accordée |
qu'A l'humilité; HumUihusdatgratiam. C'est que, en
UU LE BONHEUll DES PETITS. 41 o
se faisant petit, on est grand devant Dieu; que ce n'est qu'en se réduisant à la simplicité des enfants qu'on entre dans le royaume des cieux, et que le salut n'est que la conquête, le prix de l'humilité; Rêvelastieaparvulis. Nisiquis se hwïiiliaverit sicut parvulns^ non intrabit m regnum cœlorurn.
C'est en effet aux sainles femmes, c'est aussi aux Apôtres, aux vrais disciples de Jésus-Christ, que l'ange a dit : Vous verrez dans la Galilée le Seigneur ressuscité ; je vous le prédis, je vous le promets, comme il vous Ta prédit et comme il vous l'a promis lui-même : In Galilœa ; ibi eiim videbitis siciit dixit. Ecceprœdixi vobis. Or^ lemoî Galilée ou Transfif/urationei/ransfo?'-^ mation, signifiant, d'après saint Augustin, cette transliguration, cette transformation heureuse de l'humanité du Sauveur, jadis souffrante et mortelle, et devenue par la résurrection immortelle et glorieuse, signifie aussi cette transformation, cette transfiguration non moins heureuse que subira l'homme luimême qui s'est associé aux mystères de son Sauveur, et dans laquelle il verra ce divin Sauveur dans toute sa gloire, comme il est lui-même. Ce n'est donc qu'un mot, reprend saint Jérôme, que l'ange a adressé aux saintes fi^mmes et aux saints Apôlres, en leur disant, au nom de Jésus Christ, qu'ils l'auraient tous vu dans la Galtlée; mais ce mol Galilée, si court par rapport aux syllabes qiii le composent est immense par rapport à la promesse qu'il contient. Par ce mot, l'ange leur a indiqué que le prix du salut éternel leur était assuré; que la source de la vraie joie leur était ouverte dans Is Tr^if ri^ililée, au ciel, où ils .curaient vu le S?^?gneiiî',
414 HOiMÉLiE VI. LES SAINTES FEMMES AU TOMBEAU,
mais bien autrement qu'ils l'avaient vu sur cette [erre (1).
Remarquons aussi que Jésus-Christ ressuscité a apparu six fois le jour de sa résurrection. La première foisà sa divine Mère; la seconde fois a Marie-Madeleine; îa troisième fois aux femmes réunies revenant du tombeau; la quatrième fois à saint Pierre; la cinquième aux deux disciples d'Emmaus, et la sixième, le soir du même jour, à tous les Apôtres et aux disciples réunis sur la montagne de la Galilée. Mais vous le voyez, mes frères, c'est aux femmes que Jésus-Christ s'est montré avant de se montrer aux hommes. Ce sont les femmes qui ont vu les anges et ont appris de leur bouche la première nouvelle de la résurrection du Seigneur. Ce sont les femmes qui les premières ont été instruites, par le Seigneur lui-même, des plus grands mystères de la religion, et qui ont été chargées par lui de les annoncer, de les évangéliser aux hommes. Ce sont les femmes qui, dans ce grand jour, ont été éclairées les premières par la lumière divine, et comblées d'espérances et de consolations, et, par surcroît, ont été assurées de la possession de la grâce et de l'amour du Sauveur du monde et de la proraesse de jouir un jour de la gloire éternelle.
Yous conviendrez donc, mes frères, que ces femmes ont été bien heureuses, bien récompensées de la simplicité de leur foi, de la ferveur de leur piété, de la
(l) a Brevis sentenlia in syllabis, sed ingens in quantitatp pro- « missio. Ibi esl gaudii fons et saliitis œlernfp origo prfBparaUi. Ihi (( cion videMtis, sed non sicut vidistis. »
ou LE liOiSlIElJR DES PETITS. ïi^
constance de leur affection, de la générosité de leur dévouement ; et vous conviendrez aussi qu'a elles seules les touchantes choses qui se sont passées aujourd'hui à Jérusalem, et que je viens de vous exposer, sont la preuve la plus lumineuse, la plus frappante de Tinimense mérite qu'ont auprès de Dieu Thumilité de l'esprit, la sincérité du désir, la droiture du cœur; et qu'autant est pitoyable le sort des sages, des savants selon le monde, autant est grand, riche, ineffable, complet et parfait le bonheur des simples et des petits selon l'Évangile : Confitebortihi, Pater, quiaahscondisti hœc a sapientibus et prudentibus^ et revelasti ea parvulis.
Mais il me reste à vous dire encore quelques mots sur la nature des pratiques que, toujours d'après le même Évangile de la résurrection, nous devons suivre pour avoir part aux fruits, aux grâces ineffables de ce grand mystère. C'est le sujet de notre dernière partie.
TMOÏSIÉME PARTIE.
LKS MYSTKHES DU TOMBiiAU.
§ 18. La vraie Galilée c'est le ciel. — Voyage mystique au tombeau du Seigneur. — Les azymes de la sincérité. — La matinée. — L'entrée dans le sépulcre. — La bonne odeur de Jésus et la mauvaise odeur de Satan. — Augures et promesses.
E mystère de la résurrection est celui de tous les mystères de Jésus-Christ que l'Église célèbre avec les plus vifs transports d'allégresse et qui répand une plus grande joie dans tous les cœurs chrétiens. Et pour-
quoi? Parce que ce mystère de la résurrection et; de rimmortalilé de l'auguste humanité de notre Sauveur est aussi le gage et le type de notre résurrection et de notre immortalité.
Nous venons de voir que le mot Galilée, d'après saint Augustin, ?,\gm^\Q révélation Qi transmigration, La vraie Galilée est donc cette révélation inneffable que nous aurons dans le ciel, où, comme l'a dit saint Jean, nous verrons Dieu comme il est en lui-même, et quenous deviendrons semblablesàlui.La vraie Galilée est aussi notre heureuse transmigration de ce siècle à notre patrie éternelle (1). Et c'est aussi par la même raison, ajoute Rabbanus, que l'ange a dit aux saintes femmes et a fait dire aux Apôtres que Jésus-Christ ressuscité les d^wvdxi précédés dans la Galilée. Car Jésus- Christ ressuscité, selon saint Paul, n'est que l'essai, les prémices, le précurseur de notre résurrection (2).
Mais que devons nous faire pour atteindre ce bonheur? Les saintes femmes viennent de nous l'apprendre par leur conduite. Nous devons, ainsi que nous en avertit aujourd'hui même saint Paul, particulièrement pendant ces jours des azymes de Pâques, devenir des azymes nous-mêmes : Sicut essis azymi{\ Cor., v. 7), par les résolutions les ydiis saintes, par les intentions les plus pures, par les sentiments de foi les plus hum-
(i) c( GalUœa inieiprelalur revclatio. Illa erit revelalio , t.tm- « quam vera Galrlxa, ciim similes eî erirnus, et vldehimus eam sicuti « est [Joan.]. Isia etiam erit beala tranamigratio ex islo sœculo in c( illani œlerniJatem, »
(2) « In Galilœan^ pv;fcedi! , ijiiia iiliri'îut rosurnixil prin'ûiff- '< àorm'fïiiiinr, . t>
ou LE BONHEUR DES PETITS. 4Î7
bles, les plus simples et les plus sincères : In azijynk ainceritatis et veritatis. Nous devons aussi, à l'exemple des saintes femmes, chercher Jésus-Christ dans son tombeau, à savoir , selon Tinterprélation de Bède , Fimiler, Taimer dans sa passion, et nous faire une gloire de sa croix (1). Nous devons aussi aller à ce tombeau mystique à la pointe du jour, au lever du soleil, après les ténèbres de la nuit, c'esl-à-dire en renonçant à l'obscurité de nos préjugés et de nos erreurs, à tous les systèmes nébuleux des faux philosophes, qui sont la cause de nos vices (2).
Jésus-Christ est entré mort dans le tombeau et eu est sorti ressuscité. Les saintes femmes aussi sont entrées dans le même tombeau du Seigneur le cœur navré, l'esprit aveuglé, n'ayant qu'une foi chancelante, grossière, imparfaite, et en sont sorties l'esprit éclairé par la lumière céleste, le cœur comblé d'une inefTablc joie. Les voilà donc, dit Sévérien, ces heureuses femmes, après s'être enterrées avec Jésus- Christ, ressuscitant spirituellement avec lui (3). C'est ce que nous devons faire encore. Il ne suffit pas que nous croyions à la mort de Jésus-Christ. Par le baptême, selon la profonde doctrine de saint Paul, nous étions morts au monde ; la vie de corruption et de péché du vieil homme s'était effacée et avait été remplacée par la vie de la grâce de Jésus-Christ en Dieu. Par le baptême, nous avions été ensevelis en compagnie
(1) « Ad aepulc'irum, id est passionem imitemur. »
(2) « Ortojam sole, id est discussis îenebris vitiorum. »
(3) « Iniroierunt mulieres sepulchrum. uî, consepnlipp Chw^», a Ciiris{o conpurgevenf in scpiikhrn. »
de Jésus dans son propre tombeau ; par nos péchés actuels, nous sommes sortis de ce mystérieux tombeau où seulement on est vivant aux yeux de Dieu. Il est donc nécessaire que nous y entrions de nouveau après être morts par la pénitence, a tous nos pécbés, à tous nos vices, à toutes nos passions : Mortui. enim es lis ^ et vita vestra est ahscondita cura Christo in Deo [Colos.^ iï\). Consepulti ei in. haptismo in quo et consurrexistis [Ibid., ii).
Mais il ne faut pas aller les mains vides à ce mystérieux tombeau; les saintes femmes n^y sont allées qu'en apportant de précieux aromates avec elles; et ce n'est qu'à celte condition qu'elles ont eu le bonheur de voir les anges. Elles nous apprennent donc par là que ce ne sont pas les esprits savants qui s'évaporent et se perdent en de vaines spéculations, mais que ce sont les esp its simples, dit saint Grégoire, les esprits ne désirant, ne cherchant le Seigneur que par la pratique des saintes venus et d'une sincère piété qui ont le bonheur de voir les citoyens célestes, de pénétrer les vérités de la religion et de s'élever à une grande hauteur dans la science de Dieu(I),
Mais les saintes femmes, apportant des aromates, de la myrrhe, de l'encens au tombeau du Seigneur, nous apprennent encore autre chose, d'après le vénérable Bède; elles nous disent que nous aussi devons nous empresser d'apporter devant le Dieu des vertus la
(1) a Mulieres angelos vident, quas cum aromatibus venerunt : « quia illaî mentes supernos cives aspiàunt quae ciun virluUbus ad « i^ancta desideria veniunt, »
ou LE BONHEUR DES PETITS. 419
bonne odeur de nos œuvres vertueuses, et lui offrir l'encens si suave et si agréable de nos prières [i).
Saint Paul a dit : Nous sommes la bonne odeur de Jésus-Christ : Christi bonus odor sumus (lî Cor., ii). En effet, la femnie chrétienne, en particulier, porte toujours avec elle et est elle-même la bonne odeur du Seigneur, comme la femme mondaine porte avec elle et est elle-même la puanteur du diable.
Si vous trouvez dans une maison qu'on y parle bien de Dieu, qu'on y pratique la religion, qu'on y édifie le prochain, soyez siirs que la femme chrétienne est passée par là ou habite là. Partout où elle passe, la femme chrétienne laisse après elle une trace odoriférante de piété et de religion ; partout où elle habite, elle remplit, comme l'Évangile Fa dit de Madeleine, toute la maison de l'odeur des saintes vertus, de la trace des bons exemples : Et domus repleta est odore unguenti [Joan.). Au contraire, si dans une maison vous voyez que la religion n'est pas plus respectée que les mœurs, que la piété n'y est pas plus pratiquée que la charité, sachez bien qu'une femme légère, vaine et orgueilleuse, qu'une femme sans décence, sans dignité, sans pudeur, ou une courtisane, est passée par là ou habite là. Car de pareilles femmes, partout où elles passent, laissent après elles une odeur nauséabonde d'irréligion et d'impiété; partout où elles habitent, elles finissent par remplir toute la maison de l'ingrate odeur de tous les vices, de l'impression funeste du scandale,
(1) « Nobis dalur exempliim, ut odorem bonorum operum et ora- « lionum suavitalem Domino offerre studeamus. »
Que voulez-vous? Elles ne peuvent répandre aulour d'elles que l'esprit du démon, dont elles sont remplies; elles sont la mauvaise odeur du diable, comme les femmes vraiment ciu-éliennes ne répandent autour d'elles que l'esprit de Jésus-Christ qui les inonde, et elles sont la bonne odeur de Jésus-Christ : Christi bonus odor sumus. Nous savons donc, dit saint Grégoire, qu'aller avec des aromates au tombeau du Seigneur n'est que nous présenter à Dieu le cœur rempli de l'odeur des vertus chrétiennes en laissant après nous la trace de l'édincation de nos bonnes oeuvres (1). Ainsi arrangés, ainsi disposés, allons, nous aussi, pleins de courage et d'espérance, au sépulcre du Seigneur. Que la grande pierre qui le fermait, figure de la loi divine, écrite sur la pierre, ne nous effraye pas. Cette pierre vient d'être renversée, écartée de l'entrée du monument; c'est-à-dire que, par la résuirection du Seigneur, toutes les lois sont devenues faciles, de même que tous les mystères révélés sont devenus infiniment croyables. La grâce qui dès aujourd'hui a commencé à se répandre dans le monde a rendu suave au cœur le poids des commandements de Dieu, en même temps qu elle a rendu léger pour l'esprit le joug de la foi. L'amour humble croit tout, Vd.mour simple espère tout, Famour efficace obéit à tout, supporte tout, esta l'épreuve de tout : C haritas omnia crédit, omnia sperat^ omnia sustiuet.
.Heureux si, à l'exemple des saintes femmes, nous
(l) « Si, odorc virlulum rel'ecti, cum opinione bonoruni operuisi « Bominum quaenmwt^, M ntonumentMm ilH"u; c.wm f<ron'^lihii!-' per
ou laE B0,NHKL:K DKS PiVilTS. 42'1
rèiôhroris par ces pratiques le mystère cle la résurrection de notre divin Sauveur; et si nous persévérons jusqu'à la mort, nous aurons, n'en doutons pas, mes Irèrcs, nous aurons tous, ainsi que je vous le souhaite à tous, comme à moi-même, le bonheur de voir noire aimable Sauveur dans la véritable Galilée, dans sa manifestation céleste et éternelle. Car c'est Jésus-Christ qui a dit : c( Celui qui m'aime sera aimé de mon divin Père, et moi je l'aimerai et je me révéleiai à lui, je me manifesterai moi-même à lui : Qui diligit me diligetur Pâtre meo^ et ego diligam eum, et manifestaho ei meipsum [Joan,^ xiv. 2J); et il est impossible que cette touchante et délicieuse parole, que le Fils de Dieu a laissé tomber de sa bouche, ne s'accomplisse pas. Oui, oui, ^ous répéterai-je avec l'ange du tombeau : Si vous cherchez Jésus dans le sépulcre, vous le retrouverez dans la Galilée; si vous en partagez les humiliations et les souffrances, vous en partagerez aussi la joie. Vous le verrez, je vous l'assure, je vous le certifie ; vous le verrez dans toute sa magnificence^ dans toute sa grandeur, dans toute sa lumière, dans toute sa gloire, dans toute sa beauté ; In Galilœam; ibi eum videôitis. Ecce prœdixi vobis; et, éternellement heureux, en lui et avec lui, vous serez vousmêmes une nouvelle preuve du boinheur des petits. Ainsi soit-il.
MARTHE Eï MADELEINE A LA RÉSURRECTION DE LAZARE,
OïJ
(Saint Jean, chapitre xi, v. 1-45).
HOMÉLIE
Venit liora in qua omnes, qui in monumpntis sunt, audient vocem Filii Dei; et procèdent qui bona fecerunt in resurrectionem vitee ; qui vero mala cgerunt, in resurrectionem judicii;
L'heure est venue où tous ceux qui sont dans les sépulcres entendront la voix du Fils de Dieu, et s'en iront, ceux qui ont fait le bien, dans la résurrection de la vie ; ceux qui ont fait le mal, dans la résurrection du jugement {Joann., V).
ÎNTRODFCTION.
§ 1. L'homme ne mourant qu'à cause du péché et pouvant ressusciter par Jésus-Christ, comme Jésus-Christ lui même. — La résurrection de Lazare figure de ce mystère, et sujet de cette homélie.
iNSi que Dieu le lui avait prédît, l'homme, en devenant pécheur, est devenu mortel, est entré sous Fem-
(*) Ce miracle du Dieu Sauveur est, dit saint Augustin, le plus grand, le plus élonnanl, le plus magnifique de tous ceux qu'il opéra dans l'ordre corporel, durant sa vie mortelle: Inter omnia miracula quœ fecit Doruinus Jésus , Lnzari rcsurrectio praccipue prxdicalur {Tract. 49, in Joan.). Ce miracle eut lieu à B Albanie, pelite ville de la Jud'e, à deux milles de Jérusalem, dans les premiers jours du mois de mars, la dernière année de la vie et de la prédication du Seigneur; c'est-à-dire vingt jours avant sa mort pré-
pire de la mort, lui appartient de plein droit, est son serf, sa victime et sa proie : Quacumqiie die comederis ex ea, morte morieris (Gen. II). La mort n'est donc, dit saint Paul, que le tribut nécessaire, l'amende honorable que le péché doit à la justice de Dieu : Stipendia peccati mors (Rom.^ vi).
Si Jésus-Christ, disait encore saint Paul, est en nous par la foi et par la grâce sanctifiante qui nous unissent intimement à lui, notre esprit, vivant de sa justification et de son immorlalilé, ne mourra jamais : Si C/iristiis in vobis est,,, spiritiis vivit pr opter justiftcationem [Rom., viii). Mais pas même cette condition heureuse, cet état divin de notre âme ne peut délivrer notre corps de l'affreuse nécessité d'être dû à la mort, de mourir à tous les instants, d'être mort même pendant qu'il vit, en punition d'être le repaire, l'asile de la concupiscence et du péché : Coiyiis quidem mortuum est propter peccatum [Ibid.]. Mais ne désespérez pas, mes frères,
cieuse. Comme donc une lampe brille d'une plus grande spleiîdeur un instant avant de s'éteindre, de même le Rédempteur du monde, près de mourir, en tant qu'homme, po>ir le salut des hommes, s'est plu à donner, par cet éblouissant prodige, la preuve la plus frappante de sa divinité, afin de rendre inexcusables les Juifs alors présents de la mort qu'ils allaient lui donner, et afin de confondre les absents qu'une telle mort aurait scandalisés. Parmi les Évangélistes, c'est saint Jean seulement qui a rapporté ce prodige , parce qu'il n'appartenait, dit l'Éiuissène, qu'an disciple vierge, au disciple le plus chéri de Jésus-Christ, d'être le rapporteur de ce fait, unique au monde, de ce fait si sublime et si merveilleux, de cette démonstration sensible de !a di\inité de Jésus-Christ : Nullus olias Evangelistnrum hoc de.scripsit ; solo Joanni reservatiim est. Quia res tam unica et tam eyregia nuUum alium tam diieclissirniim Christi Vhghiem meniit hahere rclatorcm [Expos.).
424 TIOMKLiK VIL —-MARTHE Eï MADELEINE
ajoute encore saint Paul, ne désespérez pas pour cela d'obtenir un jour, même par rapport au corps, Timmorîalilé et la vie. Si vous avez le bonheur de posséder en vous cet esprit de Dieu qui a fait ressusciter Jésus- Christ de la mort, ce même Esprit de Dieu, habitant en vous, fera aussi ressusciter, un jour, vos corps mortels, vos corps morts. Car, vivifiés par le même Esprit de Jésus-Christ, il est impossible que vous ne partagiez pas le privilège de sa résurrection, de sou immortalité et de sa vie : Quodsi Spiritus ejus^ gui suscilavit Jesum a mortuis, habitat invobis : q ni suscitavit Jesum Christum a mortuis, viviflcabit et mortalia corpora vestra^ propter inhabitantem Spiritiim ejus in vobis (Jbid.).
Oh! que ces paroles sont douces, sont consolantes! Ainsi la résurrection de Jésus-Christ est en même temps le modèle et la raison, l'exemple et le gage de notre glorieuse résurrection; et si nous vivons de lui et pour lui, nous ressusciterons un jour comme lui et par lui !
Mais cet aimable Sauveur n'a pas voulu attendre sa résurrection pour nous donner l'espérance^, la certitude de la nôtre. En ressuscitant, par la puissance de sa parole, par la vertu de sa divinité, son ami Lazare, mort depuis plusieurs jours, il nous a fait voir comment, nous aussi, quoique morts depuis plusieurs siècles, ressusciterons un jour, par la puissance de cette même parole, par la vertu de celte même divinité. Car c'est lui-même qui, quelque temps avant de ressusciter Lazare, prononça ces paroles : Le temps est arrivé oîi tous les morts entendront, dans le silence de leurs tombeaux, la voix toute-puissante du Fils de Dieu, et, au même instant, ressusciteront tous de la mort. Et
ceux qui auront fait de bonnes œuvres reprendront une vie d'immortalité et de gloire, et ceux qui se seront mal conduits ressusciteront pour subir un jugement sévère dans une vie mille fois pire que toute mort : Venu hora in qua omnes, qui in monumentis sunt^ audient vocem filii Dei ; et procèdent qui hona fecerunt in resurrectionem vitœ ; qui vero mala egerunt^ in resurrectionem judicii.
Or, il est évident que, par ces sublimes paroles, Jésus-Christ a d'abord prédit le grand prodige qu'il devait bientôt opérer, celui de faire entendre à Lazare renfermé dans le sépulcre sa divine voix pour le rappeler à la vie; et il est évident encore qu'il n'a appelé le jour de la résurrection de Lazare, r heure de la résurrection de tous les morts, que parce que cette résurrection particulière d'un seul homme a été la figure, l'essai, les prémices de la résurrection universelle de tous les hommes, et qu'une résurrection ne sera pas plus difficile que l'autre, puisque tous les hommes ne ressusciteront que par le même moyen qui a ressuscité Lazare, par la voix toute-puissante du Fils de Dieu : Venit hora in qua omnes ^ qui in monumentis sunt^ audient vocem Filii Dei,
Mais remarquons aussi, pour ne pas oublier aujourd'hui le sujet de nos homélies, les femmes de l'évangile, que ce grand prodige, renfermant à lui seul le mystère et l'espérance d'un prodige encore plus grand, le Fils de Dieu ne La opéré que par les mérites et les prières de Marthe et de Madeleine, qui sont, après la sainte ¥'^rge, les deux plus saintes femmes de l'Évangile.