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LES PRÉLIMINAIRES DE LA RÉSURRECTION DE LAZARE

§ 2. La famille de Lazare. — Pourquoi elle était chère à Jésus- Christ. — Touchant message que Marthe et Madeleine lui envoient sur la maladie de leur frère, et réponse du Seigneur. ■■

Il y avait à Béthanie, dit l'Evangéliste en commençant cet admirable récit, il y avait à Béthanie une famille composée de trois membres, un frère et deux sœurs, j Le frère s'appelait Lazare ; des deux sœurs, l'une se i nommait Marthe et l'autre Marie; et cette Marie^

ajoute l'historien sacré, était cette môme femme qui avait oint de parfum le Seigneur et lui avait essuyé les pieds avec ses cheveux : Erat autem quidam languens Lazarus a Bethanla^ de Castello, Mariœ et Marthœ, sororis ejus. Maria autem erat^ quœ unxit Dominum. iinguento^ et extersit jjedes ejus capillis suis ; cujus frater Lazarus infii^mabatur [Joan. xi, 1 et 2). Il n'y a donc pas de doute que Marie, la sœur de Marthe et de Lazare, ne fût la Madeleine, dont nous avons déjà raconté l'admirable conversion.

Or, cette heureuse famille, dit toujours l'Évangéliste, était la famille que le divin Sauveur aimait, chérissait le plus sur cette terre : Diligebat Jésus Mariham et sororem ejus, Mainam^ et Lazarum (v. 5). Et pourquoi? Est-ce peut-être parce que cette famille était noble et riche? Eh non, ce ne sont pas là des titres qui donnent droit à la prédilection, à la tendresse du Fils de Dieu. Mais c'est parce que ce Fils de Dieu trouvait dans cette heureuse famille la noblesse modeste, la richesse charitable, la sainteté formant son plus bel ornement; c'est parce que Marthe étant le miroir de l'innocence, Madeleine étant l'exemple de la pénitence, Lazare étant le modèle de la charité, cette famille était, dirais-je, un bouquet vivant des fleurs spirituelles les plus agréables à l'odorat de Dieu, la personnification des vertus qui sont les délices de son cœur et attirent sur elles les regards de sa miséricorde et de sa bonté.

Mais comme les avantages de la terre ne nous assurent pas l'amour du Dieu du ciel, de même l'amour du Dieu du ciel, quelque grand qu'il soit, ne nous exempte pas des misères et des maux de la terre. Ne vous éton-

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nez donc pas, mes frères, d'apprendre que Jésus-Christ, tout en aimant tendrement la sainte famille de Lazare, ait laissé surprendre Lazare par une grave maladie qui plongea ses bonnes sœurs dans Tafflictioneldans la douleur : Ei'ot languens Lazarus (v. 1). Jésus-Christ laissant tomber malade et même mourir Lazare, son ami, est Jésus-Christ, dit saint Chrysosiome, nous apprenant par là que si, malgré notre fidélité à Dieu et notre amour pour Dieu , ce Dieu nous humilie et nous afflige, nous ne devons pas nous en attrister, nous en plaindre. Car ce n'est pas parce qu'il ne nous aime pas qu'il nous traite ainsi ; mais c'est parce qu'il veut, par les soufirances dans le temps, élever notre mérite et nous préparer à une plus grande gloire pour l'éternité! C'est ce qu'il a déclaré, dans les Livres saints, par ces paroles : « Je traite plus sévèrement ceux que j'aime le plus ; et je ne leur pardonne rien sur la terre, afin de les faire grands, heureux dans le ciel (1). »

Lazare et ses sœurs savaient bien cela; par conséquent, dit saint Augustin, quoique Lazare fût dans les souffrances et ses sœurs dans l'affliction, ils n'en étaient pas moins résignés tous, et, se connaissant tous aimés par Jésus-Christ, ils n'avaient pas tous moins de confiance dans Celui qui est la santé des malades et la consolation de ceux qui sont dans la douleur (2).

(1) « Per hoc erudiens nos non tristari si qua infirmilas facta fue- « rit circa bonos viros, et amicos Dei, juxta illud : « Ego quos amo « arguo et castigo {Homil. 62, in Joan.). »

(2) « llie languens, islœ tristes, omnes dilectij liabebant ergo w spem ab eo qui est consolator dolentium, languentium sanator « {loc. cit.), j>

A LA llÉSLilUECTlO-N DE LAZARE. 429

C'est dans ces dispositions que les sœurs atïectionnées de Lazare envoient un messager à Jésus-Christ dans la Galilée, chargé de ne lui rien dire que ces deux mots, renfermant la plus suhlirae et la plus éloquente prière : Seigneur, voilà que celui que vous aimez est malade : Miserunt ergo adJesum sorores ejus qui diceret : Domine, ecce quem amas infirmatur (v. 3).

Oh! que ce message, dit saint Augustin, est plein d'intelligence et de charmes! Marthe et Madeleine ne mandent au Seigneur ni les souffrances de Lazare ni leur propre douleur. Elles ne lui disent pas : a Venez vite, » on bien : « Commandez à la maladie qu'elle s'en aille, et elle s'en ira. » Elles ne lui disent que ceci : (( Seigneur, Lazare, votre Lazare, que vous chérissez tant, est gravement malade. » C'est comme si elles lui eussent dit : « Seigneur, nous ne faisons que vous exposer l'état dangereux de notre frère. Cette exposition suffit à elle seule pour vous qui aimez tant Lazare. Vous n'avez pas besoin que nous vous disions ce que vous devez faire. Votre cœur si bon, si indulgent pour nous vous le dira assez. Nous savons bien que Jésus n'abandonne pas celui que Jésus aime (1). »

Voyez, mes frères, comment ces saintes femmes connaissent bien le cœur de Jésus et les moyens d'y pénétrer, d'y faire une douce violence et en obtenir ce qu'on lui demande ! Ah ! une prière faite dans un tel esprit de foi, d'humilité, de résignation et de confiance

(1) « Non dixerunt : Veni, jubé, et sic lict. Amanti tantummodo « nuntiandutn fuit, quasi dicerent : Sufficit tibi si noveris. Nequc « enim amas et dépéris. »

ne peut pas manquer son objet, et dès ce moment nous pouvons être certain que quelque chose de grand s'en suivra, et que le prodige de telles vertus de la part de ces belles âmes va êlre couronné par la vertu d'un grand prodige de la part du Seigneur!

Cependant l'aimable Sauveur, en entendant que son bien-aimé Lazare est malade, ne bouge pas, il se contente de répondre d'un air d'indifférence, par ces mots à ceux qui lui avaient apporté cette nouvelle : « Cette maladie n'est pas une maladie de mort; cette maladie de Lazare n'est pas venue pour enlever Lazare de ce monde, mais pour que Dieu soit glorifié et pour que le Fils de Dieu soit dans elle reconnu dans le monde : Audiens autem Jésus dixit eis : Infîrmitas hœc non est ad mortein sed pro gloria Dei : ut glorificetur Filius Dei per eam. »

0 la belle parole que celle-ci! s'écrie Théophilacte. Vraiment cette maladie de Lazare n'était pas an sinistre présage de mort, puisqu'elle devait au contraire donner lieu à un grand prodige par lequel les hommes, en croyant à la divinité de Jésus-Christ, éviteront la mort(l)!

Du reste, sans montrer la moindre inquiétude, sans se donner le moindre souci du sort de Lazare, le divin Sauveur s'arrêta là où il était pendant deux jours encore, en sorte que, en attendant, Lazare mourut et son cadavre fut déposé au tombeau. Ut audivit quia

(1) « Infirmitas tiaec non erat ad morlem , sed ad miraculum : « quo fado crederent homiiies in Christiim, et vitarent morteni

« {Expos.). »

infirmahatm\ tune quidemmansitin eodem loco duobus diebus (v. 6).

§ 3. Dessein de miséricorde du Seigneur en permettant la mort de Lazare. — Jésus-Christ la lumière du monde, les Apôtres les heures du jour. — Confiance exagérée de Thomas dans son propre courage.

Je ne saurais vous dire la douleur et Fétonnement que celle mort de Lazare causa à ses bonnes sœurs. (( Nous n'y comprenons rien, se disaient-elles. Il a su (( à temps la maladie de notre frère. Comment donc, en « sachant Lazare à l'extrémité et nous autres désolées, (( n'est-il pas venu? Gomment concilier tant d'affection « pour notre famille avec tant d'indifférence dans un «moment si douloureux? » De quoi vous plaignezvous donc, âmes simples? leur dit Alcuin. Jésus n'a différé d'aller guérir votre frère malade qu'afin d'avoir l'occasion d'opérer un plus grand miracle, le miracle de le ressusciler de la mort (1). S'il a attendu, ajoute saint Clirysostome, que le corps de Lazare fût depuis quatre jours enfermé dans son sépulcre, c'était afin que personne ne pijt douler de la vérité de sa mort, ni, par conséquent, de la vérité de sa résurrection non plus (2) . Marthe, Madeleine, leur dit Théophyîacte, comprenez donc bien les desseins ineffables et pleins de bonté du cœur de Jésus. Lorsqu'il semble oublier les âmes qui lui sont chères et les laisser en proie à l'humiliation et à la mort, c'est alors qu'il les prépare à la gloire et

(1) « Sanare distulit, ut mirabilius suscitaret. »

(2) « Expeclavit ut sepeliretur; ut nuUus posset dicere quod non- « duni mortuum suscitasset [loc. cit,).y)

à la vie! Oh! si vous saviez le grand honneur qu'il ménage à votre famille! Ce frère chéri, que vous regrettez que Jésus-Christ ait laissé mourir, a été choisi par Jésus-Christ pour être, jusqu'à la fin du monde, la preuve et l'apologie de sa divinité. Il va le ressusciter, et par là il se servira de lui pour s'annoncer au monde comme étant le seigneur et le maître de la mort et de la vie (1). Et vous-mêmes, aurait-on pu leur dire encore, et vous-mêmes, femmes fortunées, vous serez associées, vous aussi, à cette insigne gloire de votre frère. Votre nom se trouvera toujours mêlé à l'admirable récit de ce prodige, par lequel le Fils de Dieu s'est, de la manière la plus éclatante, révélé au monde. Car il ne sera jamais question de la résurrection de Lazare sans qu'il soit dit que ce prodige de la toutepuissance et de la bonté du Sauveur des hommes a été aussi l'œuvre de votre foi, de votre humilité, de votre

confiance et de vos prières Jésus va donc faire

pour vous plus que vous n'auriez su demander à sa bonté. Il va faire pour vous ce que ni vous ni personne au monde n'aurait su en attendre, n'aurait su imaginer.

En effet, le voilà, mes frères, ce même Jésus, qui vient de se montrer si indifférent à aller trouver Lazare malade, se montrant impatient d'aller trouver Lazare mort. Car, allons, dit-il à ses disciples, allons vite de nouveau dans la Judée ; Post hœc dixit discipulis suis : « Eamus in Judœam iterum (v. 7). » Comment? re-

(I) « Ideo inori permisit, ut, eum resuscitando, sevilse morlisque « Domiiinm esse declararet {Expos,). »

prennent à cette proposition les Apôtres, comment? vous voulez donc aller de nouveau dans la Judée? Mais, y pensez-vous, maître? avez-vous donc oublié qu'il n'y a que quelques jours que les Juifs voulaient vous lapider? Youlez-vous vous remettre de nouveau dans leurs mains? Rabhi^ nunc quœrebant te Judœi lapidare; et iterum vadis illuc? (v. 9.)

C'est ainsi que parlaient les Apôtres, ne sachant pas, dans leur affection toute humaine, remarque saint Augustin, ce qu'ils disaient. Car rien n'était plus stupide, ni plus absurde que cette pensée des Apôtres, de vouloir détourner de la mort ce divin Sauveur, qui n'était venu au monde que pour y subir volontairement la mort, afin de délivrer de la mort non-seulement eux-mêmes, mais tout le monde (1)! Et d'ailleurs, poursuit saint Augustin, si quelques jours auparavant, en agissant en homme et pour démontrer qu'il était vrai homime, le divin Maître avait fait semblant de vouloir se dérober aux embûches des Juifs, à présent, en retournant de son plein gré dans la Judée, sans que personne ose lui faire du mal, il veut prouver qu'il peut, comment et quand cela lui plaît, dominer les volontés perverses des hommes, les faire servir, avec une indépendance absolue de sa part, à l'accomplissement de ses desseins, et qu'il est aussi vrai Dieu (2). Et c'est ce dont il voulut instruire ses timides disciples en leur disant : N'y a-t-il pas douze heures dans le

(1) « Yoluerunt concilium dare Domino ne moreretur, qui niori « venerat, ne et ipsi morerentur. »

(2) « Discessit ut homo : sed in redeundo, quasi oblitus infirmita- « tem, ostendit potes jatem. »

jour? si quelqu'un marche pendant le jour, il ne se heurte point, parce qu'il voit la LUMIÈRE DE CE MONDE; mais s^il marche dans la nuit, il se heurte, parce qu'il n'a point de lumière : Respondit Jésus : Nonne duodecim sunt horœ diei? Si guis amhulaverit in die^ non offendit^ quia lucem hujus mukdi videt. Si autem ambulaverit in nocte^ o (fendit, quia lux non est in eo (v. 9 et 10).

Cette réponse de notre divin Maître paraît trèssimple. Rien cependant n'est plus important pour nous, ni plus profond, ni plus mystérieux. L'Évangéliste saint Jean a dit que le Yerbe divin est la vraie

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