‹ Les femmes de la BibleChapitre 13 sur 25 · Psaume cxxxvi, v. I et · texte numérisé non relu

Psaume cxxxvi, v. I et

par la main du printemps, et qui ensevelissent sous la verdure leur corolle et leur parfum. Il ne semblait pas qu'elle dût jamais sortir de l'obscurité et des angoisses que les malheurs de sa nation lui avaient faites, quand tout à coup le caprice d'un tyran, ou plutôt Dieu, qui tient en sa puissance le cœur des rois, changea le cours de ses destinées.

Cambyse porta mal le fardeau de gloire que lui avait légué Cyrus, son père ; on mit un terme à ses extravagances en regorgeant. Divers complots aboutirent à faire passer la couronne sur la tête d'Assuérus, que les auteurs profanes désignent sous le nom de Darius, fils d'Hystaspe. Assuérus devenait ainsi le maître des peuples nombreux qui habitaient de l'Inde à la mer Egée, du Pont-Euxin et de la mer Caspienne jusqu'à l'Ethiopie et à l'Océan. Il portait le titre fastueux de grand roi, ou de roi des rois, sans doute parce que son empire était formé de plusieurs royaumes conquis, ou parce qu'il avait des rois sous sa domination. Les monarques persans allaient résider à Ecbatane pendant l'été ; mais leur capitale était Suse, charmante ville assise parmi les lis qui croissaient en foule sur les bords du Choaspe.

Or, la troisième année de son règne, dans l'enivrement de sa gloire et pour faire éclater sa magnificence et ses richesses, le roi ordonna des festins splendides, où furent conviés, sous sa présidence, les princes de sa cour, ses officiers, les plus braves d'entre les Perses et les Mèdes, enfin les gouverneurs des cent ^ingt-sept provinces de l'empire. Cette réjouissance des grands se continua durant six mois. Mais la dernière semaine, le roi voulut aussi avoir pour hôte son peuple de Suse. Des tables furent placées dans les jardins royaux; des pavillons de fin lin protégeaient les conviyes contre les intempéries de l'air ; les plus riches couleurs, l'ivoire, le porphyre et le marbre, l'or et l'argent, brillaient de toutes parts; la délicatesse des mets et des vins répondait au luxe des décorations. De son côté, la reine Vasthi offrit aux femmes une fête somptueuse qui se célébra dans l'intérieur du palais.

On était arrivé au dernier jour de cette longue solennité ; elle ne pouvait guère se terminer sans quelque scène d'extravagance. Assuérus, échauffé par le vin, demanda que la reine fût introduite, le diadème en tête et dans tout l'éclat

que sa beauté emîiruntait à la parure, afin que les grands et le peuple pussent la contempler et l'admirer. Vasthi ne vint pas : était-ce un caprice qui s'opposait à un autre caprice, ou bien la vertu qui, devant l'indiscrétion et l'outrage, se retirait dans la majesté du dédain? En tout cas, Assuérus, irrité et furieux, interrogea ses conseillers ordinaires pour savoir d'eux quel châtiment la reine avait mérité en bravant les ordres du monarque son époux. Toutes les folies des hommes puissants trouvent sans peine des adorateurs ou des complices : l'un des courtisans représenta qu'un si grand exemple de désobéissance serait contagieux parmi les Persanes : il applaudit, en passant, au courroux du maître, et conclut à la répudiation et à la dégradation de Vasthi. L'arrêt fut conforme. L'imprudence l'avait dicté, la précipitation l'exécuta.

Mais bientôt Assuérus se ressouvint de Vasthi et de tout ce qui avait été fait. Difficilement on pouvait y remédier sans encourir le reproche d'une légèreté puérile. Les serviteurs d'Assuérus, pour abolir dans son âme blessée l'image chérie qui s'y peignait toujours, proposèrent de chercher dans tout l'empire les plus belles d'entre les jeunes filles, de les amener à Suse sous les yeux du prince, afin que celle qui lui plairait davantage devînt reine à la place de Vasthi. Ce projet fut agréé : sur Ledit royal, tout l'empire envoya dans Suse les plus belles d'entre ses jeunes filles. Esther fut du nombre de ces fleurs brillantes que les mœurs du temps et du pays Fie protégeaient pas assez contre le despotisme et la licence, et qui, rassemblées en foule sous la main avide d'un seul, s'éteignaient lentement, consumées dans les ennuis d'une fastueuse solitude.

Toutes ces rivales devaient successivement paraître devant le roi. Qui pourrait peindre l'ambition et l'espoir dont elles étaient agitées? Longtemps à l'avance elles s'exerçaient, pour ainsi dire, à mériter la couronne que Vasthi avait laissée tomber de son front; elles passaient leurs journées au milieu des parfums et des aromates les plus exquis, et, le moment de leur visite arrivé, elles appuyaient leur beauté du prestige des plus rares ornements.

Enfin, Esther fut présentée à son tour. Or elle était extrômement belle, et on ne pouvait la voir sans être touché de

ses grâces. Contente des ornements qu'on lui donna, elle ne voulut point en demander d'autres pour sa parure. La victoire lui échut. Le cœur du roi fut incliné vers elle, et il l'aima plus que toutes les autres femmes. Il lui posa sur la tête le diadème, et la fit reine à la place de Vasthi. Pour honorer les noces d'Esther, un riche banquet fut offert à tous les grands de la cour et à tous les serviteurs du palais ; Assuérus soulagea les peuples de son royaume par la diminution des impôts, et signala sa libéralité par de nombreux et éclatants bienfaits.

L'élévation d'Esther n'altéra point la simplicité de son âme. Elle continua de se montrer douce envers Mardochée et docile à ses conseils, comme au temps où, petite enfant et orpheline, elle vivait sous sa tutelle et par ses soins. Pour lui obéir, elle tint caché le nom de sa patrie et de son peuple. Elle trouva moyen d'appeler Mardochée à la cour, et il habitait à la porte du palais. L'oncle et la nièce se consultaient souvent, mais avec tant de discrétion, que nul ne soupçonna leur parenté. Grâce à cette bonne intelUgence, on put déjouer un complot tramé contre la vie d'Assuéras : Mardochée le découvrit ; il le fit savoir à Esther, qui en informa le roi ; les coupables furent saisis, interrogés, convaincus, mis à mort. On écrivit l'histoire de cette conjuration dans les fastes de l'empire, où les événements des règnes antérieurs, les règlements établis, les services rendus, étaient rapportés avec exactitude et en détail; le nom de Mardochée y fut consigné d'une manière fort honorable : c'est à peu près toute la récompense qu'il reçut de ses bons offices, au moins pour le moment.

Alors vivait aussi, à la cour de Perse, un grand seigneur nommé Aman. 11 lirait son origine des Amalécites, l'une de ces nations que les Hébreux avaient effacées de la Palestine en y entrant. Soit faveur, soit mérite, il était devenu le premier personnage de l'empire après le roi. Sur son passage, tous les serviteurs du palais fléchissaient les genoux avec des signes d'adoration : c'était l'étiquette réglée en son honneur pai Assuérus. Le seul Mardochée refusa cet hommage à l'heureux favori, et de toutes parts on lui disait : « Pourquoi n'obéissez-vous point, comme tous les autres, au commandement du prince? )> Mardochée répondit qu'il était Juif,

et allégua, pour se dispenser du cérémonial idolâtrique de la cour, ]es préceptes contraires de sa religion. Aman fut averti des résistances de Mardochée, et il put, d'ailleurs, les apercevoir lui-même. Il entra dans une grande colère ; son orgueil blessé compta pour rien d'immoler le prétendu coupable, et, sachant qu'il était de race juive, il résolut d'envelopper tous les Juifs dans une commune ruine. Peut-être voulait-il servir aussi les intérêts d'une haine héréditaire et venger le sang d'Amalec, répandu autrefois par Saiil dans les champs d'Hévila.

Aman va trouver Assuérus, lui représente que l'empire nourrit dans son sein tout un peuple qui a ses lois et ses mœurs à part, et qui brave l'autorité royale ; qu'il importe de ne pas encourager la licence par l'impunité : « C'est pourquoi, dit-il, ordonnez que ce peuple périsse; et, afin que vous ne perdiez pas les tributs qu'on en tire, je payerai dix mille talents aux trésoriers de votre épargne. » Cette somme était prodigieuse pour un particulier ; mais Aman comptait sans doute, ou bien que son offre ne serait pas agréée, ou que la fortune des proscrits serait confisquée à son avantage : il connaissait son maître.

Effectivement, Assuérus tira de son doigt l'anneau dont il se servait pour sceller ses lettres, et le remit entre les mains de son ministre, en lui disant : « Garde ton or ; quant à ce peuple, fais-en ce que tu voudras. « C'était dès lors un usage fréquent chez les monarques orientaux de procéder par voie de justice, ou plutôt d'iniquité sommaire; il est vrai que, de leur côté, les sujets avaient des caprices semblables, et que souvent ils appelaient d'un édit à leur poignard. Le pouvoir sans frein abusait de sa force, et l'obéissance déshonorée se réfugiait dans la révolte.

Mais que pouvaient les Juifs contre un rival armé de la faveur d'un monarque absolu ? Un édit sanguinaire fut rédigé contre eux, muni du sceau royal, traduit en toutes les langues de l'empire et envoyé aux cent vingt-sept provinces. Il y était dit que le grand roi, dans la douceur de son gouvernement, voulait assurer à tous ses peuples le bénéfice d'une paix heureuse et durable, qu'il avait appris qu'une nation odieuse troublait l'universelle harmonie par la diversité de ses habitudes, et qu'il donnait en conséquence l'ordre

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d'exterminer, en un môme jour, tous les Juifs, jusqu'aux femmes et aux enfants, et de s'emparer de tous leurs biens, La cruauté a des ailes : les courriers partirent en hâte pour tous les points du royaume ; l'édit fut immédiatement affiché dans Suse. Assuérus et son fayori s'égayaient dans les festins, et les Juifs emplissaient la ville de leurs lamentations.

Dès que Mardochée eut connu ces choses, il déchira ses vêtements et prit tous les signes de deuil usités chez les peuples d'Orient : couvert d'un sac, des cendres répandues sur la tête, la douleur de son âme éclatait en cris plaintifs. n vint jusqu'à la porte du palais, car on ne pouvait en franchir le seuil dans cet appareil lugubre.

Cependant l'empire ignorait toujours que la reine appartint, par son origine, à la nation condamnée; Esther ignorait également les malheurs réservés à ses compagnons d'exil. Toutefois elle fut informée par ses femmes de l'extrême affliction de son oncle ; elle le manda pour en savoir la cause, et lui envoya des vêtements convenables, afin qu'il pût se présenter. Mais il ne voulut point quitter son deuil, et il attendit qu'on lui députât quelque serviteur fidèle chargé de recevoir ses communications. C'est par ce moyen que Mardochée découvrit à Esther l'affreux péril qui menaçait les Juifs, lui fit parvenir une copie de l'édit publié dans Suse, et la pria d'aller trouver Assuérus et d'user de sa position et de son crédit pour le salut d'Israël : « Souvenez-vous, dit-il, des jours de votre abaissement et que vous avez été nourrie de ma main. Invoquez donc le Seigneur ; parlez pour nous au roi, et délivrez-nous du trépas. »

Esther fit répondre qu'en Perse il était rigoureusement défendu de pénétrer dans les appartements du roi sans ordre exprès, et qu'on mettait à mort sur-le-champ quiconque n'avait pas respecté cette prohibition, à moins que le monarque n'inclinât vers le coupable son sceptre d'or en signe de clémence. Le courageux vieillard envoya aussitôt à sa nièce de patriotiques remontrances, l'exhortant à ne pas nourrir le vain espoir d'échapper au coup qui devait frapper toute la nation : « Si vous gardez le silence, ajouta-t-il, Dieu trouvera quelque autre moyen de sauver les Juifs, et vous périrez, vous et la maison de votre père. D'ailleurs, qui sait si tous n'avez point été portée au trône précisément en vue de la

crise où nous sommes aujourd'hui ? » Esther céda. « Allez, dit-elle; rassemblez tous les Juifs qui sont dans Suse, et priez pour moi. Qu'on ne prenne ni aliment ni breuvage durant trois jours et trois nuits , moi je jeûnerai aussi avec mes femmes. Puis je me présenterai devant le roi, sans ordre de sa part et contrairement aux lois du pays, affrontant le péril et la mort. »

Mardochée se retira et fit ce que la reine avait ordonné. Il répandit en la présence de Dieu sa douleur et sa prière ; tout Israël imita son exemple. Cependant Esther avait déposé la pompe de ses habits royaux pour prendre des vêtements qui répondaient mieux à son affliction et à son deuil; les parfums précieux n'embaumaient plus sa chevelure ; son front était abaissé dans la cendre et son corps soumis aux rigueurs du jeûne; son séjour, autrefois si riant, s'emplissait d'une sombre tristesse. Elle se mit en prière : « Ah ! Seigneur, notre seul monarque, secourez-moi dans mon abandon... J'ai entendu dire à mon père que vous aviez choisi Israël entre tous les peuples... pour en faire votre héritage éternel... Nous avons péché devant vous; c'est pour cela que vous nous avez livrés aux mains de nos ennemis... Et maintenant, peu satisfait de nous opprimer par un dur esclavage, et, attribuant la force de leurs bras à la puissance de leurs idoles, ils veulent démentir vos promesses, abolir votre héritage, fermer la bouche à ceux qui vous louent, et éteindre la gloire de votre temple et de votre autel, pour ouvrir la bouche des nations, et louer la force de leurs idoles et glorifier à jamais un roi de chair et de sang. Ne laissez pas votre peuple à ces pouvoirs de néant, de peur qu'ils n'insultent à notre ruine ; mais tournez contre eux leur dessein et perdez celui qui nous fait sentir ses rigueurs. Seigneur, donnez-moi de l'assurance... mettez sur mes lèvres des paroles sages et convenables... Vous savez la nécessité qui m'est faite de paraître aux jours d'éclat, et que j'ai en abomination l'orgueilleux signe de gloire qui orne ma tête... et que je ne le porte jamais dans mes jours de retraite et d'isolement... et qu'enfin depuis l'heure où je fus amenée ici, jamais votre servante ne s'est réjouie qu'en vous, ô Seigneur Dieu d'Abraham !...» Ainsi priait Esther; et sa prière ne fut pas vaine. Car il y a toujours une grande force dans les

plaintes de Tinnocence opprimée; souvent même elles arment, dès ce monde, la colère de Dieu, qui vient, la foudre à la main, 'visiter les méchants au milieu de leurs œuvres injustes.

Cependant, au troisième jour de sa pénitence, la reine se revêt de ses plus riches ornements. Dans toute la splendeur de cette pompe royale, elle va trouver Assuérus. Deux de ses femmes l'accompagnent : appuyée sur l'une, il semble que, frêle et délicate, elle ait peine à se soutenir ; l'autre suit sa maîtresse, en relevant les draperies flottantes de sa longue robe. Sous un teint vermeil et des yeux pleins d'agrément et d'éclat, Esther cache sa tristesse et l'extrême frayeur de son âme. Elle traverse toutes les salles qui mènent à l'appartement du roi, et tout à coup paraît devant lui. Assuérus était assis sur son trône, et ses vêtements étincelaient d'or et de pierreries. Il lève les yeux, et aussitôt la fureur éclate sur son visage. Tremblante, éperdue, Esther pâUt et laisse tomber son front sur la jeune fille qui la soutenait. A ce spectacle et sous la main de Dieu, le cœur du roi s'amolUt, et son humeur farouche fait place à la mansuétude. Tout inquiet, il quitte son trône à la hâte, reçoit la reine dans ses bras, et, la rappelant à elle, lui dit avec tendresse : « Qu'avezvous, Esther ? Je suis votre frère ; ne craignez pas. Vous ne mourrez point : la loi a été faite non pas pour vous, mais pour tous les autres. Venez donc et touchez ce sceptre. » Et il incline vers elle son sceptre d'or, en signe de clémence, et l'imite à parler. Esther s'excuse sur la frayeur où l'a jetée la majesté du grand roi, et retombe presque évanouie. Assuérus était troublé, et ses serviteurs s'empressaient à soulager la reine. Enfin elle revint à elle, et le roi lui dit : « Que voulez-vous, reine Esther? que demandez-vous? Lors même que vous demanderiez la moitié de mon royaume, je vous la donnerais. » Esther, ne jugeant pas que le moment de s'expliquer fût encore venu, convie Assuérus à un banquet, et lui demande d'y appeler aussi Aman. Elle est exaucée. Assuérus lui réitère, dans la joie du festin, l'assurance de ses intentions Ubérales, et lui offre de nouveau la moitié de son royaume. Esther se borne à prier le roi de se rendre encore le lendemain avec Aman à un second banquet, promettant de manifester alors son désir et ses vœux.

Aman sortit avec une grande allégresse ; mais elle fut aussi courte que ^ive : il semble que le chagrin choisisse, pour nous visiter, le moment où notre cœur est ouvert à la gaieté la plus confiante. Mardochée était assis à la porte du palais : il ne se leva point pour honorer le passage du toutpuissant ministre, qui trouvait dans cet acte d'indépendance recueil de toute sa félicité. La colère dans le cœur, Aman rentre chez lui et rassemble ses amis avec sa femme Zarès. Il leur représente l'immensité de ses richesses, le nombre de ses enfants et ce haut degré de puissance où il est monté dans l'empire ; il rappelle la faveur insigne que lui lait la reine, en l'invitant deux fois à sa table, exclusivement à tous les grands de l'empire : « Eh bien, avec tout cela, dit-il, je croirai n'avoir rien, tant que je verrai le Juif Mardochée rester assis devant moi aux portes du palais. )) Sa femme et ses amis lui conseillent de faire élever une potence et de demander au prince que Mardochée y soit suspendu. Ainsi le cours de ses réjouissances ne devait plus être altéré par la vue de l'inflexible vieillard. Aman approuve cet avis et fait dresser une haute potence.

Cette nuit même, Assuérus la passait sans dormir. Pour tromper la fatigue de son insomnie, il envoya chercher les annales du royaume. En les lisant devant lui, on en vint au récit de la conspiration découverte par Mardochée. Il voulut savoir la récompense décernée à un sujet si fidèle; on lui répondit que ce service n'avait point été dignement reconnu. Or Aman se rendit de bonne heure au palais, dans le dessein de solliciter et d'obtenir la mort de son rival. Assuérus fut informé de sa présence et le manda : « Que faut-il faire, dit-il, pour un personnage que le roi désire combler d'honneurs ? » Le courtisan, dans l'orgueil de sa pensée, s'imagina qu'on ne pouvait songer qu'à lui, et repartit qu'il fallait donner à ce personnage des vêtements royaux, le diadème du roi et le cheval que le roi montait habituellement, et que le premier des princes et des grands de la cour marchât devant le triomphateur, en tenant les rênes de son cheval et en criant dans la ville : Ainsi sera honoré celui que le roi voudra honorer. <( Hâtez-vous donc, reprit Assuérus, et faites tout ce que vous venez de dire au Juif Mardochée. » Certainement rien de plus étrange et de

plus inattendu ne pouvait arriver au fier Amalécite. Il se résida toutefois, et rendit à celui qu'il haïssait si fort les honneurs qu'il croyait avoir stipulés pour lui-même. Mais il re\int chez lui pleurant de rage et la tête couverte pour cacher sa honte. Il répandit sa douleur dans le sein de ses amis et de sa femme ; mais il n'en reçut, pour toute consolation, que de lugubres pronostics sur la chute totale de sa fortune, qui venait de chanceler devant Mardochée.

Au milieu de ces doléances, les serviteurs du palais vinrent chercher Aman, parce que l'heure du festin était arrivée. Il entra donc chez la reine avec le roi son maître. Assuérus encouragea de nouveau Esther à demander ce qu'elle voudrait. « 0 roi! répondit-elle, si j'ai trouvé grâce à vos yeux, je vous en conjure, donnez-moi la \ie, donnez la\1e à mon peuple... Mon peuple et moi nous sommes condamnés à l'oppression, à la mort et à la destruction. Et plût à Dieu qu'on nous vendît, hommes et femmes, en esclavage ! Ce serait un mal supportable, et je gémirais en silence. Mais la cruauté de notre ennemi s'attaque au roi même, en lui enlevant de nombreux sujets. — Et qui est-ce? repartit Assuérus. Qui est assez fort pour tant oser? » Esther dit ; (c Le voilà ; c'est Aman, notre injuste et barbare persécuteur. )) Ces paroles furent comme un coup de foudre pour Aman ; il demeura interdit, ne pouvant soutenir les regards ni du roi ni de la reine.

Assuérus se leva transporté de colère, sortit de la salle du banquet et se retira au jardin. Aman comprit que tout était perdu ; il tomba aux genoux de la reine, en lui demandant la Aie. Cette soumission acheva sa ruine ; car Assuérus, en rentrant dans la salle, aperçut le coupable aux pieds d'Esther, et s'indigna d'une témérité qu'il interprétait mal. Aussitôt les serviteurs du palais emmenèrent Aman en lui voilant la face ; c'était la coutume du pays de couvrir ainsi, en la présence des rois, le visage des coupables condamnés à mort, de peur sans doute que le regard du monarque ne fût attristé par la vue d'un objet funèbre. L'un des officiers représenta qu'il y avait devant la maison d'Aman un instrument de supplice tout préparé : c'était la potence qui attendait Mardochée. L'ordre fut donné d'y attacher Aman ; et la colère du roi s apaisa.

Le même jjur, Assuérus déclara que tous les biens d'Aman seraient confisqués au profit d'Esther. Il remit son anneau royal et déféra les fonctions de premier ministre à Mardochée, qui lui fut alors présenté comme parent de la reine. Esther combla aussi son oncle de biens et d'honneurs, et le nomma intendant de sa maison. Jusqu'ici elle n'avait pourvu qu'à la sécurité et à la gloire de sa famille; il fallait songer encore au salut de la nation. Elle alla donc trouver le roi, le conjurant avec larmes de prononcer la révocation des mesures qui avaient été décrétées contre les Juifs. Assuérus y consentit. Par les soins de Mardochée, devenu le père et le protecteur de ses compatriotes, de nouvelles lettres furent écrites à l'effet d'annuler l'ordonnance primitive, puis traduites en toutes les langues de l'empire et adressées aux cent vingt-sept pro-vinces. De plus, il fut recommandé aux proscrits de se tenir prêts à défendre leur vie, et ils purent rendre injure pour injure, détruire les maisons et piller les biens de leurs ennemis, et les exterminer, hommes, femmes et enfants. C'étaient les termes de la dépêche royale, et les Juifs l'exécutèrent à la lettre. Il ne faut pas trop s'en étonner : la peine du talion est écrite dans toutes les législations anciennes ; Moïse lui-môme consacre cette dure manière de faire justice : « Œil pour œil, dit-il, et dent pour dent. » Il était réservé aux nations chrétiennes, façonnées à la mansuétude par l'Évangile, de poser en principe que la loi, dans sa vengeance calme et digne, ne devait pas égaler la barbarie et les emportements du coupable.

Quoi qu'il en soit, au jour fixé par Aman pour le massacre général des Juifs, ils parurent sous les armes, s'assemblèrent dans les villes et les bourgs, et fondirent sur leurs ennemis. Tout cédait devant eux ; car ils étaient soutenus par les officiers du roi, et leur subite grandeur les faisait craindre ; d'ailleurs, les juges et les gouverneurs des provinces, et tous ceux qui possédaient quelque dignité ou exerçaient quelques fonctions dans l'empire, tremblant sous Mardochée, arbitre de leur sort, relevaient à l'envi la gloire des Juifs. C'est pourquoi la vengeance devint facile. Les dix fils d'Aman lurent immolés, et leurs cadavres pendus au gibet ; un grand nombre d'hommes périrent dans Suse et dans tout le royaume; les Juifs, contents de ces exécutions,

ne voulurent point toucher aux biens des morts, afin de prouver que le zèle de la justice, et non point la cupidité, avait armé leurs bras.

En mémoire de cette délivrance merveilleuse, Esther et Mardochée établirent une fête solennelle qui se célébrait tous les ans. On la fixa au jour même qu'Aman avait marqué pour la destruction du peuple juif, mais que la Providence venait de glorifier par un si beau et si complet triomphe. On la nomma la fête du Sort, parce qu'Aman, fidèle aux superstitions de son pays, avait commis au sort le soin de fixer le jour de sa vengeance.

Ainsi fut allégée l'infortune des Juifs : Esther apparut, dans la nuit de leur exil, comme les douces et consolantes clartés de l'aurore qui annoncent au voyageur l'approche du jour ; car la protection des rois persans leur fut continuée même après la mort de la reine ; ils purent revoir Jérusalem, en relever les murailles, le temple et l'autel. Ainsi" encore se manifeste une des lois qui président au gouvernement du monde : c'est que la vertu est puissante même dans sa faiblesse, et que la force de l'homme injuste n'est qu'infirmité.

Chacun se rappelle que Racine a porté ce récit sur la scène française avec tout T éclat de la plus magnifique poésie. Composée pour les demoiselles de Saint-Cyr et d'abord jouée par elles devant des assemblées d'éUte, Esther eut un succès prodigieux dans ces représentations particulières. Le pubhc succéda aux spectateurs privilégiés de Saint-Cyr, et applaudit durant vingt années l'esprit du poëte et ses beaux vers. Le dix-huitième siècle refusa de continuer ce concert d'admiration, et aujourd'hui encore plusieurs critiques jugent la tragédie à'Esther avec quelque sévérité. Peut-être doit-on dire qu'il manque efi'ectivement quelque chose à ce sujet du côté de l'intérêt dramatique ; mais, d'une autre part, quelle splendeur et quelle pureté dans la forme ! surtout quelle éloquence dans les plaintes, les prières et les cris de triomphe des jeunes IsraéUtes qui forment les chœurs !

Esther a inspiré la peinture aussi bien que la poésie. Sans parler des compositions du Dominiquin, de Paul Véronèse et du Tintoret, nous citerons lœuvre de notre immortel

Poussin. Il a choisi le moment où Esther, qui vient d'entrer dans l'appartement d'Assuérus, tombe évanouie entre les bras de ses suivantes avant d'avoir pu proférer encore une seule parole. Assuérus, assis sur son trône, le sceptre à la main, semble aussi étonné de l'apparition d'Esther qu'ému de la voir évanouie ; sa pose est pleine de noblesse. L'affaissement de la reine est merveilleusement rendu, et sa tête est d'une beauté achevée.

Quand on songe au but aTcc grand amour, ob entre dans la carrière avec grand courage.

(Saint Acgustiw, Sermoru.)

De la sortie d'Egypte à la venue du Messie, jamais la république et la religion des Juifs ne furent plus cruellement persécutées ni plus généreusement défendues que sous le •/ègne du roi de Syrie Antiochus Épiphane, c'est-à-dire l'Illustre. Ce surnom lui avait été donné par flatterie insensée plutôt que par propre et vraie signification, car Antiochus n'eut rien de bien remarquable que son extravagance et sa cruauté. Ambitieux et injuste, il aspirait à tenir les Juifs sous le joug de ses armes; avare et impie, il convoitait les richesses du temple et méditait la ruine de la religion. Il prit d'assaut la \111e de Jérusalem, et fit égorger ou vendre quatre-vingt mille habitants de tout âge et de tout sexe ; il souilla de sa présence la maison sainte, et livra les vases sacrés à des profanations lamentables. Puis il rentra dans Antioche, emportant d'immenses trésors ; mais il laissa, pour gouverner les vaincus, des hommes qui ne lui cédaient point en barbarie, car il y a quelque chose qui dépasse encore les rigueurs d'un despote : c'est la servilité féroce de ses ministres, âmes abjectes, hideux mélange de sang et de boue.

Mais, comme le sol déchiré par le fer de la charrue se couvre de riches moissons, le sang des peuples opprimés devient fertile en héros. Des femmes, préférant la mort à l'apostasie, furent précipitées du haut des murailles de Jérn-

salem avec leurs enfants à la mamelle ; plusieurs ^uifs pé* rirent brûlés dans des cavernes où ils s'étaient réfugiés pour honorer le jour du repos par des exercices religieux. Éléazar, ■\ieillard vénérable par sa science et sa sagesse encore plus que par ses cheveux blancs, expira dans un cruel martyre plutôt que d'enfreindre la loi, et laissa de la sorte, à toute la nation, un exemple permanent de vertu et de fermeté dans le souvenir de sa mort. C'est le désespoir des tyrans qu'il y ait dans l'homme quelque chose par quoi il échappe au glaive ; mais c'est aussi la consolation des victimes qu'elles puissent se réfugier avec ce qu'elles ont de plus cher, la conviction, dans ce qu'elles ont de plus inviolable, la conscience, et là, sur la foi du devoir accompli, attendre que la justice de l'éternité répare les injustices du temps.

Entre tous les actes de courage dont la nation juive offrit alors le spectacle, on doit citer avec éloge le trépas de la mère des Machabées. Femme d'une rare constance, elle regarda la mort d'un œil tranquille, soutint le courage de ses fils, et les vit expirer au milieu des tourments ; puis elle souffrit elle-même le martyre, ajoutant l'autorité de son sang répandu à la générosité de sa parole, et faisant comprendre à tous les siècles comment la tendresse maternelle se développe et s'ennobht dans l'amour de la religion et de la patrie. Si, dans l'histoire, on connaît cette femme sous le nom de mère des Machabées, ce n'est pas qu'elle ait appartenu à la famille de ces vaillants guerriers qui, dans le même temps, défendaient, les armes à la main, l'autel national et le foyer domestique. Quelques-uns ont pensé que cette femme, ou peut-être l'aîné de ses enfants, s'appelait Machabée ; mais ce n'est qu'une opinion que rien n'établit d'une façon incontestable. Ce qu'il y a de certain, c'est que, dans le livre qu'il nous a laissé sur cet épisode de l'histoire juive, Josèphe désigne les fils et la mère sous le nom commun de Machabées, et que l'Église chrétienne s'est conformée à cette manière de parler. Rien n'empêche de croire que, Judas Machabée, le chef miUtaire de la lutte organisée contre Antiochus, s'étant alors couvert d'une gloire qui remplissait Israël, son nom fut donné, en signe d'honneur et de fraternité, non-seulement à tous les membres de sa famille, mais encore à tous ceux qui souffraient pour Dieu et leurs conci-

toyens. C'est même par cette raison qu'on appelle livre des Machabées le récit de toutes les guerres et de toutes les persécutions qui affligèrent la Judée à cette malheureuse époque.

Après son exploit sanguinaire contre Jérusalem, Antiochus se retira en Syrie. De là, il pressait l'exécution de son dessein, qui était d'incorporer la république des Juifs à son royaume. Pour donner une base solide à l'unité politique des deux États, il voulait effacer toute différence de mœurs, de lois et de religion, et amener de la sorte une fusion entre les peuples. A défaut du droit la violence devait venir en aide à cette entreprise; car il n'y a que deux forces dans le monde, la persuasion et le glaive. Mais, pour courber des nations entières sous le joug d'une idée, il faut du génie et du temps, surtout lorsqu'on a la vérité contre soi. Antiochus n'avait pas les ressources du génie, et son royaume, que le souftle d'Alexandre venait d'élever, avec plusieurs autres, sur les fondements ruineux d'une civilisation décrépite, son royaume n'avait pas le temps d'attendre. Il appela donc les Juifs au culte des divinités païennes, et les sollicita à l'apostasie par l'attrait des mœurs corrompues de la Grèce. La défection tut encouragée par des faveurs, la résistance combattue par des supplices.

Un jour, pendant que le roi était à Antioche, on lui amena d'un bourg de Judée, nommé Susandre, une femme avec sept fils, tous accusés d'attachement invincible à la religion. C'était notre héroïne. Ses enfants lui devaient leur éducation aussi bien que la vie, car ils étaient encore jeunes lorsque la mort enleva leur père. On voulait les contraindre, par de mauvais traitements, à manger des chairs défendues, comme si les fausses divinités avaient droit à un culte et comme si le vrai Dieu pouvait être sensible à des hommages forcés. Mais les ambitieux bravent la religion et la logique, et rien ne leur coûte pour tout fléchir et faire marcher dans le sens de leur volonté funeste. Ce qu'ils ne sauraient obtenir par la corruption, ils l'emportent par la terreur : armes odieuses qui ne triomphent de la conscience qu'en la déshonorant. Il est vrai que, pour l'encouragement des bons. Dieu ne permet pas qu'en somme la cruauté de ceux qui persécutent l'emporte sur le courage de ceux qui souf-

frent, ni que le scandale des apostasies surpasse les gloires de la fidélité.

Aussi, sur l'invitation qu'on leur fdsait de mépriser les préceptes de leur foi religieuse, le plus âgé des frères Machabées dit au roi Antiochus : « Que cherches-tu et que veux-tu qu'on t'apprenne? Nous sommes prêts à mourir plutôt que de violer les lois de Dieu et de la patrie. » Dieu et patrie ! l'oreille de l'homme ne connaît pas de mots plus magiques, et son cœur ne saurait aimer de plus nobles choses. Les peuples, comme chacun de leurs enfants, se réveillent, s'ébranlent et combattent au nom de la religion et de la nationalité ; pour elles, mille sacrifices laborieux furent accomplis, et des flots de sang ont coulé. L'autel et le foyer apparaissent, dans les siècles antérieurs, comme deux points éclatants où convergent les mouvements instinctifs et les libres efforts de toutes les générations ; au temps présent, ils fixent les regards de tous les hommes, malgré les préoccupations matérielles et l'égoïsme qui dévorent notre vie ; les âges futurs viendront leur apporter aussi le tribut d'un fidèle respect. On souffre et l'on meurt pour ces grands intérêts et ces grandes espérances ; mais on ne les abandonne jamaiSjaux caprices du dédain ni aux outrages de la lorce brutale.

A la réponse du jeune Machabée, Antiochus, violemment irrité, lui fit couper la langue et les extrémités des pieds et des mains. Ainsi mutilé, on précipita le martyr dans un vase d'airain tout brûlant ; il respirait encore. Sa mère et ses frères, témoins de cet affreux spectacle, s'exhortaient mutuellement à mourir avec courage, en disant : « Le Seigneur Dieu regardera la justice de notre cause et se réjouira en nous, comme Moïse l'a prononcé dans son cantique : Dieu sera consolé en ses serviteurs. » A la vérité, le Maître du monde n'a pas besoin de ses œuvres, mais il a droit de s'en taire obéir, et sa gloire extérieure consiste dans l'hommage qu'elles lui rendent, chacune à sa manière. La mer se soulève ou s'apaise sous son doigt; la foudre entend ses ordres ; les étoiles marchent dans la route qu'il leur a tracée. Les êtres intelligents l'honorent en suivant ses lois; il se console de la révolte des uns par la fidélité des autres ; il se réjouit dans le courage de ses martyrs, et leur mort lui est un précieux parfum.

MÈRE DES MALACHABÉES. 243

Lorsque l'aîné des frères eut expiré, on fit venir le second pour lui infliger des outrages et des tortures : on lui arracha la peau de la tête avec les cheveux ; on lui demanda s'il voulait manger des \1andes interdites plutôt que d'être tourmenté dans tous ses membres. Il répondit en la langue de son pays : « Je ne le ferai pas. » C'est pourquoi il fut livré aux mêmes supplices que son frère. Près de rendre Tâme, il adressa la parole au tyran : « Cruel bourreau, dit-il, tu nous ôtes la vie présente, mais le roi du monde nous ressuscitera pour la vie éternelle, nous qui mourons en déiendant ses lois. )> Et, en effet, la mort n'est pas une interruption de l'existence, ce n'est qu'un changement dans notre mode de vivre. La paix qui règne autour des tombeaux n'est pas un affreux silence que le néant a fait : c'est un sommeil temporaire que Dieu a commandé. La pierre du sépulcre n'écrase pas rien qu'une poussière sans gloire et sans nom, mais elle cache les ruines impérissables d'un édifice démoli, et qui, sous le souffle divin, se relèvera dans les proportions de son ancien plan. La vie est trop courte, sans aucun doute, et les douleurs et les joies n'y sont pas assez justement réparties pour que le trépas fasse finir du même coup les espérances de la vertu et les appréhensions du crime ; et, parce que le corps n'est étranger ni à nos crimes ni à nos vertus, il faut que l'avenir lui apporte, comme à l'âme, des châtiments ou des récompenses. Celui qui sut attacher la ^ie et la beauté à nos organes pourra bien recommencer son œuvre et éterniser en nous les magnificences de sa force et de sa sagesse; celui qui toucha notre chair par sa vivante énergie dans la création, et vint l'habiter par sa grâce dans les sacrements, n'en deviendra pas soudainement l'ennemi, pour l'abandonner à une destruction complète ; celui enfin qui, sur le Calvaire, vainquit la mort en effaçant la faute dont elle était le prix, n'exigera plus, de nos sens réhabilités, une dette désormais acquittée. L'homme peut braver la tombe; il y trouvera le secret de re\dvre et le germe de l'immortalité. Nous ressusciterons !

On choisissait les victimes par rang d'âge. La mère des Machabées vit prendre son troisième fils, qui fut, comme ses frères, éprouvé par les insultes et les tourments. Sur l'ordre des bourreaux, il présenta sa langue et étendit ses

mains, disant avec confiance : « J'ai reçu ces membres du ciel; mais je les méprise maintenant pour l'honneur de la loi divine, parce que j'espère que Dieu me les rendra un jour. )) Le roi et ceux qui l'entouraient furent saisis d'admiration à la vue de ce jeune homme qui opposait à l'atrocité des supphces une si calme indifférence. Sans doute les religions fausses peuvent avoir aussi leurs martyrs, car jusque dans ses égarements l'âme humaine conserve quelque rayon de lumière et des instincts généreux, et, de plus, le bien ne se produit ici-bas que sous les formes que le mal sait imiter. Ce qui distingue particulièrement les martyrs de la vraie religion, c'est, entre autres signes, la magnanimité patiente. Les sectaires se précipiteront peut-être d'eux-mêmes dans les flammes et dans des abîmes; ils mourront sur un champ de bataille, les armes à la main; mais il n'appartiendra guère qu'à ceux qui sont forts comme la vérité et modérés comme elle d'avouer leur doctrine sans détour, comme ils la pratiquent sans faste, et d'offrir à Dieu le sacrifice de leur vie sans témérité comme sans faiblesse. Si cette marque, qui, plus d'une fois, a frappé les bourreaux d'étonnement, ne les a pas toujours désarmés, c'est qu'en vertu de sa libre énergie l'homme peut échapper à la vérité en se réfugiant dans l'erreur, et même combattre par ses actes ce qu'il approuve dans sa pensée. Et ceci est loin d'absoudre les persécuteurs, car la possibiUté du mal n'en légitime pas l'existence ; d'ailleurs, tout le monde comprend qu'on doit autre chose que le mépris ou les tortures à des hommes qui se laissent égorger pour des convictions.

Mais Antiochus ne se piquait ni de philosophie ni d'humanité. Il soumit le quatrième des frères Machabées aux mêmes supplices où trois avaient déjà succombé ; il put admirer le même courage et la même réponse. « Il nous est bon, dit le jeune héros, de mourir sous la main des hommes, avec l'espoir que Dieu nous ressuscitera un jour; pour toi, ta résurrection ne mènera point à la vie. » Tous, en passant, jetaient au royal bourreau quelque magnanime parole. Le cinquième le regarda, et dit avec liberté : « Tu fais ce que tu veux, parce que tu as la puissance parmi les hommes, quoique mortel toi-même. Toutefois ne pense pas que Dieu ait délaissé notre nation ; attends avec quelque patience, et

tu verras la grandeur de son pouvoir et comment il te tourmentera, toi et ta race. » Soit que le voile de l'avenir se soulève quelquefois devant le regard des mourants, soit qu'un écho de la justice divine retentisse à l'oreille des victimes innocentes et leur promette vengeance, la menace du martyr s'accomplit ; car, ainsi qu'on le verra, Antiochus périt d'une manière misérable à quelque temps de là, et sa race s'éteignit en son fils Eupator, qui, après un règne de deux années seulement, fut mis à mort par ses propres troupes.

Le sixième frère arriva; joignant l'humilité au courage, il reconnut, dans les calamités présentes, la juste peine des fautes passés. « N'essaye pas de t'abuser, dit-il au roi; si nous soufTrons ces choses, c'est par suite des fautes que nous avons commises contre le Seigneur : voilà pourquoi d'épouvantables fléaux nous ont frappés. Ne crois pas, toutefois, que tu auras inpunément entrepris de faire la guerre à Dieu. » Cette parole est l'explication du monde et la morale de l'histoire. On peut regarder les malheurs des peuples comme leur pénitence pubhque ; mais ce n'est pas dire que ceux qui imposent aux peuples cette expiation douloureuse restent sans crime. Comme il n'y a pas d'éternité pour les nations, il faut que leurs iniquités collectives soient punies dans le temps ; c'est pourquoi le ciel, outre les calamités qu'il crée lui-même, laisse aussi arriver les persécutions et les guerres, libres effets de la perversité humaine. Toutefois malheur à ceux qui corrompent les consciences par les tourments et dont l'épée se lève contre la justice ! Fléaux de Dieu, ils sont investis d'un ministère formidable pour ramener le culte d'un principe et non pour le triomphe de leurs intérêts personnels. Indociles à la main qui les envoie, ils ne passent pas sans fruit pour l'humanité, qui se purifie sous leurs coups ; mais ils passent pour leur propre malheur, car Dieu les arrête et les brise, et, en attendant l'heure d'une correction solennelle et plus durable, il rempUt souvent leur agonie de souffrances physiques et de tortures morales, et jette dans l'effroi leur mémoire souillée de sang et leur pensée tremblante devant l'avenir.

Cependant l'admirable mère, digne de vivre éternellement dans le souvenir des bons, contemplait d'un œil ferme les combats de tous ses enfants, que d'atroces supplices lui

ravissaient en un môme jour. Ce n'est pas que ce spectacle, qui eût éveillé la compassion des étrangers, ne déchirât douloureusement le cœur d'une mère ; mais c'est le privilège des con^1ctions profondes, c'est surtout le pri\ilége de la foi chrétienne de s'élever et de s'élargir dans la lutte, et d'armer nos fragiles courages de toute la puissance des vérités pour lesquelles nous souffrons. L'intrépide mère songeait donc moins au sang de ses fils, inhumainement répandu, qu'aux immortelles couronnes qui leur étaient promises. Craignant qu'un seul n'échappât au triomphe, elle les exhortait, au milieu de leurs souffrances, par des paroles pleines de générosité, et, alliant un mâle courage à la tendresse d'une femme, elle leur disait : « Je ne sais comment vous avez été formés dans mon sein, car ce n'est pas moi qui vous ai donné l'âme, l'esprit et la \ie ; ce n'est pas moi qui ai rassemblé vos membres en un corps ; mais c'est le Créateur du monde, qui, ayant formé l'homme dans sa naissance et donné l'origine à toutes choses, vous rendra, dans sa miséricorde, l'esprit et la vie que vous sacrifiez à présent pour la défense de ses lois. ^) C'est ainsi que l'héroïque et religieuse mère reportait vers Dieu la pensée de ses enfants ; car les choses humaines ne sont ni assez fortes pour nous servir d'appui, ni assez nobles pour devenir notre récompense ; il n'y a que le nom de Dieu qui, en effrayant les coupables, puisse en même temps soutenir le courage et fonder l'espoir des hommes vertueux.

Tant de résistance humiliait Antiochus ; car rien n'avilit plus la force brutale que ces impuissants essais à dompter les esprits. Que peuvent ses menaces et ses tortures, lorsque l'âme, s'échappant d'un corps brisé par les supplices, plane victorieusement sur des ruines, qu'après tout elle n'a pas mission de prévenir ou de réparer, et emporte la seule chose dont elle est responsable, que Dieu lui-môme respecte en elle et que la violence convoite en vain : l'intégrité de ses convictions ! Aussi Antiochus recourut aux paroles et aux promesses flatteuses pour vaincre le seul des frères qui restât encore. Il espérait beaucoup en la jeunesse du martyr, n s'engagea donc par serment à lui donner des richesses et des honneurs, un rang distingué parmi ses courtisans et toutes choses désirables, à la condition qu'il trahirait son

Dieu et son pays. L'hypocrisie et la bassesse ne réussirent pas mieux que la cruauté : le cœur de l'enfant ne s'ébranla point à ces discoures.

Alors le roi, déconcerté, fit venir la mère, et lui conseilla d'incliner l'esprit du fils vers des pensées meilleures. Après de longues instances, elle consentit à parler ; elle se baissa vers le martyr, déjà étendu pour le supplice, et, se moquant de la barbarie du persécuteur, elle dit : « Mon fils, aie pitié de moi, qui t'ai porté neuf mois dans mon sein, qui t'ai nourri trois ans de mon lait et qui t'ai donné mes soins jusqu'à cette heure. Je t'en conjure, mon fils, regarde le ciel et la terre et tout ce qu'ils renferment, et comprends que Dieu les a feiits de rien, ainsi que la race des hommes. Sous le regard du Tout-Puissant, ne crains pas un \il bourreau ; mais rends-toi digne de la société de tes frères et reçois la mort, afin que je te retrouve avec eux au sein de la miséricorde divine que nous espérons. » N'est-ce pas là le langage que devaient tenir, quelques siècles après la mère des Machabées, des milliers de mères chrétiennes, ou plutôt l'Église, notre mère à tous, lorsque dix empereurs, l'un après l'autre, tinrent tourmenter le christianisme naissant et épuiser, sur la faiblesse de l'âge et du sexe, une rage impuissante ? Ah ! c'est qu'il y a dans les oracles divins une force et une splendeur de vérité qui subjuguent les esprits, et un doux et incroyable attrait qui exalte saintement les courages ; et, par un mystère où se révèle le doigt de Dieu, il se fait que nulle puissance créée ne saurait vaincre le zèle des \Tais croyants, pas plus qu'elle ne saurait réprimer la fécondité des doctrines qu'ils professent ; on peut nier le soleil, mais non pas l'éteindre ; on peut s'en cacher, mais non pas le détruire. La vérité dit à l'erreur : « Tu n'aboliras pas un seul de mes enseignements, ni tu n'y mêleras le poison de tes systèmes. » Elle dit à la persécution : « Frappe, le sang de chaque victime me donnera mille enfants. » Et, en effet, la vérité sort de toutes les attaques, le front deux fois marqué du sceau de l'assistance divine, emportant le trésor de ses dogmes incorruptibles, et merveilleusement puissante à se propager, toujours une, toujours féconde.

La mère parlait encore, lorsque le jeune homme s'écria : « Qu'attendez-vous ? Je n'obéis point à l'ordre du prince,

mais j'obéis au précepte de la loi que Moïse nous a donnée. Pour toi, qui es l'auteur de tous les maux dont souffrent les Juifs, tu n'échapperas pas à la main de Dieu ; car il est vrai que nous endurons ces choses pour nos péchés ; mais, si le Seigneur notre Dieu déploie contre nous quelque colère pour nous punir et nous changer, du moins il se réconciUera bientôt avec ses serviteurs; toi, au contraire, ô le plus cruel et le plus infâme de tous les hommes ! ne t'enfle pas d'une vaine espérance dans ta fureur contre nous ; car tu n'as pas encore évité le jugement de Dieu, qui voit tout et qui peut tout. Mes frères, après avoir enduré une courte douleur, sont entrés dans l'alliance de la vie éternelle, et toi, le jugement de Dieu te fera payer la juste peine de ton orgueil. Moi, comme mes frères, je sacrifie ma vie et mes membres pour la défense de nos lois, en conjurant Dieu de se rendre bientôt favorable à notre nation, et de t'amener, par des tourments et des plaies, à reconnaître qu'il est le seul Dieu. La colère du Tout-Puissant, qui a frappé justement tout notre peuple, expirera sur mes frères et sur moi. » Cette liberté de langage jeta le roi dans une fureur étrange; il s'abandonna sans frein à toutes sortes de suggestions cruelles, comme les hommes violents qui ne veulent ni comprendre ni souffrir que vous ayez raison contre eux dès qu'ils ont la force contre vous. Le plus jeune des frères fut soumis à des traitements plus barbares ; mais il rendit, comme les autres, un témoignage incorruptible, et expira dans la pureté de son innocence et avec confiance en Dieu. Cependant il restait encore l'heureuse femme qui, alliant aux gloires de la maternité le privilège d'une foi féconde, venait d'enfanter à une vie meilleure les sept fils dont Dieu avait couronné son mariage. La foi et la piété, par où son cœur s'était fermé à une fausse compassion quand il s'agissait des éternelles destinées de ses enfants, la soutinrent elle-même lorsqu'elle dut affronter aussi les supplices. Son trépas n'est pas décrit, il est seulement indiqué dans les saintes Lettres. Josèphe rapporte que l'héroïne fut dépouillée, frappée, déchirée, et qu'on la jeta enfin dans un vase d'airain brûlant où elle expira. Exemple étonnant du courage qui peut régner dans un cœur de femme, ou plutôt exemple de la force divine qui peut transfigurer ainsi l'hu-

maine faiblesse, elle subit autant de fois le martyre qu'elle offrit d'enfants à la torture. Elle s'affaissa, pour ainsi dire, plutôt qu'elle ne tomba dans la mort, comme un édifice s'écroule sous le dernier effort d'une tempête après avoir perdu l'ornement et l'appui de ses colonnes.

Ainsi s'acheva cette sanglante tragédie, sans changer les dispositions générales du peuple juif, et, par suite, sans amener le triomphe de la pensée chère, à Antiochus. C'était d'abord un crime de méditer la suppression d'une nationalité ; ensuite c'était un crime et une faute de faire aux croyances une guerre ouverte pour vaincre le patriotisme. On dénouerait peut-être par la dextérité, mais on ne tranchera jamais avec le glaive les difficultés politiques qui ont leur principe dans les idées religieuses. Par elle-même, la force ne saurait créer ni déterminer aucun droit ; de là vient que les droits naturels des consciences, encore plus que tous les autres, sortent de sa sphère et échappent à son action directe. Ainsi en va-t-il de la religion, qui est le premier droit de la conscience, parce qu'elle en est le premier devoir ; on persuade la religion, on ne l'impose pas. Le sentiment de cette vérité est si réel et si profond dans le cœur des hommes, que les persécutions violentes ne font guère, ordinairement, qu'assurer la persistance aux religions proscrites; car l'esprit s'affermit par la souffrance dans les doctrines qu'on essaye de lui arracher. On donnerait quelque crédit à des sectes déshonorées, si l'on prétendait en faire justice par la force seule; à plus forte raison, la religion véritable, déjà invincible au titre môme de son origine, trouvera-t-elle dans le sang de ses défenseurs une consécration auguste et un nouvel élément de victoire.

Soit qu' Antiochus comprit enfin les choses de la sorte, soit plutôt qu'il se sentît pressé par des ennemis moins résignés, la persécution s'arrêta. En ce temps même, Judas Machabée venait de succéder à son père dans le commandement des troupes juives ; il fut bientôt maître de forces redoutables, et, le courage «secondant la justice, il réprima l'audace des Syriens. Les généraux d'Antiochus se virent obligés de réclamer des secours pour tenir la campagne devant le capitaine Israélite. Malgré ces nrécautions, ils furent honteusement défaits en quatre rencontres consécutives. Antiochus

2o0 LES FEMMES DE LA BIBLE.

reçut cette triste nouvelle dans la haute Asie, où il était allé piller quelques temples renommés par leurs richesses; il revint à la hâte, menaçant avec fureur de faire de la Judée entière un vaste tombeau. A peine avait-il proféré ces paroles qu'il fut attaqué d'une effroyable douleur d'entrailles. Il donna ordre de précipiter le retour; mais, ses chevaux courant avec impétuosité, il tomba de son char et se meurtrit tous les membres. Ses plaies étaient hideuses, et ses chairs s'en allaient par lambeaux. La douleur l'avertit de ce qu'il était; son fol orgueil fut vaincu et comme aplati. Reconnaissant la main qui lui envoyait ces angoisses, il promit de maintenir la Judée dans sa liberté et d'orner le temple de Jérusalem de vases précieux et d'immenses richesses ; il s'engagea même à se faire juif et à rendre solennellement témoignage au Seigneur. On a toute raison de croire que ces aveux et ces concessions n'étaient qu'hypocrisie; en tout cas, la santé, qu'Antiochus demandait avant tout, ne lui fut pas rendue. Désespéré, il écrivit aux Juifs une lettre de supplications, réclamant, pour son fils et son successeur, leur loyale fidélité. C'est ainsi qu'il mourut, humilié par les victoires de ses ennemis et contraint de confesser la puissance de Dieu. Ainsi le ciel et les hommes s'unirent pour venger la justice qu'il avait cruellement méprisée, et pour rappeler, par cet exemple, tous les pouvoirs de la terre au respect de cette maxime : que s'il y a parfois des raisons d'État contre l'usage de certaines libertés, il n'y a jamais ni droit ni force réelle contre la liberté des consciences.

Du reste, la postérité a solennellement accepté sur Antiochus et les Machabées le jugement de Dieu et de leurs contemporains. Antiochus a laissé son nom dans l'histoire, où il est cité sans honneur et sans amour. Les Machabées ont reçu et ils reçoivent tous les jours la plus belle récompense que les hommes puissent décerner, les éloges du génie et la vénération afTectueuse de la vertu : toutes les bouches éloquentes d'où nous viennent les enseignements du vrai et les leçons du bien, les Chrysostome, les Ambroise et les Augustin, ont donné d'inestimables louanges au courage et à la foi des Machabées ; l'Église chrétienne a bâti des temples à la gloire de ces illustres martyrs de la synagogue, et elle leur assignç une place dans son office public. Leurs précieux

restes, déposés d'abord à Antioche, allèrent enrichir Constantin ople au temps de l'impératrice Hélène ; un peu plus tard, Eudoxie. femme de Valentinien III, les fit transférer à Rome, dans l'église qu'elle y érigeait sous le vocable de sa patronne, et qui porte aujourd'hui le titre de Saint-Pierre-ès- Liens. Il existe encore à Vienne, en Dauphiné, quelques vestiges d'une basilique qui fut consacrée à la mémoire des Machabées, dès lépoque de l'introduction du christianisme dans les Gaules.

Ainsi qu'il a été dit, les Machabées furent martmsés à Antioche, et l'on y voyait encore leur tombeau du temps de saint Jérôme. Quelques auteurs se sont étonnés quon plaçât aussi le tombeau des Machabées à Modin, sur la route de Joppé à Jérusalem; il s'y trouve, effectivement, quelques débris d'une vieille forteresse et d'un aqueduc jetés sur la pointe d'une montagne élevée, où croissent des ceps de AÏgne et des térébinthes mêlés à ces ruines. C'est bien le tombeau des Machabées, non point de ceux dont nous avons raconté le trépas, mais de ceux qui moururent en combattant contre les rois de Syrie. Modin était la patrie, et il fat le sépulcre de Judas et de toute sa famille ; on pourrait même dire qu'il fut le sépulcre de la nationalité juive. Car, depuis les Machabées, la terre de Judée ne porta plus de grands hommes ; il est vrai qu'un siècle et demi après elle devait tressaillir sous les pas d'un Dieu.

Le martyre des Machabées, si propre à soutenir le courage des premiers chrétiens dans la persécution, est représenté sur un verre peint des Catacombes. Cette page de l'histoire sainte a inspiré à Raphaël quelques dessins où le caractère des têtes s'unit à la suavité des lignes, et qui furent merveilleusement reproduits, comme on sait, par le burin de Marc-Antoine. Le sujet de la mère des Machabées exhortant ses enfants au martsTe a été traité par Antoine Dieu, peintre français du dix-septième siècle ; son œu\Te est fort belle. On doit rappeler aussi les artistes des quinzième et seizième siècles, dont les compositions lurent gravées pour les premières éditions de la Bible, dite de Royaumont.

L'historien Josèphe rapporte le martyre des Machabées et de leur mère dans un livre qu'il a écrit touchant l'empire de la raison. Après avoir expliqué dans un préambule empreint

de platonisme comment la raison peut dominer les passions de l'âme et les instincts du corps, il cite, entre autres exemples, la courageuse résistance des Machabées aux ordres tyranniques d'Antiochus. Aux circonstances et aux détails de leur supplice racontés dans la Bible, il ajoute des circonstances et des détails puisés soit dans les traditions du pays, soit plutôt dans sa propre imagination ; car son traité est d'un rhéteur, ce n'est pas un écrit d'annaliste. Érasme a commenté le discours de Josèphe, et la pensée de l'écrivain Juif est loin de gagner en concision dans la phrase travaillée, étendue, harmonieuse, régulière et froide du littérateur balaye.

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