MARIE, SŒUR DE MOÏSE
Tympana tenta tonant palmis et cymbala circuna Concava...
(LuCRBT., lib. II.)
Vers le milieu du seizième siècle qui précéda l'ère chrétienne, environ quatre cents ans après l'arrivée de Jacob en Egypte, Jocabed, femme d'un Hébreu nommé Amram, de la tribu de Lévi, donna le jour à une fille qu'on appela Marie. Ramessès IV portait alors le sceptre des Pharaons et l'appesantissait sur la tête des héritiers d'Israël. Son successeur adopta une politique plus rigoureuse encore : abusant de la force, il tint les Hébreux pour ses esclaves et fit précipiter dans le Nil tous les enfants mâles qui leur naissaient, afin d'empêcher l'accroissement de cette colonie devenue inquiétante. Aussi le pays de Gessen, où elle avait fixé son séjour, était-il couvert d'un sombre deuil, à cause de ces mesures si barbares.
La petite Marie eut deux frères : Aaron et Moïse. Ce dernier naquit à l'époque même où les ordres les plus impitoyables atteignaient sa race. On réussit à cacher quelque temps sa naissance ; mais enfin, dans la crainte de voir s'étendre sur lui le bras des bourreaux, sa mère prit la résolution de le confier aux flots du Nil : ella l'exposa dans une corbeille de joncs enduite de bitume. Marie, bien jeune encore, fut chargée de surveiller le précieux dépôt ; tant d'innocence et de faiblesse dans la victime et dans ce qu'on lui donnait pour défense, pouvait, mieux que toute autre chose, désarmer la cruauté officielle. Au reste, c'est la fille du roi qui, la première, aperçut la corbeille sur les rives du fleuve où, suivie de ses femmes, elle venait se baigner. Touchée de compassion à la vue du malheureux enfant, elle le sauva cio la mort, et,
sur les avances de Marie, voulut bien le remettre à Jocabed, sans savoir que Jocabed en fût la mère. C'est ainsi que Marie se trouva placée comme un ange gardien, sur le berceau si frêle où reposait, avec la vie de Moïse, la destinée de tout un peuple. Singulière fortune des grands hommes, que Dieu rattache seulement par un léger fil à ses éclatants desseins, comme pour mettre à nu la vanité de l'orgueil et prévenir les découragements de la liberté, en montrant à tous les regards d'où vient la véritable force et quel appui reste encore à ceux que tout a trahis et délaissés !
Moïse fut élevé à la cour et d'abord comblé d'honneurs et d'estime; puis il devint odieux et se vit obligé de fuir l'Egypte. Quand il y rentra, ce fut avec le projet d'affranchir ses frères. Après de longs efforts pour leur inspirer confiance après des coups terribles où Dieu le soutint, de son bras pour intimider et vaincre l'opiniâtreté des tyrans, il lui fut enfin permis de sortir du royaume, à la tête du peuple hébreu, qui ne comptait pas moins de six cent mille hommes portant les armes. 11 devait gagner la contrée qui reçut, un peu plus tard, le nom de Palestine; mais, au lieu de s'y rendre immédiatement, il prit une route détournée, et même avant de quitter le continent africain, il s'engagea dans d'étroits défilés entre la mer rouge et les montagnes qui la dominent du côté de l'occident.
La mer rouge est un golfe de l'océan Indien qui s'allonge du midi au nord, sur un espace de plus de quatre cents lieues, et qui sépare l'Asie de l'Afrique. Son nom lui vient des carrières de marbre rouge ouvertes sur une de ses rives. Dans son lit croissent de hautes herbes, des plantes et des arbustes, ce qui l'a fait appeler aussi mer de Suph ou mer de Joncs. A son extrémité, elle se divise en deux golfes, au milieu desquels s'avancent en cap des plaines de sable et des montagnes appartenant à l'Arabie Pétrée. Depuis trente siècles, ces lieux sans doute ont éprouvé quelques changements; mais il y subsiste des choses que nulle révolution ne saurait atteindre, et qui permettent de juger du passé par le présent. Le golfe occidental que Moïse avait devant lui présente, de nos jours, une largeur d'environ cinq mille pas. Les marées y sont ordinairement de deux mètres, et s'élèvent à trois ou quatre lorsque le vent du sud les chasse avec vio-