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LA FILLE D'HÉRODIADE

Nitidius oleo guttur cjus ; noTissima autem illr.ia amara quasi absinlhiutn el acula quasi gladius biceps. Pedes cjus desceninul in moilem el ad inleros gressus illius pénétrant.

{Proverbes, v, 3 seqq,)

Le précurseur du Christ, à l'âge de trente et un ans, brillait aux yeux de toute la Judée comme une lampe qui répand la chaleur et l'éclat ; caril faisait connaître et aimer la vérité. Mais il s'éteignit tout à coup comme par un vent d'orage : les puissants voulaient obtenir de lui, pour leurs crimes, la complicité de son silence ; il refusa d'acheter la liberté de sa vie extérieure par l'esclavage de sa parole, et les puissants lui firent tomber la tête pour le punir d'oser dire tout haut les choses que le remords pouvait leur dire tout bas.

On sait tout ce qu'il y eut d'intrigues, d'ambitions et de cruautés dans la famille d'Hérode le Grand. Après avoir tué un de ses fils, il déshérita l'autre, nommé Philippe, pour se venger de Marianne, mère du jeune prince, qui avait trempé dans une conjuration. Philippe épousa sa nièce Hérodiade, et en eut une fille appelée Salomé ; mais, quoiqu'il fût trèsriche, sa vie obscure et privée n'allait point à Hérodiade, femme de brillantes qualités, et, par-dessus tout, d'une grande ambition. Un jour, elle vit son oncle, Hérode Antipas, tétrarque de la Galilée, se rendant à Rome pour offrir à l'empereur Tibère le patronage de la ville qu'il avait bâtie près du lac de Génésareth, et qui prit en effet le nom de Tibériade. Ils convinrent qu'au retour l'oncle répudierait sa femme, issue d'un roi d'Arabie, et que la nièce irait le rejoindre, en abandonnant son mari. Ils se tinrent mutuellement parole.

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C'est ce libertinage insolent qui causa du scandale à toute la nation des Juifs, parce qu'il était un outrage aux mœurs publiques et la violation manifeste des lois les plus respectées. 11 appartenait à saint Jean de prendre en main la défense de la justice et de réclamer, avec toute la liberté du ministère prophétique, en faveur du droit écrasé par la force. Car alors et depuis ce fut l'honneur exclusif des hommes de foi d'avoir opposé leur con^iction, soutenue de la majesté des principes, à l'impétuosité de la passion soutenue par la puissance, et, chose digne de remarque, nul n'a combattu pour la gloire et la dignité de la famille autant que ceux qui n'en connaissent pas toutes les joies : leur affection, refusée à un objet individuel, s'est reportée et étendue sur l'humanité entière, et, faisant pour elle ce que tout homme de cœur doit au sang et au nom de ses proches, ils ont jeté, et non pas en vain, l'Europe peut le savoir, le poids de leur parole dans la balance où se pesaient les destinées de la civilisation.

Hérode Antipas se trouvait avec toute sa cour sur la rive orientale du Jourdain, pour la dédicace de la ville de Liviade à peu de distance du château de Machéronte. Il se fit en cette rencontre de grandes réjouissances, qui ne furent troublées que par le zèle de saint Jean ; il adressa de vifs reproches à Hérode sur toute sa conduite, pleine d'injustice et de violence, et lui dit avec fermeté : u II ne vous est pas permis d'avoir la femme de votre frère. » C'était Élie, en quelque sorte ressuscité, et luttant contre Achab et Jézabel. Hérodiade fut outrée de dépit ; elle craignait que les discours de cet homme juste ne fissent impression sur l'esprit du prince, et que sa fortune n'en ressentît une mortelle atteinte. 11 fallait donc dissimuler et recourir à quelque artifice pour cacher la vengeance sous un spécieux prétexte.

La jalousie que les Pharisiens et les docteurs de la loi nourrissaient contre saint Jean était connue de la Judée et de la Gahlée : non-seulement ils n'avaient pas reçu le baptême du Précurseur, mais, pleins de haine contre sa personne, ils le disaient possédé du démon. Hérode se servit du ministère de ces envieux pour se rendre maître de son rigide censeur ; soit qu'ils le lui eussent livré d'eux-mêmes, soit qu'il eût donné l'ordre de l'arrêter, il le fit charger de fers et jeter dans le château de Machéronte. Ce fait est con-

firme par l'historien Josèphe, bien qu'il donne un autre motif à l'arrestation du prophète, et qu'il n'y veuille voir qu'une raison d'État. «Jean, dit-il, était un homme de piété, qui exhortait fortement les Juifs à embrasser la vertu, à s'acquitter par la justice de ce qu'ils se devaient les uns aux autres, et par la piété de ce qu'ils devaient à Dieu, à purifier leur âme par la pratique de toutes obUgations, et à y joindre ensuite la purification du corps par le baptême. Une grande foule de peuple le suivait, parce qu'on était ravi d'entendre ses discours, et les Juifs paraissaient prêts à entreprendre tout ce qu'il aurait ordonné : de sorte qu'Hérode, craignant que le pouvoir qu'il avait sur eux n'excitât quelque sédition, crut devoir prévenir ce mal pour s'épargner le repentir d'avoir attendu trop tard à porter remède. » Ainsi parle Josèphe. Il ne serait pas impossible, au reste, que les Pharisiens et les docteurs de la loi, conseillés par leur jalousie, n'eussent inspiré à Hérolde de semblables frayeurs, et qu'Hérode lui-même ne fût très-disposé à craindre et à s'irriter en présence de tout ce qui pouvait balancer sa puissance.

Hérodiade, qui redoutait surtout la parole de saint Jean, n'était pas rassurée en le voyant captif ; elle voulait le faire mourir, et entraînait quelquefois Hérode dans ses sentiments. Néanmoins la crainte le faisait refuser ; et, d'ailleurs convaincu que c'était un homme juste et saint, il n'avait pu lui retirer tout son respect ni toute sa confiance ; car il y a dans la vertu, surtout lorsqu'elle souffre persécution, une majesté douce qui émeut même le bourreau.

Les disciples du prisonnier le visitaient souvent. Mais, comme il ne voulait pas qu'on s'attachât à sa personne en oubUant celui dont il n'était que le précurseur, il reportait sur Jésus l'attention de ses amis. Il apprit dans les fers la plupart des prodiges que le Fils de Dieu semait sur ses pas ; il ne s'en étonna point, car il savait que c'était le Christ. Mais, voyant que ses disciples en doutaient, il en choisit deux et les envoya vers le Seigneur, qui était alors dans la Galilée. Ils dirent donc à Jésus, en l'abordant: «Jean-Baptiste nous envoie vers vous pour vous demander : Êtes-vous celui qui doit venir, ou (aut-il en attendre un autre? » Or, à ce moment même, Jésus dcUvra plusieurs personnes de leurs

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maladies, de leurs plaies ; il guérit les démoniaques et rendit la vue à plusieurs aveugles. Puis il dit aux envovés : u Allez et reportez à Jean ce que vous avez vu et entendu : les aveugles voient, les boiteux marchent droit, les lépreux sçnt purifiés, les sourds entendent, les morts ressuscitent ; l'Évangile est annoncé aux pauvres. » Le Seigneur ajoutait ce dernier trait comme une preuve aussi miraculeuse de sa mission que la guérison des maladies et la résurrection des morts : c'est qu'en effet nulle doctrine humaine, nulle école philosophique, n'avait fait au peuple l'aumône de la vérité. Les savants et les sages du vieux monde n'avaient pas le secret de la destinée humaine ; mais enfin ils possédaient une doctrine qu'ils tenaient pour véritable ; ils la vendaient à prix d'or ou la distribuaient avec tout le faste de la parole dans des assemblées où le peuple n'avait ni le temps, ni l'argent, ni l'esprit nécessaires pour les entendre, et, bien plus, ils la tenaient captive dans leur conscience ou dans leur école, en sorte que ceux mêmes qui allaient l'acheter ne pouvaient l'obtenir. On a souvent reproché à ceux qui ont gouverné le monde avant l'ère chrétienne d'avoir parqué les hommes dans des classifications injurieuses, établi l'esclavage, fondé les gouvernements sur la prépondérance de la force ; je ne crois pas qu'on leur ait assez reproché d'avoir nié, par le fait, le droit de tous les hommes à connaître la vérité. Il fallait qu'un Dieu vînt apprendre au monde que la vérité est, comme l'air et comme le soleil, le patrimoine de tous ; qu'il vînt élever sur la place publique une chaire où le dévouement pût monter et autour de laquelle les faibles, les pauvres, les petits, les esclaves eux-mêmes, pussent se réunir, contempler la vérité dans son éclat et respirer l'air généreux de la liberté.

Les députés de Jean ne reçurent pas d'autre réponse ; mais les prodiges qu'ils avaient vus prouvaient mieux que tout raisonnement la mission divine de Jésus, et, par suite, la vérité de sa doctrine. Quand ils se furent retirés, le Seigneur dit à la foule, en parlant du captif dont la voix avait retenti dans la solitude et appelé les hommes à la justice : « Qu'êtes-vous allés voir dans le désert ? un roseau agité du vent? Qu'êtes-vous donc allés voir? un homme mollement vêtu? Mais ceux qui portent des habits précieux et qui vi-

vent dans les délices se tiennent dans les palais des rois. Qu'êtes-vous donc allés voir? un prophète? Oui, et plus qu'un prophète. C'est de lui qu'il est écrit : u Voilà que j'en- « voie mon ange devant vous, qui vous préparera la voie. » Car je vous déclare que, entre tous ceux qui sont nés de femmes, il n'y en a point eu de plus grand que Jean-Baptiste. » C'est ce grand homme loué par un Dieu qu'un ignoble caprice de femme avilie retenait dans les chaînes ; c'est cette lumière splendide qui allait s'éteindre sous la lâche colère d une courtisane.

11 y avait plus d'un an qu'Hérodiade avait épousé le tétrarque de Galilée, et sept mois environ qu'elle avait jeté saint Jean dans un cachot, Hérode était venu au château de Machéronte, suivi d'une cour nombreuse et folâtre. Hérodiade trouva, dans cette conjoncture, l'occasion qu'elle cherchait depuis longtemps d'immoler le prophète à sa rancune. Le jour de la naissance d'Hérode arriva ; il offrit un grand festin aux officiers de son armée et de son palais, et aux principaux personnages de la GaUlée. Salomé, fille d'Hérodiade et de Philippe, son premier mari, entra dans la salle du festin, et, au mépris de la réserve que son jeune âge et sa condition lui imposaient, dansa devant tous les convives. On croit qu'Hérodiade, dans la prévision de ce qui arriva en effet, avait elle-même conseillé à sa fille une si étrange conduite.

Cette danse, honteuse dans les mœurs de tous les peuples, fut trouvée belle au milieu d'un festin, il est vrai. Des flatteries et des louanges récompensèrent la digne fille d'Hérodiade du sacrifice qu'elle faisait généreusement de son honneur. Hérode en fut si charmé qu'il dit à la danseuse : « Demandez-moi tout ce que vous voudrez, je vous le donnerai. Oui, tout ce que vous me demanderez, je vous le donnerai, fût-ce la moitié de mon royaume. Elle sortit, courut vers sa mère : « Que demanderai-je ? dit-elle. — La tête de Jean-Baptiste, » répondit Hérodiade. » Elle revint en hâte et dit au prince : « Je désire que vous me donniez dans un bassin la tête de Jean-Baptiste. » Hérode fut sincèrement contristé de cette demande, qu'il n'attendait pas sans dou'e d'une jeune fille : car la haute vertu de saint Jean lui imposait. Mais il se fit un affreux point d'honneur de dégager la

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parole qu'il avait donnée devant toute sa cour, et il ne rougit pas de commettre un des plus grands crimes aux yeux de toute la terre. Singulière religion dos gens qui n'en ont point ! comme si la parole d'un insensé valait mieux que la vie d'un homme et que la loi de Dieu !

Hérode envoya donc un officier à la prison, dans un jourde joie, au milieu d'un festin et à la prière d'une jeune fille. Qu n'eût pensé que c'était pour faire grâce et que la beauté, la jeunesse et le plaisir ne sauraient que sourire et pardonner en cas d'ofîense ? Il est vrai que la liberté accordée en de telles circonstances n'eût ni honoré ni réjouil'homme courageux à qui on l'aurait offerte. Le garde envoyé par Hérode décapita saint Jean dans la prison ; il apporta la tète dans un bassin, et elle fut remise à Salomé dans le lieu même où le festin durait encore : hideux mélange de plaisirs ignobles et de barbarie lâche, dont s'étonneront sans doute ceux qui ignorent que la volupté et la cruauté se tiennent par la main, et que tout homme qui n'a plus rien à respecter en soi n'a rien non plus à ménager dans ses semblables. Et il ne faut pas croire que le monde païen lui-même fût tombé assez bas pour ne pas sentir, dans ses jours de bon sens, l'ignominie d'une telle conduite. L'histoire rapporte, en effet, qu'un général romain, ayant fait trancher la tète, non pas même à un innocent, mais à un criminel, au milieu des joies d'un festin, pour la satisfaction d'une femme qui n'avait pas encore vu d'exécution capitale, fut honteusement chassé du sénat pour ce raffinement de mollesse cruelle qui relève par la saveur du sang humain des plaisirs devenus fades dans leur abondance.

Salomé porta la tête sanglante à Hérodiade ; le présent était digne de la mère et de la fille. Hérodiade, dans son impuissante colère de femme, prit une des aiguilles qui soutenaient ses cheveux, et en perça la langue qui avait osé blâmer ses crimes et inquiéter sa fortune.

Telle fut la mort du plus saint des hommes. Elle est tragique et lamentable à nos yeux ; car le glaive s'y montre et le sang coule; le meurtre est demandé, résolu, accompli sans raison, sans forme de procès, sans retard; on y voit ce qu'il y a de plus auguste dans le monde, une noble vie jetée en pâture à un prince échauffé par le vin et à la fantaisie ré-

liante d'une danseuse. Mais cette mort aussi est à jamais illustre devant Dieu, parce qu'elle fut endurée pour la justice et la chasteté, et qu'il n'y arien de plus glorieux que de souffrir et de succomber pour ce qui est éternel. Car, en succombant ainsi, l'homme ne meurt pas, il se transfigure : la vie présente a son lendemain, et les douleurs de la terre trouveront leur contre-poids dans le ciel. La souffrance n'est placée à la base de la destinée des hom.mes vertueux que pour appeler la gloire au sommet; leur sang généreusement répandu brillera, comme s'il était changé en perles, dans le diadème de leur immortalité. Ensuite, pour l'éclatant honneur de la race humaine, lorsque l'un meurt à la défense d'une idée vraie, à lïnstant mille se lèvent pour le remplacer; que ceux qui souffrent prennent patience, car ils vaincront ; quant à ceux qui font souffrir, ils se hâtent de triompher dans le temps, comme s'ils pouvaient échapper à l'éternité et à la justice qui y régnera. On peut donc dire qu'en expirant sous le glaive de la persécution, le glorieux précurseur du Christ fut aussi le précurseur des martyrs chrétiens : il commença cette lignée d'hommes qui, se frayant vers le ciel un sentier héroïque, y sont parvenus sur les flots de leur propre sang, et ont laissé sur terre des traces ineffaçables que leurs fils contemplent et baisent avec respect pour les suivre, s'il en était besoin.

Les disciples de Jean vinrent apporter à Jésus la nouvelle douloureuse du trépas de leur maître. Jésus se trouvait alors dans la GaUlée, non loin du lac de Génésareth ou de Tibériade ; il monta dans une barque, traversa les flots, et se retira dans une solitude qui empruntait son nom au petit bourg de Bethsaïde. Son heure n'était pas encore venue, et il voulait se soustraire à la cruauté d'Hérode et aux embûches des Pharisiens, qui avaient conjuré sa perte.

Les persécuteurs ne demeurèrent pas impunis : du moins leurs revers et leur infortune semblèrent, aux yeux de la nation, porter les signes d'un châtiment providentiel. Au reste, avant sa punition, Hérode commit un autre crime d'une nature plus grave que tous ceux qui marquaient sa vie; c'est lui qui, longtemps désireux de voir Jésus-Christ, dont les miracles tenaient toute la Judée attentive, le traita d'une façon méprisante lorsque Pilate le lui fit présenter au temps

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de la Passion. Arétas, ce roi d'Arabie qui était père de la princesse sacrifiée à Hérodiade, entreprit de venger l'outrage lait à sa fille : il déclara la guerre à Hérode, tomba sur lui avec des forces considérables, et remporta une telle \ictoire, que les Juifs y virent le doigt de Dieu frappant l'assassin du grand prophète.

Quelques années après, Hérodiade, voyant son frère Hérode Agrippa officiellement revêtu de la dignité royale, tandis que son mari continuait à posséder son gouvernement au titre modeste de tétrarque, s'indigna de cette différence, et se la représenta comme une honte qu'il ne fallait pas dévorer. Elle contraignit Antipas à faire avec elle le voyage de Rome pour obtenir de l'empereur Caïus Caligula que la létrarchie de GaUlée fût nommée royauté. Mais, en arrivant, Antipas se vit accusé d'avoir autrefois appuyé la conjuration de Séjan contre Tibère, et de protéger encore les soulèvements des Parthes contre l'empire ; soit qu'il fût réellement coupable, ou que la justice se rendît à Rome comme à Machéronte, sa tétrarchie lui fut enlevée, et puis remise sous la main d'Agrippa ; sa fortune devint la récompense de son délateur, et on l'envoya lui-même à Lyon en exil perpétuel. Hérodiade montra dans cette circonstance une fierté digne d éloge : Caïus promettait de lui faire grâce, à la considération de son frère Agrippa : « Vous parlez en empereur et comme il sied à Votre Majesté, répondit-elle; mais mon affection d'épouse m'empêche d'user de cette indulgence ; car je ne juge pas convenable d'abandonner dans la fortune adverse celui dont j'ai été la compagne au sein de la prospérité. » Or l'empereur ne pouvait que punir bassement un langage où il y avait quelque noblesse. Il condamna Hérodiade à l'exil et donna tous ses biens à son frère Agrippa. Les deux proscrits s'embarquèrent pour les Gaules, et, soit qu'ils n'aient pu s'y rendre immédiatement, soit qu'ils les aient ensuite quittées, ils achevèrent en Espagne une \ie devenue triste et misérable.

Salomé, le principal instrument de la mort du prophète, et qui était âgée d'environ quinze ans lorsqu'elle fit immoler celui qui défendait, après tout, et son honneur d'enfant et la dignité de sa mère et les intérêts de son père, Salomé fut mariée successivement à deux princes de sa famille, le pre-

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mier l'ayant laissée veuve au bout de trois ans. Des historiens grecs du moyen âge ont prétendu qu'elle termina ses jours d'une manière prématurée et tragique; mais cette assertion est trop dénuée de preuves pour qu'on en tienne compte.

L'historien Josèphe affirme en termes formels que saint Jean fut décapité dans sa prison môme, à Machéronte, et non pas à Jérusalem ni à Sébaste. Machéronte était un château fort situé au delà du Jourdain, et qui protégeait les frontières de la Judée contre les incursions des Arabes habitant le voisinage de la mer Morte ; Hérode y avait renfermé une partie de ses trésors, et il en faisait au besoin une prison d'État. Ainsi, bien que les restes du martyr aient été placés et vénérés plus tard à Sébaste, capitale de la Samarie, ce n'est point là qu'il endura la mort; il est même probable qu'il n'y fut pas immédiatement transporté, à cause de l'opposition violente qui existait alors entre les Samaritains et les Juifs. Quoi qu'il en soit, on voyait son tombeau dans cette ville dès le troisième siècle, puisque l'impératrice Hélène le restaura et fit bâtir une magnifique église sur l'emplacement où il se trouvait. Les reliques du saint y étaient consenées, puisque, sous le règne et l'on pourrait dire par les ordres de Julien, les idolâtres de la contrée brisèrent le sépulcre, en tirèrent les ossements et les eussent détruits par la flamme si des moines de Jérusalem, venus en pèlerinage, ne s'étaient mêlés à la troupe sacrilège pour sauver de la ruine ce qu'ils pourraient saisir. Ils remportèrent dans leur couvent le précieux trésor, qui passa ensuite dans la ville d'Alexandrie, en Egypte, d'où il fut réparti entre quelques églises du monde catholique.

Le tombeau continua d'être honoré à Sébaste, et des rehques du saint y furent replacées. Vingt ans après les exploits de Julien, l'illustre dame romaine sainte Paule venait religieusement y déposer sa prière aux pieds de celui qui juge les princes et venge la cendre de ses serviteurs. Le sentiment qui appelait les chrétiens autour de la tombe du Précurseur ne s'affaiblit ni par le laps du temps, ni par la crainte des Sarrazins, maîtres du pays. « Nous avons, dit saint Louis, dans une charte par laquelle il accorde, sur ses revenus particuliers, une rente de vingt livres aux religieux faisant lo

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