‹ Les femmes de la BibleChapitre 24 sur 25 · LA FILLE D'HÉRODIADE · texte numérisé non relu

LA FILLE D'HÉRODIADE

service de l'église de Sébaste, nous avons adoré le Sauveur sur la terre qu'il foula de ses pieds, où nous avons fait notre pèlerinage avec un sentiment d'amour et de crainte; nous avons vu l'église de Sébaste, où reposent le bienheureux Jean-Baptiste, précurseur du Seigneur, et dautres corps vénérables. La sainteté de ce lieu a plu et vivement parlé à notre cœur. La piété et la bonne tenue des frères nous ont puissamment excité à les chérir, eux et leur église. » La dévotion publique répondit à celle du roi de France, en versant d'abondantes aumônes sur l'église de Saint-Jean de Sébaste, pour l'orner d'une manière digne de son glorieux patron.

La critique s'est longtemps et savamment exercée à retrouver les traces et à décrire les fortunes diverses du chef de saint Jean. On croit qu'il fut enterré à Jérusalem, puis transféré à Émèse, enfin à Gonstantinople, d'où il aurait été rapporté en Occident par les croisés.

Autant qu'on en peut juger par le contexte de l'Évangile, la mort de saint Jean arriva vers la fin de l'an 31 de l'ère commune, ou bien au commencement de l'année suivante. Néanmoins l'Église grecque et latine en célèbre la mémoire le 29 août, sous le titre de Décollation de saint Jean, soit que ce fût effectivement le jour de sa mort, soit qu'il y ait eu, à pareil jour, dès les premiers siècles, une translation de ses reliques ou la dédicace de quelque église sous son vocable.

8'. Mlles donum Dei I

(JOHAW., IT, 10.)

11 y a dans l'homme trois vies par lesquelles il répond à tout ce qui existe : la vie du corps, qui le met en rapport avec le monde matériel; la ^ie de la raison, qui le rend concitoyen des créatures intelligentes, et la vie de la foi, par laquelle il s'unit à Dieu, source de lumière, charité infinie, beauté incorruptible.

Ces trois vies sont pleines d'une activité énergique; elles remplissent l'histoire du fracas de leurs mouvements; elles se rattachent au bien-être, à la science et à la religion, qui ne peuvent périr qu'avec l'humanité ; elles produisent, à force de dévouement, de sueurs et de larmes, deux œuvres éminentes, l'une temporelle et relative au genre humain tout entier, l'autre éternelle et relative à chacun de nous, la civilisation générale et notre destinée personnelle.

Ces trois vies se rencontrent dans l'unité de la conscience humaine. En principe, elles doivent se développer parallèlement, d'une manière subordonnée ou souveraine, selon leur valeur propre ; car les sens sont moins nobles que l'esprit, et l'esprit moins que la grâce divine ; de là vient que le corps n'a pas de droit contre la raison, ni la raison de di'oit contre la toi. Mais, en fait, ces trois vies sont dans un état d'antagonisme perpétuel, et l'unité de la conscience humaine, où elles ont leur rendez-vous, est le théâtre agité d'une lutte inextinguible; l'existence n'est qu'un belliqueux effort pour arriver à un but que l'on ne peut atteindre autrement, qui que l'on soit, homme ou peuple, et cette guerre n'est que

l'hostilité des forces diverses qui s'agitent en nous avec je ne sais quoi d'implacable.

Or le christianisme est venu expliquer l'origine elles conditions de cette guerre, en tracer les règles, en indiquer d'avance les résultats, et promettre aux braves et aux lâches des récompenses et des châtiments déterminés. Le christianisme prononce que les sens ne doivent jamais l'emporter ni sur la raison ni sur la foi, parce que la suprême loi de l'homme n'est pas dans son organisation, et parce que sa gloire suprême n'est pas de conserver sa vie physique et sa santé; il prononce que dévouer le corps au travail, à la souffrance et à la mort pour la famille, pour la patrie et pour Dieu, ce n'est pas le perdre, c'est le transfigurer dans la gloire. De même le christianisme enseigne que la raison, c'est l'esprit de l'homme, que la foi, c'est la raison de Dieu, et qu'ainsi, autant l'homme est au-dessous de Dieu, autant la raison est au-dessous de la foi; il enseigne que demander à la raison un acte de foi, ce n'est pas l'humilier, bien moins encore la détruire : c'est l'élever, l'étendre et l'affermir, comme l'esprit, quand il modère les instincts des sens, n'abaisse ni ne tue le corps, mais le dirige, le protège et l'ennoblit.

Cette doctrine, si pure et si harmonieuse, est repoussée naturellement par tous ceux dont elle combat les préjugés et les actes ; pourtant elle est le fidèle résumé de l'Évangile, et elle est tombée des lèvres si douces du Sauveur des hommes. Qui l'étudié l'aime ; qui la pratique la comprend ; qui en connaît la suavité désire en éveiller le goût dans toutes les âmes, répétant le mot de Jésus à la Samaritaine : u Si vous saviez ce que c'est ! »

Le Fils de Dieu prêchait publiquement l'Évangile depuis quelques mois, et il sanctifiait par les eaux du baptême le peuple qui allait l'entendre et qui croyait en lui. Les Pharisiens, ne pouvant souffrir que personne exerçât, au nom des doctrines religieuses, une influence qu'ils prétendaient se réserver exclusivement, n'apprirent pas sans dépit que Jésus attirait la multitude et comptait déjà de nombreux disciples. Ils témoignèrent ouvertement leur jalousie, et le Seigneur, qui fut instruit de leurs mauvaises dispositions, résolut de quitter la Judée et le pays de Jéricho, où il se trouvait, et de

ioO LES FEMMES DE LA BIBLE.

se retirer en Galilée, moins pour se dérober à la persécution que pour éclairer successivement du flambeau de l'Évangile les diverses tribus d'Israël,

En allant du pays de Jéricho dans la Galilée, il fallait tra- Ycrser la province de Samarie. Cette province était habitée par des colonies chaldéennes, que l'Assyrien Salmanazar avait mises à la place des Israélites, emmenés captifs à Ninive. Une inimitié profonde les sépara toujours de la nation juive, soit parce qu'elles rappelaient la conquête, soit surtout parce qu'elles avaient apporté de leur pays le culte des idoles, et qu'en adoptant la loi de Moïse elles l'avaient défigurée par le mélange d'institutions païennes : au lieu de se rendre à Jérusalem pour y offrir à Dieu les sacrifices prescrits, elles élevèrent un temple sur la montagne de Garizim, dans le voisinage de leur capitale. Les sentiments mutuels de haine et de mépris se sont perpétués entre les deux races, et ils durent encore : car il reste des Samaritains en Syrie et surtout à Naplouse, l'ancienne Sichem.

Jésus traversant le pays de Samarie, arriva dans le voisi- Ti âge delà ville, près de l'héritage que Jacob avait donné à son fils Joseph, et qui lui avait coûté cent agneaux livrés en échange aux enfants d'Hémor. Il y avait là une source d'eau vive que l'on appelait encore, après deux mille ans, le puits de Jacob. Jésus, fatigué du voyage, s'assit sur le bord de la fontaine pour se reposer. Ses disciples s'étaient rendus à la ville afin d'y acheter des vivres. Le jour était à son miUeu.

Une femme de Samarie vint puiser de l'eau à la fontaine. « Donnez-moi à boire, lui dit Jésus. —Vous qui êtes de Judée, répondit-elle, comment me demandez-vous à boire, à moi qui suis Samaritaine? car les Juifs n'ont pas de communication avec les Samaritains. — Si vous connaissiez le don de Dieu, et qni est celui qui vous dit : « Donnez-moi à boire, » peut-être lui eussiez-vous fait la même demande, et il vous aurait donné une eau vive. » C'est cette eau vive qui apaise le bouillonnement des passions, amortit l'ardeur des biens périssables, et rend l'àme féconde en bonnes œuvres : eau véritablement vive, puisqu'elle vient de Dieu et y retourne en entraînant les âmes qu'elle a désaltérées dans son cours. C'est sur les bords de ce fleuve mystérieux que tant d'esprits élevés et de cœurs droits sont venus, depuis dix-huit

siècles, chercher le repos, le rafraîchissement et l'ombrage et fixer leur vie comme une plante dont les racines touchent à la terre, mais dont la cime fleurit pour le ciel.

La Samaritaine répUqua : « Seigneur, vous n'avez rien pour puiser de l'eau, et le puits est profond ; d'où auriezvous donc une eau vive ? Êtes-vous plus grand que Jacob, notre père, qui nous a donné cette fontaine, dont il a bu, comme ses enfants et ses troupeaux en ont bu ? » » Les Samaritains ne descendaient pas de Jacob ; mais il y avait parmi eux des familles Israélites que le vainqueur n'avait pas transportées à Ninive, ou qui étaient revenus sur le sol natal après une longue captivité. En outre, l'adoption de la loi mosaïque par les Samaritains et leur fusion politique avec les Juifs infidèles amenaient naturellement sur leurs lèvres le nom de Jacob et des principaux chefs de la race hébraïque, comme s'ils eussent vu dans les patriarches autant d'aïeux.

Jésus, élevant graduellement l'esprit de la Samaritaine au-dessus des choses terrestres, lui dit : « Quiconque boit de cette eau aura encore soif ; mais quiconque boira de l'eau que je lui donnerai n'aura jamais soif; et l'eau que je lui donnerai deviendra en lui une source jailUssante jusqu'à la vie éternelle. — Donnez-moi de cette eau, dit la femme, afin que je n'aie plus soif et que je ne vienne plus puiser ici. » L'œil de son âme n'était pas encore ouvert aux clartés du monde spirituel, et l'eau vivifiante de la parole divine n'avait pas encore répandu dans son cœur la science du salut : tant la vie des sens la tenait courbée et appesantie vers la terre !

C'est pourquoi Jésus, faisant briller à ses yeux une lumière pleine de vivacité et retentir à ses oreilles une voix accusatrice, ajouta : « Allez, appelez votre mari, et venez en ce lieu. — Je n'ai point de mari, répondit-elle. — Vous avez raison de dire que vous n'avez point de mari; car vous en avez eu cinq, et celui que vous avez maintenant n'est pas le vôtre. En cela, vous avez dit vrai. » Ce reproche plein de douceur toucha la Samaritaine, et elle fit l'aveu de ses fautes avec cette sincérité qui provoque le pardon : <( Seigneur, dit-elle, je vois que vous êtes un prophète. » Puis, montrant le mont Garizim, qui était proche et sur lequel les Samaritains avaient autrefois bâti un temple pour les cérémonies de leur culte religieux : « Nos pères ont adoré sur cette montagne, et

vous dites que Jérusalem est le lieu où il faut adorer. — Femme, croyez-moi, voici le jour où vous adorerez le Père, non point sur celte montagne, ni à Jérusalem. Vous adorez ce que vous ne connaissez point, et nous adorons ce que nous connaissons, car le salut vient des Juifs. Le temps arrive, il est arrivé où les vrais adorateurs adoreront le Père en esprit et en vérité, car ce sont de tels adorateurs que cherche le Père. Dieu est esprit, et ceux qui l'adorent, c'est en esprit et en vérité qu'ils doivent l'adorer. » Ces paroles caractérisaient le culte nouveau qui devait bientôt prendre possession du monde, et qui, mettant à la place des victimes vulgaires une seule victime d'un prix infini, allait associer désormais la conscience de chaque homme à cet immortel et puissant holocauste.

(( Je sais, répondit la Samaritaine, que le Messie, qui est appelé le Christ, va venir. Lors donc qu'il sera venu, il nous instruira de toutes choses. — Je le suis, moi qui vous parle, » ajouta le Sauveur, avec cette secrète puissance de révélation qu pénètre jusque dans les profondeurs de la conscience pour y exciter le douloureux frémissement du remords ou la persuasion intime de la vérité. Pendant ces dernières paroles, les disciples de Jésus arrivèrent. La Samaritaine s'en alla dans la ville et dit aux habitants : « Venez voir un homme qui m'a révélé tout ce que j'ai fait. N'est-ce point le Christ? »

De leur côté, les disciples priaient Jésus de prendre quelque nourriture. Il profita de cette invitation pour leur rappeler que l'âme aussi doit prendre sa nourriture ; car, si le corps se développe et maintient son existence au moyen d'aliments matériels, à son tour, l'âme tire sa force et sa vie d'un genre d'aliments qui lui est propre : le corps vit de ce qu'il mange, l'esprit de ce qu'il connaît, et le cœur de ce qu'il aime. « J'ai une nourriture à prendre que vous ne connaissez pas, dit Jésus. — Quelqu'un lui a-t-il apporté à manger ? demandaient entre eux les disciples. — Ma nourriture est de faire la volonté de Celui qui m'a envoyé et d'accomplir son œuvre. Ne dites-vous pas que dans quatre mois la moisson viendra ? Et moi, je vous dis : « Levez les yeux et voyez <( comme les campagnes sont déjà blanches pour la moisit son. )) L'eau du puits de Jacob, la nourriture apportée par les disciples, l'aspect des campagnes, tout servait à Jésus

pour élever la pensée de ses auditeurs au-dessus des choses terrestres; il dirige leur regard vers le monde spirituel, et leur fait voir que les peuples comme de riches campagnes cultivées par le Laboureur céleste, les âmes des hommes comme des épis jaunissants sous le soleil de la miséricorde divine, attendent la main de l'ouvrier apostolique qui doit les cueillir dans la foi et les porter, ainsi que des fruits mûrs, dans la maison du père de famille qui est le ciel et l'éternité.

Cependant, sur le témoignage de la Samaritaine, plusieurs habitants de la ville "vinrent trouver Jésus et le prièrent de demeurer parmi eux; il y demeura, en effet, deux jours. Sa parole en convertit un grand nombre, et ils disaient à la Samaritaine : « Ce n'est plus sur votre rapport que nous croyons en lui; car nous savons qu'il est vraiment le Sauveur du monde. )>

Ainsi fut arrachée à sa vie coupable et ramenée à la vérité et à la vertu cette femme que l'entraînement des sens avait séduite ; ainsi fut-elle appelée à cette vie supérieure que les âmes puisent dans la foi et que l'Évangile a fait connaître à tous les peuples. Ce n'est pas que la chair ne soit sainte dans son origine, comme tout ce qui sort des mains de Dieu; mais elle est déchue de sa dignité originelle : fiancée à l'esprit, elle ne lui reste pas fidèle, et, dans sa faiblesse, elle trahit souvent sa glorieuse destinée. C'est pourquoi le Verbe de Dieu s'en est revêtu pour lui restituer la dot de sa pureté et sa sainteté éclipsée ; c'est pourquoi encore elle est soumise ici-bas à un travail de réhabilitation qui tient une si grande place dans les nombreuses difficultés de la vie humaine : la combattre et la dompter est une chose que certains hommes appellent absurde et que TÉvangile appelle sublime, parce que ces hommes regardent d'en bas et prennent les goûts fangeux du corps pour une révélation de nos destinées suprêmes, tandis que l'Évangile regarde d'en haut et voit notre nature telle que Dieu l'a faite, c'est-à-dire avec toutes ses espérances, tous ses droits et tous ses devoirs.

LA GHANANÉENNB

O œulier ! magna est fides tua.

(Mattq., XV, 28.)

On sait que la conquête de la Palestine par les Israélites n'entraîna pas la ruine entière des indigènes. Plusieurs prirent les armes, puis succombèrent sur les champs de bataille ou furent immolés par la dure politique du vainqueur. D'autres s'enfuirent en troupes séparées ou bien en corps de nation, sans que l'histoire ait gardé la trace de leurs pas. Le reste s'assit au foyer des conquérants ou dans les pays limitrophes, entretenant avec Israël des rapports de politique, de commerce et même de religion. Car si, en principe, les Juifs ne pensaient pas qu'on fût obligé d'accepter et de pratiquer leur loi lorsqu'on n'était pas du sang de Jacob, néanmoins, en fait, ils ne repoussaient pas de leur sein les étrangers; ils accueillaient même volontiers ceux qui voulaient suivre les pratiques du culte mosaïque. Il y a donc lieu de croire que leur doctrine religieuse avait pénétré chez les nations voisines, et que, par leurs soins, plus d'une âme fut initiée à la connaissance du vrai Dieu.

Toutefois ce prosélytisme ne fut ni bien actif ni très-étendu : il y a dans le génie de la constitution hébraïque quelque chose de puissant, mais d'exclusif. Il appartenait au christianisme d'abaisser les frontières des empires et dé con\ier tous les peuples de la terre au banquet de la vérité. En proclamant l'unité de Dieu et de la race humaine plus haut que ne l'avait fait le mps^aïsmew-en présentant toutes les races et tous les peuples comme j?achetés par le même sang d'un Dieu, en plaçant sur les lèvres de tout homme libre ou esclave, vainqueur ou vaincu, celte parole d'espérance, de gloire

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