‹ Les femmes de la BibleChapitre 5 sur 25 · RÉBECCA · texte numérisé non relu

RÉBECCA

On fit un festin pour ci'lébrer les fiançailles de Rébecca, et les étrangers demeurèrent tout ce jour avec la famille. Dès le lendemain, Éliézer voulut prendre congé de ses hôtes ; diligence et fidélité, c'est la devise du bon ser\iteur : « Laissez-moi, dit-il, retourner vers mon maître. » La mère et les frères de Rébecca répondirent : « Que la jeune fille demeure au moins dix jours avec nous, puis elle partira. » Mais, comme Éliézer insistait, on convint de s'en rapporter à Rébecca; elle fut appelée, et ses parents lui dirent : « Voulezvous vous en aller avec cet homme ? Elle répondit : « J'irai. » Et ils ne résistèrent plus. Elle partit donc avec les gens d'Éliézer; elle emmena ses femmes, et Débora, sa nourrice. On lui souhaita la prospérité en la quittant. « Vous êtes notre sœur, croissez en mille et mille générations, et que votre race possède les terres de ses ennemis. » Rébecca et ses femmes montèrent sur des chameaux et suivirent Éliézer, qui hâtait son retour.

Le moment vint où l'on approcha de Bersabée. Or, ce jour même, sur le soir, Isaac était sorti pour se promener dans la campagne. Tout à coup il vit de loin arriver Éliézer avec toute sa suite. Rébecca, de son côté, aperçut Isaac, et dit au serviteur : <( Quel est cet homme qui vient à notre rencontre? » Le serviteur répondit : « C'est mon maître. » Aussitôt elle quitta sa monture et se couvrit de son voile : âme ingénue et pure qui appartenait par avance à l'école du christianisme. Éliézer fit connaître à Isaac le résultat de son voyage. Isaac reçut Rébecca pour épouse et l'introduisit dans la tente q\i'avait habitée autrefois Sara, pour marquer sans doute qu'il croyait trouver en son épouse ce quïl avait aimé et ce que la mort lui avait ravi en sa mère. Effectivement, sa douleur et son deuil, qui duraient depuis trois ans, furent tempérés par l'affection qu'il eut pour Rébecca.

Ainsi se termina la mission du bon Éliézer. Qui ne serait charmé de la confiance amicale que les maîtres plaçaient alors en leurs serviteurs, et de la fidélité affectueuse des serviteurs envers leurs maîtres? Et, malgré l'extrême différence de nos habitudes et les raffinements de notre civilisation, pourrait-on ne pas aimer ces caractères antiques dont l'ingénuité est si touchante, la noblesse et les vertus si peu fastueuses.

On ne sait pas bien si Abraham était déjà mort lorsqu'une famine vint aflliger la contrée. Isaac crut devoir se retirer avec sa femme à Gérare, auprès d'Abimélech, roi des Philistins, comme avait fait son père en pareille calamité. Là, il fut protégé de Dieu : le nombre de ses serviteurs s'accrut beaucoup ; ses troupeaux se multiplièrent, ses richesses devinrent considérables. Abimélech en conçut de l'envie ; Isaac fut contraint de se retirer. Néanmoins les pasteurs de l'un et de l'autre maître se prirent de querelle à plusieurs fois ; ceux d' Abimélech comblèrent les puits creusés jadis par Abraham et dont Isaac avait pris possession pour l'usage de ses troupeaux. C'était là un véritable sujet de guerre dans un temps où les rois étaient bergers et laboureurs, et dans un pays où il pleut rarement et qui n'a guère d'autre rivière que le Jourdain. Isaac pHait sa tente et l'allait dresser ailleurs aussi souvent que ses jaloux voisins le poursuivaient de leurs prétentions injustes ; ce n'est qu'au bout de quelques années et lorsqu'il fut retourné en la terre de Chanaan, que la bonne intelligence se rétablit : il reçut la visite du roi philistin, qui lui jura définitivement amitié.

Pourtant une bénédiction manquait encore à Isaac : il n'avait pas d'enfants. Il pria donc instamment le Seigneur pour sa femme qui était stérile, et le Seigneur, qui répand à son gré sur toute la vie humaine la tribulation et l'allégresse, donna la fécondité à Rébecca. Or elle portait deux enfants dans son sein; et ses enfants divisés avant de naître, se faisaient une espèce de guerre qui lui déchirait les entrailles. Inquiète et attristée, elle consulta Dieu. Il lui fut répondu que deux races puissantes et divisées naîtraient d'elle, et que l'aîné des fils serait soumis au plus jeune.

Effectivement, le temps venu, elle enfanta deux fils. Celui qui vint au monde le premier était roux et couvert de poil, comme s'il eût atteint l'âge viril, c'est pourquoi on le nomma Ésaù, c'est-à-dire homme fait. Le second suivit aussitôt, en tenant de la main le pied de son frère : il semblait lui disputer ainsi le droit d'aînesse, et continuer la rivalité qui avait précédé leur naissance. On l'appela Jacob, pour marquer qu'il avait, en quelque façon, voulu supplanter son frère.

Devenus grands, ils eurent des goûts opposés : Ésaii préférait les travaux de la campagne et l'exercice violent de la

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