‹ Les femmes de la BibleChapitre 8 sur 25 · JÉZABEL. ICI · texte numérisé non relu

JÉZABEL. ICI

châtiment infligé aux prêtres de Baal. Les puissants ne tolèrent pas volontiers qu'on fasse descendre la lumière dans leur conscience ; et il y a des moments où leur orgueil soulevé déborde, pour ainsi dire, en flots de vengeance, sur ceux qui osent rappeler les droits de la vérité et combattre pour elle. Surtout on ne résiste jamais impunément à une femme qui, suivant en aveugle sa sensibilité effarée, détesté la vertu de toutes les forces qu'elle avait reçues pour l'aimer. La reine envoya donc porter ces paroles au thaumaturge : « Que les dieux me traitent dans toute leur sévérité, si demain à cette même heure je n'ai fait de ta vie ce que tu as fait de la vie des prophètes. » Élie eut peur ; car il savait ce qu'on peut craindre de l'humeur \indicative et de la fierté blessée d'une femme aussi âpre à la vengeance que l'était Jézabel. Dans son effroi, il fuyait irrésolu et troublé, lui qu'on avait vu si plein d'assurance et de courage devant Achab. C'est que l'originelle faiblesse se trahit toujours par quelque endroit, même dans les grands hommes et dans les saints, soit que le fardeau d'une destinée illustre les fasse chanceler, soit que Dieu leur laisse, dans leurs propres imperfections, un préservatif contre l'orgueil, comme ces magnanimes Romains qui plaçaient des insulteurs officiels à côté du triomphateur, pour le faire souvenir qu'il était homme.

Élie gagna l'extrémité méridionale de la Palestine, et, après soixante lieues de chemin, il se trouva dans les déserts de l'Arabie Pétrée. Il ymarcha toutun jour ; enfin, épuisé de fatigue, il s'assit sous un genièvre et souhaita la mort : « Seigneur, dit-il, c'est assez ; prenez ma vie, car je ne suis pas meilleur que mes aïeux. » Ce rude voyage, la méchanceté consommée d'Achab et de Jézabel, la religion s'éteignant dans le royaume, l'oppression des justes et la prospérité des méchants, tout rendait au prophète l'existence amère et insupportable. Sous l'ombre du geniè\Te, il s'endormit. Un ange vint, le toucha et lui dit : (( Lève-toi et mange. » Élie regarda, et ^it posés près de sa tête un pain cuit sous la cendre et un vase d'eau ; il prit donc un peu de nourriture et s'endormit encore. Une seconde réfection suivit ce second sommeil. Puis, fortifié par l'aliment céleste, le voyageur, au bout de quarante jours, toucha le mont Horeb, voisin du

Sinaï, région pleine de merveilleux souvenirs, où Dieu, descendu sous forme de flamme dans un buisson ardent, daigna converser avec son serviteur Moïse ; où, porté par la foudre, il ébranla sous son char embrasé la cime de la montagne, et \int promulguer sa loi aux oreilles de toute une nation. N'y a-t-il pas, dans cette tuitedu prophète, une image de la vie, pays triste et beau comme ces solitudes sévères et magnifiques que le ciel d'Orient brûle et teint de l'ardeur et de la richesse de ses feux ? L'homme y marche, soutenu par un aliment céleste, jusqu'à ce qu'il atteigne l'éternité, véritable Sinaï, où Dieu parle à ses élus, inondés d'un large torrent de lumière, d'amour et de félicité.

Près de l'Horeb, Élie eut une vision : Dieu lui apparut. Un vent impétueux passa, puis il se fit un tremblement de terre. Enfin la flamme étincela, comme pour faire voir sans doute que le Seigneur peut, à son gré, abattre, briser et foudroyer les méchants ; mais nulle voix ne sortit du sein de ces éléments troublés. Bientôt après, il s'éleva un vent doux et léger ; sous ce symbole se cachait la force de Dieu, qui est miséricorde et patience. Et une voix dit : « Reprends ta route, et va par le désert à Damas ; arrivé là, tu sacreras roi de Syrie HazaëL Tu sacreras aussi roi d'Israël Jéhu, fils de Namsi, et tu sacreras prophète pour te succéder Elisée, fils de Saphat, qui estd'Abelmëula. Quiconque échappera au glaive d'Hazaël, Jéhu le tuera ; quiconque échappera au glaive de Jéhu, Elisée le tuera... » Éhe obéit, alla d'abord trouver Elisée, et lui mit sur les épaules son propre manteau, en signv, de vocation prophétique.

En ce temps môme, Jézabel commettait, par un lâche et cruel abus de pouvoir, une de ces iniquités qui appellent sur la tête des coupables de promptes et formidables vengeances. Un habitant de Jezrahel, nommé Naboth, avait une vigne auprès du palais d'Achab. Le roi la désirait beaucoup ; il dit au possesseur : « Donne-moi ta vigne pour que j'en fasse un jardin, parce qu'elle est proche de ma maison, et je t'en rendrai une meillem'e, ou, si tu le préfères, je te payerai en argent ce qu'elle vaut. » Moïse avait défendu aux Israélites daliéner leur patrimoine, si ce n'est dans le cas d'un extrême besoin, et encore pour un temps limité. Or Naboth n'était pas dans le besoin, et U craignait avec raison qu'otj

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