‹ Les femmes de la renaissanceChapitre 12 sur 45 · LE MARI, MANIERES DE S EN DEBARRASSER · texte numérisé non relu

LE MARI, MANIERES DE S EN DEBARRASSER

dides vaisselles, des bijoux magnifiques, d'un nombreux serviteur ^

Ces veuves sont des administrateurs de premier ordre ; au point de vue des intérêts de la famille, il est bon, comme dit un proverbe, que « le mari aille premier en terre- ». Elles excellent à faire valoir leur argent; quelquefois môme, un peu d'usure ne leur déplaît pas -^ ; Charlotte d'Albret n'en avait pas horreur. 11 n'aurait pas fait bon non plus tabler sur leur soi-disant faiblesse; quelques-unes étaient de taille à monter sur des remparts comme Catherine Sforza. Après la mort de GrisegonelleFrottier, divers de ses parents conjurèrent d'enlever par un €oup de force la seigneurie du Blanc, qui lui appartenait ; sa veuve, Françoise d'Amboise, l'apprit; immédiatement, elle fit appel à Tordre des « pi- €aulx », une confrérie de chevaliers poitevins qui se chargeait de défendre la veuve et l'orphelin : au lieu de s'en remettre au pied boiteux de la justice, eWe organisa une expédition et ruina ses adversaires ^. Malgré le caractère un peu énergique du procédé, Louis XII en fut touché, et voulut bien pardonner.

La plupart de ces bonnes veuves passent une partie de leur vie dans des chapelles de couvent, et c'est de ce coté-là que se produit une fissure à leur esprit d'économie, car, selon de pieux auteurs, le diable se faufile dans les sacristies \ Elles y rencontrent un frère lai, chargé de faire fructifier les bonnesâmes; elles commencentpar envoyer quelques belles tourtes en échange d'un De Profundis; puis, peu à peu, elles se décident à fonder une chapelle,

J Bonatié. — - L. de Lincy. — -^ Christ, de Pisan; Firenzuola, Nouvelle 10 ; Bareleta, f" 41, ch. ii. — ^ JJ. 235, 21. — ^ Ghangy, p. 289 : Face tus.

puis à la faire peindre, puis à la doter de quelque

revenu

Ou bien elles reçoivent de bonnes religieuses des lettres charmantes : « Nous sommes de pauvres femmes que votre départ laisse en détresse, et nous pouvons dire que nous avons perdu tout notre bien. . . Nous portons encore les manteaux que vous nous avez faits et nous allons sans pelisses, selon notre usage. Le couvent n'a pas varié depuis votre départ..., si ce n'est que nous souffrons cruellement du froid pendant l'hiver^. »

Bien des veuves graves et viriles, après avoir été mêlées aux affaires, ne profitent de leur veuvage que pour oublier un monde oii leur cœur n'a pas trouvé sa pâture. Sitôt en règle avec les devoirs inévitables, c'est un plaisir pour elles de distribuer leurs biens et de s'en aller. On ne saurait croire combien le rêve de quelques années douces, paisibles, consacrées à l'âme, hante le cœur des femmes que la mauvaise étoile d'une trop haute naissance a jetées dans les affaires politiques !

Ainsi aurait voulu finir Marguerite d'Autriche^.

Ainsi finirent deux exquises princesses de la maison de Lorraine : Marguerite de Lorraine, duchesse d'Alençon, qui d'abord s'attacha à un hôpital, puis au rude ordre des Glarisses ^ : Philippe de Gueldre, entrée aussi chez les Clarisses, dès que son fils fut sur le trône ; elle y vécut vingt-sept ans, dans la dernière des humilités, se qualifiant elle-même de « ver de terre », quoique ses compagnes continuassent à rappeler « notre Révérende Mère la Reine"* ».

1 Firenzuola, Nouvelle 10. — - 8 juin 1308. Sœurs Domicella et Elena, de Forli, à Catherine Sforza. (Pasoiini, Calerina Sforza, III, n' 1336). — 3 Baux, p, 118. — ^ Yves Magistri, p. 260. — ^ Quentin Baufhart, les Femmes bibliophiles, II. 368 et s.

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