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CHAPITRE IV

Le déboire qui attend presque infailliblement les mères du côté de leurs fils doit trouver sa compensation du côté des filles... Qu'on nous pardonne d'entrer dans tous ces détails ! Nous ne pouvons pas faire l'histoire du cœur des femmes sans pénétrer d'abord, aussi profondément que possible, le secret de leurs saintes passions maternelles et filiales. Nous sommes partis de cette solide donnée du mariage à la vieille mode, tout raisonnable et physique. La sensibilité des femmes a commencé cl'éclore au contact des misères physiques ; elle a créé la garde-malade et Faumônière. Puis la mère est née. L'amour pour ses fils ne peut aboutir qu'à la séparation. Le cœur féminin va aborder une nouvelle étape, l'amour de la mère pour sa fille. Ici, aucune ingérence tierce n'est à craindre.rLa fille appartient à la mère, et le père même ne cherche pas à se mêler dans leur intimité : « La police fémi^ nine a un train mystérieux, il faut leleur çf/ if ter ^. »

' Montaij?ne.

Que le père prépare la dot, voilà tout ce qu'on lui demande ^ Dans le monde précis et un peu^rude qui sortait du moyen âge, les fonctions se trouvaient très nettement délimitées.

Ce que le père ignore, nous avons le plus grand intérêt à le connaître. Nous voulons savoir ce qui se passe entre mère et fille, et comment se forment les femmes de l'avenir, car c'est aussi le moyen de savoir si la mère a pu se créer dans son foyer une joie stable, et si elle se loue assez des principes avec lesquels elle a été élevée pour les appliquer à sa fille. Plus loin, nous aurons à traiter de questions plus brillantes, d'idées beaucoup plus hautement artistiques et philosophiques ; nous n'en rencontrerons pas qui nous fassent mieux connaître l'état intime des âmes féminines. Toutes les rumeurs sociales bruissent dans la moindre question d'éducation, comme l'Océan bruit dans un coquillage...

Il s'en faut de beaucoup que les historiens se soient mis d'accord pour nous apprendre comment on élevait aloi's les jeunes filles. Un vieux proverbe, faux d'ailleurs, disait : « La mère nourrit, le père instruit ', » ce qui signifie, en bon français, que la mère n'instruit jamais et ne sait que donner à téter ; et comme, d'autre part, les traités d'éducation ne nous parlent jamais que des garçons ou, tout au plus, des « enfants'^ », qu'ils ne prononcent pour ainsi dire pas le mot <* filles », quelques historiens ont conclu qu'on laissait les filles végéter, sans se préoccuper de les instruire ; d'autres, et non des moindres, MM. Burckhardt 'sMinghetti ■', ont

• BoLic-het, Eplstres, f" 24. — - Le Tasse, Dialogue le Père de famille, p. 159. — ^ Jeaa Bouchet, les Triumphes, f" 23. — ^ Edition française, U. 143. — •' P. 5 et suiv.

cru au contraire qu'elles suivaient tout simplement le même programme que les garçons.

Nous ne dirons aucun mal de ces deux opinions si contradictoires, parce qu'elles nous paraissent toutes deux vraies en un certain sens.

La question d'éducation dépend réellement d'une autre question bien plus haute, celle que nous nous posons dans ce livre : Quelle doit être la vie des femmes? Où doivent-elles chercher leur bonheur? Et d'abord, nous nous heurtons à un très gros point d'interrogation. Veut-on continuer à marier passivement la femme comme nous^l'avons vu, la laisser presque esclave, — ou la mettre en état de se défendre ? A-t-on pour but de la rendre obéissante, un miroir des idées d'autrui, dépourvue de toute idée propre, et d'autant plus heureuse qu'elle ne connaîtra rien au-delà de l'étroitesse de sa chambre à coucher? ou bien croit-on meilleur de la rendre active, instruite, individuelle, capable de raisonner etd'agir ? La mère devra-t-elle simplement rester une gardienne provisoire, chargée de conserver une petite fille pour un maître avéré, qui va la former et l'instruire à sa guise, et à qui elle appartiendra aussitôt que possible, dès sa première lleur^; ou bien cette mère peut-elle, sans inconvénient, se rapprocher de sa fille et, précisément parce qu'il faudra la donner à un autre, l'armer d'indépendance et d'esprit, même en sachant bien que tôt ou lard on laisse en route quelque pièce de l'armure ? Voilà toute la question. Et l'éducation en dépend !

Dans le premier cas, c'est-à-dire suivant le système classique, la mère prépare une page blanche.

' La ConLramye de court, p. 163 ; le Tasse ; Barbaro, f° 7 ; Recueil de Montaiglon, III, 134 ; Sainte-Marthe, dans VHeptaméron de Mont ni filon, I, 41 ; Gaguin, De variis... inconiinodis.

12i LES FEMMES DE LA RENAISSANCE

i Elle n"a pas giand'chose à faire, sinon favoriser une végétation aussi robuste que possible, un déploiement de force et de beauté, maintenir le repos le plus absolu, respecter et même prolonger l'enfance K Le programme ne nécessite pas de longues dissertations; il consiste à proscrire les moindres tensions d'esprit, même sous la forme de petits jeux ', à conserver une simplicité absolue 3, une vie renfermée ^, à éviter jusqu'aux exercices physiques un peu accentués. Au point de vue intellectuel, il admet, dans sa partie artistique, quelques menus travaux d'aiguille (tajtisserie, lilet ou autres); de la musique, non pas de la musique suggestive ou légère, mais de la musi<(ue classique; comme lectures d'agrément, quelques livres élémentaires de piété et de morale; comme science, quelques notions de physique, d'agriculture, de médecine, quelques explications philosophiques sur les grandes questions morales, telles que le péché originel, la Rédemption, Fimmortalité de Tâme et, en général, le Credo. C'est ainsi qu'on a formé la petite mariée,

1 « Ma fille est en Taage auquel les loix excusent les plus eschauflees de se marier. Elle est d"une complexion tardive, mince et molle, et a esté par sa mère eslevée de mesme, d'une forme retirée et particulière: si quelle ne commence encore qu'à se desniaiser de la naïveté de Tenfance. » (Montaigne ) — - Pontanus,De Liberis; Vegio, liv. III, ch. xii-xv — 3 Montaiglon. Ane poésies, II, 18 {le Doctrinal, qui prêche cette thèse, dut être imprimé à Àngoulême, vers 1492 {Catal. Rothschild, I, 369) ; Garin, Complainte.

^ « Quid tibi prsecipiam molles vitare fenestras?

Ad culpas aditum laxa fenestra facit.

Libéra mens, captiva tamen sint lumina, quando

Ilanc animo invenit sœva libido viam.

Cogite fallaceis, animus ne peccet, ocellos,

Cogite, libertas ne peritura cadat.

Peinte materiam, primasque extingiiite flammas. »

(Pontanus, De Liberis.)

l'éducation des filles 125

vigoureuse, reposée, prosaïque, limide\ qu'au début de ce livre nous avons vu conduire à l'autel. Elle est ignorante, tant mieux! elle ne fait que naître à la vie, mais elle apporte comme enjeu une santé solide et un bon équilibre général; à treize ans, c'est quelque chose. Le mari fera le reste.

Et qu'on ne croie pas que ce système, pour barbare qu'il puisse paraître à quelques personnes, passe pour si mal conçu ! Il a de nombreux amis. Les docteurs du moyen âge, depuis le vénérable Egidio Colonna jusqu'à Tillustre Gerson, ne se sont pas fait, des besoins de la femme, une autre idée ; Gerson a même émis cet aphorisme (que, d'ailleurs, il ne faut pas exagérer) : (( Tout enseignement pour les femmes doit être considéré comme suspect^. ^) En cela, ils sont d'accord avec les méde- 'c^îns, qui engagent tous à pécher par excès de réserve 2. On a invoqué aussi à l'appui de cette thèse le grand nom de saint Jean Ghrysostome 3, et celui de Lycurgue qui voulait prolonger jusqu'à dix-huit ans (môme en Grèce) l'enfance des jeunes filles et la consacrer aux soins physiques^.

Dans ce système, les mères ne peuvent s'attacher beaucoup à leurs filles, et encore moins se mêler à leur vie.

Une mère inspirée par son ardent dévouement à une fille unique, et en même temps très au fait des nécessités réelles de l'existence, Anne de France, a pourtant montré quel haut parti on pouvait encore tirer de ces données d'apparence rudimentaire,

1 Thibaut, pp. 74, TJ. — - Mercato, p. 15. — ^ « Prenez soin de vos filles ; qu'elles soient toujours au log^is, douces, pieuses, méprisant l'argent et les ornements extériein-s. Et ainsi vous préserverez non seulement ces jeunes filles, mais les hommes qui un jour les conduiront, et vous assurerez une bonne postérité par une souche solide. » — * Barbari, f " 7.

tout en respectant l'avis des médecins et celui de Gerson. Elle a consigné ses vues dans un opuscule purement pratique et intime, à l'usage de sa fille, écrit au jour le jour avec un certain désordre, selon le hasard des réflexions ou des lectures, sans la moindre préoccupation de soutenir une thèse, et qui nous livre ex abrupto le secret de sa pensée.

Anne s'attache à l'éducation, et non à l'instruction : elle désire une éducation spontanée, et en quelque sorte automatique, qui résulterait simplement, non pas d'une intimité vraie entre mère et fille, et encore moins d'un sentiment d'égalité, mais d'une bonne association franche, aflectueuse, de manière que la mère déteigne sur l'enfant « comme le bon vin teint son fût ' ».

Cette formule si bénigne suppose déjà une culture d'esprit étendue et une certaine robustesse d'intelligence. Anne de France entend que l'éducation morale et philosophique s'opère avec l'aide de Boèce, de Platon, des Pères de l'Eglise, des philosophes anciens, et, cela va sans dire, d'après le texte des « Enseignements de saint Louis - ».

En revanche, elle ne se soucie pas de développer l'imagination ni la sensibilité ; elle a horreur de l'afféterie, de tout ce qui lui paraît sentir la recherche, le convenu, le théâtral; elle n'en veut nulle part, ni dans le costume, où elle repousse aussi bien la fausse simplicité que la fausse élégance, ni dans la conversation, ni dans les études, ni dans la conduite. Elle n'aime que la splendeur de la vérité, la glorification du réel par ses nobles côtés. Elle veut tremper l'àme d'une jeune fille par l'habitude d'approfondir ses recherches et ses idées,

^ Enseif/nements, p. 93; La Vauguyon, f" 24 v»: Marillac. —

ol d'appuyer toujours son raisonnement sur des prémisses évidentes, telles que la certitude de la mort ou l'existence de Dieu'.

Il résulte de ces principes, non pas un scepticisme critique, identique à celui de Montaigne, de Pascal ou de Descartes, mais, si on peut ainsi dire, un scepticisme vigoureux et affirma tif, c'est-à-dire le souci absolu, et presque un peu âpre, de regarder les choses de la vie sans ambages, comme des choses graves, mais éphémères, et de ne pas leur prêter des couleurs, des formes, une portée qu'elles n'ont pas, de ne pas les farder. Comme til conducteur, Anne de France s'attache à une morale précise et indépendante, qui, fortement ancrée sur la foi religieuse, déhe tout aussi bien les découragements et les lassitudes que les illusions : au-delà du flot changeant des réalités mondaines, nûment perçues, elle montre d'autres réalités, qui lui paraissent aussi nettes, aussi positives, et oii elle trouve un ferme point de repère.

En fondant ainsi l'éducation féminine sur l'idée sévère du vrai et sur l'individualisme, Anne craint l'invasion de l'esthétisme plutôt qu'elle ne la souhaite. Ce qu'il faut, à son avis, c'est former des femmes énergiques, vigoureuses de corps et d'esprit ; elle veut développer la volonté et la fermeté, qui sont des vertus pratiques. Non pas certes que personnellement elle dédaigne le Beau ! elle a donné assez de preuves du contraire ! Elle a aimé un art plein de verdeur et de ragoût ; c'est une fine connaisseuse, une royale protectrice ! elle trouve si naturel le charme des belles choses qu'elle compte bien en transmettre le goût à sa fille. C'est aussi une philosophe accomplie, qui lit Platon, précaution

que négligeaient des platoniciennes plus avérées. Mais elle est persuadée que l'ère de la lutte ne fait que s'ouvrir pour les femmes, et qu'il faut s'armer pour la soutenir. Elle n'incline aucunement à l'utilitarisme germanique; elle ne se contenterait pas des études que préconise Luther, ni du programme de vertu élémentaire qui suffit à Calvin, mais elle n'a pas confiance non plus dans l'idéalisme romain. Le monde nestpas encore assez parfait! Elle salue avec joie l'aurore, elle ne croit pas le jour arrivé. Il faut que les femmes ne s'en tiennent pas au dilettantisme des impressions, qu'elles raisonnent ce qu'elles aiment, et qu'elles veuillent ce qu'elles raisonnenL Qu'elles soient des reines, cela serait à merveille; mais pour le moment il suffit qu'elles ne se laissent pas écraser. Il leur faut de la volonté, de l'esprit de suite et de la personnalité. Voilà un programme assez net. Ces mêmes idées obtiennent en Espagne un succès si vif qu'on ne se contente pas du terme moyen imaginé par Anne de France, et de cette éducation toute morale qui laisserait la fille à la mère pendant quelques très courtes années. Les circonstances pressent, les événements marchent, les idées bouillonnent : on sacrifie une partie des anciens principes, le repos physique et moral recommandé par les médecins, on précipite les enfants dans la fournaise. Les fillettes apprennent le latin en tétant; puis, l'àme expropriée pour ainsi dire au nom de l'intérêt public, elles reçoivent un précepteur, à l'âge oii elles ne devraient apprendre qu'à marcher : il faut qu'à sept ans elles puissent tenir une conversation ^ qu'à treize elles aient lini leurs études et soient en état de se marier.

> De Ratione, 1, 463.

Ce programme, d'une intcnsivité qu'on serait tenté, au premier abord, de croire cliimérique, a été non seulement exposé, mais largement pratiqué par un des hommes les plus en vue de cette époque, Vives, précepteur des lilles d'Isabelle la Catholique'. Vives suivit en Angleterre Catherine d'Aragon, et là, dans un pays d'aspirations positives, il put se croire encore en Espagne, tant il fit fleurir ses idées avec le même feu et le même enthousiasme. Sa ferveur amena une révolution, ou plutôt, comme le disait en riant Erasme, un retournement dans la haute société ; les hommes, qui continuaient à courir les mers et à commercer, tombèrent au second rang, et les jeunes miss, passées au premier, tirèrent à qui mieux mieux d'étranges feux •d'artifice; à treize ans, Jane Grey lisait Platon en grec 2, Marie Stuart prononçait en public son premier discours latin -^ ; à quatorze, la reine Elisabeth traduisait une œuvre de Marguerite de France, le Miroir de rdme pécheresse ; l'esprit de ces enfants ne connaît point de frontières, et le même souffle du nord au sud attise les mêmes flammes. Sainte Thérèse, qui naquit en 1515, est un bien bon spécimen de ses contemporaines. N'ayant plus de mère et appartenant à une famille de douze enfants, elle ne fut certainement l'objet -d'aucun entraînement spécial, elle marchait avec sa génération; or, à six ans, déjà emportée, selon sa propre expression, par « un violent mouvement d'amour », il fallut l'empêcher d'aller en Afrique, pour se faire massacrer et gagner le ciel économiquement. Quelles singulières ligures de filles ! Ce qui pousse en avant, c'est la crainte générale

1 De Ratione, 1,6; Prescott, II, 262. — "^ Rousselot, I, 166. — * Brantôme, VII, 406.

i30 LES FEMMES DE LA RENAISSANCE

qu'on a du mari, Turgence d'arriver en temps utile à un bon état de défense et même de supériorité. Le spectre du mariage se dresse et fascine éducateurs et élèves. Il faut dire qu'à dix ans des personnes telles qu'Anne de France et Marguerite de France ont déjà disposé de leur cœur! De sorte qu'en les accablant de travail, on croit aussi les défendre contre elles-mêmes. « Les cratères de l'Etna, la caverne de Vulcain, le Vésuve, l'Olympe ne peuvent comparer leurs feux à ceux du tempérament d'une jeune personne enflammée par la bonne chère, » s'écrie Vives. Pour mieux éteindre ces volcans. Vives ajoute au régime du travail celui de l'eau et des légumes^ ce qu'il nomme sévèrement le « jeûne perpétuel » de la vie chrétienne ; il défend de danser, il compte sur les études sérieuses pour préserver de la vanité et pour ouvrir à l'emportement des esprits de larges horizons. En somme, il accentue beaucoup plus la note scientifique qu'Anne de France, mais il tend au même but. Gomme elle, il convient, et même très chaudement, qu'il faut marcher droit au mariage, ne se fiant plus qu'à moitié au vieil idéal de la virginité^ ; lui aussi, il a une telle horreur des vains marivaudages^, des mièvreries -^ des romans, de la poésie, de toute sensibilité et sensiblerie, qu'il dispense ses élèves d'apprendre l'italien et le français: il les veut individuelles, énergiques. Mais, en véritable Espagnol, enthousiaste, stoïque, il aime ces natures passionnées. Il ressemble un peu à ce président qui, officiellement, interrompait un avocat trop agressif, et qui, tout bas, lui disait de continuer. Il a pcui' des incandescences, mais il y voit l'instrument de la régénération. Ces petites

• Thibault, p. 84-8:3. — -' Id., p. 19. — "^ Voir à ce sujet Mariéjol, pp. 39 et suiv.

L ÉDUCATION DES FILLES I3l

filles de treize^ ans, rompues à la lecture de l'Ecriture sainte, bardées d'histoire et de morale, de Xénophon et de Sénèque, il les lance à la conquête du monde, pour faire leur métier de femmes; il veut qu'en abordant l'exégèse biblique elles se composent à elles-mêmes une religion philosophique et qu'elles sachent apprécier rationnellement le catholicisme comme la source de justice et de science, et comme la seule panacée sociale .^ Voilà ce qu'il prêche aux filles d'Isabelle la Catholique. Luther a-t-il plus tranché dans le vif, et tracé un programme plus nouveau et plus magnifique?

Achevons de peindre Vives, et avec lui beaucoup de jeunes femmes de la génération nouvelle, en ajoutant qu'il ne dédaigne aucunement la science pratique de cuisine courante, d'économie domestique, de médecine usuelle '. On pourrait croire qu'il n'a de feu que pour la Bible, et il ne manque pas de mauvais plaisants pour jeter la pierre à ses femmes latinistes -^ ; au contraire, il prêche la cuisine, mais c'est au détriment des chiffons et des poupées. « Eh quoi, s'écrie-t-il, une main un peu noire de charbon ne vaut-elle pas une blanche^ main ouverte à tout venant!... » Pour sa joie parfaite, il faut qu'un père ou une mère tombe malade ; alors on verra sa latiniste, en tablier blanc, apporter une tisane qu'elle a confectionnée ellemême, et y ajouter un de ces sourires, grâce auxquels on avalerait une pharmacie. Voilà, d'après lui, le cachet de son système : l'intelligence utile, le dévouement physique et moral'.

' Thibaut, p. 33. — -' De Officia mariti, II, ch. m, p. 623. — 3 « D'une mule qui brait et d'une fille qui parle latin, délivreznous. Seigneur. » (Hourhot, Femines, p. 171. Cf. Leroux de Lincy, Proverbes ) — * T. II, liv. I, ch. m.

L'école italienne s'inspire bien plus directement, du besoin d'idéal ; elle repousse la passion comme dangereuse, et vise à la simple sensibilité. Elle aussi, elle prétend s'appuyer sur des notions de vérité précise, mais plus élémentaires ; et elle ne les donne pas comme des connaissances, parce qu'à son avis le but que doit se proposer une femme n'est pas de savoir, mais de sentir et de juger. Son éducation estavant tout une éducation d'impressions, d'enthousiasme, oii la vérité scientifique n'intervient que pour fournir du lest et empêcher une sérénité exagérée ou une trop grande confiance dans la vie. Douce, élégante, elle conserve comme un arrièreparfum de cette noble ville de Rome, où des prélats délicats et cérémonieux, gourmets, mais non cuisiniers, laissaient l'argent arriver jusqu'à eux par d'immenses aqueducs intellectuels, etse chargeaient de l'écouler en pompeuses cascades. Des mains noires de charbon! un lazzarone en rougirait ! Il n'y a que des princesses en Italie.

Dolce, italien suprême, prend, pour former une italienne, les éléments convenus : chasteté, pudeur, réserve, recueillement, étude suivie (et surtout très libre, sans coupures) des classiques et des Pères de l'Eglise 1, et de tout cela il vous modèlera ce qu'il pourra imaginer de plus doux.

L'oisiveté et la mélancolie, voilà ses deux grandes

1 C'est à un docteur de la haute culture que Renée de France confie ses filles, en la personne d'Olympia Morata, enfant prodige, illustrée par les discours latins et grecs, de la plus grande éloquence, qu'elle prononça à treize ans. A moins de quinze ans, les élèves d'Olympia parurent en état de jouer devant le pape une comédie de Térence. Cette éducation par le théâtre se complétait par de graves lectures d'Ovide et de Gicéron, et un moine grec, connu pour libéral, Francesco Porto, passa sur le tout un dernier vernis. 11 n'y avait rien là d'oisif ni de mélancolique (Rodocanachi, p. 181-183).

ennemies; Tamour, point. Pourquoi éviterait-on de cultiver soigneusement chez une jeune fille la faculté d'aimer, puisque, comme femme, elle y trouvera sa principale ressource? Repousser l'idée de l'amour, éviter même de prononcer le mot, et puis, comme Vives, s'ingénier à créer des dérivatifs à outrance, c'est, d'après Dolce, un procédé naïf et très peu sûr; il vaut bien mieux aborder nettement la question et amortir d'avance les chocs en faisant sucer la substance adoucissante du platonisme, en montrant d'une part le corps misérable, le vil amour terrestre, et, de l'autre, le bel amour divin, éthéré K Les femmes peuvent se perdre par la passion, mais elles peuvent se sauver par la sensibilité,de manière que Dolce les nourrit des classiques du genre : Virgile, un choix d'Horace, Dante, Pétrarque,' Bembo, Sannazar, et surtout, avant tout, Castiglione -. Ses contradicteurs trouvent, à leur tour, ce système un peu hardi ; ils lui reprochent d'aller au-devant du péril, de mettre dans des mains encore très faibles le grand glaive à deux tranchants, qui blesse souvent des mains plus solides... A cette objection, Dolce fait, au nom du Beau, la même réponse que Vives faisait au nom du Vrai. Il croit, lui aussi, qu'une libre éducation est mieux faite pour créer des âmes résistantes, 11 cite, à l'appui de sa thèse, Corinne et mille autres héroïnes antiques, impeccables par littérature, et dans les temps présents, les quatre filles de la reine Isabelle, élèves de Vives •'^; toutes quatre, en effet, également accomplies, et du reste également malheureuses..., mais peut-on raisonnablement leur en vouloir de leurs malheurs?

Ainsi, d'après Dolce, pour les jeunes filles, pas

d'éludés abstraites ou sévères, « drogueries vaines et inutiles, » qui ne peuvent que les assujettir aux hommes. « Il ne faut qu'éveiller un peu et réchauffer les facultés qui sont dans les femmes. » Pour « commander à la baguette », il leur suffira de rester ce qu'elles sont, avec leurs dons naturels K A quoi bon leur apprendre, par exemple, la chronologie exacte et les subtilités de l'histoire? il faut leur apprendre à lire Thistoire, à ressentir dans le récit exact des faits l'impression des émotions poignantes et des combats moraux que l'historien, nécessairement, indique d'un trait plus ou moins léger, et puis à relier les événements dans leur tête, et à en tirer la substance, la haute logique morale. En philosophie, elles n'ont pas besoin de grands principes métaphysiq^aes ; mais il leur importe de comprendre que le malheur existe, qu'il y a partout des souffrances, souvent cachées et cependant trop réelles. La femme conspire avec le ciel ! 11 suffi td'émonder les épines qui la gênent ; elle poussera naturellement vers la lumière, elle pompera, comme une ffeur, le suc de la terre, c'est-à-dire l'amour. Le froment, qui doit être mis sous la meule, pour faire du pain, a besoinde rudes labours ; une belle fleur délicate ne demande souvent qu'un peu de terre et beaucoup de ciel.

Ainsi, en effet, s'épanouirent, presque spontanément, tant de délicieuses Italiennes, heureuses de vivre, joie et félicité du monde, pétries de poésie, d'archéologie, de rhétorique, de philosophie; toutes attiques à treize ans. La floraison fut universelle, sauf sur un point, à Venise, pays demi-germanique, demi-oriental, où l'on s'obstinait à séquestrer les

1 Montaip'ne (qui, d'ailleurs, tire de ces prémisses des conclusions toutes diirérentes).

l'éducation des filles 135

«nfants jusqu'au jour de leur mariage, sans rien montrer d'elles que des paquets de mousseline le dimanche ^ Il ne semble pourtant pas qu'à Venise il y ait eu plus d'anges qu'ailleurs, et on n'a pas réussi à y ressusciter le type, désormais méconnu, des matrones hypnotisées par l'aspect sévère de leur mari et par l'idée de la mort... L'Italie s'est peuplée de fées, qui pensent noblement à tous les hommes, et qui portent admirablement leur double parure : de beaux bijoux et un bel esprit. Bembo l'a dit : « Une petite fille doit apprendre le latin; cela met le comble à ses charmes-. »

Louise de Savoie éleva sa fille Marguerite suivant ces principes italiens, à une époque oîj la France ne les comprenait pas encore; Marguerite fleurit; oUe sut un peu de tout (et même trop), notamment de la philosophie, de la théologie, elle apprit du latin, de l'hébreu, de l'italien, de l'espagnol; mais elle ne savait parler que français^.

A neuf ans, elle était infiniment déliée et faite; à treize, elle inspirait tant d'admiration qu'on la trouvait « plutôt persane que française^ »...

On ne s'aperçut pas tout de suite des inconvénients du système, qui étaient de développer chez les femmes une soit de Tantale, d'exciter la trépidation inquiète, la nervosité, dont les anciens docteurs de l'école de Gerson prétendaient se garer, et que Vives avait cru éviter en tendant les efforts vers un but précis. On ne fut frappé que des avantages immédiats. Erasme gémit, à fendre l'âme, devant les petites filles qu'il rencontre encore dans les Pays- Bas, pauvres êtres ignares, lippues, fortes en chair,

1 Vecellio ; Molmenti ; Yriarte. — - Epistolœ, p. 219. — ^ Lettre de Vergerio. — * Sainte-Marthe, p. 77 ; Hept., éd"" Montaiglon, T, 39, 78, 79.

montées sur de hauts talons pour paraître déjà grandes, bien enjuponnées, harnachées et empanachées de rubans, avec des airs de péronnelles ~ inconscientes : a Je me demande, s'écrie-t-il, si ce « sont des poupées, des singes ou des filles K » m Gomme il aurait voulu secouer tout cela, et y ingur- f giter un peu de grec ou de français, ne fût-ce qu "un peu de latin !

Un homme naïf disait à Marguerite : « Entre les hommes et vous, les fonctions varient, mais les vertus doivent être égales. » Il se trompait : les vertus des femmes doivent être supérieures.

Mais si les femmes se croient appelées à gouverner au lieu d'obéir, ou si du moins elles ne doivent qu'une obéissance raisonnée, si elles ne sont plus la chose encombrante dont un père se débarrassait le plus tôt possible et qu'un homme recevait en toute propriété de corps et d'âme, si elles désirent compter, si on se figure le mariage comme le rapprochement de deux personnes également libres, comme la fin et non comme le commencement de l'éducation, si la femme n'est plus l'élève de son mari et s'il vaut mieux qu'elle arrive toute instruite, une conséquence bien naturelle va s'imposer, quoi qu'on puisse dire ^ ou penser: les femmes se marieront plus tard, elles voudront choisir de même que les hommes, et poser leurs conditions, elles s'imagineront ainsi être plus libres et probablement faire une meilleure affaire, car elles sont devenues femmes d'esprit.

On eut la bonne fortune de découvrir qu'en somme Lycurgue préférait le mariage à vingt ans, de sorte que, dans les familles les plus aristocra-

1 Cfu'istiani Matrimonii institutio : De Piieris. — -' Bouchet^ Epistres, {" 24.

tiques et les plus traditionnelles, on se résigna parfaitement à attendre jusqu'à dix-sept ans \ et que les personnes hardies trouvèrent « moderne » de se marier beaucoup plus tard ; Marguerite de Savoie ne se maria qu'à trente-sept ans.

Cette réforme si importante n'aboutit pas à créer tout à fait ce que nous sommes convenus d'appeler la « vie de jeune fille ».

La théorie italienne a beau enguirlander la vie et conserver l'heureuse ignorance des problèmes physiologiques, il n'était pas facile à une Française d'aller jusque-là et de garder cette belle innocence-, étant entourée de gens qui appelaient les choses par leur nom ^ avec aussi peu d'idéalisme qu'au temps où elle naissait toute mariée.

La vie de jeune fille n'était pas la douce fiction qui permet toutes les espérances et dissimule les réalités ; c'était plutôt un apprentissage : et après tout, puisque la femme doit remplir dans l'humanité une mission personnelle, qui consistera à remettre à neuf, à recoudre les cœurs, il semble qu'elle ait autant besoin de cet apprentissage qu'une blanchisseuse ou une couturière.

L'art ne peut mieux s'apprendre que dans la condition virginale^.

Dès lors, il devient exact de dire que les jeunes filles reçoivent la même éducation que les hommes ; seulement, elles la reçoivent plus complètement, puisqu'elles débutent plus tard dans la vie.

D'abord, elles ont des professeurs hommes, ou

1 Retardons Vàge du mariage, s'écrie M. Legoiivé, « si nous voulons les jeunes filles libres dans leur choix et libres dans leur vie ». — -i Sur les avantages de ce vieux principe, voir le remarquable livre de M-"" la Y''"'' d'Adhémar, pp. 209, 211, 184. — s Le Gautier, p. 380. — * Erasme, Dialogue matrimonial.

même un précepteur *. Marguerite de France n'eut que des précepteurs, comme son frère : singulière anomalie, dans un temps où les femmes se piquaient d'en remontrer aux hommes ! nous ne chercherons pas à l'expliquer. Les humanistes les plus admirateurs de l'esprit féministe ont horreur des institutrices-, et ^'admettent pas qu'on discute le monopole d'enseignement ; même en Espagne, pays des femmes savantes, Vives tient à un enseignement masculin-'.

Le rôle de précepteurs de femmes n'est pourtant pas bien achalandé ; il échoit souvent à des personnages d'ordre plus ou moins secondaire^, qui le prennent assez gaiement, et jusque dans des maisons princières on a quelque peine à y retenir un homme sérieux"*.

Ces jeunes gens se transforment volontiers en amis et en camarades ; Brantôme les accuse de mille travers et va jusqu'à les comparer aux médecins et aux apothicaires^^; on en a même vu, parait-il, enlever leurs élèves, mais il faut croire que c'est pur accident, et que leur gaîté prend ordinairement un tour plus délicat. Eustorg de Beaulieu rappelle en riant à une de ses élèves, maintenant mariée et grave mère de famille à Tulle, le temps oii

1 Dolce, Dialogo, p. 17. — - Prspter naturam est, feminam in masculos habere imperium (Erasme). « Je permets à la femme d'apprendre; d'enseigner jamais » (Brunonis Opéra, Parisiis, 1524; in Timoth., II, ch. ii, p. 389, cité par M. Thibaut). — ^ II dédia à son élève son De Ratione studii puerilis et son De Institut ioiie feminae clirislianse. Il écrivit, en 1526, un livre sur les questions sociales : De Suboentione pauperu/n sive de humanis necessitatibus. Il prit le parti de Catherine d'Aragon lors de sa répudiation et, par suite, fut obligé de quitter l'Angleterre. C'était un catholique libéral, très anti-luthérien (Thibaut, Quid de puellis instituendis senserit Vives). Sur Vives, voir Historisches Jahrbuch, b. XV, h. II. — i Luzio, p. 215. — ^ Luzio, p. 188. — '^ IX, 566, 543.

elle rêvait de sa leçon, et où elle disait qu'elle aimait mieux aller au clavecin qu'à confesse ^ Une autre de ses élèves, la jeune Hélène Gondy, de Lyon, l'appelait plaisamment <( son Hector » ; il acceptait, mais à condition expresse de ne pas mourir bêtement pour elle, comme « l'autre Hector- ». Une troisième, M"^ de Tournon, se mit en tête de faire un évoque de ce brave professeur, si jovial et si aimable ; cette fois, Eustorg se mit en travers et déclara carrément qu'il se sentait le crâne trop épais -^

On suivait donc le conseil de Dolce ; la mélancolie était bannie. Mais je ne sais si on distinguait d'une manière transcendante les deux espèces d'amour, ni si les jeunes maîtres possédaient l'art exquis de ne faire lleurir que la chimère et la douceur. En France et ailleurs, à ce qu'il semble, ils traitaient plutôt leurs élèves virilement, par la bravoure des idées ; c'est du moins l'impression que nous laisse Erasme dans ses dialogues : la Jeune Fille et r Amoureux ^ U Adolescent et la Courtisane. Brantôme leur reproche une certaine tendance à se servir particulièrement des passages scabreux de la Bible ou des auteurs, pour enseigner la théologie et le beau langage.

Les jeunes filles arrivent ainsi à une parfaite indépendance d'esprit. On ne peut même pas les comparer aux Américaines actuelles, car leur vieux fond français encore vert et presque un peu sauvage se mélange étonnamment de quintessences italiennes. Beaucoup d'entre elles, à partir d'un certain âge, vont mener grand train leurs études, Pétrarque, Erasme leur paraissent un peu eau claire; elles préfèrent travailler avec le Pogge

» Rondeau LXIX. — 2 Rondeau LXXXVII. — » Rondeau LIV.

OU Boccace. Les conversations sont intrépides i. Ah! il n'y a pas à se gêner avec elles ! On s'amuse forme.

Elles se jettent sur Jes romans, les nouvelles, les comédies^; il leur semble que ces belles intrigues, ces passions échevelées constituent la vie idéale ^. Ce sont des demi-vierges. « Avec tous ces romans lascivieux, vous n'aurez virginité entière ^. »

Dire l'indignation et la douleur des gens de vieux style à ce spectacle est chose impossible^. « J'aimerais mieux, crie Vives, voir une jeune fille sourde et aveugle que surexcitée ainsi comme à plaisir. » Si encore on alléguait des satisfactions artistiques !... Mais tous ces romans ne ressemblaient guère aux fines analyses modernes, qui sont quelquefois des chefs-d'œuvre de philosophie ; c'était un tissu d'aventures plus invraisemblables les unes que les autres. Vives ne comprend pas comment, ne fût-ce qu'au simple point de vue du goût, des jeunes filles de bon sens peuvent se passionner pour des choses si extravagantes, un chevalier mort et qui ressuscite à la page suivante, un homme qui massacre cent ennemis à lui tout seul. . . , et comment on peut prendre pour un demi-dieu l'auteur de pareilles billevesées. Il prie en grâce les mères d'intervenir, de se donner la peine de parcourir un livre avaut de le laisser à leurs filles ; mais les mères ont l'habitude de vivre de leur côté, et puis une femme du monde a tant d'occupations I II supplie les prédicateurs, il s'indigne presque de les entendre pompeusement aligner des phrases sur le dogme,

1 Straparole. — - Agrippa, />e Vcuiilale, ch. lxxi; Marcouville, Becueil, p. 112. — 3 yivès, IV, 86-87; II, 659. — 4 Bouchet, Epistres, f" 27 v». — •> Erasme, ChrisL Matrim., V, 594, 598 : Vives, De Instilulione, liv. I, ch. xiii, p. 686.

l'éducation des filles lil

au lieu de s'attaquer hardiment aux questions vivantes, et de faire leur procès aux lectures absurdes ou perverses'. Mais les prédicateurs continuent à prêcher.

Anne de France voit les choses plus froidement ; elle comprend bien qu'il faut quelquefois sortir des Pères de TEglise, ne fût-ce que pour y rentrer, et elle ne désespère pas de trouver une solution pratique. Son rêve est bien simple, c'est le rêve qu'on continue à faire et qui est toujours un rêve : avoir de bons romans pour les jeunes filles, des récits honnêtes, droits, remplis de la philosophie pratique de la vie, et en même temps intéressants, dramatiques, émouvants. Elle nous a même laissé un spécimen, un peu archaïque, de ce qu'elle désirait : c'est un roman historique, brodé sur un passage de Froissard. Il s'agit d'un malheureux capitaine de Brest, M. Du Ghàtel, dont les Anglais, avec une mauvaise foi insigne, menacent de tuer le fils, s'il ne leur rend pas la ville. Ce sujet, éminemment patriotique, donne lieu à un petit récit, court, simple, agrémenté d'un nombre suffisant d'images, et réellement inofTensif. Au début. M"''' Du Chàtel s'évanouit : puis, c'est elle, au contraire, en vraie femme, qui a toute la force et qui soutient son mari tremblant par des mots de matrone romaine, ou de superbes appels à la miséricorde divine, (( quoique, dise-t-elle, les enfants soient avant tout fils et hlles de leurs mères ». (Jetée là au passage, combien cette timide revendication est touchante!...) L'histoire se continue ainsi parmi des alternatives de force et de faiblesse. Au sortir d'un long évanouissement, la pauvre mère apprend la mort de son iils : « Que la volonté de Dieu se fasse ! dit-

i Délia institutione, f" 19 v.

elle sans une larme; que x\otre-Seigneur ait son âme ! » Et elle va prendre le deuil, et, une fois seule, elle pleure* !...

Voilà un roman de jeunes filles.

Malheureusement, à dix-huit ou vingt ans, on ne vit plus d'intellectualité, et, en somme, bons ou mauvais, les romans finissent par pâlir à côté d'un certain roman pratique, oii il faut bien jouer son rôle et qui réclame toute l'attention.

Non pas assurément que les jeunes personnes en arrivent à se dorer la pilule et à modifier l'idée première du mariage ; au contraire, plus elles la raisonnent, plus elles pèsent le fort et le faible dans une aussi juste balance que les hommes. Très souvent, des princesses de sangroyal ont aimé de simples gentilshommes, ou même moins : jamais elles n'en ont épousé. On sait trop qu'amour et mariage sont deux termes différents, et que certains vieux livres, conservés dans les bibliothèques, soutiennent encore que les femmes mariées, (( ayant ce que les pucelles semblent chercher 2, » doivent rester au logis et ne plus s'exhiber pour le plaisir d'autrui ^, ni même pour le leur. Autrefois, une fille de dix ans, comprimée et renfermée, pouvait se figurei' le mariage comme une source de « liberté et de plaisir'^ » : ces biens, maintenant qu'on les a, on tient à les garder. Certes, il faut savoir gré aux hommes de vous apporter leur nom et leur fortune, mais il y en a de si bizarres! on ne saurait prendre trop de précautions. Tel bon jeune homme, d'aspect très doux, peut se transformer en mari insupportable.

C'est donc avec une sagesse mêlée de dilettan-

^ Epislre consolatoire, à la suite des Enseiqneinents. — - Changj', p. 211. — 3 Bouchet, les Truitnp/ies, f" 16. — ^ Madeleine des Roches.

tismo que ces Américaines du xvi'' siècle partent à la conquête de la Toison d'or. Peu empêtrées de parents qui se croient quittes le jour où ils ont versé une dot, elles sentent combien il est agréable d'agir pour son propre compte, de se faire voir, de causer, rire, danser, caracoler*, de vivre, en un mot, sans rien demander à personne. Pourtant, la délicatesse et l'onction latines se trahissent par des préjugés ; tirer de l'arc, se plastronner à l'escrime ou simplement se faire photogi'aphier en naïades, on n'a pas encore ces ressources ! Les pauvres filles ne triomphent que par la grâce, par l'enthousiasme, bien latinement, quitte à perdre çà et là un peu de duvet.

Les douairières poussent des cris : comment ! se jeter ainsi à la tête des hommes ! quel scandale! et quelle sottise! Croit-on donc les hommes assez stupides pour ne pas tenir compte des qualités sérieuses ? Pour s'amuser, oui, on aime ce genre-là ; pour se marier, non ; c'est Gendrillon qui attire les princes charmants. Anne de France cite à ce sujet un exemple : trois jeunes Allemands, fleur de distinction, arrivèrent un jour du fond de leur Sibérie, dans l'unique but d'épouser d'un seul coup les trois demoiselles de Poitiers, dont on disait merveilles. Ce fut un désastre, quand ils se trouvèrent, chacun pour leur compte, en face de chacune de ces demoiselles. La première s'était tellement serré la taille qu'elle pensa tomber inanimée dans les bras de son interlocuteur, qui s'en trouva extrêmement gêné ; la seconde parla en vraie linotte ; la troisième étala un peu naïvement une sentimentalité à la dernière mode : si bien que, sans s'être donné le mot, les trois Germains se retrouvèrent botle à botte sur la route

i L. Labé ; Luzio, p. 6.

de la Germanie. Et Anne conclut avec raison : <( N'aurait-il pas mieux valu conserver une allure pesante • ? »

Reste à savoir si l'allure pesante serait raisonnable, et si une princesse, même de haut parage, peut se donner le luxe d'attendre au coin du feu que riiomme de ses rêves veuille bien apparaître. Malheureusement, on croit le contraire. On a remarqué que, si les hommes n'épousent pas souvent ce qui leur plait, ils n'épousent pas toujours ce qui leur déplaît. Voilà simplement pourquoi la flirlation s'impose.

L'art du flirt esl fort raffiné, et cependant on ne saurait croire combien il a fallu peu de temps pour le mener à la perfection. Tout le monde s'en môle : les princesses même veulent se figurer qu'elles choisissent...

La jeune fille fait ses débuts dans le monde de deux façons. Si elle n'a pas de mère, ou si ses parents trouvent avantage à se séparer d'elle ~, il y a en France un usage patriarcal, et tout à fait particulier 3, qui consiste à se mettre au service d'une « dame » ou « damoiselle » de bonne réputation. Cet usage passait pour si bon, qu'Anne de France avait recommandé éventuelle aient à sa fille de s'y conformer, bien que l'héritière du duché de Bourbon n'eût certes pas besoin, pour se faire valoir, d'entrer au service de quelqu'un '*.

Anne elle-même et Anne de Bretagne tinrent ainsi des « écoles de mœurs », sorte de pensionnat mondain, oii les jeunes gens ne parlaient aux jeunes filles que genou en terre, à l'ancienne mode^, et dont la sévérité un peu conventuelle ^ paraissait

1 p. 39-40. — - Les La Trémoille pendant cinq siècles, III, 216. — 3 Montaigne. — ^ P. 14. — •• Billon, p. 56 v". — ^^La Vauguyon, I" 32.

atlénuée par J'idée qu'une si bouue place et une vertu si bien garantie ne manqueraient pas de tenter les épouseurs les plus difficiles. Mais celte institution, qui devait servir de réserve contre les mœurs nouvelles, suivit, au contraire, le cours de ces mœurs ; V « escadron volant » de Gatlierine de Médi- <îis, comme on l'appelait, perdit tout à fait la forme de pensionnat, et s'acquitta de son service à la hussarde. Le plus souvent, c'est à côté de sa mère qu'une iille part à la découverte du mari. Les procédés de conquête varient tellement qu'on ne nous demandera pas d'en débrouiller les principes. Toutes ces jeunes filles rivalisent de chic. Elles ne parlent pas à leurs mères sans bêler: « Madame ma mère, » ou sans dire : « Sauve votre gTàce, Madame, » d'une manière décente et bécasse'. Beaucoup montrent leurs dents à chaque instant ; elles rient de tout, d'un mot, d'une mouche, d'un monsieur à qui il manque des cheveux -... Comme l'une rit, les autres rient, et on trouve cela très spirituel. Elles s'entendent à « posément conduire leurs yeux verdz, pleins de doulceur, ni peu ni trop ouverts '... » Elles portent de belles robes, monumentales, et qui néanmoins, par un prodige d'habileté, semblent plutôt accompagner que vêtir le corps. Quelques personnes âgées (Vives par exemple) prennent au trafique leurs doigts chargés de bagues, leurs oreilles percées (barbarcment, n'est-il pas vi'ai ?) et ces fins, ces légers coups de pinceau qui font façade sur le visage, et ces parfums subtils qui sortent on ne sait d'où ; elles voient là une erreur et même pis, une sottise; elles accusent vivement les mères, elles leur reprochent une foule de choses, de tarir la bonté et la charité naturelles de leurs filles, par

1 Erasme, V, o94. — - Vives, liv. I, cti. xi, — 3 UAmye de court.

des habitudes de dépense, et de pousser à un faux luxe, vulgaire et clinquant, qui n'est ni beau nr vertueux, et qui n'exerce aucune action matrimoniale, — du moins, on l'espère, car ce serait unegrande imprudence de s'écarter ainsi de la réalité, et de préparer un mariage par du fard ou par defaux appâts 1.

Mais les mères de famille sont des femmes élégantes, habituées à briller, et qui n'y voient aucun mal; puis, elles sont trop bonnes mères, en somme, pour ne pas souhaiter du succès à leur progéniture, et pour ne pas applaudira un vol hardi. Elles rêvent, elles aussi, d'un prince charmant, elles s'enthousiasment, et cet enthousiasme s'aligne clairement dans leur tête sous la forme d'espérances positives. Le père, lui, devient maussade et ne considère que la mise de jeu : il est de l'avis desdouairières, et il estime assez les hommes pour les croire surtout attentifs aux qualités sérieuses ; si bien qu'afin d'arranger une bonne fois cette perpétuelle querelle de ménage un grand plaisantin, Goquillart, propose d'habiller les jeunes filles en robes mi-parti père, mi-parti mère.

Lorsqu'une jeune fille sait bien se lancer, certaines mères sont prises d'une sorte de fanatisme ; nous avons tort de dire fanatisme ; en réalité, c'est un nouvel accès de la bonté et du besoin de se dévouer dont les femmes sont possédées, car, si

1 Vives, liv. I, ch. viii; Thibaut, p. 38.

« Nil est simplicitate prius.

Hœc placct ; haud ulla est quaesitte gratia formae

Quae studio peccas, simplicitate places, Nulla est ornandi, nulla est, mihi crede, parandi Gloria, natune est forma, nec artis opus ; Ars odio digna est, ubi nullo fine tenetur. »

(Pontanus, De Amore conjugali, p. 50 x".}

elles rofléchissaiont, elles se rendraient bien compte que personnellement elles n'ont rien à gagner à un mariage brillant de leur fille.

Quelques-unes poussent le dévouement jusqu'à la servilité, elles s'effacent, elles marchent par derrière, avec la tenue et la componction de femmes de chambre. Voilà une bonté que les femmes d'autrefois n'auraient pas comprise. Anne de France suffoque, rien que d'en parler. Elle a commandé des armées, bravé des diplomates, joué avec les hommes, maté les parlements, mauié des Etats Généraux, remué tout son pays, jamais elle n'a été émue ; mais ici elle perd son sang- froid : « C'est

besterie c'est oultrecuidance à la fille, et à la

mère parfaicte foUiei !... »

Baisers, caresses, secrets rendez-vous, cadeaux, billets doux, envois de rondeaux ou de ballades, œillades, chansons plus que gaies, tout fait du flirt français une œuvre exquise et d'un charme essentiellement capiteux'-. La bonne demoiselle pudibonde, qui baisse les yeux dans la rue, ne s'effarouche pas du tout, entre hommes, d'une plaisanterie un peu gauloise :

« Aucunes sont, qui, eu humbles manières, « Avec les folz jouent leurs jarretières^. »

Le soir, « à la chandelle, » dans le recoin des grandes cheminées, jeunes gens et jeunes filles s'assoient sans façon sur les genoux les uns des autres, pour rire et bavarder. Les personnes qui n'en sont plus là ont de plus en plus de peine à se faire à ces ébats virginaux. Jean Bouchet les peint avec émo-

i p. 118. — 2 Bouchet, EpistresJ" 27 v": les Triumphes, f° 52 v°; le P. Ghérot, p, 539, etc. — ^ Bouchet.

tion, dans son livi'e les Regnars traversant les voies périlleuses, à une époque où c'était encore l'enfance de Fart. On pardonne assez volontiers aux jeunes hommes ; ils trouvent une occasion de s'amuser, ils en profitent : du reste, ils jouent le rôle passif. Mais les jeunes filles! comme elles s'aventurent, avec quelle gaillardise elles écornent, au moins de cœur, ce qui leur reste de demi-virginité ^ !

Ce serait une erreur de supposer qu'à force de flirt l'élément de l'amour finira par s'introduire dans le mariage. Ces demoiselles ne se soucient point de glisser dans le ménage le principe de l'amour terrestre, c'est-à-dire un germe de divorce. Leur idéal consiste à s'éprendre d'un homme riche et bien posé, et, en cela, il a un caractère respectable et rassurant. A ce moment, les jeunes filles travaillent pour leur propre compte, comme, plus tard, elles devront travailler pour l'humanité. M. Bourget a retrouvé, en Amérique, les diverses variétés du flirt du xvi*' siècle : la professional beautij^ beauté grecque ; la jeune fille à idées, ou candidat-programme; la jeune fille bon garçon; l'équilibrée ou philosophique; la coquette; l'ambitieuse ; toutes sont ambitieuses et un peu coquettes, et même la philosophique ne met l'idéal qu'au second plan.

Mais voilà qu'au milieu de ce charmant manège de coquetterie et de simple sensibilité la passion quelquefois éclate, la passion, ce grand péril des races latines, et cette grâce éternelle! On avait bien cru dominer le cœur par le calcul, ensorceler l'amour par la philosophie ; ils brisent leurs liens! Et ici les rôles ne sont plus tels qu'on voudrait les distribuer : cette génération va gâter le platonisme ! Sou-

^ Ghatnpier, le Gouvernement de mariarje^ ch. xix.

vent, c'est la femme qui, au lieu de faire fonctions d'idole, va aimer. Les Françaises, les Espagnoles portent dans leurs veines terribles un sang qu'elles ne parviennent pas toujours à maîtriser, le vieux sang des chevaliers ou des campagnards; elles se meurtrissent aux mailles invisibles de la vie moderne.

Presque infailliblement, au second acte, on voit entrer en scène la soubrette, la « confidente » des tragédies, bonne âme, indulgente b tous comme à elle-même, dévouée, et pas plus sotte qu'il ne faut, bien persuadée que toute intrigue présente un avantage*. La mère a ses affaires, sa dignité, qui l'enipôchent de rien savoir, tandis qu'avec une soubrette ce sont des conversations intimes, une ouverture réciproque de cœur, une étude en commun des choses de la vie-... ! Heureux encore si quelque valet en herbe, admis sur la foi de sa mine naïve, n'ajoute pas son mot-^ !

Sainte Thérèse se lança ainsi magistralement dans les remous de l'existence à l'aide d'une soubrette, dès l'âge de quinze ans. Son père la fit mettre au couvent, mais les murailles ne l'arrêtèrent pas; elle fit je ne sais quoi, elle perça les toits, elle souleva les grilles... Il fallut l'expédier dans un site sédatif, chez un oncle plein des Pères de l'Eglise, et tout à fait digne de Vives ; elle revint de chez lui avec une passion religieuse, elle s'évada encore une fois, ce fut pour entrer au Carmel par la fenêtre. Elle avait à ce moment dix-huit ans, et ses épreuves, ses résipiscences, ses révoltes ne faisaient encore que commencer; il fallut dix-huit autres années de lutte

' Pérégrin. — - Cornélius Agrippa ; Anne de r>ance, p. 83 , Vcgio, liv. III, ch. VIII ; Vespasiano, cité par Miïntz, 1, 12, etc. — 3 Veiîio.

pour que ce caractère, plein de tempêtes, arrivât à se fondre dans la douceur définitive...

Malheureusement, les amourettes de jeunes filles ont quelquefois des conséquences plus graves. Le théâtre, le roman nous montrent des passes assez fâcheuses ; dans une comédie de Parahosco, la mère arrive un peu en retard.

Gaies, bruyantes, lancées dans la vie i, les pauvres enfants ne prétendent pas à des vertus viriles que les hommes n ont pas-. Est-ce leur faute, puisqu'on les a élevées comme des hommes ?

Si elles se trompent, ce n'est pas perversement, c'est comme un jeune oiseau, battu par l'orage à sa première sortie : pour ne courir aucun risque, il ne faudrait jamais sortir, comme le voulaient les primitifs éducateurs"^.

Au xvi" siècle, il y a des braves gens qui désireraient encore que les jeunes iilles redevinssent sourdes-muettes, qu'elles constituassent « Notre- Dame garde et concierge de leur cœur^ ». Mais ce langage-là n'a pas grand succès.

Les conseillers avisés, les prédicateurs pratiques, qui prêchent des retraites et qui connaissent le monde, s'adressent aux jeunes filles elles-mêmes, et cherchent à toucher la libre de l'intérêt. Le grave Jean Raulin, du haut d'une des chaires les plus élégantes de Paris, leur tient le raisonnement suivant : « Epouser une veuve, soit ! Pas d'éclat, pas d'anneau d'or, pas de bénédictions, mais enfin c'est un mariage ; tandis qu'une pseudo-jeune fille qui se présente à l'autel !... Ah! Mesdemoiselles,

^ Vegio; Vives; Sonqe doré. — 2 jtjjfo admire sincèrement les princesses qui arrivent au mariage avec une vertu indemne {De Principe, ch. xxix). — -'■ Cf. Vegio, liv. III, ch. xv-xvi. — ^ J. Bouchet, Epislres, f° 27 v°.

l'éducation des filles 151

gardez votre pureté jusqu'à l'heure des épousailles matérielles ou spirituelles ! C'est le trésor précieux qu'il faut à tout prix sauver, et pour bien des motifs : à cause de la fragilité humaine, selon le mot de la quatrième Epitre aux Corinthiens : « Nous avons ce trésor dans des vases bien minces; » à cause de son inappréciable valeur, selon le mot de l'Ecclésiaste, chapitre xxvi : « On ne saurait estimer à son vrai poids une àme continente ; » à cause de lïrréparabilité du mal, selon le mot de saint Jérôme : « Dieu peut tout, sauf refaire une vierge après sa ruine'. »

Souvent on se prend à regretter la vie des champs, -et on s'imagine que la fidélité à un système d'éducation plus énergique aurait donné de meilleurs résultats. Certainement, il aurait mieux valu faire des femmes franchement passionnées que coquettes, ou purement mondaines. Mais il suffit de jeter un regard de bonne foi sur la vie des campagnards pour s'assurer que l'utilitarisme n'élève pas les mœurs. Oui, vues de loin, les mignardises champêtres paraissent toutes d'amour et de cristal : vaches •et cochons se rencontrent au pré ou sur la foire; les fiancés se rencontrent, de même, à l'église, à la <lanse, à l'issue de ces soirées d'hiver, si honnies <les prédicateurs ! que dis-je, chaque soir et chaque matin, si le cœur leur en dit ; et on peut se faire de petits cadeaux, et s'envoyer racler de la viole ou pincer de la guitare ^, sans que personne y trouve à redire, sauf peut-être un rival, avec qui on est quitte pour quelques coups de poing, tout au plus un coup de couteau. Une jeune fille du monde, croyez-le, ne détesteraitpasqu'on échangeât pour elle quelques bons coups de sabre, elle a une tendance

' Sermones dominicales, f" il, ch. ii, — - JJ. 232, f° 1 v°.

à trouver l'existence trop claire. Reste à savoir si c'est réellement élever la vie que la ramener ainsi à ses éléments primitifs ^ Les idéalistes ne le pensent pas.

1 Voir not. JJ. 230, 181, 133, 43v°. sev": Zio 18. etc. JJ. 230, 150 v : 234. 147 v°, 43 v°, 133: 233. 58 v»: 233. 80: 231, f» 169. Eust. de Beaulieu, Sermon nouveau; JJ. 231, 164 v°.

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