HELENE
(les BrvEiRS d'eaij)
Charmante chose que le commerce!
A force de travail et d'esclavage, de nuits sans sommeil et de jours sans soleil, on en arrive à se faire une espèce de petite position; on met de côté quelques gros sous, et l'on se dit un beau matin, ou un beau soir, l'heure ne fait rien à l'affaire: « Pardieu, je vais me reposer un peu et respirer, comme tout le monde, le grand air du bon Dieu!»
Te reposer! Tu comptes sans ton hôte, mon maître!
Et ton hôte, c'est le diable; le diable qui, chez tout commerçant, grand ou petit, possède une chambre d'ami.
Etmessire Satanas, comme on dit dans les romans moyen âge, fait tant et si bien, que tout d'un coup, sans rime ni raison, les atîaires ne battent plus que d'une aile; puis elles tournent mal, très-mal, extrêmement mal, et bientôt, sans savoir ni pourquoi ni comment, l'infortuné négociant se trouve avoir sur le dos la corporation entière des huissiers, ce qui est gênant en diable et mal commode au possible.
Ces officiers ministériels sont, au reste, d'une politesse exquise: ils vous inondent de cartes de visite. Avec un peu de bonne volonté et du feu dans la cheminée, l'on peut, grâce à eux, se croire perpétuellement au premier janvier.
Naturellement, les assiduités des amis et connaissances, des confrères et surtout des parents, deviennent plus rares, au fur et à mesure que les visites des huissiers se font plus nombreuses.
Ces visites se multiplient bien vite à l'infini. C'est une procession infernale, une sorte de reproduction de la danse macabre. Et le pauvre gueux de débiteur paye seul les violons. C'est son droit!
Englouti sous une avalanche de papiers on ne peut plus timbrés, dont le coût est toujours plus cher qu'au bureau, notre homme perd le peu de souffle qui lui restait... Alors il fait faillite...
Ou bien il se brûle la cervelle... Une vilaine manière de payer ses dettes, qui ne prouve pas grand'chose et ne satisfait pas grand monde. Mais cette méthode-là est aujourd'liui peu suivie.
Heureusement! Le suicide est, à notre sens, une absurdité, et qui plus est, une absurdité prétentieuse.
Ah! si l'on était un peu immortel, si seulement on était certain à l'avance de vivre plusieurs siècles, faire le sacrifice de sa vie signifierait quelque chose; mais se tuer lorsque, du jour au lendemain, l'on peut mourir de sa belle mort, lorsque, dans tous les cas, à un moment donné, il faut en finir avec la vie, si longue que Dieu vous la fasse, u'est-il pas grotesque, idiot et, — nous le répétons, — prétentieux de se loger une balle dans la tête et de faire tant de bruit pour si peu?
Se suicider, c'est aussi bête et aussi peu utile que de payer son loyer avant le terme.
Cette opinion était celle de M. Denis-Désiré Bridoux.
Ce brave homme, — c'était un brave homme. Il y en a... par-ci parl^l^ — ce brave homme, disons-nous, était venu à Paris avec quatorze francs dans sa poche. Avec cela, il en était arrivé à faire sa fortune et à remuer un nombre illimité de millions.
Bridoux était un ancien entrepreneur de travaux publics, et ses affaires allaient comme sur une multitude de petites roulettes.
Il faut dire que le bonhomme se donnait un mal de tous les diables. Jamais de distractions, jamais de plaisirs pour lui ou pour les siens.
Le travail, toujours le travail. Pendant sa vie, Bridoux n'avait jamais mis le pied dans une salle de spectacle ou dans un bal.
Sa femme et sa fille avaient dû suivre son exemple, et l'avaient en elTet suivi sans plaintes, sans regrets, sans envie.
Bridoux, — c'est ici que l'influence diabolique dont nous parlions plus haut commence à se faire sentir, — Bridoux avait un associé.
Dr, dans les affaires, quand sur deux associés l'un est un très-hon-