VIII HENRY MURGER
dernier asile. Aussi une femme du peuple voyant de la chaussée passer l'interminable cortège, dit-elle : « C'est le convoi de quelque richard! »
)) Beaucoupd'étudiants, se souvenant que Mùrger avait chanté le Pays latin, suivaient mêlés aux gens de lettres et aux artistes.
» Un temps sombre, un ciel estompé de brouillard, une terre détrempée ajoutaient à l'impression lugubre, et la nature, souvent ironique, semblait cette fois partager la tristesse des hommes.
» En présence d'une foule muette et recueillie, groupée autour de la fosse ouverte, MM. Edouard Thierry, président de la Société des gens de lettres; Raymond Deslandes, de Ja commission des auteurs dramatiques; Auguste Vitu, du Constitutionnel, ont prononcé des discours où le talent et le caractère du mort étaient appréciés avec une vérité sympathique, ne sentant en rien les hyperboles de l'oraison funèbre. »
Dans le lointain, au milieu des tombes, des femmes voilées, vêtues de noir, étouffaient leurs sanglots et ne pouvaient dissimuler leurs larmes.
Le lendemain de ces tristes funérailles, le Figaro s'est hâté d'ouvrir une souscription pour élever un monument à la mémoire de Mûrger. C'était une belle et bonne idée; et chacun voulut y participer. Une commission va décider quel sera le monument élevé à l'auteur de la P'ie de bohème.
« Nous voudrions que son tombeau fût placé à Marlotte, dans ce joli site qui était sa résidence de prédilection. Nous voudrions que ce fût une pierre sans prétention, sans autre ornement que l'inscription funèbre, et qui serait suimontée du buste de Mûrger. »
Telle est l'opinion du Figaro, telle est la nôtre. •
Pauvre Mûrger! c'est à Marlotte que s'éleva ta première maison, c'est à Marlotte que s'élèvera peut-être la dernière demeure.
Adieu, poète! adieu! Ta place restera longtemps vide au milieu de nous... Mais non! tes œuvres vivifient tes cendres, et nous serons morts depuis longtemps, que nos fils et nos pctils-fils rediront ton histoire aux Musettes et aux Mimis de l'avenir.
LÉON Reauvai.let. — Lemercier de Nel'ville.