LA COMTESSE
MARIE DUCIIATEL
La brillante et aristocratique individualité féminine qui, jeune fille, au milieu des admirations suscitées , le soir de son contrat de mariage , par les trésors de sa corbeille de noces, s'écriait : « Pour moi, le plus beau diamant ne vaut pas un cheval de race..., » fait partie de droit de ma galerie. Sportswoman de sang et de moelle, la comtesse Duchâtel, soit qu'elle suive une chasse à courre avec une bravura superbe, soit qu'elle conduise son attelage de doubles po-
neys , déploie une connaissance de l'art hippique qui n'a plus de secret, une science du cheval qui la classe parmi les écuyères consommées. Aussi son écurie est- elle tenue avec autant de soin que son salon et, à l'instar de feu le comte de Gastellane, pourrait-elle y faire dîner ses hôtes, sans que ceux-ci s'aperçussent qu'ils aient des bêtes à quatre pattes pour témoins des exploits de leur fourchette.
La comtesse Marie Duchâtel est fille du feu comte d'Harcourt, qui fut ambassadeur de France en Suisse, et d'une Saint- Priest. Vous savez que les d'Harcourt appartiennent à la race de ces Normands qui ont conquis l'Angleterre et comptent encore au delà du détroit une branche de leur famille. De là peut-être l'origine des goûts sportiques de leur descendante. En possession du duché-pairie d'Harcourt depuis 1709, cette illustre maison compte quatre maréchaux de France, deux grands maîtres des eaux et forêts, un amiral, des ambassadeurs, que sais-je encore? C'est un de ses membres, Raoul d'Harcourt, conseiller de Philippe-le- Bel, qui fonda le collège auquel son nom fut longtemps attaché, et appelé aujourd'hui le collège Saint-Louis.
LA GOM rESSE M \U1I. DUCHATEL «il
Notre sporlswoman a épousé le comte Napoli Tanneguy-Duchàtel, frère de la duchesse de la Treille el fils du feu ministre de Louis-Philippe el d'une femme éminente par les qualités de l'esprit et du cœur, dont le salon, roi au faubourg Saint-Germain pondant près de trente ans, n'a pas encore été remplai é.
En mettant le pied sur la première marche du perron à l'italienne de l'hôtel Duchâtel, rue de Varenues, on entrait en pleine société orléaniste. « Les princes... » là étaient dieux.
La haute bourgeoisie, la grande propriété, l'Institut — surtout la section des sciences morales et politiques— avaient leurs grandes et petites entrées «huis ce salon, justement surnommé par M. de F... « les pommes de terre » du faubourg.
Il semblait, en effet, une succursale fondée par les membres du Cercle agricole, à l'usage de leurs femmes et de leurs filles. Les concerts même de cette maison hospitalière aux arts et où un temple de verdure et de fleurs avait été élevé à la Source d'Ingres, avaient une allure classique qui sentait son monde académique et doctrinaire. Salon sérieux , mais en somme intéressant et de bon ton, que les apprentis de la carrière politique trouvaient tout
profit à fréquenter et qui a laissé un grand vide dans le Paris aristocratique.
Le comte Napoléon Duchâtel suivait la carrière diplomatique quand l'expulsion de l'armée française des princes d'Orléans lui fit brusquement donner sa démission. Il était alors ambassadeur à Vienne, et la communauté de leurs aptitudes sportiques avait lié tout particulièrement l'impératrice d'Autriche et la comtesse. L'ambassadrice de France était fréquemment appelée à tenir compagnie à la souveraine dans ses courses à cheval et tenait la première place auprès de Sa Majesté dans son cercle intime. « La France et l'Autriche vont à la même allure,» disait la belle et spirituelle impératrice, et les intérêts de notre pays ne se trouvaient pas mal d'être ainsi menés à quatre pattes. En ce temps-là il n'était pas question à Vienne d'alliance allemande.
Aujourd'hui, la comtesse Duchâtel a été rendue à la France, et ce n'est point notre haute société qui s'en plaindra. En dehors des choses hippiques, la comtesse, en effet, toute grâce et toute affabilité, est une femme de salon accomplie, et l'on peut s'attendre avec elle à ce que les traditions hospitalières de l'hôtel Duchâtel retrouvent bientôt tout leur éclat.
i, \ COMTESSE M \uii. M CHATEL
Pour savoir porter comme personne une amazone i I
tenir nue bride, en n'est pas moins habile, quand on a du sang do llollon et des Saint-Priest dans Les veines, à manœuvrer une traîne et jouer de L'éventail 1...
LA
COMTESSE DE LA MAKTINlEliE