LA COMTESSE DE LA MARTI N 1ERE
C'est à Londres, où elle a été élevée, que la comtesse T. de la Martinière a appris à patiner et personne n'a su porter ce plaisir à une perfection plus grande*
La comtesse, qui a t'ait du patin un art complet, était une des assidues de Scrpentine-River à l'époque ou elle habitait Londres ; et on se rappelle encore le succès de grâce et de beauté qu'elle obtint des son apparition sur le lac du Bois de Boulogne.
C'est qu'elle était tout bonnement ravissante dans son costume de Gracovienne, brillamment passementé, avec sa jupe courte de casimir, son pantalon à carreaux et ses petites bottines en maroquin de couleur.
Il fallait voir avec quelle hardiesse elle remplissait les pas raccourcis et quel bonheur elle avait de déflorer le cristal vierge.
Nos patineuses , lorsque la saison permet ce sport du Bois de Boulogne, prises un peu dans tous les mondes, ont mis à la mode les parties de nuit à la lueur des torches. Elles apportent comme leurs cavaliers d'ailleurs, à cet exercice, l'agilité et la grâce qui caractérisent le Français et la Française. Le parisien surtout patine avec élégance, malgré le peu de temps qu'il consacre à cet art, qui exige une pratique assez longue commencée de bonne heure, seulement il lui faut de vastes glaces pour s'ébattre. La comtesse est à son aise partout, et vous la verrez donner avec la même grâce, le coup de patin en avant, sur la glace du Belvédère à Vienne que sur celle du Bois de Boulogne, et faire la serpentine sur les bassins des parcs de Londres, comme sur les lagunes du Prater.
La comtesse de la Martinière a failli périr en
LA COMT] SSE DE I \ M \ K I l NIKI
1867, alors qu'elle était encore tout enfant, dans la terrible catastrophe de Regent's Park, qui a coûté la vie à une cinquantaine de personnes. G'esl à la hardiesse de son coup de patin, qui lui permil de se retourner par un saut, qu'elle échappa à la mort.
Cette sportswoman do la -lace adore tous les sports et elle est aussi habile à diriger un cheval qu'à conduire a quatre. Avant la mort de sa jeune fille Noémi, on la voyait, tous les ans, avec son mail, à la livrée bleu clair, au défilé il*' la Marche; et lorsqu'elle venait prendre place devant le cercle de la rue Royale, les coachmen admiraient son attelagequi encensait bruyamment avec des bruits argentins de gourmettes, on ({ni piaffait sur place avec i\c> mouvements coquets.
Fanatique du grand air et de mouvement, la comtesse s'en va tous les ans en Ecosse, à la chasse aux grousses. Elle s'installe là-bas comme chez elle; el pendant toute la durée de son déplacement, on la voit, cette grande mondaine, braver tous les temps pour se livrer à soo sport favori. Fusil de premier ordre, elle iigure toujours en bonne place sur le livre de chasse, car il lui arrive rarement de manquer
Sa pièce.
Chose curieuse à noter : la comtesse qui tire très vite a dû renoncer à la chasse aux lapins; car l'émotion qu'elle éprouve en voyant débouler le conil la paralyse tellement, qu'elle le manque presque toujours. Aussi, lorsqu'il y a destruction de lapins dans son parc de Charbonnières, n'y assiste-t-elle jamais.
Le château que la comtesse habite pendant la saison des chasses est bâti sur un pont, qui traverse le Cher. L'entrée du castel a lieu par le pont-levis, qu'on dresse tous les soirs. Une longue galerie pavée en pierres, voûtée comme un bas-côté de chapelle, conduit aux appartements. On l'a décorée de chaises sculptées et de bancs à dossiers, genre XVIe siècle. Les visiteurs sont annoncés par le cor, qui reste accroché constamment à l'entrée de cette galerie.
Les réunions qui ont lieu chaque année à Charbonnières pendant la saison de la chasse sont nombreuses et fort recherchées; mais il est presque impossible de s'y faire admettre, tant la comtesse se montre difficile sur le choix de ses invités.
Alerte et pimpante, fringante et bien prise, la comtesse, quoique étrangère d'origine, est le type le plus complot de la parisienne. Douée d'un contralto superbe, elle est artiste jusqu'au bout des ongles. La