‹ Les femmes de sportChapitre 16 sur 42 · I. \ COMTESSE DE l \ M UlTIN IÈRK · texte numérisé non relu

I. \ COMTESSE DE l \ M UlTIN IÈRK

voix chaude el vibrante attaque l'oreille d'une manière crâne et hardie. Personne ne détaille comi elle les ravissantes œuvres d'Yradier, depuis la trop célèbre Juanita, jusqu'à la Cancion bohémieni écho du quartier de Triana de Séville, la Noche de Son José.

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MVDAME GEORGES GRAUX

M \D\Mi: GEORGES GRAUX

Non poinl du tout, une femme politique, comme quelques journaux, inexactement informés, voudraient l<v l'aire croire. Au contraire, une femme très enfermée dans son home, mais qui fut, autrefois, une véritable mondaine et une sportswoman émérite.

Si M"" Graux a aimé le monde, elle a eu une plus vive passion encore pour la chasse à courre. Jeune fille, on l'a vue mener forl crânemenl une chasse au lièvre, avec le petil équipage de son père, et, au besoin, elle savail relever un défaut. Chaque hiver, amazone, non moins intrépide que charmante, elle suivait les chasses au sanglier de l'équipage de

Grosbois, en forêt de Villefermays, celle de Rallye- Sivry ou de la Vénerie impériale, à Fontainebleau.

Soyez certains qu'au lieu de romans, elle lisait des livres de vénerie et que, si elle rêvait, ce n'était pas à la blonde chevelure de Gaston Phœbus, mais aux enseignements de ce chasseur consommé, lesquels, pour être surannés, n'en ont pas moins leur valeur et, surtout, beaucoup de saveur. Mais elle ne se contenta pas de lire, elle voulut aussi écrire sur la matière. Elle a collaboré au savant Traité des chasses à tir et à courre, que nous devons à M. de la Rue et au marquis de Cherville : c'est elle qui a fait le Dictionnaire cynégétique de cet ouvrage.

Qui croirait, après cela, que M'"e Graux descend, par son père, d'illustres solitaires de Port-Royal, des messieurs Lemaître?

Rien en cette blonde, aux grands yeux bleus, dont le regard est, tour à tour, souriant et hautain, dont la physionomie est fine et pleine d'une vivacité spirituelle, rien en elle ne rappelle l'austérité de ses ascendants renommés, qui vécurent dans l'intimité de la mère Angélique et de Jacqueline Pascal... de sévère mémoire.

Rien, disons-nous. Et cependant l'énergie, le courage, dont Mmc Graux fil preuve en plus d'une

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isiou, ae seraient-ils pas un héritage di janséniste, qui coule dans ses vein

Aux heures sombres de 1870, qui se montra plus qu'elle uoblemenl audacieuse el patriote '

Plus d'un se soua ient, pour y avoir assisté, hél du passage à Gorbeil de nos malheureux soldats, faits prisonniers à Orléans et qu'on acheminait on Allemagne par le chemin de fer de Lagny. Ils venaient à pied d'Orléans, grelottant, par ce rude hiver, sous leur capote déchirée, tandis qu'on voyait leurs manteaux sur le dos des uhlans, qui formai!

scorte de ce navrant cortège. A l'arrivée à Gorbeil, on les entassait dans une église, sur un peu de paille répandue, et dr> hommes de peine, requis dans la ville, leur faisaient la maigre distribution d'eaa, de pain el de soupe, fournis par l'ennemi.

Des femmes s'émurent de ces maux sans nombre, qu'accablaient l'armée vaincue, el elles qui n'auraient pas voulu demander nue grâce pour ellesmêmes, sollicitèrent du commandant prussien la faveur déporter des secoursà nos soldats infortunés. Parmi ces personnes, admirables de courage el d'abnégation, on trouva M'"0 Oraux, accourue à Gorbeil dans ce but.

Elle s'intéressa particulièrement à un soldat dont

la poitrine était couverte de nombreuses médailles, qui racontaient ses diverses campagnes. Quand il lui eût dit qu'il s'était échappé de Metz pour rejoindre l'armée de la Loire et de nouveau courir les hasards des batailles, elle résolut de le faire évader une fois' encore.

L'entreprise était dangereuse autant que difficile. N'importe, Mme Graux ne voulait pas revenir sur sa généreuse promesse. Il lui fallait apporter au soldat un déguisement complet d'homme de peine, sous lequel il pourrait sortir de l'église. Mais en traversant le poste bavarois qui gardait les prisonniers on était fouillé; Mme Graux l'avait été déjà. Elle eut Thabileté de se présenter avec un gros paquet, sur lequel se jetèrent les bavarois, le jugeant suspect, tandis qu'ils n'eurent pas l'idée de soulever le manteau de la jeune femme, lequel recouvrait les vêtements destinés au soldat. Celui-ci s'habilla dans la nuit. Le lendemain, Mmc Graux était dans l'église avant le jour, présidant à la distribution des vivres. On se hâtait, nos soldats devant partir à sept heures. Enfin le moment est venu : elle charge de bidons et de paniers le prisonnier transformé en homme de peine et sort hardiment avec lui, un peu pâle, mais calme. Un officier ennemi l'arrête et lui

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demande son lai ss< -passer. I ne minute de Lrouble el s'en était fait. Le cœur lui battait, allez ! Pour son protégé, c'était douze balles dans le corps, pour elle, la femme patriote, l'envoi en Prusse, l'emprisonnement dans une forteresse. Mais un sang-froid superbe, une certaine hauteur, qui imposait à ces 3 d'Allemagne, la sauvèrent et, avec elle, son soldat. Ils passèrent. Après ces minutes d'ango jee qui restait à faire parut aisé à M"" Graux. Le soldat caché jusqu'à la nuit, par ses soins put. grâce àelle toujours, rejoindre l'une de nos armé»

Ce trait est magnifique. M"" Graux logeait des prussiens qui pouvaient apprendre et la fuite du soldat prisonnier et la part que Lvait prise; i

pouvait payer de sa vie ce dévouement et ce patriotisme. Ces réflexions ne l'arrêtèrent pas un instant; quand il s'agit d'aider à >\c> évasions nouvelles.

Ne se sent-on point plein de sympathie pour cette nature courageuse, pour ce hardi caractère, pour ci

cœur généreux?

LA PRINCESSE DE SAGAN

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LA PRINCESSE DE SAGAN

Un peu lasse de succès el de renommée, de bruil et d'admiration, la princesse vil maintenant une assez grande partie de l'année dans une sorte de retraite que quelques intimes, triés sur le volet, ont seuls la faveur de pouvoir troubler. Mais elle est une trop véritable grande dame pour rompre absolument avec le inonde, et sa porte, entrebâillée tout l'hiver, au renouveau s'ouvre un soir toute grande pour laisser entrer dans l'hôtel tous ceux qui y ont droit d'accès au moins une fois Fan. Il se trouve des gens pour dire que la princesse en ngit ainsi par une très savante coquetterie, qu'en se dérobant longtemps aux regards, elle irrite les désirs pour mieux

xi LES FEMMES DE SPORT

éblouir le jour où elle daigne se montrer, entourée d'un faste presque royal.

Car la princesse est magnifique comme les seigneurs de l'autre siècle, qui jugeaient indigne d'eux et de leur grande fortune de calculer, de compter. Le prince de Sagan, renommé pour son luxe, pour ses dépenses folles, pour ses équipages et ses livrées, fut encore dépassé par sa femme. On eût juré qu'il y avait entre eux lutte d'élégance et d'éclat; aussi cette fille de la finance eût-elle bientôt conquis l'une des premières places en cet exclusif faubourg Saint- Germain, où on la reconnut pour une grande dame de nature , sinon de naissance. Aucune patricienne de haute lignée ne portait mieux sa couronne de princesse ; on s'inclina donc volontairement devant les lois du chic et de l'élégance, qu'elle se hâta de promulguer et qu'elle promulgue encore. Le sceptre, chose étonnante, est resté en sa main ferme et délicate ; elle peut être obligée de le partager, elle n'en sera jamais dépouillée. Encore aujourd'hui, comme au temps de la cour impériale, on se demande dans le monde ce que « la princesse » pense de la mode du jour, de l'usage introduit hier; son approbation est la sanction exigée pour toute nouveauté. On peut dire qu'elle règne sur « tout Paris », bien qu'elle

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